La restauration de L’Homme primitif de Paul Dardé

Un dépôt du Cnap au Musée national de Préhistoire
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Face à face entre Dardé et son Homme préhistorique dans son atelier à Lodève en 1930

Commandée par l’Etat en 1924 pour le musée des Eyzies, qui avait ouvert ses portes au public un an plus tôt, L'Homme primitif de Paul Dardé (FNAC 3539) est une statue de 3m de haut et de 5 tonnes, taillée dans un seul bloc de pierre de Lens. Elle se dresse sur la terrasse du Grand abri des Eyzies depuis 1931.

Cette statue, inscrite à l’inventaire du Fonds national d’art contemporain, représente l’Homme de Neandertal, comme en témoigne l’inscription sur sa base. Sa réalisation a fait l’objet d’un travail de documentation préalable. Paul Dardé s’est notamment penché sur les études des préhistoriens Marcellin Boulle et l’abbé Breuil. Le volume du crâne, les dimensions des pieds, la courbure du dos répondraient ainsi aux données scientifiques de l’époque issues de l’archéologie.

Pour autant, cette œuvre reste tributaire du style de son créateur, comme en témoigne le visage qui préfigure le
« faciès Dardé » : traits bruts, mâchoires et nez proéminents, front fuyant. Se dégage de cette statue une impression écrasante de force brute, de « primitivisme », qui, selon l’artiste, devait renvoyer l’homme à ses propres origines, et le pousser à renouer avec sa nature profonde. La monumentalité de cette œuvre et le dialogue que celle-ci entretient avec le paysage qui l’entoure expliquent qu’elle soit devenue le symbole de la vallée de la Vézère.

L'Homme préhistorique sur le parvis du Musée National de Préhistoire aux Eyzies de Tayac en Dordogne

Paul Dardé (1888-1963)

Originaire des environs de Lodève, fils de paysan, Paul Dardé est un artiste autodidacte. Durant son enfance, il explore sa région, des merveilles et curiosités géologiques, aux vestiges laissés pas les hommes préhistoriques. Cette proximité avec la nature, les premiers temps de l’humanité, imprègnera son œuvre.

En 1912, il effectue un séjour d’un mois en Italie, puis réussit le concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts, qu’il quitte au bout d’un mois et demi. Il entre alors dans l’atelier de Rodin, où il reste cinq jours. C’est à ces trois expériences que se résume sa formation artistique. Dès lors, il passera le plus grand de son temps dans sa région natale, près de Lodève.

Malgré un succès fulgurant dans les années 1920, qui lui vaut de prestigieuses commandes publiques dont celles de plusieurs monuments aux morts, réalisés dans les mêmes années que L’Homme primitif des Eyzies, Paul Dardé bascule à nouveau rapidement dans un anonymat relatif. Si beaucoup reconnaissent son génie, son œuvre dérange par la force brute qu’elle dégage. Après plusieurs années à créer pour lui-même, pour des amateurs éclairés ou dans le cadre de commandes de diverses institutions de sa région d’origine, Paul Dardé s’éteint en 1963.

Étude pour L'Homme préhistorique

Étude pour L'Homme préhistorique. Non daté, technique mixte sur papier.

La restauration

En septembre 2021, la statue de Paul Dardé est restaurée par deux restauratrices du patrimoine, afin de :

  • Faire un constat d’état détaillé

Installée en 1931, l’œuvre de Paul Dardé est depuis exposée aux intempéries et aux microorganismes. La restauration va permettre de faire le point sur l’état de conservation de l’œuvre, de son scellement à sa structure, et de mesurer les dommages subis pendant près de 90 ans. Ce constat est aussi l’occasion d’en apprendre plus sur cette œuvre, sur sa technique de fabrication ou ses restaurations antérieures.

  • Nettoyer

Les conditions climatiques et l’environnement du lieu ont laissé des traces diverses sur la statue : trainées noires, taches blanches et grands aplats verdâtres peu esthétiques.

La statue est donc nettoyée par brossage à sec puis à la vapeur d’eau. Si, à l’issue de ce nettoyage, de trop grandes disparités apparaissent au niveau de l’aspect de surface, des retouches sont réalisées afin de redonner un aspect plus esthétique à la statue.

  • Prévenir les prochaines altérations

Intervenir sur L’Homme primitif de Dardé est une opération compliquée au niveau logistique, du fait de son emplacement. Cette spécificité, la nécessité de veiller à la bonne conservation de l’œuvre, expliquent que des traitements préventifs doivent être pris.

Sur les zones les plus susceptibles de se dégrader, notamment le sommet du crâne, une couche composée de chaux et de pigments naturels est appliquée. Ainsi, l’acidité des fientes d’oiseaux ou les microorganismes attaqueront ou se développeront sur cette couche sacrificielle, et non sur la pierre elle-même.

Vue de l'échafaudage
Dernière mise à jour le 9 septembre 2021