Les décorations de Noël en verre de Meisenthal

Par Émilia Philippot

Andreas Brandolini
<i>Octave</i>
Verre soufflé
2002
Édition Centre International d'Art Verrier de Meisenthal

Boule de Noël Hélium du collectif V8 Design

V8 Design, Helium, 2009 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1140)

Boule de Noël Podium de Fred Rieffel

Fred Rieffel, Podium, 2005 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1134)

Boule de Noël Ovni de Italo Zuffi

Italo Zuffi, Ovni, 2004 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1133)

Boule de Noël Diva de Michel Paysant

Michel Paysant, Diva, 2003 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1132)

Boule de Noël Vergo de Bernard Petry

Bernard Petry, Vergo, 2006 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1136)

Boule de Noël Lili de François Azambourg

François Azambourg, Lili, 2007 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1138)

Boule de Noël Tilt de Philippe Riehling

Philippe Riehling, Tilt, 2008 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1139)

Boule de Noël Cumulus de Mendel Heit

Mendel Heit, Cumulus, 2010 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1141)

Boule de Noël Pomme de pin

Anonyme, Pomme de pin, 1999 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-275)

Boule de Noël Vénitienne

Anonyme, Boule vénitienne, 1964-2002 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-278)

Boule de Noël Raisin

Anonyme, Raisin, 1914-2003 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1110)

Boule de Noël Argentée

Anonyme, Argentées, 1964-2004 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1111)

Boule de Noël Pomme

Anonyme, Pomme, 1920-2006 (Achat au Centre international d'art verrier en 2010, Inv. : FNAC 10-1113)

En cette période de fêtes de fin d’année, l’œuvre du mois revient sur un ensemble de décorations de Noël entré dans les collections du Centre national des arts plastiques en octobre 2010 et retrace l’histoire d’une tradition ancestrale.

Il était une fois… les boules de Noël : naissance d'un usage

C’est en 354, pour rivaliser avec la fête païenne du solstice d’hiver, que l’Église instaure le 25 décembre comme jour anniversaire de la naissance du Christ. Dès lors, la tradition millénaire de décorer un arbre avec des fruits (symboles de vie préfigurant la renaissance à venir) n’est plus associée au cycle du renouveau mais bien à cette fête chrétienne de Noël.

Si les sapins décorés sont connus dès le XIIème siècle en Europe, et particulièrement en Alsace-Lorraine, ce n’est qu’au XVIème siècle qu’apparaît le terme d’ « arbre de Noël » pour désigner cette tradition en plein essor : pommes et confiseries ornent ce qui symbolise alors l’arbre de paradis, tandis que l’étoile perchée à l’extrémité du sapin représente l’étoile de Bethléem.
Pour autant, les décorations de sapin telles que nous les connaissons aujourd’hui, et plus particulièrement les boules de Noël en verre soufflé, n’apparaissent que beaucoup plus tard. On raconte en effet que c’est en 1858, alors que la sécheresse priva les Vosges du moindre fruit d’arrière saison, qu’un souffleur de verre de la manufacture de Goetzenbruck eut l’idée – pour réparer cette injustice de la nature - de leur substituer des formes en verre.

Tradition du verre soufflé dans les Vosges

La naissance d’une telle tradition au cœur des Vosges du Nord ne doit rien au hasard. En effet, cette région possède en abondance toutes les ressources indispensables au développement d’une activité verrière : le grès argileux nécessaire à la fabrication des étuves pour la fusion des matériaux, le sable (silice) et la potasse (cendres de bruyères et de fougères) qui entrent dans la composition du verre, et enfin le bois, combustible pour alimenter les fours.
Les premières traces d’activité verrière dans les Vosges remontent ainsi à 1531. Cependant, ce n’est qu’au début du XVIIIème siècle, avec la création des deux grandes verreries de la région, Meisenthal en 1704, puis Goetzenbruck en 1721, que se constitue un véritable bassin de vie autour de l’économie du verre.
Spécialisés dans la fabrication des verres de montre (qui ont la particularité d’être bombés) ces verreries développent, à partir de 1825, la technique dite des boules. Adoptée pour sa grande rentabilité (on découpe, dans une même boule de 80 cm de diamètre, jusqu’à 500 verres bombés), cette technique de soufflage du verre est rapidement utilisée à d’autres fins.

