JH Engström, BANQUET

Exposition
Film, vidéo
Photographie
Jean-Kenta Gauthier | Vaugirard Paris 15
Vue installation, exposition BANQUET, JH Engström, Jean-Kenta Gauthier Vaugirard

« J'ai déclaré un jour que je ne voyais aucune hiérarchie entre les formats photographiques et que la seule chose qui compte, c'est ce qui se passe quand on les met ensemble. Je pourrais dire la même chose à propos des différents mediums.

Pour moi, ces mariages créent de l'énergie, du dynamisme et de la beauté. C'est une chose à laquelle je crois et à laquelle je fais confiance. Pour la même raison, je crois et j'ai confiance en la diversité humaine et en la vie elle-même avec toutes ses contradictions, ses doutes et ses ambiguïtés. »

(JH Engström, mars 2022)

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Photographe, « JH est un faiseur de livres. [...] Les expositions passent un temps au second plan »*, écrit Urs Stahel. JH Engström, né en Suède en 1969, dont les nombreux livres sont régulièrement salués par la critique, est également réalisateur de films, une pratique qu’il développe depuis 2006. BANQUET constitue la synthèse de ces deux pratiques qui entretiennent dans son œuvre des liens étroits.

Présentée du 2 avril au 4 juin 2022 à la galerie Jean-Kenta Gauthier / Vaugirard, l’exposition JH Engström: BANQUET consiste en une installation pensée pour l’espace de la galerie et qui présente un long film muet réalisé par JH Engström. Le film est composé de 21 chapitres diffusés en boucle sur autant d’écrans. Chaque scène, dirigée par JH Engström assisté de Mauro Fleuri et Carl-Mikael Ström, présente les mains de l’artiste en train de feuilleter du début à la fin, sur la table de son atelier, chacun des 21 livres qu’il a jusqu’à présent produits.


Le banquet est un moment de joie, une célébration, et cette exposition marque une étape dans l’œuvre de l’artiste. Car BANQUET est présenté à la veille de la parution du livre The Frame (Pierre Von Kleist, printemps 2022), probablement le plus vaste projet de la carrière de JH Engström et qui avait été en premier lieu présenté sous la forme d’une installation mêlant photographies et projections à la galerie en 2018. C’était une première pour JH Engström qui, en dehors de ses films, depuis la fin des années 1990, définit le livre comme destination première de ses projets. Et c’est là un véritable enjeu pour toute galerie: accompagner un artiste et rendre justice à son œuvre quand celle-ci prend avant tout la forme de livres. BANQUET est une célébration des 25 années que JH Engström a consacrées à la forme du livre. BANQUET est une célébration des 25 années que JH Engström a consacrées à la forme du livre.


Le banquet est un moment de partage. « L'expérience offerte par un musée ou une galerie est généralement collective, tandis que celle du livre photo s'invite chez soi et offre une compréhension plus intime et personnelle de l'œuvre »**, écrivait Clément Chéroux. Tel est le programme de ce banquet qui invite, à travers le film, à partager les livres de JH Engström.

Le banquet est synonyme de profusion et ici, le spectateur n’arrivera probablement pas à bout des 21 vidéos. Mais cette profusion est la condition du banquet, et la quantité est à la mesure de l’événement.
    

BANQUET, ou vaste film pensé pour l’espace d’exposition, s’inscrit dans le mouvement fondamental de l’œuvre de l’artiste. Nombreux sont chez Engström les projets qui incluent des éléments de projets antérieurs. À l’instar de Revoir (Journal / Akio Nagasawa Publishing, 2016) composé en grande partie de photographies des années 1990 et 2000 publiées dans Trying to Dance (Journal, 2004), le premier succès critique de l’artiste. BANQUET, en montrant l’ensemble des livres passés, respecte ce principe rétrospectif et en pousse même la logique à l’extrême.

