Le Mont Fuji n'existe pas

Exposition
Arts plastiques
Frac Île de France - Le Plateau Paris Paris 19

 


 

1976

« Bon travail », dit-il, et

il franchit la porte. Quel

travail ? On ne l’avait jamais vu

avant. Il n’y avait pas de porte. »

Richard Brautigan, Loading Mercury with a Pitchfork, Simon and Schuster, New York.

 

Juin 2011

La légende veut que le Mont Fuji soit visible de n’importe quel endroit du Japon. A l’occasion d’une résidence à la Villa Kujoyama de Kyoto, nous avons à plusieurs reprises cherché à vérifier cette hypothèse. On nous avait dit qu’on pouvait l’apercevoir depuis la vitre du train pour aller à Tokyo. Que par temps clair, il se dévoilait depuis les étages de certains immeubles de la ville. Que dans la région des Cinq Lacs, on ne pouvait pas le manquer. Qu’en prenant tel train, tel bateau, tel téléphérique, nous étions assurés de le découvrir dans toute sa sereine et conique majesté. Nous n’avons pourtant rien vu du mont Fuji. L’expérience de sa contemplation disparaissant chaque fois derrière d’épaisses couches de brume. Remplacée par les couches plus épaisses encore de sa représentation, dessinée, photographiée, sculptée. Reproduite sur des estampes, des affiches et des cartes postales, dans des jardins zen, sur des menus de restaurant et des billets de banque. En se substituant à son expérience, sa présence permanente et symbolique est venue confirmer la légende : le Mont Fuji est visible de n’importe quel endroit du Japon. Partout et nulle part à la fois. Autant dire qu’il n’existe pas.

 

~995 - 1005

Choses qui ne font que passer

Un bateau dont la voile est hissée.

L’âge des gens.

Le printemps, l’été, l’automne et l’hiver.

Sei Shônagon, Notes de Chevet, 1966 pour la traduction française, Gallimard

 

Juin - juillet 2012

Le Mont Fuji n’existe pas. Ce que nous y racontons, nous le tenons de l’expérience : la nôtre ou celle qui nous a été rapportée. Ensemble elles épousent certaines des courbes de cette exposition, réunissant des artistes qui privilégient un rapport à l’œuvre comme processus, expérience vécue et partagée laissant place à une multitude d’appropriations et d’interprétations. Les gestes artistiques qu’elle rassemble se situent autant dans leur formalisation que dans les étapes qui participent à leur réalisation et dans la situation qu’elles peuvent provoquer. Cette relation à l’art en mouvement constant, en dehors des modes et de la nécessité de produire un objet qui soit « d’art », est au cœur de cette exposition. Un art discret, échappant à toute ostentation ou spectacularisation, au profit d’actions menées dans le quotidien, au-delà de leur représentation, voire de leur exposition. Sans finalité, l’œuvre y est alors partout et nulle part à la fois, dans son objet, son expérience, son souvenir.

 

Les œuvres présentées oscillent ainsi entre une dynamique collective basée sur des gestes échappant à toute nécessité de productivité, une descente dans le quotidien sondant la nature de l’existence et la substance des choses, une lettre manuscrite qui vous est adressée, une recherche de la perfection, éternelle et fugitive, un reflet sur une vitre, une marche entamée il y a 43 ans, une quête du vide, quelques grammes d’or extraits de tonnes de déchets, un sol en morceaux dont les fragments sont autant de courants d’air. Jouant de différentes temporalités d’apparition, elles tentent de rendre compte de ce déplacement permanent entre ici et là : de l’évocation d’une exposition d’un jour de 1967 à une collection de livres, d’une petite annonce parue dans un journal quotidien à un ensemble de documents photographiques témoignant d’actions éphémères, d’une composition musicale en train de s’écrire à une dérive sur la Seine.

 

Une œuvre d’art possède parfois ce caractère étonnant sur quoi le temps n’a pas de prise, s’imposant d’autant plus durablement à la mémoire, par la manière dont elle laisse à son destinataire, le soin de l’éclairer, de l’approfondir à la lumière de son expérience propre. Chacun a donc le potentiel de devenir le dépositaire d’un précipité d'expérience, que nous pouvons ainsi emporter, conserver et faire surgir quand nous en ressentons le besoin.

 

Elodie Royer et Yoann Gourmel

 

 

Tarifs :

gratuit

Complément d'information

Elodie Royer et Yoann Gourmel sont critiques d’art et commissaires d’expositions. De janvier à juin 2011, ils ont été en résidence à la Villa Kujoyama à Kyoto. En 2010, lauréats du 5e Premio Lorenzo Bonaldi per l’Arte, ils ont réalisé l’exposition et le catalogue « The Crystal Hypothesis » à GAMeC, Bergamo (2010). Ensemble ils ont organisé les expositions « 25 Square meters (per second) or The Spirit of the Hive » dans le cadre du festival No Soul For Sale à la Tate Modern de Londres (2010), « Les Feuilles » à Super et au Palais de Tokyo (Module), Paris (2008), « L’anomalie d’Ararat » à IrmaVepLab, Châtillon sur Marne (2008), l’exposition évolutive « 220 jours » avec le soutien de gb agency, Paris (2007/2008). Leurs projets sont documentés sur http://220jours.blogspot.com

Commissaires d'exposition

Partenaires

> Partenaires Le Frac Île-de-France est une initiative du Conseil régional d’Île-de-France. Il reçoit le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Île-de-France et, dans le cadre de son action au Plateau, de la Mairie de Paris. L’exposition "Le Mont Fuji n’existe pas" a bénéficié du précieux soutien de la Japan Foundation, de About Art Foundation (Bangkok) ainsi que de l’Atelier S.K.H.France, de la Villa Kujoyama, de Ecusson et de Grolsch. Membre du réseau Tram, Platform, regroupement des FRAC, d.c.a et le Grand Belleville. > Partenaires média Paris-Art, Souvenirs from Earth TV

Horaires

Du 7 juin 2012 au 29 juillet 2012 Mercredi, Jeudi, Vendredi De 14h00 à 19h00 Du 7 juin 2012 au 29 juillet 2012 Samedi, Dimanche De 12h00 à 20h00

Adresse

Frac Île de France - Le Plateau Paris 22 rue des Alouettes 75019 Paris 19 France

Comment s'y rendre

Métro: Jourdain (ligne 11) Buttes-Chaumont (ligne 7 bis) Bus: ligne 26 arrêt Jourdain Vélib: Place Hannah Arendt
Dernière mise à jour le 2 mars 2020