Marta MINUJIN et Mark BRUSSE La chambre d'amour (1963/2008)

"La chambre d'amour" (1963/2008)
Exposition
Arts plastiques
Galerie Lara Vincy Paris 06

Marta Minujin et Mark Brusse, "La chambre d'amour" (détail), 1963. Photo : © Knut Schumacher

La galerie Lara Vincy présente « La chambre d'amour », une installation de Marta Minujin et Mark Brusse réactivée aujourd'hui. Conçue à Paris pour une exposition itinérante au Japon en 1964 « Art contemporain français – Le labyrinthe de la ville à la chambre d'amour », elle n'en reviendra pas. Dans ce contexte seront également présentés quelques originaux des deux artistes : des oeuvres murales de Marta Minujin constituées de matelas à bandes de couleur peintes et des sculptures en bois de Mark Brusse ; ainsi qu'un triptyque, témoin de cette réalisation, appartenant au MAC/VAL. « La chambre d'amour », enquête sur une disparition. 1963, Marta Minujin et Mark Brusse conçoivent un espace invitant le spectateur à dormir, songer, rêver, aimer, et ayant pour “bailleurs de fonds” Jean-Clarence Lambert, Pierre Restany, puis Raoul-Jean Moulin. Comment expliquer alors, que de retour du Japon cette grande installation ait été restituée à ses concepteurs, dans une boîte à chaussure égarée à tout jamais sur les docks de Marseille ? Afin de comprendre l'impact d'une telle oeuvre, imaginons une époque, celle qui fit basculer une génération de l'existentialisme aux années Pop. William Burroughs venait d'écrire « Le Festin Nu », Brion Gysin et Ian Sommerville réalisaient les « Dream Machines » et, de La Borde au Larzac les expériences étaient communautaires. On réalise les uns avec les autres, puis les uns chez les autres. Invités par Jean-Clarence Lambert à concevoir une oeuvre commune pour une exposition au Japon, Marta Minujin et Mark Brusse la réaliseront dans le salon de Nicola L. Composée de bois, de pics et de chaînes, cette structure habitable -conçue par deux enfants de Schwitters- est entièrement recouverte par la polychromie de tissus et matelas peints, qui évoquent concomitamment : l'univers du Marquis de Sade et du Sergent Pepper's. L'enthousiasme aidant, les modules s'ajoutent les uns aux autres, et le soir de l'inauguration, l'Ambassade du Japon anticipe avec délectation l'étonnement que provoquera une telle oeuvre au Musée des Arts de Tokyo. L'arrivée des transporteurs corse l'affaire, La chambre d'amour -dont un jeune couple vérifia à l'impromptu la validité du titre- ne passe ni par la porte, ni par la fenêtre, sa seule issue : la façade. Qu'à cela ne tienne, Nicola L fait scier les murs de son salon le 31 décembre 1963, afin d'en extraire l'imposante installation. « La chambre d'amour » peut enfin rejoindre la Vénus de Milo en partance pour Tokyo. Représentation d'une esthétique relationnelle avant l'heure, cette oeuvre bien que matérialité, 3D, compta moins aux yeux de ses créateurs que les aventures qu'elle cristallisa ; car si son visible fut composé d'une cohabitation d'éléments disparates, son visuel était riche d'échanges intellectuels, amoureux, politiques et poétiques qu'elle abrita ou suscita. Probablement pour cette raison, elle fut montée, puis démontée, voyagea à l'ère de la déterritorialisation au point de se dissoudre dans son nomadisme. Pierre Restany -qui toute sa vie s'intéressa à l'oeuvre polymorphe de l'argentine Marta Minujin- n'eut de cesse de lui demander de poser ses valises pour reconstruire cette chambre mythique. Raoul-Jean Moulin -dont on connaît le rôle déterminant pour la constitution de la collection du MAC/VAL- perçut l'importance de cette oeuvre, au point de demander à Mark Brusse de réaliser un témoignage de La chambre d'amour dans le contexte de « la suite Paul Eluard : les yeux fertiles »- ce qu'il fit avec Marta Minujin sous forme d'un triptyque qui rejoignit la collection en 2003. Mais alors pourquoi refaire une oeuvre qui à force de voyages, de démontages et d'essayages, finit par se dissoudre ? Pourquoi demander à ses concepteurs de reconstituer à l'identique cette structure habitable ? « Parce qu'on est vivant ! ». Excellente raison ! À nous de sauter sur l'occasion. Hop ! Là : 47 rue de Seine 75006 Paris. Francine Flandrin

Complément d'information

Biographies

MARTA MINUJIN
Née en 1941 à Buenos Aires, Argentine.
Vit et travaille à Buenos Aires.

