Jordi Colomer, L'Avenir

Dans le cadre du Festival International d'art de Toulouse
Exposition
Film, vidéo
Pavillon Blanc Henri Molina Médiathèque | Centre d’art de Colomiers Colomiers

Jordi Colomer, L'Avenir, 2011

JORDI COLOMER - EXPOSITION MONOGRAPHIQUE

24 MAI - 31 AOUT 2013
Conférence rencontre avec l’artiste Samedi 25 mai à 11h Salle de Conférence

Exposition co-programmée et coproduite avec Le Festival International d’Art de Toulouse, 24 mai – 23 juin 2013
Le Pavillon Blanc – Centre d’art de Colomiers répond au projet du Printemps de Septembre devenu Festival International d’Art de Toulouse en invitant un acteur majeur de la scène européenne, Jordi Colomer, à investir son espace d’exposition. Cet artiste espagnol (il vit et travaille entre Paris et Barcelone), à la formation plurielle d’architecte, artiste et historien de l’art, est connu pour une œuvre qui explore la ville et les utopies. Marquée d’un fort sens sculptural, son œuvre englobe de multiples disciplines et tout particulièrement la photographie et la vidéo ainsi que leur mise en scène dans l’espace d’exposition. A Colomiers, l’artiste conçoit un projet monographique pensé pour le lieu et présente L’Avenir, un projet autour du Phalanstère de Charles Fourier. Cette utopie architecturale et sociale jamais réalisée trouve un écho particulier dans les rapprochements chers à l’artiste entre politique, fiction et architecture. L’Avenir est la projection des possibles, le récit vidéographique d’une aventure. De la description littéraire et philosophique que Charles Fourier avait fait de cette architecture, Jordi Colomer élabore une oeuvre où cet imaginaire politique s’incarne dans une action collective, un espace hors du temps. L’ Avenir est la projection des possibles, le récit vidéographique d’une émancipation à conquérir.

Une référence au Phalanstère

Dès l’entrée de l’exposition, on aperçoit une vidéo avec des personnages portant une banderole avec le mot « L’Avenir ». Reproduction du slogan qui apparaissait sur une représentation du Phalanstère imaginé par le philosophe et utopiste Charles Fourier, ce mot donne son titre et son sujet à l’oeuvre. Si cette image fait référence à l’utopie architecturale de Fourier, elle signe aussi l’importance des idées et du politique dans l’oeuvre de Jordi Colomer : la manifestation, la banderole, l’action collective et l’espace public sont récurrents. Cet intérêt résonne jusque dans les titres de ses oeuvres. Anarchitekton (2002-2004) est ainsi le titre d’une série de performances photographiées où un personnage défile en brandissant des affiches en formes de maquettes de bâtiments à Osaka, Barcelone, Brasilia et Bucarest : ce titre est un néologisme composé en référence aux Architectones de Kasimir Malévitch et aux Anarchitectures de Gordon Matta Clark. Une oeuvre de 2004, No? Future! – une vidéo montrant un panneau lumineux monté sur une voiture à la manière d’un slogan publicitaire, fait clairement référence à la culture Punk.

Un art à la croisée des utopies politiques et architecturales

Avec la référence au phalanstère, Jordi Colomer revisite l’origine des utopies architecturales de la modernité. Le phalanstère devait permettre de mettre en oeuvre la théorie de « l’attraction passionnée » élaborée par Fourier. La pensée à la fois sociale et politique de cet auteur visait l’harmonie universelle par l’équilibre des passions humaines. Le phalanstère permettait selon Fourier de rassembler dans un même lieu les 810 catégories de passions et sous-passions, soit 1620 hommes et femmes constituant une phalange, unité de base de son modèle de société. La vie dans cette architecture idéale composée de lieux collectifs, de crèches, aurait été réglée par l’alternance de 4 activités par jour, le partage des tâches entre loisirs, travail, vie collective, hommes et femmes. C’est cette étroite imbrication entre architecture, société et politique qui intéresse Jordi Colomer chez cet auteur de référence pour l’architecture moderne, le féminisme et la naissance de l’idée socialiste. Fourier décrivait dans ses écrits des temps de vie dans ce lieu utopique que Colomer incarne dans ses vidéos. Dans un espace virginal et battu par les vents, les personnages prennent un repas collectif sur les éléments de la maquette du phalanstère; ils en reconstituent une image modeste et gauche, matérialisation fragile et joviale de l’utopie rendue possible. Sur certaines images, des mirages apparaissent à l’horizon. Filmé dans le delta de l’Ebre près de Barcelone, ce lieu indéterminé rappelle l’étymologie de l’utopie : du grec ou et topos, « qui n’est aucun lieu ».

