Maurice Blaussyld

En partenariat avec le Cnap
Exposition
Arts plastiques
Galerie Allen Paris 09

Maurice Blaussyd
Vue d'exposition, Galerie Allen
photo : Aurélien Mole

« Fermons les yeux pour voir. »

- James Joyce, Ulysse, 1922

 

Dans le travail de Maurice Blaussyld, il n’y a pas de répétitions mais des reprises et des retours. Pour cette seconde exposition personnelle à la galerie Allen, de nouvelles versions de pièces antérieures sont présentées. Les œuvres sont des présences autonomes, des êtres qui appartiennent à un même ensemble. Leur dédoublement et redoublement ne font qu’accentuer une recherche infinie de la perfection pour manifester l’illimité, l’indéfinissable, l’inconnaissable.

 

L’artiste a notamment commencé à produire en 1987 de grandes enceintes acoustiques en bois recouvertes de pigment noir sur leur partie externe. Elles ont été évidées, l’amplification sonore étant remplacée par le silence de plusieurs béances[1] géométriques : cercle, rectangle horizontal et superposition de cercle et carré. Ces formes vides donnent à voir une bipolarité, une rencontre des contraires, celle d’une peinture-sculpture mais aussi d’une présence-absence ou d’un silence-voix. Autre œuvre souvent associée à la précédente : un grand panneau de chêne, teint par l’ammoniac dont la première version date de 1998. Posé contre un mur, il ne donne à voir qu’une de ses faces, laissant apparaître une grille dodécopartite, une structure qui fait référence au temps cyclique. À l’instar des œuvres d’Anton Webern, de John Cage ou de Joseph Beuys, la symbolique des chiffres, des mots et des matériaux est essentielle pour Maurice Blaussyld et provoquée par l’intuition d’une « force incréée d’avant le monde[2] ». La dimension philosophique et mystique, parfois téléologique, du travail ne serait toutefois être décryptée car elle transcrit une poétique qui « ne dit ni ne cache[3] ». Car au-delà de l’analyse existentielle adviennent des formes et des formules qui semblaient préexister comme dans les textes sans ponctuation qui relèvent d’un monologue intérieur, un écho mystique aux déambulations dédaliques d’un personnage de Joyce à travers un flux de conscience qui mêle recherche, incantation et poésie.

 

À travers l’abstraction géométrique de Maurice Blaussyld apparaît l’archétype d’une vanité. Cette présence d’un memento mori est confirmée par la monstration de la reproduction d’images d’autopsie. Est proposé au regardeur d’affronter ce qui se cache derrière l’ « être » et de dire par l’horreur du morbide, le langage du corps pulsionnel. Comme l’écrit l’artiste : « Les métamorphoses, aussi subtiles et crues qu’elles soient, sont le signe de cette forme magnifiée ; le cri incessant se substitue à toutes géométries, à tout art, au cercle insensé, et en offre le témoignage[4]. » On pense au sublime cri sourd à l’œuvre dans les Peintures noires de Goya représentatives d’une crise de leur auteur, dans le sens d’un changement subjectif, pour aller à la rencontre du réel en rupture avec la fiction et le langage. Si le geste de peinture est au départ celui de recouvrir une surface par une matière, dans l’œuvre de Maurice Blaussyld tout est peinture, y compris ses textes, une suite de phrases dactylographiés en noir sur du papier blanc. À l’illusion de notre monde, l’artiste oppose un réalisme pictural radical qui magnifie les interstices comme les intervalles et déconstruit les images et les origines afin que peut-être : « Là, un astre confus, indéterminé, se manifeste dans son avènement[5]. ». Ainsi comme l’écrit Georges Didi-Huberman : « nous devons fermer les yeux pour voir lorsque l’acte de voir nous renvoie, nous ouvre à un vide qui nous regarde, nous concerne et, en un sens, nous constitue[6]. »

 

Marie Bechetoille

 


[1]Une traduction du mot grec chaos

[2]Texte de Maurice Blaussyld, 1er Juin 2016

[3]Titre de l’exposition personnelle de Maurice Blaussyld, galerie Allen, 2013

[4]Texte de Maurice Blaussyld, 1er Juin 2016

[5] idem

[6]Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. Critique, 1992, p. 11.

Partenaires

Avec le soutient du Centre National des Arts Plastiques (avance remboursable)

Adresse

Galerie Allen 59 rue de Dunkerque 75009 Paris 09 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020