Plateau 1 en ligne

« Inquiétances des temps »
Projection/Diffusion audio

I. Vu de l’Etna (récits et déraisons, théâtres intimes)
25 avril-21 mai 2021

Pour le cinéaste Jean Epstein, le cinéma est une machine de vision, idée qu’il expose dans un texte inaugural, Le Cinématographe vu de l’Etna (1926), visant à définir un cinéma total, totalement humaniste, selon ses propres conceptions qu’il expose dans ses écrits sur le cinématographe, inspirant nombre de jeunes cinéastes contemporains.

De nombreuses œuvres filment des archipels humains étranges, des communautés secrètes et invisibles, du point de vue de l’insurrection qui vient ou de l’extrême solitude, selon un temps social contingent.

Pour beaucoup de vidéastes, le film est alors une grande métaphore de notre monde, mettant en jeu des registres d’écriture diversifiés, permettant le récit de micro histoires multipliées. La caméra devient le témoin patient et discret de ce qui est filmé, pour documenter des communautés de fiction, filmées comme un reportage.

9 films

Basma Alsharif, The Story of Milk and Honey, 2011, 10’
Avec le film de texture expérimentale The Story of Milk and Honey, l’artiste palestinienne réalise une lettre filmée qui évoque l’échec de sa propre forme. Le film raconte, sur un mode elliptique, l’histoire de l’échec d’un homme à écrire une histoire d’amour au Liban. À la manière d’un conte, le récit d’une défaite amoureuse devient une traversée à travers des images, des archives, des chansons. Le film se transforme en un terrain d’exploration des manières dont sont perçus et comparés des données, des informations, des faits, des images et des sons. Structurée en boucle, la séquence narrative se retourne sur elle-même pour renvoyer à la figure du narrateur filmé au milieu de ses matériaux documentaires.

Basma Alsharif, The Story of Milk and Honey, 2011, 10’

 

Marcos Ávila Forero, Atrato, 2014, 13’52”
Dans Atrato, le cinéaste colombien met en scène des habitants du Chocó, région colombienne particulièrement meurtrie par des conflits endémiques, qui renouent avec des traditions musicales. Le film constitue une sorte de partition musicale ainsi que la restitution d’un moment de mémoire. La tradition musicale savante des percussionnistes est réactivée à travers la performance filmée qui donne à voir un concert où il s’agit littéralement de taper sur l’eau pour produire la musique.

Marcos Ávila Forero, Atrato, 2014, 13’52”

 

Mali Arun, Paradisus, 2016, 8’30”
Dans ses précédents films, Feux, Barak, Déplacés, Mali Arun conjugue des plans issus de situations documentaires avec une volonté de faire fiction et de placer le spectateur en immersion dans le temps narratif filmique. Le rêve y côtoie souvent la réalité la plus concrète. Avec Paradisus, la cinéaste poursuit le principe d’un cinéma immersif et fantastique, en filmant des touristes venus se délasser dans des bains naturels dans les Balkans, sur le mode d’une allégorie biblique. Comme dans tous ses films, la musique originale, composée en fonction du montage et avec le jeu des images, vient soutenir le récit de sa puissance dramaturgique.

Mali Arun, Paradisus, 2016, 8’30”

 

Guy Ben-Ner, Wild Boy, 2004, 17’
Tout l’univers de Guy Ben-Ner tourne autour de sa cellule familiale ainsi que des architectures domestiques conçues comme des décors à investir : la cuisine, le salon, les pièces d’habitation ready-made filmées chez Ikea. Wild Boy, qui fait référence à L’Enfant sauvage de François Truffaut, est l’évocation parodique de l’éducation du propre fils de l’artiste, Amir, conduit sous sa direction. Le récit d’apprentissage est filmé dans la cuisine familiale, transformée en un décor de film. Des animaux domestiques déambulent librement dans l’espace transformé de la cuisine, dont les différents accessoires deviennent autant d’éléments pour une nouvelle pédagogie enfantine. Le film retrace le processus d’apprentissage du langage, de gestes et postures qui traduisent, sur un mode ironique et cruel, le passage de l’état sauvage à l’état de sujet discipliné.