Comment habiter les espaces urbains et les architectures?

Omniprésente dans son oeuvre, l’architecture est abordée comme une question à la portée autant philosophique qu’existentielle. C’est ce « décalage entre les bâtiments modernes et leur appropriation par les habitants » qu’explore l’artiste, explique Marie-Ange Brayer dans un texte issu du catalogue Fuegogratis. Qu’est-il advenu de l’architecture moderne et de la pensée émancipatrice qui en fut à l’origine ? Des déserts ou des images ? Sans prendre partie, c’est la question que semblent poser les personnages qui défilent dans les vidéos d’Anarchitekton avec leurs pancartes en formes de maquettes. A Brasilia – cette ville moderne dessinée pour la voiture par l’architecte moderniste Oscar Niemeyer, le personnage emprunte les « chemins du désir » ainsi que les nomment les habitants, des pistes tracées de manière empirique par les piétons. Pour Jordi Colomer, c’est le manifeste d’une « architecture sans architecte ». Dans l’exposition de Colomiers, d’autres personnages reconstituent le phalanstère à l’apparence de palais, tandis que dans l’espace d’exposition, les éléments de cette même maquette sont agencés dans une forme semblable à un grand ensemble. La Cité radieuse de Le Corbusier, premier exemple moderne de logement social, faisait d’ailleurs référence au Phalanstère. L’installation L’Avenir apparaît comme le devenir des projections des idées du passé.

Des frontières minces

Architecture/décor, réalité/fiction, art/non art : des frontières minces dans le travail de Jordi Colomer. Malgré l’aspect bricolé des scènes vidéos et la modestie de ses installations faites d’écrans et de chaises, l’artiste ne laisse rien au hasard, affirmant ainsi des choix. La différence entre fiction et documentaire n’a ainsi que peu d’importance à ses yeux : ses «personnages» sont généralement des acteurs non professionnels et jouent parfois leur propre rôle – comme dans l’installation qu’il montre actuellement au Frac Basse-Normandie intitulée La soupe américaine. Dans cette oeuvre proche du document, il s’intéresse aux vestiges d’architectures américaines préfabriquées de 1945 et à leurs habitants. Ses vidéos sont des performances qui interfèrent avec le réel. Dans No? Future!, un personnage joue ainsi du tambour à 5h du matin dans les rues du Havre tout en sonnant chez les habitations qu’il croise... Dans L’Avenir, les vidéos décrivent une situation où les objectifs sont approximatifs mais les actions concrètes : les personnages mangent et luttent contre le vent pour installer la maquette, l’espace et le temps sont indéterminés, l’action s’improvise. L’oeuvre de Colomer crée des situations où la fiction croise la vie. Ces fictions prennent des accents brechtiens et debordiens : les personnages « déambulent sans buts », les vidéos tournent en boucles et l’on distingue rarement un début et une fin, voire une finalité dans l’action des personnages. L’exposition elle-même abolit les frontières entre l’art et le quotidien : assis sur les chaises de monsieur tout le monde et parmi ces simples écrans, on ne sait plus ce qui fait oeuvre. L’installation devient le lieu d’une rêverie.

