KAPWANI KIWANGA

SUBDUCTION ZONES
Exposition
Arts plastiques
Galerrrie du Grrranit Belfort

© Kapwani Kiwanga « Strata », 2015, images extrait de la vidéo.

Kapwani Kiwanga met à profit sa formation dans le champ des sciences sociales, pour élaborer des projets de recherches singuliers. Sa méthode consiste à créer des systèmes et des protocoles qui agissent comme des filtres au travers desquels elle observe les cultures et leur capacité à muter. Elle se nourrit de recherches anthropologiques, de littérature, d’histoire et de science-fiction, d’archives et de culture vernaculaire. Dans ses films, installations et performances, elle explore la relation au savoir, à la science, aux croyances, questionnant le statut du document et de la culture immatérielle. Ayant un goût pour les traditions orales elle use de la forme documentaire et de la conférence pour nous faire voyager dans des savoirs aux croisements des cultures, ou l’histoire de l’Afrique tient une place importante. Elle emprunte ou détourne des méthodologies de l’anthropologie et de la sociologie afin de créer de nouvelles connaissances et d’encourager la démarche critique. Les fictions spéculatives ou réalités alternatives de Kapwani contribuent à ajouter au monde contemporain des strates de complexité. Comme le suggère le penseur Sénégalais Issa Samb : « L’humanité doit créer son propre passé afin de se projeter dans l’avenir. Le créer. Tel un serpent qui se défait de sa peau. »*


Pour l’exposition au Granit, SUBDUCTION ZONES, Kapwani enquête à Gibraltar sur le projet d’Afrotunnel. Un hypothétique passage souterrain reliant l’Europe (Espagne) au continent africain
(Maroc). Ce dernier fait depuis plusieurs années l’objet d’études d’ingénierie se succédant sans aboutissement, l’appel d’offre étant toujours en cours.
Gibraltar est habité par la mythologie grecque qui attribue à Hercule le fait d’avoir ouvert la Méditerranée sur l’Atlantique, cette « mare incognita » et l’histoire qui en fit la porte vers la conquête des Amériques. Charles Quint reprenant à son compte les mots que soutenaient les colonnes d’Hercule « Nec plus ultra » en « Plus ultra » entre la crainte de l’inconnue (plus rien au-delà) et un déplacement chevaleresque, un permanent dépassement de soi qui deviendra la devise de l’Espagne.
Il faut aussi compter avec les forces géologiques et le travail de la zone de subduction qui agit entre les plaques eurasienne et africaine, l’une passant sous l’autre au rythme de 4,8 mm par an dans cette zone, selon de récentes observations.
Kapwani collecte ces données issues de domaines scientifiques différents à la manière d’une chercheuse qui mène des investigations sur le terrain. Dans Erygmascope II, elle nous donne à voir différents documents issus de ses recherches. Imprimés sur des rhodoïds (support déjà désuet), comme s’ils pouvaient être utilisés pour une présentation publique lors d’une conférence. Documents d’ordre géographique, géologique, historique, mythologique, technique et futuriste pour les projets Atlantropa et Afrotunnel. Images qui se stratifient, se superposent et jouent de l’analogie avec les strates géologiques, l’erygmascope étant un instrument d’optique permettant d’observer ces dites couches (cf ill.). Les deux étagères de Subduction Plates traduisent, comme un schéma se développant dans l’espace, le phénomène de subduction, soit le passage d’une plaque plus dense sous une autre, phénomène que l’on voit particulièrement agir au niveau du détroit de Gibraltar. Celui ci étant à l’origine de son ouverture il y a 5,33 millions d’années et voit aujourd’hui son « progressif rétrécissement » par une inversion du mouvement de la zone de subduction. Soit le passage de la plaque eurasienne sous l’africaine devenu plus légère. Mouvement induisant de potentiels tremblements de terre et donc des tsunamis, dont ont peut-être fait les frais nos deux colonnes d’Hercule, nec plus ultra, architecture mythique commémorant la percée du détroit par Hercule qui fut l’incursion la plus à l’ouest de ce personnage, marquant la fin du monde connu par les grecs de l’Antiquité.
Strata, la vidéo présente dans la petite salle, met en scène dans un « Opéra rock », une allégorie qui se joue entre un géologue, un pâtissier, un marin et un fossile. Le livret de cet opéra est lu par Kapwani qui introduit par le biais de la métaphore les différents protagonistes à l’œuvre dans cette zone de subduction en un poème métaphysique aboutissant sur des vues de la grotte San Miguel de Gibraltar, elle même sujette à une légende qui voudrait qu’elle soit la porte d’entrée vers un tunnel rejoignant l’Europe à l’Afrique. L’interprétation d’un air d’opéra, Didon et Enée de Purcell, accompagne de son ton tragique ces images.

* « The Shell. A conversation between Issa Samb and Antje Majewski », in C. Deliss (ed.), Object Atlas-Fieldwork

Tarifs :

Entrée libre

Complément d'information

Kapwani Kiwanga est née en 1978 à Hamilton au Canada, elle vit et travaille à Paris. Après des études d’anthropologie et de religions comparées à l’université McGill de Montréal, elle a suivi le programme de recherche « La Seine »
à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, puis le Fresnoy – Studio national d’art contemporain. Elle a été en résidence à la MU Fondation à Eindhoven (Pays-Bas)
et au Manège de Dakar. Ses films ont été primés dans de nombreux festivals, deux fois aux BAFTA. Elle a présenté son travail internationalement : en 2016 à La Ferme du Buisson, Noisiel (FR), à THE ARMORY SHOW, New-York (US), au Granit, Belfort (FR), en 2015 à la Galerie Jérôme Poggi, Paris (FR), à la FIAC Grand Palais- Secteur Lafayette, Paris (FR), à la Contemporary African Art Fair, London (UK), à Viafarini, Milan (IT), à la South London Gallery, Londres (UK), à Ecole Supérieure d’Art et Design, Bourse du Travail, Valence (FR). Elle participe aussi à de nombreuses expositions collectives et réalise de nombreuses performances dans lesquelles elle endosse le rôle d’une chercheuse venue du futur. Elle a réalisé un livre d’artiste pour son exposition au Jeu de Paume, Paris, Maji Maji. Elle est présente dans les collections du FRAC Ile-de-France et Poitou- Charentes. Elle est représentée par les galeries Jérôme Poggi, Paris et Tanja Wagner, Berlin.

Artistes

Partenaires

Kapwani Kiwanga remercie la Galerie Jérôme Poggi, Paris, le Centre National des Arts Plastique, Fabienne Bideaud et La Tôlerie pour leur soutien au projet Afrotunnel.

Horaires

Du mardi au samedi de 14 à 18 heures, le mercredi de 10h à 18h et les soirs de spectacle. Rencontre avec les enseignants et responsables associatifs le jeudi 10 mars à 18h Visite sandwich mardi 15 mars à 12h20 Une visite avant le spectacle mardi 5 avril à 19h La dernière visite mardi 19 avril à 18h

Adresse

Galerrrie du Grrranit 1 faubourg de Montbéliard 90002 Belfort France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020