Méditerranée

Marseille, Infected Landscape, Razika
Exposition
Photographie
Le Bleu du Ciel Lyon

Christophe Bourguedieu



“Marseille”


2009
Au départ de cette histoire, il y avait l’envie de photographier la France de 2009. Pendant des années, le décalage rassurant de la distance m’avait évité d’entrer dans le détail et permis de formuler des représentations génériques, apaisées, des prototypes d’individus ou de lieux. Par un accident bienvenu, Marseille est devenu le cadre de ce nouveau projet, même si j’aurais tout aussi bien pu y travailler dans les Alpes, la forêt des Landes, à Brest ou Châteauroux.
Puisque c’est là que je me retrouvais, en plein été, la lumière aussi changeait et menait directement aux vieux mythes méditerranéens, à l’idée d’un drame sous le soleil. Divers personnages sont apparus, des décors nouveaux et des matières plus précisément décrites (maisons provençales aux murs crépis, parpaings fonctionnels), auxquels il a fallu trouver une dramaturgie commune. L’homme au pantalon rouge titubant sous la dure lumière des calanques en est ainsi devenu l’étalon, Ulysse contemporain « auteur d’exploit dérisoires dans une situation d’égarement », permettant aux autres protagonistes de s’installer dans la même dimension, à cheval sur les grands récits et le trivial de la vie : ici se rencontrent la métaphysique et le mia.


Shai Kremer



“Infected Landscape”


1999-2009
“Infected Landscape”, réalisée en Israël entre 1999 et 2008, est la première série de Shai Kremer, qui poursuit une recherche sur l’homme à travers le paysage. Il ne s’agit pas de paysage au sens littéral mais de paysage en tant que lieu chargé d’un sens en perpétuelle redéfinition. Ses vues explorent les différents aspects du paysage, naturel, culturel, social et politique, à travers une esthétique irréprochable. Elles ne sont cependant pas un éloge de l’espace. Elles révèlent les subtiles interactions de l’homme sur l’environnement et nous guide vers une nouvelle perception du théâtre de la guerre.
Une guerre discrète, dont les potentiels acteurs répètent les scènes dans des décors surréalistes reproduisant des lieux réels. C’est la partie troublante de ces photographies. La mise en scène intervient en amont de la prise de vue et n’est pas dirigée par le photographe. Ses images traitent pourtant le décor comme s’il s’agissait d’une scène méticuleusement construite et hypnotisent par leur proportion. Elles dégagent une beauté troublante, envoûtante et insaisissable. Shai Kremer exploite la capacité unique de la photographie pour jouer sur les frontières entre réalité et fiction, entre mémoire et présent.
Il ne rapporte pas des évidences, a la manière de ses confrères journalistes - même si quelques photographies de la série sont le fruit d’une commande du New York Times lors de la guerre de 2006 -, mais accumule des indices. Des éléments objectifs qui se dévoilent au spectateur qui pose un regard attentif sur ces tirages géants.
Dérangé par le manichéisme politique, il y oppose des doutes et formule des questions dans chaque image par la capture systématique de différents éléments polysémiques. D’où la récurrence des routes, à l’horizon incertain. Dans un contexte méditerranéen dominé par les clichés, cette série propose une alternative. Elle propose d’écrire une histoire dont nous sommes essentiellement les témoins et acteurs passifs. Chaque ruine, impact, architecture ou objet de la guerre transforme le paysage par touche plus ou moins visible, comme autant de traces mémorielles d’une histoire qui est pourtant ancrée dans le présent.


commissariat Laurence Cornet


Perrine Lacroix



“Razika”



Razika, est un diptyque vidéo.
Sur la télé de gauche, une dame raconte sa vie. La vidéo, enregistrée en juin 2009, dure 9 min.23 s. Pas un bail, mais tout défile. La vie de Razika, 58 ans, constitue une sorte de work in progress. Razika est mariée, à 17 ans. Un mariage arrangé. L’époux a 20 ans de plus. Elle ne l’aurait pas choisi. Mais c’est l’oncle qui décide. D’Alger, Razika se retrouve dans un bled de Petite Kabylie, «envoyée comme un colis, il m’a trouvée à l’intérieur». Au bout d’un mois, il part trente ans en France pour revenir un mois par an, en décembre. «Il disait vaguement qu’il était maçon.» Razika l’appelle «Monsieur». Elle ne le connaît pas bien, a peur de lui serrer la main. Le monsieur lui fait quatorze enfants. Razika a obéi toute sa vie, mais là, elle raconte. Les années de terrorisme, à partir de 1996, quand le village se vide, que les islamistes descendent de la montagne pour réclamer des voitures, de la semoule, de l’huile…
Sur la télé de droite, les images d’une forêt montagnarde qui brûle : l’armée détruit les caches des terroristes, en 2009. 
Michel Henry, Libération 16/09/2010 (extraits)

Commissaires d'exposition

Adresse

Le Bleu du Ciel 12 rue des fantasques 69001 Lyon France
Dernière mise à jour le 2 mars 2020