LÉA LE BRICOMTE War room

Exposition
Arts plastiques
Galerie Lara Vincy Paris 06

La galerie Lara Vincy présente la première exposition personnelle de Léa Le Bricomte à Paris, née en 1987, diplomée des Beaux-Arts de Caen (ESAM) avec les félicitations du jury en 2008 et 2010.

Vous venez de pénétrer dans une zone militarisée. Si vous ne portez pas le treillis, si vous manquez de munitions, que vos galons sont sans éclat… peu importe, dès l'entrée, votre matricule suffit à vous identifier en tant que visiteur.
War Room est une zone de repli, une cellule de réflexion, un terrain d’entraînement intensif. Du nom du QG de campagne de François Hollande, candidat à la présidence 2012, « War Room » est le nom de baptême de la première exposition personnelle de Léa Le Bricomte à Paris.
C’est un territoire sécurisé dans lequel on pénètre en temps de conflit pour se recharger. Neutre en apparence, c'est là que se goupillent de fines stratégies de conquête en  matière d’art et se dégoupillent les habituels symboles de l’autorité et du pouvoir. C’est sur ce terrain que l’explosive Léa Le Bricomte sème ses petites bombes artistiques.
Entre ornements militaires et esthétique du pouvoir, il n’y a pas de place pour la neutralité esthétique. Il faut choisir son camp dès le carton d’invitation.
De quel côté de la vitre le visiteur se place-t-il ?
C’est à travers la vitre teintée de vert d’un blindé que les premières visions de cette exposition nous parviennent. Dans notre champ de vision, une armurerie familiale des années 60 apparaît. C’est l’armurerie dans laquelle l’artiste a fait ses armes, symboliquement élevée au sein d’une armurerie. Genèse du travail de l’artiste, cette photographie s’insinue comme un présage de l’exposition qui nous attend. Car si « War Room » sent le soufre et la poudre à canon comme il se doit, elle sait autant déployer ses forces armées que ses canons de la beauté.

Et en guise de chair à canon, une série de renards rôdent comme des sentinelles dans la galerie.
Postés dans différentes positions, ces canidés sauvages au pelage roux et soyeux ont des allures de soldats-kamikazes. Aussi rusés soient-ils, ils avancent ceinturés de balles, en terrain miné, et on ne donne pas cher de leur peau. Il n’est pas sûr que dans de telles conditions, on puisse nous ramener même les oreilles et la queue de l’animal en trophée.

Mais au moins auront-ils mérité une médaille dans leur combat héroïque. Le mur de la galerie fait honneur à ces ornements militaires. Des « Dripping medals », ces insignes du pouvoir, s’étalent avec prestige et distinction. L’artiste n’hésite pas à les détourner pour mieux les tourner en dérision. Une série de croix militaires aux rubans démesurés s’exposent à l’œil nu comme de véritables tableaux abstraits, des drippings à la Pollock dont les coulées multicolores donnent un véritable sens au mot « décoration ». Un premier degré qui nous allège et nous soulage des hiérarchies, des codes et des contingences militaires. Chevalier, officier, commandeur ou grand officier, ordre national du mérite ou Légion d’honneur… peu importe l’autorité, pourvu qu’on ait l’ivresse des couleurs et des formes !
Et dans cette sorte de parade militaire en dehors des dates habituelles, aucun attribut guerrier n’est épargné.
Des torpilles, des petites balles 22 long rifle ou des gros obus rattachés à du gros son… petits et gros calibres sont de sortie pour une démonstration de force. Certains même prennent des allures inattendues et vont jusqu'à jouer avec leur statut de fétiche. Un peu partout, dans cette zone démilitarisée mais hautement sensible, on trouve des petites balles ou de gros obus sur roulettes. Ces « Free rides » sont des obus de la guerre de 14 qui jouent avec nos peurs. De véritables trésors militaires déminés et montés sur des roues de couleurs. Comme s’ils avançaient en tenue camouflage, d’autres obus s’agrémentent eux de plumes et de perles, à l’image des tomawaks indiens. Chaque fois menaçants en apparence mais totalement pop et sans danger. A la croisée d’une guerre moderne et des temps du western, on oscille sans cesse entre l’envie d’impressionner son adversaire avec prestige tout en se camouflant avec talent. 

Une cible nous expose même à la tentation de l’entrainement. Une séance de tir à l'arc s’impose. Viser et frapper en plein cœur de la cible en est l’enjeu. Mais fragile à souhait, fabriqué dans du verre, cette cible-vitrail nous met à l’épreuve de nos tentations. Un curieux dilemme se crée : admirer cette œuvre pleine de grâce ou assouvir son désir de destruction ?  
 
Léa Le Bricomte serait probablement capable sous ses airs innocents, de fabriquer une bombe dans sa cuisine. Depuis ses débuts, dans sa besace blindée, parmi ses multiples trésors de guerre, elle a notamment des menottes, des plantes carnivores, des armes à feu, des uniformes et des galons… mais aussi une armée d’escargots à son service. Cet inoffensif gastéropode visqueux et invertébré se glisse dans quelques-unes de ses performances dont « Snails invasion » qui nous laisse suivre la trajectoire de ses petits soldats partant à l’assaut du corps ou encore de quelques monochromes de peinture, rongeant la matière et la digérant avec art. Alors que leurs sécrétions rappellent les fluides humains, Léa le Bricomte réinvente l’art corporel.
Entre douceur et violence, son art nous entraîne dans une guerre fantasmée qui nous rappelle à la vie tout en nous mitraillant de couleurs. Une bataille esthétique se livre là. Entre pulsion de mort et instinct de survie, Léa Le Bricomte a choisi son camp. Sur ce terrain miné qu’est l’art, c’est le désir qui est chaque fois le détonateur de cette œuvre fougueuse.

Anaïd Demir

Un catalogue avec un texte de Anaïd Demir est édité par la galerie à l’occasion de cette exposition.

Tarifs :

Gratuit

Complément d'information

Expositions récentes (sélection) :

2012
- "Rêvons la ville", à partir du 16 mai, Musée de Saint-Quentin en Yvelines.
- "Je ne veux pas être consommé trop vite", Anywhere galerie, Paris.
2011
- "FEU!", Galerie Le Préau, Nancy (solo).
- "Goth MLF", Galerie des Vertus, Paris.
- "What do you see ?", Bangkok Art and Culture Center, Thailande.
- Prix Science Po pour l’art contemporain (présentée par Anaïd Demir), Paris.
- Artparis 2011, Granville Gallery, Grand Palais, Paris.
2010
- "Grand Paris de L’art Contemporain", Abbaye de Maubuisson.
2009
- "Cure", Hôpital Paul Brousse, Villlejuif.
- "Smoke on the water", Aka Renga / Redbrick Housse, Yokohama, Japon.
2008
- "Gaude Mihi #2", Galerie du Haïdouc, Bourges.
2007
- "Watch your step", Wharf (centre d’art contemporain de Basse-Normandie), Hérouville Saint-Clair.

Horaires

Du mardi au samedi : 11h - 13h et 14h30 - 19h

Adresse

Galerie Lara Vincy 47 rue de Seine 75006 Paris 06 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020