Leandro Berra

Autoportraits-Robots et vidéo
Exposition
Photographie
Galerie Claude Samuel Paris 12

Autoportrait-robot de Fernando 2006

Leandro Berra Open Door photographies et vidéo du 14 février au 5 avril 2008 A l'été 2006, Leandro Berra , à l'invitation d'un ami psychiatre argentin, part faire un travail dans une institution pour malades sévèrement atteints dans la région de Buenos Aires appelée Open Door. Là, il propose aux patients (toujours accompagnés de personnel soignant) de réaliser leur Portrait-Robot. Parallèlement, une équipe filme les séances. Le résultat est à la fois passionnant et bouleversant par la clairvoyance de certains portraits, la cruauté d'autres, par cet unique oeil choisi par Ceferino pour évoquer un frère disparu…. Le film, lui, illustre à quel point tous ont fait preuve d'un grande attention, d'enthousiasme mais aussi d'une réelle angoisse. "Leandro Berra travaille avec des « modèles ». Mais il s'en tient juste à faire respecter le protocole qu'il a lui-même défini. Il ne s'agit pas d'un dispositif classique où le modèle pose et l'artiste s'en empare pour créer son oeuvre. Non : c'est le modèle qui travaille lui-même sur sa propre image. Sous la férule de Leandro, qui officie à la fois comme guide et comme arbitre, il avance avec un outil donné et ultra-performant – un logiciel d'Interpol qui permet, au fil d'innombrables quantités de traits physiques, d'élaborer au plus près le visage d'un individu – et quelques contraintes : interdiction de s'aider d'une glace, de photographies ou de conseils d'un tiers. Face à un écran, le modèle a donc accès à des milliers de marques caractéristiques et les assemblent plus ou moins patiemment pour construire son propre visage. La quête a ceci de terrifiant que, potentiellement, une ressemblance optimale est à disposition. Mais elle se heurte à une double difficulté : celle de connaître pleinement sa propre enveloppe physique et, surtout celle de se reconnaître dans les attributs faciaux qui défilent. C'est donc l'anti-miroir : là où un reflet donne un sentiment (tout illusoire) de conscience immédiate et parfaite de soi, le dispositif de Berra fissure la confiance narcissique pour imposer à sa place un vide franchement vertigineux : je ne vois pas, je ne sais pas qui je suis. Une séance filmée (selon une mise en abyme supplémentaire, puisque l'auteur du film est celle qui fait son autoportrait) montra ainsi un modèle s'échiner à construire son effigie. De façon symptomatique, elle maugrée sans cesse contre cette image qui la fuit. Et cependant, une fois pris dans le jeu, il faut essayer. Or, qu'on soit un acteur à la mode ou interné à l'hôpital psychiatrique à Buenos Aires, le cheminement est le même. Sauf que… Sans faire dans le raccourci hâtif et stupide, force est de constater qu'un malade mental n'a pas le même rapport à son image. Et c'est ce rapport-là qu'est allé explorer Leandro Berra sans aucun préjugé, ni sur ce qu'il était, ni sur son évolution potentielle à l'épreuve des séances. Que dire ? La lecture des résultats, qu'elle soit d'un esthète, d'un sociologue, d'un médecin ou d'un simple curieux, variera et il n'appartient à personne de sceller leur sens dans un discours. D'autant que ces productions d'autoportraits informatiques qui jouxtent un portrait photographiques se doublent de documents filmés (et d'anecdotes) qui en aiguillent la signification, la portée, sinon la valeur. Les marges de liberté (d'aucuns parleraient d'espaces de folie…) sont assez prégnantes pour générer parfois d'étranges dissemblances, qui vont jusqu'à la transformation sexuelle ou, pour des raisons qui font froid dans le dos – le malade ayant proféré des menaces de mort – jusqu'à la réduction à un seul attribut, en l'occurrence un regard. Cependant, à bien considérer l'ensemble, il serait impropre de mesurer la qualité de ces ½uvres à l'aune de ce qu'elles manifestent de la pathologie des modèles. Car, au fond, la plupart réussit plutôt convenablement l' « exercice » et, en règle générale, il est difficile de hiérarchiser l'opération menée par une personnalité saine et celle d'un malade. Alors, en effet, que dire ? L'historien de l'art que je suis espère ne pas sacrifier à l'échappatoire convenue. Il n'empêche… Ce visage dédoublé a, dans sa combinaison d'une photographie neutre et d'une construction artificielle, une puissance d'expression toute particulière. Comme si quelque chose se contenait, se rétractait presque dans le cliché et s'épanchait avec une violence discrète dans le portrait robot. Aux traits figés du phénotype à gauche, répond à droite un avatar dont, immédiatement ou presque, on mesure – à égale distance entre la ressemblance et la dissemblance – l'inquiétante étrangeté. Itzhak Goldberg, depuis de longues années, s'attelle à montrer comment le traitement du visage, au gré des différents supports de ce qu'on nomme hâtivement « l'art contemporain », suit, de plus en plus, le chemin de l'effacement. Cette tendance s'explique en partie par la peur de l'affectation, de la théâtralisation qui s'attache au genre du portrait. Elle liquide en conséquence tout recours à la notion de ressemblance, celle-ci étant fréquemment expédiée au rang de l'arrière-garde. L'utilisation à la fois très complexe (les ressemblances fonctionnent à plusieurs niveaux) et très directe (l'oeuvre est d'un accès immédiat) qu'en fait Leandro Berra, rehaussée et renforcée, dans la présente série, par la folie qui flotte à la surface de l'image, lui redonne une puissance suggestive insoupçonnée depuis bien longtemps. Ce n'est pas la moindre de ses qualités. Ce n'est pas non plus la seule. Au-delà du résultat fixé sur le support et de cette force de frappe expressive, on ne peut manquer de souligner que, pour certains malades, l'invitation de Léandro Berra fut salutaire. Il est ainsi un homme qui, après des années de mutisme, s'est décidé à adresser la parole au modérateur qui l'avait guidé dans cet exercice d'autoportrait. Anecdotique, rétorquera le critique d'art avisé ; fondamental lui opposera le médecin. Symbolique, plaiderons-nous modestement. Symbolique, car, dans ce dispositif où interviennent sans cesse les mécanismes de connaissance et de reconnaissance, la plongée en soi-même est aussi une manière de s'ouvrir. Au Narcisse qui, fasciné par sa propre image passe de l'autre côté du miroir en s'y projetant, se substitue, dans ce dispositif, une curieuse épiphanie. Si Interpol savait… " Leandro Berra L'antimiroir Thomas Schlesser 2007

Autres artistes présentés

Shimon Attie/ Leandro Berra/ Elsa Cha/ Gilles Delmas/ François Fontaine/ Gérard Fromanger/Naoko Majima/ François Moulignat/ Laurent Okroglic/ Bjargey Olafsdottir/ Isabelle Rozenbaum/ Paola Yacoub Michel Lasserre/ Masayoshi Yamada

Horaires

mardi - vendredi 10 à 13h et 14h30 à 19h

Adresse

Galerie Claude Samuel 69 avenue Daumesnil 75012 Paris 12 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020