Rêver et construire des images

Plus qu’abolir des frontières, Jordi Colomer imbrique des univers distincts. Les maquettes introduisent des objets fictifs dans le réel, les personnages sont des gens, les architectures deviennent décors. De même, les espaces de Jordi Colomer sont des lieux glissant ; entre art et réalité, entre conscience et rêve. Ses expositions sont un écrin où le visiteur peut s’assoir et flâner. Ses vidéos construisent des images et des fictions aux temporalités indéterminées, d’espaces et de décors où les personnages parlent de manière inaudible. On se souvient de ses vidéos comme de bribes d’actions et d’images. Dans une interview avec Marta Gili retranscrite dans le catalogue Fuegogratis, l’artiste dit ainsi que « le spectateur idéal serait à la fois distrait et conscient, quelqu’un qui rêverait tout en étant capable, simultanément, d’analyser ce qu’il est en train de rêver". 

Jordi Colomer:

Jordi Colomer est né à Barcelone (Espagne) en 1962; il réside et travaille entre Barcelone et Paris. Son oeuvre traverse des disciplines telles que la photographie, la vidéo ainsi que leur mise en scène dans l’espace d’exposition. La variété des moyens et des formes de son travail correspond autant à sa formation plurielle d’architecte, d’artiste et d’historien de l’art, qu’à la diversité de ses centres d’intérêt - pour le théâtre, la littérature et les pensées progressistes, très présentes dans son oeuvre. Formé à l’école d’art et de design de Barcelone où il suivra les cours de « scénographie des fêtes », il rejoint ensuite la Faculté d’histoire de l’art avant d’entrer à l’école d’architecture de Barcelone. Après sa première exposition en 1986 à la Fondation Joan Miró de Barcelone composée de maquettes d’architectures détournées, la diffusion de son travail débute avec les années 90, à partir de l’exposition “Alta Comèdia”, réalisée à Tarragone en 1993. En 1997, il présente sa première oeuvre vidéo au MACBA, à Barcelone. À partir de 2001, sa recherche scénographique s’ouvre à l’espace urbain. C’est aussi l’époque de nombreux voyages, de projets qui marquent son oeuvre, tels Anarchitekton (2002-2004) et No? Future! (2004). Il a récemment exposé au Bildmuseet en Suède, au Tlateloco Unam de Mexico et à Z33 à Hasselt en Belgique. En France il a bénéficié en 2008 d’une exposition au Jeu de Paume. Il présente actuellement La soupe américaine jusqu’au 23 aout au Frac Basse Normandie à Rouen et est invité aux Abattoirs à Toulouse à l’occasion de Les Pléïades, événement des 30 ans des FRAC, en septembre 2013.

Commissaires d'exposition

Artistes

Partenaires

Le Centre d’art est soutenu par : la Région Midi-Pyrénées sur l’aide à la création, la diffusion de l’art contemporain et la sensibilisation des publics. La Caisse d’Epargne Midi-Pyrénées au titre des projets en faveur de l’éducation artistique et vers des publics éloignés de la culture. - Le Conseil général de la Haute- Garonne sur le plan en faveur des quartiers urbains de Colomiers

Accès mobilité réduite

Oui

Adresse

Pavillon Blanc Henri Molina Médiathèque | Centre d’art de Colomiers 1 place Alex Raymond 31770 Colomiers France

Comment s'y rendre

Bus gratuits de la Ville de Colomiers, lignes 5 et 7, arrêt Mairie allée du Lauragais. Lignes 64 TISSEO depuis et vers Toulouse et 32 depuis et vers Brax Plus d’info sur www.tisseo.fr TER Ligne TOULOUSE-COLOMIERS-AUCH, arrivée gare de Colomiers Plus d’info sur www.ter-sncf.com En voiture Sortie N°4 « Colomiers centre » Parking gratuit sous la place de l’Hôtel de Ville Accessibilité Pour les personnes handicapées , accès possible à Mobibus. De plus amples informations sur http://www.tisseomobibus.com/

Dernière mise à jour le 5 mai 2021