M. Minujin surgit comme un météore dans l'effervescence de l'avant-garde argentine des années 60. Son travail ne peut être compris que comme une expérience passionnée de la vie. Ce parcours dynamique la conduit des tableaux-objets à des structures habitables couvertes de matelas, des happenings à des installations interactives. En 1961, elle vient à Paris avec une bourse où elle rencontre Pierre Restany, les Nouveaux Réalistes, Lourdes Castro, Mark Brusse... Dans son esprit de l'éphémère, elle réalise un happening spectaculaire Impasse Ronsin "Destruction" où tous ses amis sont invités à détruire ses oeuvres qu'elle brûle ensuite. Elle expose en même temps à Buenos Aires où elle réalise ses constructions habitables avec des matelas. Elle obtient le Prix National Torcuato Di Tella en 1964 avec son installation "Revuelquese y Viva", conçoit une installation mémorable en 1965 "Menesunda" où le spectateur est invité à expérimenter une variété de sensations à travers 16 zones. Une bourse de la Fondation Guggenheim l'amène à New York en 1966 où elle rencontre toute l'avant-garde américaine. Dès ce moment, elle s'intéresse aux medias de communication et leur implication sur l'environnement sensoriel des individus. Plusieurs installations dont "Minuphone" à New York et "Circuit" à Montréal (1967), "Interpening" (1972) et "Kidnappening" (MoMA, 1973). Des actions à caractère écologique mettant en jeu fruits et légumes, entre autres "Cabbages" au Musée d'Art Contemporain de Sao Paulo (1977), "Oranges" au CAYC à Buenos Aires (1979). Dès la fin des années 70, des installations monumentales éphémères en relation avec des mythes ou des faits historiques impliquant la participation du public, notamment "The cake obelisk" suivi de "Obelisk on its side" (1ère Biennale Latinoaméricaine de Sao Paulo, 1978), "La tour de pain de James Joyce" (ROSC Quadriennale, Dublin, 1980), "Gardel de feu" (Biennale de Medellin, 1981) et "le Parthénon des livres" une structure métallique recouverte de livres interdits pendant la dictature militaire en Argentine (Buenos Aires, 1983). En 1985, elle réalise une action symbolique à New York avec Andy Warhol, lui offrant des épis de maïs pour payer la dette extérieure de l'Argentine.
Elle a participé à de nombreuses manifestations internationales dont la XVIIème Biennale de Sao Paulo (1983), la XLII Biennale de Venise et la Biennale de Sydney (1986), la Biennale de Medellin (1998). Une grande exposition personnelle lui est consacrée au Musée National d'Art Moderne de Buenos Aires en 1999. Elle participe à "Wack!: Art and the Feminist Revolution", PS.1 MoMA à New York (2008).
Expositions en France : "La Caja y su Contenido", Musée Rodin (1963) - Dans son atelier 22 rue Delambre avec Lourdes Castro (1965) - Pierre Restany "Le coeur et la raison", Musée des Jacobins, Morlaix (1991) - "Les Années Pop", Centre Pompidou, Paris (2001).

MARK BRUSSE
Né en 1937 à Alkmaar, Hollande.
Vit et travaille à Paris.

Il s'installe à Paris en 1961 et entre en contact avec les Nouveaux Réalistes autour de Pierre Restany. En 1965, il reçoit une bourse de deux ans pour New York et y rencontre les artistes Fluxus. En 1967, exposition personnelle au Stedelijk Museum à Amsterdam. En 1969, il représente la France à la Biennale de Paris avec une grande installation en bois "Occupation de l'Espace". De 1970 à 1972, il travaille à Berlin, première collaboration avec John Cage. En 1975, le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris lui consacre une grande exposition personnelle. En 1993, inauguration de “I meet You”, une sculpture comme point de rencontre dans le nouveau «Terminal West» de l'aéroport Schiphol d'Amsterdam. Il vit à Paris, tout en travaillant pendant de longes périodes en Équateur, en Corée du sud et au Japon. Depuis 1961, participation à plusieurs manifestations importantes comme La Biennale de Venise (1975), "Paris - New York" au Centre Pompidou (1977), "Olympiade des Arts" à Séoul (1995) et plus de 150 expositions personnelles à travers le monde.
...« Les Hollandais les plus célèbres ont conquis leur gloire sur l'eau ou dans les airs. Mark est un terrien qui travaille le bois pour en faire des meubles-sculptures ou des monuments-barrières, ou des portes-loquets qui n'ont que bien peu de choses à voir avec la tradition de charpenterie navale, si ce n'est la précision dans l'exécution et le goût pour la patine du temps. »... Pierre Restany, Paris, le 23 février 1995

Artistes

Autres artistes présentés

Marta MINUJIN

Partenaires

Ambassade d'Argentine (Paris), Ecole nationale supérieure des beaux-arts (Paris), MAC/VAL (Vitry/Seine).

Horaires

Lundi : 14h30 - 19h Mardi/samedi : 11h - 13h et 14h30 - 19h

Adresse

Galerie Lara Vincy 47 rue de Seine 75006 Paris 06 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020