Une forme, des usages

Conjuguée à l’argenture du verre (très fine couche réfléchissante obtenue par la réduction d’une solution de sels d’argent), la technique des boules permet, dès 1866, la fabrication de boules argentées de formats très divers.

Ces boules trouvent rapidement quantités d’applications décoratives et fonctionnelles : en intérieur, où elles sont utilisées en éléments de lustre ou en suspension ; mais aussi en extérieur, où elles ornementent parcs et monuments et composent des enseignes publicitaires géantes. La déclinaison de leur usage en tant que décoration de Noël ne se généralisera quant à elle qu’après 1871, sous l’influence croissante des pratiques traditionnelles germaniques.

À la fin du XIXème siècle, les boules argentées des Vosges jouissent d’une belle réputation. Dans certaines régions d’Europe de l’Est, le pouvoir réfléchissant de ces « boules panorama » est associé à des croyances populaires. Connues sous le nom de « boules de sorcières », celles-ci sont placées à l’entrée ou aux abords des maisons pour surveiller les alentours et éloigner les mauvais esprits. En 1925, Théophile Brest, artiste strasbourgeois, les utilise même pour orner le toit du pavillon de l’Alsace à l’Exposition Internationale des arts décoratifs de Paris ; quelques temps plus tard, il inventera « l’œil de carrefour », ancêtre de nos rétroviseurs géants destinés à la circulation urbaine.
Dans les années 1950, les boules en verre soufflé des Vosges sont diffusées dans le monde entier : en Algérie et au Maroc où elles sont offertes en cadeau de mariage comme symbole d’union des époux, en Afrique du Nord, où les pêcheurs les utilisent pour repérer leurs filets, mais aussi en Asie, où elles sont importées en grandes quantités pour décorer les temples indiens et les pagodes thaïlandaises.

Le CIAV de Meisenthal, un second souffle

Malgré le succès de ce produit aux multiples usages, et en raison de l’arrivée sur le marché de boules mécanisées, la verrerie de Goetzenbruck cesse son activité en 1964. Trente-quatre ans plus tard, en 1998, le CIAV (Centre International d’Art Verrier de Meisenthal) s’engage dans la sauvegarde de cette tradition verrière. Cette renaissance se développe selon trois directions convergentes.

Premièrement, le CIAV organise des séances de transmission de savoir-faire avec les derniers verriers ayant exercé à Goetzenbruck. Deuxièmement, il acquiert (essentiellement dans les ventes aux enchères des verreries de la région) des anciens moules et gabarits grâce auxquels il mène un important travail de réédition. Cette ligne traditionnelle compte des boules en verre soufflé ainsi que des décorations moulées en formes de pommes, de grappes de raisin, ou encore de pommes de pin.
Enfin, le CIAV invite chaque année des créateurs, artistes et designers, à concevoir des sujets de Noël en verre. L’ensemble de leurs réalisations constitue la ligne contemporaine. S’y côtoient des formes figuratives et ludiques : nuage Cumulus de Mendel Heit, ballon Hélium de V8 Design, ampoule Tilt de Philippe Riehling, boule de pétanque Triplette de Jasper Morrison et soucoupe Ovni d’Italo Zuffi. Dans un registre plus abstrait, la collection compte également Octave d’Andreas Brandolini, Diva de Michel Paysant, Lili de François Azambourg, Podium de Fred Rieffel et Vergo de Bernard Petry.
L’ensemble des décorations acquises par le Cnap témoigne ainsi, au sein des collections nationales, de la formidable histoire de l’activité verrière des Vosges et de son art de conjuguer tradition et modernité.

Émilia Philippot, Responsable des collections arts décoratifs, métiers d'art, création industrielle, Centre national des arts plastiques