Le Ravissement

Exposition
Photographie
Galerie de la Voûte Paris 12

La GALERIE DE LA VOUTE présente, les deux nouvelles collections photographiques de l’artiste plasticienne française Luna, avec des œuvres, photographies et vidéos.

 

Ca sera également pour l’artiste l’occasion de signer son catalogue paru en 2014, qui a bénéficié du concours du CNAP (Centre National des Arts Plastiques), un texte de Paul Ardenne, présentant 7 années de ses travaux installations, vidéos, photographies.

 

 

« Le Ravissement », présente ainsi sous différents aspects et formats portraits et autoportraits, directs ou indirects, portraits chinois ou fantasmés, dans lesquels Luna croise différentes approches de cette question, récurrente dans son œuvre, de  la « représentation ». 

 

 

Elle interprète alors la définition léonardienne de l’œuvre en « Cosa mentale », par laquelle l’artiste,  maîtresse de la représentation, introduit le spectateur dans le double espace ambiguë du réel et de la fiction. Dans ses photographies numériquement travaillées et étrangement picturales, Luna crée des réalités fictionnelles, ou des fictions réelles, lance des pistes, sème des indices, prépare ses plans, ménage les non-dits.

 

LES VIBRATIONS INDICIBLES

Par Guillaume Robin

 

 

 

 

Un mépris et une indifférence affichés comme le filmerait Godard, un jeu de regard complice comme le peindrait Manet ? Les références peuvent être essaimées à l’infini dans cette fresque humaine. Cette captation du réel, remaniée au plus haut désir de ces jeunes femmes aux poses lascives et aux regards profondément énigmatiques, nous poursuit dans notre for intérieur. Ici, il y a bien un jeu de rôle mais les acteurs feignent de l’ignorer. 

 

 

 

On se demande réellement à quoi pense ces nubiles, dans ce harem sinueux et déguisé. Le grain exhumé, le cadrage recherché pour plus d’intimité, l’immersion psychologique avec ces reflets immersifs, ce polyptyque créé un monde qui raconte l’histoire insoluble de la nature humaine. Ces Gioconda contemporaines sourient assez rarement mais n’en demeurent pas moins secrètes. En apothéose, les miroirs de l’âme se conjuguent aux secrets de l’être.

 

Guillaume Robin

 

 

Guillaume Robin est historien de l’art, journaliste, plasticien  et spécialiste des avant-gardes. Il est l’auteur du “Lettrisme, le bouleversement des arts” (Hermann) 2011 et “Les Peintres oubliés” (Ovadia) 2014. 

Il est le co-fondateur et rédacteur de la revue critique COMBINE qui propose de réfléchir à l’actualité par le truchement de l’art. Il travaille à Paris et continue d’analyser les multiples champs inexplorés de l’Art. 

 

 

2015 – tirage sur papier - 15 photographies présentées.

 

LA FELICITE CLAUSTREE

 

Par Marcel Blanchot

 

Ces images élaborées par la plasticienne LUNa ont valeur d’icône. Sont-elles des visions de grâce ou de disgrâce ? La question réside dans cette ambiguïté à double volet.

 

 

 

 

 

La passion avec laquelle l’artiste a mis au monde ces photographies nous fait d’ailleurs penser à une autre passion : celle du Christ outragé.

 

 

L’extase de la flagellation, le plaisir coupable, la soumission en vertu d’idéaux bien plus grands que l’être tendent vers une relecture de l’histoire baroque, ces temps où les artistes reproduisaient les actes du Divin dans une volupté tortueuse et sublime. Ici, la vocation de cette œuvre est palpable et propose une visio intellectualis : la cruauté béate dans l’adoration céleste. Le corps bafoué, l’androgynie perceptible dans la silhouette, les détails où l’on sent le poil s’hérisser évoquent un peu plus loin certains modèles de prières peintes alla fresca par Fra Angelico pour les moines dominicains des cellules du couvent San Marco. L’abaissement ici n’est pas un mal, un pécher ou une perversion, c’est une dévotion, un assujettissement aux lois de son propre corps autant qu’aux volontés de l’artiste. Se plier devant l’exigence plastique et mimer la rédemption du péché, voilà la norme ! Le modèle anonyme ne peut rien faire, il est castré dans son mouvement, prisonnier d’une image puissante, résolument contemporaine : l’homme/emblème a trouver son maître : l’artiste même.  

