JEAN BEDEZ

L'Art du combat
Exposition
Arts plastiques
Galerie Suzanne Tarasiève Paris 03

Jean Bedez,"Je regardai, et voici, parut un cheval d'une couleur pâle. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l'accompagnait. Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par l'épée, par la famine, par la mortalité, et par les bêtes sauvages de la terre.", 2014
Dessin à la mine de graphite, papier 224g/m2
Encadrement bois blanc, plexiglas, 140 x 220 cm
Courtesy Suzanne Tarasieve Paris

La galerie Suzanne Tarasieve est heureuse de présenter la première exposition personnelle de Jean Bedez.

L’Art du combat (2014), soit deux hommes se faisant face autour d’une table d’où émane une lumière vaporeuse, l’air grave et concentré. Une lourde atmosphère pèse sur cette scène énigmatique, entre blancheur immaculée et noirs profonds. Reprenant le titre d’un ouvrage du célèbre joueur d’échecs David Bronstein1, Jean Bedez interprète ici au graphite trois photographies d’un moment historique. En 1972, alors que la guerre froide oppose depuis plus de vingt ans les blocs de l’Ouest et de l’Est, l’Américain Bobby Fischer remporte le titre de champion du monde d’échecs face au Russe Boris Spassky, précédent tenant du titre. Jeu de stratégies fatales, impliquant de part et d’autre le sacrifice d’un nombre important de pièces, où le temps et sa gestion sont les équivalents d’une exécution programmée, les échecs se font ici allégorie d’impitoyables luttes de pouvoir.

Interpolation de passés et de présents, où se chiffre l’immémoriale devenir-ruine de l’humanité, l’ensemble des dessins présentés par Jean Bedez à la galerie Suzanne Tarasieve entre en résonance avec cet « art du combat ». Exclusivement en noir et blanc, chacun d’eux devient la pièce d’un échiquier où pouvoirs religieux, économiques et politiques échangent indéfiniment leurs places, à tour de rôle nimbés de sacralité. Ainsi du Cénacle (2010), virtuose reproduction au crayon de La Cène (1495-1498) de Léonard de Vinci. Il pourrait ici s’agir d’une parfaite radiographie de l’œuvre originale si Jean Bedez n’avait voilé les visages des apôtres et de Jésus d’auréoles blanches, pour les délester du leur poids iconique et en réponse à l’interdiction de représenter une figure divine. Cercle de pouvoir sacré auquel fait écho Les Goûteurs-Last supper (2012), étrange réunion autour d’une table d’hommes en costards et de femmes en tailleurs, mangeant et buvant à l’aveugle, les yeux bandés de foulards blancs. Plane ici l’ombre de sociétés secrètes dont les stratagèmes menaceraient le reste de l’humanité.

Si toute stratégie de conquête s’accompagne de son cortège de souffrances et de destructions, les Cavaliers de l’Apocalypse (2011-2014), réinterprétation des passages de la Bible où sont décrits les quatre fléaux qui inaugurent la fin du monde, en sont le cruel théâtre. Annonciateurs de la Famine, de la Conquête, de la Guerre et de la Mort, Le Cheval noir, le Cheval blanc, le Cheval rouge et le Cheval verdâtre étendent ici leurs corps macabres dans de majestueuses constructions perspectives où fusionnent des temporalités et des espaces hétérogènes. Symboles des catastrophes engendrées par les pouvoirs religieux, économiques et politiques, ces chevaux pénètrent aussi bien une salle de conférence du 33ème G8, un fumoir pour hommes d’affaires du début du XXe siècle, un salon cossu sur fond des ruines de Misrata, qu’une cathédrale gothique.

Ainsi, quelle que soit leur nature, les pouvoirs se confondent ici dans un même destin de désillusion et de désenchantement. Déréliction romantique qui hante aussi bien Ascension, Refrigerium que Stabat Mater Dolorosa (2013). Désaffectées et délabrées, des architectures religieuses ou profanes sont ici inondées de lumières aussi évanescentes qu’irradiantes, évocations d'une possible rédemption au sein d’un monde déshumanisé. Tout en clair-obscur, les cycles sur papier de Jean Bedez laissent ainsi percer une lueur d’espoir sur fond de décombres.

Sarah Ihler-Meyer

 

Jean Bedez (1976) est diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il a récemment exposé au CRAC de Sète, au centre d'art Maison Grégoire à Bruxelles, à la Biennale d'art contemporain du Havre en 2012, au FRAC Corse et au Musée des Beaux-Arts d'Ajaccio.

 

 

1. David Bronstein, LʼArt du combat aux échecs. Le tournoi des candidats de Zurich, 1953.

Horaires

Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h et sur rendez-vous

Adresse

Galerie Suzanne Tarasiève 7, rue Pastourelle 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020