Guy Ben-Ner, Wild Boy, 2004, 17’

 

Shirley Bruno, Tezen, 2016, 28’
Les films de la réalisatrice américano-haïtienne Shirley Bruno traitent de l’espace des mythes et de l’histoire, entre documentaire et fiction, en s’inspirant très précisément des cultures des Caraïbes. « Une fille agitée rencontre un esprit-poisson qui lui offre de l’eau pure. Tout en buvant cette eau délicieuse, sa famille commence à se méfier de son origine. » Ainsi Shirley Bruno présente-t-elle Tezen, conte poétique sur l’eau.

Shirley Bruno, Tezen, 2016, 28’

 

Olivier Dollinger, Andy’s Dream, 1998-1999, 10’
De Soliloque et des Vidéos-performances domestiques à Andy’s Dream ou Collapse, Olivier Dollinger multiplie les mises en scène de soi qui sont autant de tentatives d’épuisement du temps mis en attente. Le corps de l’artiste, des personnages, sont des catalyseurs d’un temps en excès. Les actions maladroites ou absurdes auxquelles se livrent les personnages, ici l’artiste et un mannequin fabriqué, sont des décalcomanies du quotidien, affectées de légères déformations, dotées d’une puissance poétique très grande.

Olivier Dollinger, Andy’s Dream, 1998-1999, 10’

 

Joanna Grudzińska, Lou Castel, Quarzell dit Castel, 2008, 42’
Dans Voyage au bout des seize mètres (2006), l’écrivain hongrois Péter Esterházy établit un montage parallèle entre son voyage en Allemagne et le récit documentaire autobiographique. Il achève son récit par ces notes : « Le voyage ressemble à l’écriture d’un roman ; il arrive par exemple, que le roman soit déjà fini, mais pas son écriture. Situation inamicale. […] J’étais déjà dans une autre histoire. Enfin pas encore dedans, mais plutôt en direction de. Bref, il y aura un homme qui parle, qui parle. Il n’est plus tout jeune. » Tel est aussi le projet d’un récit et d’une traversée, en six séquences, qu’ont entrepris Lou Castel et la cinéaste Joanna Grudzińska avec le projet Quarzell dit Castel, récit rétrospectif et invention de sa forme, tendu entre l’exploration d’une biographie — celle de Lou Castel, acteur et réalisateur — et le récit de la méthode filmique. L’acteur mutique met en scène quelques moments importants de son enfance nomade, par un récit joué sans parole.

Joanna Grudzińska, Lou Castel, Quarzell dit Castel, 2008, 42’

 

Randa Maroufi, Le Park, 2015, 14’
Le théâtre et décor du film de l’artiste marocaine Randa Maroufi est un parc d’attraction abandonné dans le centre de Casablanca, dans lequel un groupe d’adolescents familiers du lieu sont conviés à interpréter des moments de leur propre vie, en les rejouant minutieusement à travers le prisme de scènes de jeux vidéo ou d’épisodes trouvés sur les réseaux sociaux. Le film multiplie les points de vue sur les figures et les hypothèses narratives, en décomposant les durées et en mêlant improvisation et reconstitution. D’essence théâtrale, les œuvres de Randa Maroufi confrontent le temps de la performance au temps de la reconstitution historique, économique ou sociale, en conviant le spectateur à partager des expériences de durées.

Randa Maroufi, Le Park, 2015, 14’

 

Albert Serra, Roi Soleil, 2018, 61’28”
La peinture des résonances et des troubles intimes rejoignent l’évocation des facteurs historiques : telle est l’ambition du cinéma du cinéaste et acteur catalan Albert Serra. À travers la performance filmée du Roi Soleil, c’est la représentation d’une aristocratie à l’agonie qui est en jeu. C’est aussi de la confrontation de l’image publique et de l’image privée dont il s’agit. L’objet principal de ce cinéma est l’exploration même de ses constituants. L’image et ses pouvoirs, le travail de l’image, du cadrage, des échelles et du filmage qui ne dévoile qu’en toute fin l’objet même de la performance constituent l’objet du film.

Albert Serra, Roi Soleil, 2018, 61’28”

Complément d'information

Du dimanche 25 avril au vendredi 21 mai sur la chaîne YouTube de l’Abbaye de Maubuisson et sur le site www.inquietances-des-temps.com

Hors-Champ, 1er épisode, dimanche 25 avril à 18h

Projection spéciale de Safia Benhaïm, La fièvre, dimanche 25 avril à 20h30

Commissaires d'exposition

Dernière mise à jour le 17 mai 2021