Le Travail de rivière

Exposition
Arts plastiques
le Crédac Ivry-sur-Seine

« Il existe un labyrinthe qui se compose d’une seule ligne droite » J.L Borgès

Cette exposition s’est construite par fouille, car l’archéologie de la mémoire est inventive et soucieuse de continuité. A la manière du chercheur d’or dans les rivières, un travail de tamisage et de raffinage a distingué une galaxie d’œuvres. Bien qu’elles soient irréductibles à une lecture unique, le choix des œuvres anciennes (1920, 1967…) et récentes met en avant à la fois un grand souci « matériologique », des forces vitales exposées, l’histoire naturelle des formes. A la fois cabinet d’amateur et atelier provisoire, cette exposition se lit à travers des œuvres sans âge, c’est-à-dire difficiles à dater, voir anachroniques dans les gestes qui les ont modelées, l’esprit et l’intelligence qui les ont défini. Les œuvres choisies sont d’argile (mémoire de la forme), de graphite (le carbone offre l’élément de la plus ténue différence entre l’ordre animal, l’ordre végétal et l’ordre minéral), de silex (la taille du silex depuis plusieurs centaines de milliers d’années, c’est caillou contre caillou), de plomb (saturne, astre fatal, maître du plomb et de la mélancolie), de poussière (poudre, particule de matière), de verre, de sable, de cristaux, de corail, d’ambre, de papier, de coquillage, d’aquarelle. Il s’agit de matières fondamentales et élémentaires qui forment « la substantifique moelle » du répertoire naturel, des matières les plus brutes aux plus précieuses.

Ces œuvres ensemble évoquent l’origine, qu’elle soit fantasmée ou inventée. Elles disent le temps, milieu naturel de l’art, qui boucle sur lui-même, au sens où certaines formes du passé persistent, survivent au présent, demeurent et traversent les siècles vers le futur : le mythe de l’éternel retour. « Le Travail de rivière » est une forme d’amplification des « Roses de Jéricho »* où déjà les sujets explorés étaient les notions d’origine et de temps (on y retrouve d’ailleurs le travail de quatre des huit artistes des « Roses de Jéricho »). « Le Travail de rivière » met à jour des sujets classiques que sont les vanités, le paysage ou les végétaux, en même temps qu’elle actualise des relevés plus naturalistes comme les empreintes, les fossiles ou les prélèvements géologiques, tout en collectant les traces ethnographiques que sont les masques, coiffes, objets votifs, cellules nomades. Autant de matrice formelles, artistiques, culturelles et intellectuelles. C’est une « collection de sable » au sens d’Italo Calvino : « rassembler une collection comme tenir un journal, c’est-à-dire un besoin de transformer le cours de sa propre existence en une série d’objets sauvés de la dispersion, ou en une série de lignes écrites, cristallisées en dehors du flux continu des pensées ». Une exposition, au fond qui avoue qu’elle peut être le fruit de l’imagination du collectionneur temporaire qu’est le curateur, et qu’à cet égard elle peut s’inscrire dans un système de correspondances subjectives équivalent à celui de la collection. C’est une exposition qui se regarde à travers différentes strates, comme se révèle, au cœur de l’été, le lit d’une rivière asséchée.

Claire Le Restif Commissaire de l’exposition * « Les Roses de Jéricho », commissariat de Claire Le Restif à Attitudes, Genève, mars 2007 avec Dove Allouche, Vincent Beaurin, Laurent Grasso, Véronique Joumard, Guillaume Leblon, Gyan Panchal, Pierre Vadi, Ulla Van Brandenburg

« Le Travail de rivière » est également le titre d’un livre de Laure Limongi à paraître en 2009 chez Dissonances/Pôle graphique de la ville de Chaumont, avec une création graphique de Fanette Mellier.

Autres artistes présentés

Matti Braun
Giuseppe Gabellone
Isa Genzken

Partenaires

L'Officiel Galerie & Musée, ART21, Cimaise, OUIFM, paris-art.com, M19, Têtu magazine, Prohelvetia

Adresse

le Crédac 1 place Pierre Gosnat La Manufacture des Œillets 94200 Ivry-sur-Seine France

Comment s'y rendre

Accès : Métro ligne 7, station Mairie d'Ivry / RER C, Ivry-sur-Seine

Dernière mise à jour le 11 septembre 2020