Les Rencontres d'Arles

Les ruines circulaires d'Orianne Ciantar Olive & Méditerranée - Est ce la que l'on habitait d'Anne-Lise Broyer

Les rencontres d'Arles 2026 - Exposition de projets soutenus par le Cnap

Projet soutenu par le Cnap
Exposition

Photographie

Les Rencontres d'Arles Arles

Les ruines circulaires - Orianne Ciantar Olive

Les Rencontres d'Arles exposent deux projets ayant été soutenus dans le cadre du soutien à la photographie documentaire pour leur édition 2026 : 

Les Ruines Circulaires d'Orianne Ciantar Olive à la Maison des peintres :

Entre récit documentaire et construction spéculative, Les Ruines circulaires prend appui sur un territoire en guerre pour en déplacer les coordonnées. En 2019, Orianne Ciantar Olive entreprend de retourner en Syrie, en longeant l’ancienne voie de chemin de fer Beyrouth‑Damas, détruite pendant la guerre civile. Elle ne franchira jamais la frontière. Assignée à un espace saturé de lignes infranchissables, elle bifurque vers le sud et décide de remonter le fil du désastre jusqu’à ce qu’elle désigne comme son point d’origine, le mur de séparation de Kfar Kila.

Liban devient « Nabil », anagramme et retournement. Les points cardinaux sont inversés, la course du soleil hypothétiquement déplacée. Ce principe de renversement n’est pas métaphorique : il engage la matière même des images. Les pellicules sont retournées dans l’appareil ; les vues sont produites sur le verso du film, sans émulsion, au contact direct du support. La lumière n’imprime plus une surface sensible, mais traverse une matière brute, altérant couleurs, densités et repères. Solarisations, fausses identités, inversions des noms et des cartes prolongent cette désorientation méthodique.

La structure de l’ensemble adopte une forme spiralée. Les séquences se répondent en miroir autour d’un astre central, le soleil, à la fois motif plastique et opérateur conceptuel. L’alternance des surfaces inscrit physiquement l’idée de recommencement.

Cet essai poétique, politique et métaphysique, interroge la répétition des violences et la fabrication des archives en temps réel. Entre expérimentation du médium, performance, écriture et enquête située, Les Ruines circulaires ne documente pas un conflit ; il met à l’épreuve la capacité de l’image à déplacer le regard et fait surgir une question latente : que peut‑elle face au désastre lorsqu’elle accepte de se retourner contre ses propres évidences ?

Ce projet a été soutenu dans le cadre du soutien à la photographie documentaire en 2022.

Méditerranée - Est ce là que l'on habitait ? à l'Abbaye de Montmajour : 

Dans les failles du territoire méditerranéen s’entrelacent des temps immémoriaux et une possibilité d’avenir, mais aussi une question : Est-ce là que l’on habitait ? L’interrogation à l’origine du projet au long cours d’Anne-Lise Broyer sous-tend une dimension géographique, historique et une mémoire secrète. Elle y répond par un vaste ensemble photographique d’un gris sourd qui confronte imaginaire et réalité : portrait d’un espace en creux. La Méditerranée tient lieu de point de vue et de perspective. 

La photographe se tient au cœur d’une étendue retournée, depuis cette mer de récit, de voyage, cette mer originelle, mythologique, devenue linceul. Ses images d’horizons maritimes presque abstraits scandent les ruines anciennes et modernes. Partie de Carthage, elle déploie son regard singulier pour lire le paysage méditerranéen dans une errance et une latence, d’Alger à Beyrouth, de Tipasa à Baalbek, en passant par Pompéi, Marseille, Césarée… les noms s’égrènent avec leur puissance littéraire et légendaire. Dans un mouvement qui alterne douceur et brutalité, son chant photographique tresse avec la force de l’élégie les temporalités de ces lieux contemporains tout autant que rêvés, qu’elle replace dans le courant de la vie. Ce sont des visages de marbre ou de chair, ils sont la même humanité vivante, vibrante et figée ; ce gris, est-ce de l’eau ? Qui va et vient, qui recouvre la terre et s’éloigne, mouvement incessant du regard qui refuse de se fixer, dans un ressac. Le mouvement de l’onde est le même que celui des images dont la surface et celle de la mer reflètent notre mémoire enfouie et glissante. 

Cette époque saturée de tensions appelle la suspension et le retrait, elle invite à trouver une attitude, un poste de veille, de garde. Anne-Lise Broyer tire de cette posture une force, une puissance de possible et d’indéterminé.

Sally Bonn

Adresse

Les Rencontres d'Arles

34 rue du docteur Fanton

13200 Arles

France

Dernière mise à jour le 15 juin 2026