La grande Belleza

Jacques Migayrou
Galerie Françoise Besson Lyon
Forêt

De l’autre côté de la toile
Il est une raison particulière de s’intéresser à Jacques Migayrou. On pressent l’avènement dans sa
peinture de quelque chose de singulier. Elle offre un répertoire pictural propre à l’artiste, qui
s’éloigne d’une pensée classique où la couleur et la lumière se disputent la première place.
Pour comprendre l’évolution de J. Migayrou, il faut d’abord voir d’où il est parti. A l’origine, il
manifeste un goût prononcé pour l’héritage de l’architecture antique et pour les canons
esthétiques. Il renouvelle le discours de la beauté idéale par le biais de l’emprunt et de la
représentation du corps. L’héritage romantique, celui qui constitue le champ de l’histoire de
l’artiste apparaît et fait duel. C’est alors qu’intervient, la réflexion essentielle qui est celle de la place
que l’humain entretient avec son rapport au monde. C’est à partir de ces grands axes auxquels
s’ajoute aujourd’hui celui du paysage, que J. Migayrou crée une diversité dans ses oeuvres.
Conçue comme une entité personnelle, l’oeuvre révèle une conception intime pour mettre en
exergue l’émotion. Susciter l’émotion ! C’est bien de cela dont il s’agit !
La peinture de Migayrou sème le trouble, elle perturbe tant par l’organisation pittoresque de la
composition que par la palette. Paradoxalement simples et complexes les compositions se
délestent des lois de la perspective et sont réduites à une hiérarchie des plans. Les surfaces sont
ordonnées et traitées en aplat, les figures et les formes sont étirées et animées d’une douceur
languide. Les proportions parfois exagérées marquent un effet d’étrangeté. La ligne est sinueuse.
Les arbres et les motifs architecturaux tels des remparts sont dominants. Les corps sont
théâtralisés, mis en scène au moyen de couleurs contrastées et de l’éloquence de la posture. Les
sujets féminins sont travaillés sans détails et en torsion musculaire. D’une pâleur minérale ou d’un
éblouissement phosphorique, ils sont le point de lumière central de l’oeuvre. Quant aux
personnages masculins, le corps est figé, mutilé et décapité, exposé en contrapposto, il incarne
l’esprit grec et affirme cette quête de la beauté.
Jacques Migayrou porte une attention minutieuse aux choix chromatiques. Tour à tour, chaudes ou
froides elles sont lissées ou appliquées en larges touches, elles segmentent les plans, traduisent
une gestualité et induisent le récit. Elles créent des atmosphères nocturnes, orageuses et
tourmentées. Les paysages expressionnistes sont immenses, ténébreux et hostiles. Certains
accords créent de violents effets de contrastes et donnent une impression d’irréalité. Les
combinaisons des masses colorées lumineuses se répondent, s’affrontent et se repoussent de part
et d’autre de la toile. La couleur s’émancipe, elle est vibrante et puissante voire insolente, elle est
un véritable uppercut !
La force émotionnelle du langage plastique de Jacques Migayrou ne réside pas uniquement dans le
choix des couleurs et de la citation, elle vient également des thématiques abordées. Le paysage
tient une place importante et devient le sujet privilégié des oeuvres récentes de l’artiste. Il transcrit
sur la toile la sensation des variations colorées, la lumière et le sentiment de l’éphémère. La
transcription des effets atmosphériques et des mouvements de la nature apparaissent comme le
reflet des émotions. L’artiste accède à une plus grande liberté picturale et émotionnelle. Dès lors,
la couleur est un miroir magique qui, si nous savons le flatter, nous révèle nos désirs, nos peurs, nos
angoisses, nos pensées cachées, et nous dit des choses essentielles sur le monde, et sur nousmêmes.
C’est ainsi que la couleur est à son paroxysme, que la lumière est majesté. Ces deux
éléments s’imposent comme des alliés et deviennent une autre réalité : la matière qui assure la
réussite de l’oeuvre et rend possible cette approche intime du sensible de l’autre côté de la toile.
Marie-Agnès Charpin

Autres artistes présentés

Jacques Migayrou

Adresse

Galerie Françoise Besson 10, rue de Crimée 69001 Lyon France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 4 mai 2021