Plateau 5 sur site

« Inquiétances des temps »
Exposition
Projection/Diffusion audio
Abbaye de Maubuisson Saint-Ouen-l'Aumone

V. Inquiétances des temps Redux
3 juillet - 29 août

Le cinquième plateau de l’exposition, « Inquiétances des temps Redux », constitue un final augmenté d’un ensemble de films qui viennent rejouer les principales problématiques exposées dans les quatre plateaux précédents diffusés en ligne. Ce cinquième plateau est une autre version de l’exposition sous la forme de sa synthèse.

Les écrans parallèles composés des différents épisodes des Hors-Champs et des projections spéciales sont autant de miroirs de l'exposition, comme des suppléments inédits.

26 films

Louidgi Beltrame, Energodar, 2010, 37’14”
Vidéaste et cartographe de l’architecture moderniste qu’il filme à travers le monde, Louidgi Beltrame dessine dans Energodar (littéralement « don d’énergie ») le portrait d’un paysage ruiné, dans l’Ukraine post atomique. Le film prend la forme d’une balade-expédition à travers les villes « Atomgrad » — villes-dortoirs situées à proximité des centrales nucléaires —, mêlant aux images une bande-son nourrie de multiples strates d’archives sonores russes et britanniques. Mettant en œuvre une approche documentaire très rigoureuse comme il le fit dans Brasilia/Chandigarh, Energodar est un journal filmé au présent.

Louidgi Beltrame, Energodar, 2010, 37’14”

 

Wang Bing, 15 Hours, 2017, 900’
Le principe structural d’immobilité ou de mouvement de la caméra est à l’œuvre dans 15 Hours, agencé selon un ensemble de plans-séquences conçus à la manière de tableaux, dont le montage des films suit le tempo de l’enregistrement. 15 Hours dure littéralement quinze heures, selon la durée du temps de travail des ateliers de confection situés dans le sud-est de la Chine. Les pantalons en jean sont découpés, agencés, cousus et envoyés dans le monde entier, à partir de ces très nombreuses petites unités artisanales de travail. Le film développe une analyse précise des conditions aliénantes de travail des ateliers, tout en évoquant les conséquences de la globalisation et de la mondialisation du secteur des marchandises du textile, auxquelles participe l’Occident.

Wang Bing, 15 Hours, 2017, 900’

 

Harun Farocki, Comparison via a Third, 2007, 25’
D’essence documentaire, tout le cinéma d’Harun Farocki interroge les relations croisées entre le réel et sa représentation, en interrogeant la place du réel, l’élaboration du point de vue, dans la forme documentaire. Tel est l’objet de Comparison via a Third. Dans cette installation polyphonique à deux écrans et au montage alterné, il filme en plusieurs lieux — Inde, Afrique, Allemagne — le monde industriel ou artisanal de la fabrication des briques. C’est par la description des gestes et leur comparaison, mais aussi par la comparaison des images, des plans, qu’il construit son film. C’est aussi en mettant en évidence, au fil du déroulement du film, les interstices, les images manquantes, la part d’invisible de ce qu’il filme — ce troisième élément de la comparaison, ce « tiers », est évoqué dans le titre — qu’il construit une véritable architecture des images et qu’il dresse une véritable anthropologie du travail humain, de la mécanisation en acte, au moment même où il contribue à l’enregistrer.

Harun Farocki, Comparison via a Third, 2007, 25’

 

Dora García, Segunda Vez, 2018, 94’
Vidéaste, écrivain, performeuse, Dora García fait de l’espace de ses films le lieu d’expérimentation des pouvoirs de la fiction, de la narration, de processus interactifs. Le travail de montage constitue un élément fondamental chez cette artiste historienne, qui accorde une place importante et récurrente aux archives photographiques, aux images trouvées. Ses films utilisent les paramètres d’une situation historique donnée, tels que la peur, la suspicion, le contrôle, l’autorité, la soumission. Toutes ces notions sont liées aux questions du secret, de l’archive, de la communauté, des codes de langage, qui sont récurrentes dans le travail filmique ou les textes de Dora García. Segunda Vez est composé d’un ensemble de cinq films comprenant une relecture de la nouvelle éponyme de Julio Cortázar, une réflexion sur l’art de la performance ainsi que la réactivation d’un happening du psychanalyste argentin Oscar Massota, exilé à Barcelone. Le montage des cinq parties, qui se réfèrent à des performances, met en perspective d’une manière métaphorique les régimes de dictatures de l’Amérique latine.

Dora García, Segunda Vez, 2018, 94’

 

Salomé Lamas, The Burial of the Dead, 2016, 90’
Avec The Burial of the Dead, les longs plans-séquences filmés à l’entrée d’une mine d’or sauvage dans la montagne péruvienne, à La Rinconada, ville la plus haute du monde, à 5 300 mètres d’altitude, « exposent » les longues processions des travailleurs de la mine, entrant et sortant du point aveugle que représente la mine, dessinant un paysage dantesque et dystopique.