 

Marcel Blanchot

 

 

 

Par Fabrice Gaignault, journaliste et écrivain

Les terres infinies de Luna, 

texte pour l’exposition LE RAVISSEMENT

      J’ai connu Luna lorsqu’elle n’était pas encore née sous le signe de la Lune et qu’elle portait un prénom commençant par la même lettre mais dont elle pressentait qu’il ne lui donnerait peut-être pas les ailes dont elle allait avoir besoin. Elle était venue accompagner une jeune femme qui désirait poser dans le magazine dans lequel je travaillais alors. Luna était menue et comme fragile avec dans le regard, une lumière noire qui semblait aspirer celui qui s’y approchait. Nous nous étions un peu vus alors, pendant une période qui me semble aujourd’hui assez courte. C’était une amitié qui n’en était pas encore une, même si les fondations étaient là, et bien solides. Le même goût pour la parole partagée, la même envie de dérives, le même regard sur un monde   nocturne qui prenait soudain les couleurs de la sincérité dans l’excès. Ce fut ensuite un très long silence blanc, la vie sans aspérité reprenait ses droits. Une vie nécessaire à chacun, mais qui portait au fond, les certitudes du manque. Le temps faisait son œuvre, et l’avenir verrait bien. 

 

 

     Il y a quelques années j’étais occupé à écrire un livre qui parlait d’effacement sanglant dans les Rocheuses où une chanteuse d’origine française avait hurlé bang bang ! avant de descendre son amant. C’était l’un de ces jours gris et sans consistance autre qu’une mollesse de ciels fondus dans la grisaille des toitures. Le téléphone avait sonné. Une voix féminine que je ne reconnaissais pas, et dont je ne savais rien, me demanda comment j’allais, comme si nous nous étions quittés la veille ou presque. S’ensuivit un jeu de piste qui prit l’effet de l’une de ces constructions ludiques dont raffolaient les Surréalistes. Je ne voyais pas, toujours pas. Les indices étaient minces, la Voix Humaine me guidait en prenant bien soin de jeter des petits cailloux pour me guider dans cette forêt profonde et obscure qu’est la nuit de l’oubli. Je fus convié à me rendre à la Galerie Charlotte Norberg afin d’en savoir plus avec l’obligation de me tenir avec mon portable, de l’entrée de la Galerie jusqu’aux cimaises. 

    J’y allais un samedi et découvris celle que j’appelais autre fois L. et qui était devenue l’artiste Luna, mises en scène d’elle-même dans des installations vidéo et grands tirages retravaillés où le regard ne cessait d’interpeller le visiteur : que vois-tu de mon corps, de mon sexe. Que sais-tu du genre, de la douleur, de l’inquiétude que procure la vision. Que retiens-tu du fait que peut-être es-tu autant l’image regardée que celle, accrochée au mur blanc. Tout le cheminement de L. était ramassé dans cette exposition de Luna, son alter ego, son double qui avait pris au fil des ans le pouvoir sur la première. Je la reconnus donc enfin. Nous avions décidé de nous revoir. Ou plutôt de nous découvrir. Enfin. Les soirées à parler, à tenter de comprendre ce qui nous avait séparés, et ce qui nous rapprochait aussi sûrement : pour moi, l’usage des mots. Pour elle celui de médiums photographique et vidéo.   

 

            J’appris que Luna avait réalisé plusieurs installations et notamment bénéficié de Bourses d'études et de recherches pour la réalisation d'un travail photographique et un court métrage expérimental à Montréal, de vidéos et de photographies à Saint-Petersbourg. Je lus ses catalogues d’expositions. Je découvris son travail sur la singularité de la célébrité où elle se réappropriait les codes du pop art pour mieux les travestir. Ses « portraits » de Lagerfeld, de Bowie et d’autres icônes glam ont fait date par la force de leur proposition, aux antipodes du piège de la facilité, proposant une autre lecture d’un discours iconographique trop souvent balisé.  

