John M Armleder, Morgane Tschiember

En affinité(s) #5
Galerie Loevenbruck Paris 06
© ADAGP, Paris. Photo Fabrice Gousset, courtesy galerie Loevenbruck, Paris.

« Espèces»


Tea time : une rencontre entre Morgane Tschiember et John M Armleder. Règlement en espèces d’une addition ornée de minuscules étoiles. Après le salon de thé, la galerie. Un papier peint rose pailleté recouvre les murs du white cube. Ni Tschiember ni Armleder n’ont l’âme à s’émouvoir d’un destin décoratif de l’art. Sur le papier peint bubble gum, une constellation de motifs argentés, prenant tour à tour des allures de cibles, avec lesquelles il n’est pas facile de mettre dans le mille, et de croix résultant de l’agrandissement, de la déformation et de la pixellisation des étoiles de la facture. Le prix du display. Un papier peint a, au fond, toujours la possibilité de n’être que le décor de lui-même. Ici, tel n’est pas le cas. Dans l’espace, entre les murs roses, des céramiques trônent sur un podium, rappelant les marches d’une piscine. La peinture n’est pas, comme à l’ordinaire, sur les murs mais sur ces « Espèces ». Ses coulures, qui n’ont plus pour objet d’exprimer son être profond, se contentent d’orner les vases. Deux artistes, deux céramiques. C’est en effet par paires que celles-ci se présentent à nos regards et qu’elles ont été produites, selon la technique de l’estampage au moule. Les moulages ont été cuits en couple et les liens qui les attachaient les uns et les autres se sont désintégrés durant la cuisson, en laissant de bien curieuses traces. Dans le four, quelque chose a dû survenir car les deux artefacts n’en sortent pas dans le même état : l’un est impeccablement cuit ; l’autre est brisé par endroits. De quel conflit ces paires disparates pourraient-elles être l’allégorie ? Essayez de répondre. Peintures sur céramique et papier peint. Artisanat de haute lutte et science du display. Les « Espèces » ornent-elles le papier peint ou le second sert-il de décor aux premières ? Tout est décidément possible - quand John rencontre Morgane.


Marjolaine Lévy


Les œuvres en céramique que présente « JOHN M ARMLEDER / MORGANE TSCHIEMBER » ont été réalisées au Cercco, le Centre d’expérimentation et de réalisation en céramique contemporaine de la Haute École d’art et de design – Genève (HEAD), à partir d’une sélection de moules, datant du XIXe siècle à nos jours, issus du fonds de NUOVE//Residency.
NUOVE//Residency est un projet de résidence artistique dédié aux artistes intéressés par la connaissance, l’expérimentation et la production d’œuvres en céramique. En 2013, lors de sa résidence, Morgane Tschiember y avait réalisé les « Shibaris », sa première série d’œuvres en céramique, représentative de sa pratique artistique et de son expérimentation des matières.
La session d’« émaillage » des œuvres produites pour l’exposition s’appuie, quant à elle, sur les expérimentations de la couleur de John M Armleder, à l’image de sa série de peintures iconique « Coulures », en référence, notamment, à l’œuvre de Larry Poons.


John M Armleder


Fondateur, en 1969 à Genève, avec d’autres artistes proches de Fluxus, du groupe Ecart et de la galerie du même nom, John M Armleder a développé un œuvre incroyablement subtil et complexe, depuis les performances et installations dans les années 1970 jusqu’aux collages, compositions abstraites, emprunts explicites à l’histoire de l’art et réutilisations de mobilier (« Furniture Sculptures »), qui lui vaudront la consécration dans les années 1980 et le feront figurer en première ligne dans la reconnaissance internationale du courant néo-géo.
(www.lespressesdureel.com)
John M Armleder est représenté par les galeries Andrea Caratsch (Saint-Moritz, Zurich), Massimo de Carlo (Milan, Londres, Hong Kong), Mehdi Chouakri (Berlin), Almine Rech (Paris).


Morgane Tschiember


Depuis les origines de son travail, entamé dès ses études aux Beaux-Arts, de Quimper puis de Paris, où elle propose pour son DNSAP une campagne sur les panneaux JCDecaux, Morgane Tschiember fait image de la matière, de la forme et de la couleur. La photographie l’attire mais c’est la troisième dimension qui l’emporte, car y réside le véritable rapport au monde, fait de matière, de tentatives, d’expériences, de mouvement, de vérification de sa présence même au présent, dans l’instant.
En construisant des murs, en tordant des tôles, en dansant devant les toiles d’Ellsworth Kelly, en chauffant l’acier ou encore en coulant le béton, Morgane Tschiember est présente dans ce corps à corps avec l’espace-temps par la chorégraphie de ses gestes et de ses déplacements comme par la dimension spirituelle de chacun de ces rituels de fabrication des œuvres.
Lauréate du prix Jeune Création / Espace Paul Ricard, en 2001, elle a collaboré avec des artistes tels qu’Olivier Mosset ou Douglas Gordon. Morgane Tschiember a participé à de nombreuses expositions dans le monde (France, Autriche, Belgique, Grande-Bretagne, République tchèque, Allemagne, Italie, Serbie, Japon, Suisse et États-Unis).


« JOHN M ARMLEDER / MORGANE TSCHIEMBER » s’inscrit dans le cycle « EN AFFINITÉ(S) » 2017-2018*, initié par la galerie Loevenbruck en avril 2017. Chacune de ces expositions met en regard deux œuvres d’artistes, contemporains ou historiques.
Une publication complète chaque exposition de ce programme, aux éditions Loevenbruck, Paris, à paraître en 2018.

Complément d'information

* PROGRAMME D’EXPOSITIONS 2017-2018 « EN AFFINITÉ(S) »


#1. MARCEL DUCHAMP / JEAN DUPUY (28 AVRIL – 27 MAI 2017)
#2. TETSUMI KUDO / KEY HIRAGA (2 JUIN – 29 JUILLET 2017)
#3. PHILIPPE MAYAUX / PIERRE MOLINIER (22 SEPTEMBRE – 14 OCTOBRE 2017)
#4. ALLAN KAPROW / ARNAUD LABELLE-ROJOUX (20 OCTOBRE – 25 NOVEMBRE 2017) #5. JOHN M ARMLEDER / MORGANE TSCHIEMBER (1ER DÉCEMBRE – 20 JANVIER 2018)

Horaires

Mardi - Samedi, 11h - 19h.

Adresse

Galerie Loevenbruck 6 rue Jacques Callot 75006 Paris 06 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 13 octobre 2022