Imogen Stidworthy

Exposition
Arts plastiques
FRAC Bourgogne Dijon
À l’invitation du Frac Bourgogne, Imogen Stidworthy présente sa première exposition monographique en France. Elle a pour cela choisi plusieurs oeuvres réalisées ces dix dernières années, en particulier Dummy (1998) acquise l’an dernier pour la collection du Frac Bourgogne. Les différents films, vidéos et installation sonore permettront de découvrir l’univers de cette artiste anglaise qui traite du langage et de sa transcription à travers le son et l’image. L’exposition s’articule autour de deux installations qui sont accompagnées par deux vidéos diffusées sur moniteurs, une vidéo projetée et une installation sonore. Ces différentes oeuvres donnent à voir et à entendre les différentes manières dont Imogen Stidworthy s’est intéressée aux multiples dimensions du langage, ses formes, ses chemins dans le corps, ce qu’il instaure dans les rapports entre les personnes, ses relations aux récits et aux histoires. De part et d’autre d’un écran posé au sol dans l’espace de l’exposition sont projetés deux films 16 mm. Dummy (1998) montre d’un côté la bouche d’une femme reflétée dans un petit miroir et de l’autre différents plans de deux corps. Les jeux de voix permettent d’identifier qu’il s’agit d’une conversation entre deux personnages menée en fait par une seule et même personne, une femme ventriloque. Face à ces fragments, le spectateur explore la fissure entre les deux côtés de l’écran autant avec les yeux et les oreilles qu’avec le corps, contraint d’évoluer de part et d’autre pour tenter d’en construire une vue globale comme il le ferait d’une sculpture. Le dédoublement est au coeur de l’oeuvre de l’artiste, l’identité se brouillant par le biais de la séparation du corps et de la voix. C’est ce que montre l’autre installation Anyone Who Had a Heart (2004). Une nouvelle mise en abyme s’opère entre le dispositif de présentation et les deux écrans sur lesquels apparaissent deux femmes dans une chambre sourde, un espace qui absorbe les sons. Les deux femmes sont imitatrices professionnelles et chantent sur la même voix un tube de Cilla Black, qui est le titre de cette pièce. Par les relations qui s’établissent entre les images et le son, les deux interprètes semblent se confondre, mettant en péril leur identité. A nouveau une faille s’ouvre dans notre perception du réel par la mise en relation des écrans de tailles différentes, des plans rapprochés et lointains, les disjonctions entre l’image, le son et l’expression. Sur une paroi de ce caisson est projeté le film Driver (1996-1997) où un corps se meut étrangement dans une voiture, ne trouvant visiblement pas sa place. Plutôt qu’un moyen de transport, la voiture est ici immobile, envisagée comme un intérieur. Tout comme les oeuvres concernant le langage, le spectateur est absorbé par sa volonté de saisir la narration, par la linéarité du film. La vidéo Substitutes (2002) met à nouveau en scène deux chanteurs dans une sorte de film documentaire. L’artiste mentionne au générique de fin qu’elle les a rencontrés par chance lors d’un match de football, entre l’Allemagne et la Roumanie. Ces deux jeunes chanteurs roumains sont filmés en tenue de sport, portant le maillot de l’équipe qu’ils supportent. L’artiste a invité des personnes d’origine roumaine, et vivant dans différents pays, à proposer une traduction de ce chant traditionnel. La diversité de leur témoignage montre l’écart qu’il peut y avoir entre la chanson elle-même et le vécu qu’ils en ont. Leurs commentaires à propos des vêtements, des gestes des chanteurs ou du chant populaire lui-même montrent ce qui traverse les notions d’origine ou d’authenticité. Le mélange entre ces réactions et le chant provoque par ailleurs un collage sonore, un patchwork de connections étranges, une texture plutôt qu’un texte ou une chanson. Enfin deux oeuvres constituent une généalogie de travaux qu’Imogen Stidworthy a effectués sur la voix, envisagée dans sa dimension organique, comme production corporelle, nécessitant l’activité d’une multitude d’organes et de muscles mais aussi dans sa dimension culturelle. But (1994) est une installation sonore. Mot et phrase sont hachés, tremblés, saccadés et il est difficile d’identifier s’il s’agit d’un problème de prononciation, d’une émotion qui entraîne la perte de contrôle de la voix ou d’un problème technique d’enregistrement. L’absence d’image ne permet pas de savoir ce qui se passe réellement mais tout le dispositif de l’oeuvre repose sur la dislocation du langage, entre la signification des mots et leur dilution dans une matière sonore. Pour Elocution (1995) un vieil homme et une jeune femme sont côte à côte face à l’écran. L’homme prononce des mots italiens, de courtes phrases et des comptines anglaises d’une manière très articulée. La femme forme les mots sur ses lèvres sans les prononcer. Jeux d’identités entre le masculin et le féminin mais aussi entre les générations, jeux de pouvoir aussi, de rapport entre celui qui semble être le professeur et l’élève, entre le parent et l’enfant. Ecoute, langage, perception tissent ce qui constitue pour Imogen Stidworthy les fondements de l’individu et des relations inter humaines. Apprentissage et usage du langage, la plupart du temps abordés par l’artiste à travers leurs manques, leurs pathologies, sont autant de manières d’interroger les modalités de rapport au monde. Texte : Claire Legrand, responsable du service des publics

Autres artistes présentés

Imogen Stidworthy

Horaires

du lundi au samedi de 14 h à 18 h

Adresse

FRAC Bourgogne 49 rue de Longvic 21000 Dijon France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020