Il soufflera de l'Est

Photographies de Jean-Charles Remicourt-Marie
Exposition
Photographie
galerie Sit Down Paris 03
La Baraka, 2019 ©Jean-Charles Remicourt-Marie courtesy galerie Sit Down

Pour sa première exposition personnelle à la galerie Sit Down, après quelques pièces dévoilées en avant-première à ART PARIS, Jean-Charles Remicourt-Marie nous transporte dans son univers à la fois sculptural et photographique.


Sa pratique à mi-chemin entre investigation historique et exploration du savoir technique le conduit à étudier aussi bien des théâtres d'opérations militaires que leurs représentations fantasmées dans la littérature, le cinéma ou la photographie.

Complément d'information

Annonce d'une menace impalpable, l'exposition Il soufflera de l'Est s'ancre dans une temporalité où rien n'est encore advenu. Dirigeant notre regard vers une portion vide de l'horizon, elle œuvre dans un silence précédant la déflagration des bombes et des tempêtes.

Mêlant pour la première fois en galerie mon travail photographique, sculptural et pictural, ce corpus délimite les contours d'une histoire de la représentation de la violence. Les pions de jeux guerriers figés dans leurs tiroirs de Kriegsspiel sont gardés par de mystérieux encadrements barrés de croix faites à l'adhésif de la série Blast; sculptures et peintures agissent comme de potentiels outils conçus pour dévier le danger de sa trajectoire.

La série des Blast vient introduire dans l'exposition le passage d'une œuvre à une autre. Elle tient le rôle d'un gardien, se plaçant en bouclier entre chaque œuvre. Faite de surfaces colorées barrées de lignes et de croix faites à l'adhésif, elle est élaborée d'après un dispositif de protection datant de la Première Guerre mondiale et tire son nom du souffle invisible provoqué par l'explosion des obus. L'onde de choc faisant voler en éclats chaque parcelle de surface vitrée dans Paris - et ce à des centaines de mètres - ce maillage au contact des vitrines et fenêtres devait prévenir les corps des habitants de la lacération occasionnée par ces débris.

Loin d'être efficace, ce geste aurait dû se résorber et disparaître comme tant d'autres. Cependant, on retrouve des traces de cette pratique tout au long du XXe siècle en Occident et au Proche Orient. Pisté jusqu'au siège de Sarajevo, ce dispositif resurgit encore aujourd'hui en période de catastrophe naturelle lorsque les ouragans menacent la côte ouest des Etats-Unis.

Bombes et tempêtes revêtissent alors le même costume, celui d'une menace venant

du ciel, aussi invisible qu'imminente. C'est ici que s'éclaire la raison de cette persistance. Car ce tracé à la surface de l'habitation peut être mis en perspective avec une histoire des gestes picturaux censés conjurer la mort.

Dès lors, le dispositif se soustrait à une fonction isolée. Dispositif et talisman, il appartient dans son “échappement au réel “, pour reprendre le terme de François Cochet, à une histoire de la peinture. Le cadre devient une fenêtre schématique, une béance que l'on tente de clore pour dévier la violence de sa trajectoire tandis que l'espace domestique agit comme une membrane vibrant entre la menace extérieure et la terreur qu'il abrite.

Il serait tentant de penser que la photographie deviendrait alors une clé permettant de déchiffrer les tensions en cours entre chacune des œuvres précédentes, à la manière d'une documentation qui explorerait le hors champ laissé par ces dispositifs énigmatiques. Et pourtant, l'image n'est pas ici un vecteur de vérité. Au contraire, les corps représentés, menacés ou menaçants, viennent déployer une iconographie trouble chargée des récits de fiction qui construisent notre rapport à la violence. La photographie devient un moyen de couvrir un nouveau territoire, celui d'un inconscient collectif façonné par la littérature et le cinéma. Enfermées dans des malles, territoire d'un récit fragmenté, ces photographies en attente d'être révélées deviennent ainsi une présence spectrale. Les habitants d'un territoire oblitéré par un souffle venu de l'Est.

Jean-Charles Remicourt-Marie

Tarifs

Entrée libre

Adresse

galerie Sit Down 4 rue Sainte-Anastase 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Bus : 96 arrêt Saint Claude – Metro : ligne 1 – station Saint Paul / ligne 8 – station Chemin vert

Dernière mise à jour le 16 septembre 2021