Lauréats des bourses de recherche curatoriale du Cnap

Session 4 - 2019
Annonce
Photographie de Gina Pane, 1968

Gina Pane, Marquage de la trace du passage du torrent de l'Albergan, 1968. Achat à Mme Anne Marchand en 1995, Inv. : FNAC 95118.

Le Cnap a lancé un quatrième appel à projets en 2019 pour l’attribution de bourses de recherches curatoriales.

Ce dispositif innovant, encore expérimental, témoigne du souhait de l’établissement de mieux donner à voir et à comprendre sa collection, d’en faire une ressource et un objet de connaissance pour les professionnels, et, parallèlement, de soutenir les commissaires indépendants dans leur démarche. 

Les candidats retenus reçoivent une bourse de 7000 euros, sont encouragés à travailler avec l’équipe scientifique du Cnap et ont l’opportunité d’explorer l’ensemble des ressources documentaires disponibles.

Un jury, présidé par Béatrice Salmon, directrice du Cnap, et composé de personnalités extérieures et de membres de l’équipe de conservation du Cnap s’est réuni le 13 décembre pour distinguer les projets les plus pertinents. Il réunissait Clarisse Hahn, artiste, François Aubart et Gallien Déjean, tous deux critiques d'art, commissaires et enseignants, Aude Bodet, cheffe du pôle collection, Xavier-Philippe Guiochon, chef de la mission de récolement et responsable de la collection historique et moderne et Juliette Pollet, responsable de la collection arts plastiques. 

Deux projets ont été retenus :

  • Eva Barois De Caevel : Communautés imaginées
  • Victorine Grataloup : “It will also be shown in Europe” – artistes du Maghreb, du Machrek et de la Péninsule arabique dans les collections du Cnap.

Ces projets engagent des questions cruciales de l’historiographie contemporaine et renouvellent le regard porté sur l’institution et l’histoire de sa collection.

Le prochain appel à projet sera lancé à la fin de l’année 2020.

Communautés imaginées
Eva Barois De Caevel

Cette recherche emprunte son titre à un essai de Benedict Anderson paru en 1983 : Imagined communities – Reflections on the Origin and Spread of Nationalism. Il y développe la thèse suivante : la nation et le sentiment national sont des objets culturels dont il est possible d’écrire l’histoire. Il nous invite également à observer les rapports entre ce concept de nation, ses effets et l’histoire de l’exposition des artefacts artistiques en Europe, c’est-à-dire l’histoire des expositions universelles, l’histoire du musée, l’histoire de la « fabrique de l’art national », mais aussi l’histoire des réseaux nationaux d’acquisition et celle de la constitution des grandes collections nationales. En même temps que s’écrivait une histoire nationale de l’art, se pensaient aussi, dans les limites de la nation et hors d’elles, un art anti-national, et des pratiques mettant en travail des formes différentes d’identité culturelle. Si la nation est communauté politique imaginaire, la question se pose de ce qui définit, pour les XXe et XXIe siècles, la contestation, l’alternatif et la contreculture. Eva Barois De Caevel s’interroge sur la place, dans une collection nationale, de productions artistiques en relation avec les communautés imaginées auxquelles elles appartiennent, ainsi que sur la temporalité et la forme de l’intégration de ces productions au récit national. Elle souhaite travailler à une analyse des relations entre politique d’acquisition et imaginaires collectifs, appliquée à un objet. Sa recherche s’emploiera à tester et produire des méthodologies spécifiques et réflexives dans le cadre plus vaste de l’écriture d’une histoire culturelle des collections du Cnap.

Eva Barois De Caevel est commissaire d’exposition indépendante, éditrice à RAW Material Company, centre pour l’art, le savoir et la société à Dakar et professeure d’histoire de l’art à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon.

“It will also be shown in Europe” – artistes du Maghreb, du Machrek et de la Péninsule arabique dans les collections du Cnap
Victorine Grataloup

Le titre de cette recherche fait référence à un film de l’artiste Fatma Bucak, absente des collections du Cnap mais fondamentale dans le travail mené par Victorine Grataloup sur les regards portés sur le monde islamique (depuis et en dehors) dans l’art contemporain.

Parmi les œuvres d’artistes ressortissant·e·s de pays du Maghreb, du Machrek et de la Péninsule arabique que compte la collection en octobre 2019, on note une surreprésentation des artistes issu·e·s d’anciennes colonies ou protectorats français : si le Cnap a l’ambition déclarée de « rend{re} compte de la diversité des pratiques artistiques, toutes nationalités confondues » ce n’est donc pas sur le modèle de la collection à visée universelle mais en tenant compte de l’inscription de la France dans une histoire spécifique, celle d’une ancienne puissance coloniale entretenant des rapports diasporiques et diplomatiques complexes avec un certain nombre de pays arabes. L’étude du corpus sera quantitative mais aussi et surtout qualitative, par le biais d’entretiens et d’une méthodologie issue de l’ethnographie compréhensive, visant à rendre compte des représentations en jeu derrière chacune des acquisitions.

Victorine Grataloup a étudié l’histoire et la théorie de l’art à l’EHESS et à l’Université Paris I Panthéon – Sorbonne, où elle est aujourd’hui chargée de cours, et a travaillé au Palais de Tokyo, à KADIST, Bétonsalon – Centre d’art et de recherche et au Cneai avant d’exercer ses fonctions de commissaire d’exposition en indépendante. Elle est cofondatrice de la plateforme de recherche en ligne QALQALAH قلقلة et du collectif curatorial Le Syndicat Magnifique.

Dernière mise à jour le 20 août 2020