Salomé Lamas, The Burial of the Dead, 2016, 90’

 

Gordon Matta-Clark, Clockshower, 1973, 13’, Substrait, 1976, 30’, Automation House, 1972, 32’, Tree Dance, Tree House, 1971, 9’, Fire Child, 1971, 9’, Open House, Drag-On, 1972, 41’
Artiste américain, très tôt disparu en 1978, Gordon Matta-Clark a choisi l’espace urbain new-yorkais comme terrain d’aventure, d’expression et de critique de la société consumériste américaine. Il photographie, découpe, sculpte littéralement les logements ruinés et les bâtiments voués à la démolition du Bronx, à New York, à partir de 1972. Artiste dans la ville, il étudie les relations entre l’architecture et la société, en enregistrant et en documentant la mémoire des performances et des actions conçues pour des espaces urbains abandonnés, des interventions éphémères sur des édifices ruinés, par le dessin, la photographie, le film. En 1971, il ouvre Food, un restaurant d’artistes, dans le quartier de SoHo à New York. Témoignant du processus de l’œuvre, les films sont en relation directe avec ses actions « sur » l’architecture ou « dans » et « avec » l’architecture urbaine comme cadre : ainsi dans Clockshower, et dans Substrait, qui explore l’espace souterrain du métropolitain de New York.

Gordon Matta-Clark, Tree Dance, Tree House, 1971, 9’

 

Deimantas Narkevičius, Matrioskos, 2005, 23 ’
Dans Matrioskos — fausse fiction, faux documentaire —, l’artiste lituanien étudie la condition réelle du virtuel. Fiction et réalité, représentation et documentaire, ne cessent d’échanger leurs positions. Il s’agit d’une histoire réelle — l’histoire de la vie de quelques prostituées lituaniennes —, qu’une émission de télé-réalité belge a scénarisée. Deimantas Narkevičius fait lire le texte de l’émission à des actrices, sans donner aucun indice au spectateur, si ce n’est une courte déclaration au cœur même du récit, qui fait dire à l’un des personnages — à la première personne — qu’elle a été tuée. Les trois actrices endossent leur rôle qu’elles interprètent comme s’il s’agissait de leur propre histoire. Le film documente la mise en récit d’une histoire à travers sa transformation dans l’espace des médias.

Deimantas Narkevičius, Matrioskos, 2005, 23’

 

Hito Steyerl, Guards, 2012, 20’
Le film d’Hito Steyerl met en scène des gardiens de musée, anciens militaires américains revenus d’Irak, qui simulent une attaque ou des positions de défense, évoluant dans le musée comme en pleine opération militaire. Vêtus de noir, ils font écho aux figures photographiées et exposées en arrière-plan. Personnages immobiles et personnages en mouvement composent une étrange chorégraphie grinçante, transformant le musée en champ de bataille.

Hito Steyerl, Guards, 2012, 20’

 

Hito Steyerl, November, 2004, 25’
Artiste plasticienne, vidéaste, écrivain et théoricienne des images, Hito Steyerl réalise un documentaire sur une de ses amies, Andrea Wolf, disparue en 1998 en Irak, aux côtés des combattants du PKK dont elle avait épousé la cause. Un fait divers retransmis par les médias télévisés — celui de la mort par assassinat de son amie devenue activiste et guérillera au Kurdistan turc — devient l’objet d’une déconstruction critique, aux confins de la fiction. Partant des images télévisuelles empruntées, longuement analysées pour en conduire la critique, et de vidéos privées, l’artiste confronte ici les éléments d’un discours officiel et les traces de souvenirs personnels.

Hito Steyerl, November, 2004, 25’

 

Jhafis Quintero, Ten Years in Jail (dix vidéos) : We only exist when we communicate, 2010, 1’11’’, No I, 2011, 1’41’’, Sweet Powder, 2011, 2’30’’, Knock Out, 2011, 1’15’’, La Hora Garrobo, 2013, 2’42’’, Hombre que camina, 2013, 2’28’’, Sisyphus, 2014, 1’51’’, All the Way, 2014, 2’44, Discipline, 2015, 1’38’’, Metamorphosis, 2015, 58’
Artiste autodidacte, performeur et vidéaste panaméen, Jhafis Quintero a effectué une longue peine de prison avant de découvrir les puissances de l’art pendant son séjour en détention à la fin des années 1990, grâce aux cours dispensés par une artiste. Les dix films vignettes qui constituent le corpus filmique conçu parallèlement à sa pratique du dessin, de la sculpture, de la performance évoquent de manière elliptique tout un registre de sensations et d’expériences du temps confiné, telles que l’enfermement, l’intimité, la trajectoire du soleil dans sa cellule, la découverte de la marche, les paysages et l’espace redécouverts avec la liberté retrouvée. Les films archivent et enregistrent la marche, la sensation du vent, le vide, déclinés en négatif.

Jhafis Quintero, Metamorphosis, 2015, 58’

 

Marie Voigner, Tinselwood, 2017, 82’
Tourné dans la forêt tropicale du sud-est du Cameroun, Tinselwood évoque le passé de la présence des puissances coloniales allemandes et françaises, à travers les traces fantomatiques qui en subsistent. Composé de dialogues, de longs plans-séquences sur le paysage, le film décrypte au fur et à mesure sa matière et les termes de son interprétation. Marie Voignier place son regard et sa caméra à la pliure du réel et de son envers, en une forme documentaire qui enquête sur un rêve.

Marie Voigner, Tinselwood, 2017, 82’

Marie Voigner, Tinselwood, 2017, 82’ (FNAC 2017-0526).

Complément d'information

Du 3 juillet au 29 août 2021 à l'Abbaye de Maubuisson

Hors-Champ, 5e épisode, samedi 28 août à 18h

Projection spéciale d'Olivier Zabat Miguel et les mines, samedi 28 août à 20h30

Commissaires d'exposition

Adresse

Abbaye de Maubuisson

Avenue Richard de Tour
95310 Saint-Ouen-l'Aumone
France

Dernière mise à jour le 17 mai 2021