GIFs

Exposition
Arts plastiques
Galerie Allen Paris 09
640px

Plus connu sous l'acronyme GIF, le Graphics Interchange Format est un type de fichier numérique développé en 1987 par l'informaticien Steve Wilhite pour la compagnie CompuServe. Encore aujourd’hui, il constitue une part non négligeable de notre consommation numérique. En s'intéressant au champ de l'image en mouvement, le duo d'artistes suisses Linus Bill + Adrien Horni a donc naturellement porté son choix sur ce type de fichier, se situant quelque part entre l'image et la vidéo. Avec la présentation de cette toute nouvelle série, Bill et Horni ajoutent une dimension supplémentaire à leur réflexion sur la chronologie, la valeur et la hiérarchisation des images en explorant ce que leur diffusion et leur prolifération ont de caractéristiques à notre époque.

Trois grands écrans LED installés dans la galerie y révèlent une série de « tableaux en mouvement » dont l'inépuisable succession est gouvernée par le biais d'un algorithme aléatoire. Cette succession imprévisible de tableaux lumineux en perpétuel changement absorbe notre attention tout en prenant soin à ne jamais la laisser se fixer trop longtemps sur une image singulière. Ces nouvelles œuvres empruntant le format de prédilection des deux artistes (vertical, deux mètres de hauteur), on pourrait presque les prendre pour des tableaux s'il n'en émanait pas tant d'éblouissantes pulsations lumineuses. Les écrans en question sont même suspendus à la manière d'une exposition de peinture, ce qui prolonge et renforce les thèmes de leur dernière série.

Bill et Horni sont connus pour leurs reproductions à grande échelle des images d’abord réalisées en petit format. Ici, le nombre de pixels des écrans LED correspondant exactement à la résolution des GIFs, ils agrandissent considérablement ce qui tenait dans le creux de la main, sur l’écran d’un téléphone, et ce face-à-face grandeur nature provoque une réaction à la fois visuelle et corporelle. Bill et Horni poursuivent ainsi leur exploration du concept d’indexation, en composant une archive de plus de 3000 GIFs créés en tandem avec une énergie débordante, sans préciosité aucune, avant de la réduire à une sélection de 500. Les artistes se réjouissent des possibilités et des restrictions que leur offre et leur impose à la fois le smartphone : envoi, renvoi et partage des œuvres d'art numériques, ajout et retrait de visuels à l'aide d’apps disponibles nativement sur leur système d’exploitation, intégration des bibliothèques d’images et de stickers préformatés qu’elles proposent. Hébergés sur un site web privé, les fichiers numériques sont produits à la chaîne sur le cloud, leur habitat naturel. En période de confinement ou non, Bill et Horni travaillent à distance depuis la ville de Biel/Bienne dans l’Est de la Suisse, et, par conséquent, le fait de pouvoir envoyer des fichiers par courrier électronique constitue pour eux un avantage inhérent. L’efficacité d’un format numérique « sans perte », réputé capable de réduire la taille d’un fichier sans perdre en résolution, sera cependant mise à rude épreuve quand le GIF en question doit faire deux mètres de hauteur.

On imaginerait presque plongé au sein des rouages d’un des réseaux sociaux où l’on a le plus de chance de tomber sur un GIF, au cœur d’une de ces compagnies qui font tout pour engluer notre attention et qui, sans aucun doute, réussissent bien souvent à la monopoliser. Pourtant, ces tableaux en mouvement ravissent le regard aux deux sens du terme, par le plaisir des yeux, par le contraste saisissant qu’ils révèlent entre des avancées technologiques fulgurantes et la relative stabilité du corps et de l’évolution du cerveau humain durant la même période. À une échelle si grande qu’elle en est presque contre nature, nous voici donc directement confrontés à ces microformats dont l’ADN représente des milliards de dollars de recherche technologique et de collecte de données. Ce qui est ainsi mis en lumière, c’est la capacité d’emprise qu’ont de tels outils sur nos yeux et nos esprits, dans le but déclaré de leur faire avaler les contenus sirupeux des plateformes médiatiques les plus puissantes du monde : Google, Apple, Amazon et Facebook. L’information numérique dans ce qu’elle a d’invisible nous apparaît ici comme le maillage délicat d’un tissu observé au microscope, mettant à jour les rouages virtuels de notre dimension parallèle.



 

Horaires

Mercredi - Samedi de 14h - 19h ou sur rendez-vous

Tarifs

Entrée Libre

Adresse

Galerie Allen 59 rue de Dunkerque 75009 Paris 09 France

Comment s'y rendre

Metro: Anvers, Gare du Nord, Poissonnière

Dernière mise à jour le 8 janvier 2021