Guillaume Talbi, Formes de Vie

Projet soutenu par le Cnap
Exposition
Arts plastiques
Galerie Alain Gutharc Paris 03
Guillaume Talbi, Sans titre, 2021

Depuis quelques années déjà, l’œuvre de Guillaume Talbi avance masquée de blanc, fluide et enveloppante, comme animée de mouvements lents et incertains. À observer les dernières sculptures on pourrait presque penser à un préquel naturellement exécuté de la pandémie que nous venons de traverser, un antépisode de vie mesurée où les couleurs se diluent et se propagent aux extrémités de formes qui nous interrogent plus qu’elles ne nous rassurent. S’agit-il d’une nature expansive ou bien plutôt d’une faune aux contours et extensions mal définis ? Peut-être un peu des deux ou bien faut-il voir l’ensemble comme la résurgence du monde d’avant, à moins que cela ne soit tout simplement déjà l’affirmation visuelle de celui d’après. Les époques et les images se brouillent. Il n’est pas question ici de sculpture de genre mais d’un genre de sculptures qui puise seul ses origines dans la rémanence d’une situation vécue, abandonnant autant que faire se peut le prolongement d’un geste par trop souvent répété en écho à l’histoire de l’art.

Convoquant l’enfance et ses vertus libératoires, Guillaume Talbi nous offre avec ses Formes de vie un nouveau et subtile langage, construit autour d’une narration purement formelle, et doué plus que jamais d’un réel pouvoir d’illusion. La résine (polycrystal) a remplacé la céramique des débuts qui lui permet plus de légèreté et aussi d’accéder plus facilement à des grands formats. Mais persiste encore de cet apprentissage du travail de la terre et de ses techniques, les traces du modelage et aussi l’application de la couleur qui peut rappeler le mode opératoire dévolu habituellement aux glacis. Ainsi les nuances subtiles qui ponctuent les œuvres semblent-elles glisser à leur surface tels des émaux que la cuisson aurait délicatement figés de manière presque gourmande. L’échappée est belle de ces étranges silhouettes semblant sortir de nul part et chacune juchée sur leur perchoir de métal, qui dessinent et composent spontanément un paysage fantastique semé de pleins et de vides, et dont l’immobilité semble animée parfois d’un indicible mouvement rétinien. La nature s’affiche et s’affirme ici à la surface des choses, se déploie dans l’espace, envahit les murs de quelques dessins à l’encre et aquarelle, et d’un trait de néon, fleur de lumière sauvage prête à être cueillie avant que de s’éteindre et disparaître.

Guillaume Talbi a ce don curieux de toujours pouvoir ou vouloir nous émouvoir d’un art modeste, pour ne pas dire pauvre, où les sculptures peinent à s’élever et à s’extraire de la brutalité du monde, et les dessins à se fondre dans le décor d’un rêve qui s’éveille et se révèle à nos yeux. Sans doute parce que pour lui créer le voir consiste à se satisfaire de recréer le monde tel qu’il est plutôt que de vouloir à tout prix le dépasser ?

Jean-Marc Dimanche

Avec le soutien aux galeries / exposition du Centre national des arts plastiques

Complément d'information

Vernissage le 27 novembre 2021

Artistes

Adresse

Galerie Alain Gutharc 7 rue Saint Claude 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 22 novembre 2021