L’œuvre de JH Engström est jonchée de projets qui font le bilan de la période passée. Trying to Dance, ou tentative de danse, relatait le premier mariage de l’artiste. En 2015, le titre ironiquement optimiste Tout va Bien (Aperture) suggérait l’état d’esprit d’un artiste qui faisait une pause pour constater qu’un avenir est possible. En ce sens, BANQUET constitue un bilan de deux décennies de pratique durant lesquelles le livre a occupé une place majeure. Alors que va paraître The Frame, premier projet véritablement protéiforme, JH Engström nous invite à une grande célébration.


Avec BANQUET, le réalisateur JH Engström exploite et développe une esthétique d’un genre de vidéo aujourd’hui largement présent sur internet ou encore dans le cadre d’expositions institutionnelles: celui du feuilletage plus ou moins lent de livres entiers qui, sur internet, accompagne les vidéos d’ « unboxing » ou déballage d’un article. Ces vidéos plus ou moins courtes sont le fruit d’éditeurs, de libraires, d’auteurs, ou encore de commissaires d’expositions. Car comme le rappelle Clément Chéroux dans le texte cité ci-dessus: « Certains éditeurs contemporains de livres photos [...] considèrent la fabrication de livres comme un vecteur de diffusion de l'art : une galerie sans mur, ou un musée en papier. »

Dans BANQUET, les double-pages sont tournées comme les plans séquence d’un film. D’ailleurs, JH Engström affirme souvent composer ses films (tels HÄR/ICI/HERE, 2018, ou encore DJURET/L’ANIMAL/THE ANIMAL, 2020) comme des livres, sur le principe de successions de double-pages. BANQUET présente au premier regard une esthétique amateur mais le traitement du cadrage rigoureux, des couleurs qui rappellent les photographies en couleur surexposées de ses travaux des années 2000, trahissent la marque d’un réalisateur professionnel.


En introduction de ses films documentaires Contacts, William Klein commentait: « Une photo prise à 1/125e de seconde. Qu’est-ce qu’on connaît du travail d’un photographe? Une centaine de photos, peut-être 125? C’est une oeuvre, ça fait en tout une seconde. » Le temps de prise de vue ne conditionne pas le temps de vision d’un photographie qui, presque par magie, peut être contemplée pour une durée infinie. Il en va de même pour toute image publiée dans un livre dont la lecture peut se faire selon une infinité de cadences, encore plus que pour un texte. On prête souvent à l’œuvre d’Engström une esthétique « punk » car s’y mêle le jour et la nuit, le sexe et la famille, la ville et la campagne. Ou, comme l’écrit Urs Stahel: « [Chez Engström,] tout est vie, tout ou presque devient photographie, dans toute sa diversité et avec de nombreux contrastes [...] C’est sa vie, c’est sa photographie. Peur et risque cohabitent. Constamment. » Pourtant, toute l’œuvre de JH Engström est un exercice d’organisation, de compréhension de la vie, de maîtrise d’un flux. Avec BANQUET, JH Engström joue du statut de document de ces scènes pour créer une œuvre vidéo rétrospective qui organise ses livres en 21 chapitres. Mises bout à bout, ces séquences forment un film d’environ une heure et demie. Son œuvre photographique, à ce jour, tient en presque 100 minutes de film. C’est déjà un festin.


(Jean-Kenta Gauthier, mars 2022)



* Urs Stahel in Tout est vie. Tout ou presque devient photographie., JH Engström / Photo Poche vol. 167, Actes Sud, Arles, 2021. Urs Stahel est commissaire, historien, co-fondateur et ancien directeur de Fotomuseum Winterthur, Suisse.

** Clément Chéroux dans son édito de la PhotoBook Review d’automne 2021. Clément Chéroux est conservateur en chef pour la photographie au MoMA, New York.

Artistes

Horaires

Mercredi - Samedi

14h - 19h  

Adresse

Jean-Kenta Gauthier | Vaugirard 4, rue de la Procession 75015 Paris 15 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 14 septembre 2022