   Il y a quelques mois, Luna m’a fait part de deux travaux qu’elle menait de front et qui, à ses yeux, comportaient une évidente proximité : un regard empreint de discrétion pénétrante doublé d’intense curiosité sur le phénomène d’interaction mystérieuse régissant un groupe de jeunes femmes réunies dans un même espace clos. Des jeunes femmes que semblaient n’habiller que le rêve. Elles étaient là, dans une sorte de transe hypnotique de mannequin figé dans la splendeur de statues de chair. A ce jeu des corps et des apparences, de la vie et de la non vie, viendraient se poser non loin de là, dans une proximité évidente, des images noires de douze corps masculins, incertains parfois, suppliciés et offerts à ce qu’elle voudrait bien en faire, des chairs à modeler, où la douleur des postures rappelaient à la fois les travaux de Molinier et de Bataille, de Mishima et Bellmer. Des modèles anonymes dont elle ne prélèverait qu’une infime partie comme si ces traces auscultées, triturées, malaxées, livreraient des clés pour entrevoir l’énigme de l’infini. La place essentielle de Luna dont l’art contemporain se joue à cela : cette espèce de singularité d’être à côté des novateurs. Dans la marge qui dessine l’essentiel.  

 

*Fabrice  Gaignault est écrivain et journaliste et rédacteur en chef «Marie-Claire ». Il est notamment auteur d’une trilogie sur la mythologie rock’n roll : « Egéries Sixties », « Aspen Terminus » et « Vies et mort de Vince Taylor ». On lui doit aussi le « Dictionnaire de littérature à l’usage des snobs » et « L’eau noire », un roman prémonitoire sur l’inexorable ascension de Daesh en Méditerranée.

 

 

Luna

Nous-mêmes pris au miroir

 

Paul Ardenne, 

extrait du catalogue 2014

 

 

Luna, artiste plasticienne française, cultive le goût de l’« être ». Sa passion : nos corps – corps intimes, corps sociaux, corps intimes pris dans les rets de la socialité. Le portrait, l’autoportrait, peints, vidéographiés, cinématographiquement mis en scène, sont ses genres d’élection. Avec, en filigrane mais de manière obsessionnelle, ces interrogations : comment nous « figurer », pour soi, pour autrui ? Que donner, de nous, à voir, à entr’apercevoir ?

 

 

En bonne logique, Luna pratique en premier lieu l’autoportrait. Rien d’aisé à cette mise en scène du soi si l’on n’entend pas lui donner un tour flatteur, égotiste, uniquement narcissique. Certaines grandes réalisations bidimensionnelles de l’artiste, basées sur des photographies retravaillées à l’ordinateur, la présentent en buste, le regard doux mais le chef chauve, défait de cet attribut érotique qu’est la chevelure, puissant argument de séduction.

L’image que Luna donne d’elle-même, ici, échappe à la convention du portrait avantageux ou à cette autre convention, le portrait enlaidi. Le portrait proprement dit qu’elle nous tend, qui prend des airs de peinture classique, est sobre et bon aloi.

 

 Et le corps, en celui-ci, bien planté. Privé cependant de ce potentiel séducteur qui fixe notre attention pour l’étourdir, pour l’entraîner à désirer et jouir, notre regard mis en face de cette frustrante représentation du féminin se suspend, demeure dans l’expectative.

 

Extrait du catalogue – 2014 – parution CNAP -

 

Paul Ardenne est l’auteur de plusieurs ouvrages ayant trait à l’esthétique actuelle : Art, l’âge contemporain (1997), L’Art dans son moment politique (2000), L’Image Corps (2001), Un Art contextuel (2002), Portraiturés (2003), outre diverses monographies d’architectes et un essai sur l’urbanité contemporaine, Terre habitée (2005, rééd augmentée 2010). Autres publications : Extrême (2006), Art, le présent (2009), Moto, notre amour (2010), Corpopoétiques 1 (2011), Cent artistes du Street Art (2011), L’Histoire comme une chair (2012). Romancier (La Halte, Nouvel Âge, Sans visage), (Comment je suis devenu oiseau), il est aussi commissaire d’expositions (Printemps de Septembre à Toulouse 2012), (Commissaire d »exposition – Biennale de Venise 2015, Pavillon du Luxembourg).

 

 

 

 

Horaires

14h00 - 19h00 fermé mercredi et dimanche

Adresse

Galerie de la Voûte 42, rue de la Voûte 75012 Paris 12 France

Comment s'y rendre

En Metro: Depuis l’arrêt « Porte de Vincennes » prendre la sortie « Passage de la Voûte » puis le passage de la Voûte. Depuis l’arrêt « Picpus » prendre l’Avenue de Saint mandé puis la rue de la Voûte.
Accès mobilité réduite
Dernière mise à jour le 2 mars 2020