Floris Dutoit, Bonjour le bonheur

Projet soutenu par le Cnap
Exposition
Arts plastiques
Galerie Henri Chartier Lyon
Vue de l'exposition Bonjour le bonheur de Floris Dutoit. Photo : Blaise Adilon

Vue de l'exposition Bonjour le bonheur de Floris Dutoit

Il y a quelques années, je regardais en boucle sur internet les épisodes d’un dessin animé intitulé Happy Tree Friends. Ce programme avait une allure enfantine – les animaux de la forêt en étaient les protagonistes, le dessin était naïf et réalisé dans des tons pastels, le tout servi par une musique entêtante et idiote –, mais les événements qui s’y déroulaient étaient invariablement gore, affreux. En dépit de son titre en forme de conte de fées, Happy Tree Friends était bien destiné aux adultes que l’association supplices + codes visuels chers aux jeunes têtes blondes ne heurtait pas. Tout l’intérêt résidait dans ce savant décalage.

On le sait bien, les contes (qu’ils soient compilés par la plume de Perrault ou Andersen) recèlent bien souvent des vérités affreuses. Quand on fouille un peu, à la manière d’un archéologue, ou pire, de la police scientifique, on exhume souvent des cadavres. Devant les tableaux du jeune Floris Dutoit, j’éprouve un sentiment analogue à celui ressenti devant les Happy Tree Friends, et plus encore lorsque je lus pour la première fois, il y a de cela plus de vingt ans, les Larmes d’Éros de Georges Bataille ou les 120 journées du Marquis de Sade. On est saisi à la fois par l’énormité et l’exagération, dans le même temps qu’on prend conscience de ce que des humains peuvent infliger à d’autres. Le siècle précédent nous l’a amplement démontré, et l’histoire, malheureusement, continuera de se répéter. Pour l’heure, la seule manière de résister à la mélancolie est de nous laisser emporter par un grand rire. Il est salvateur.

Dans les tableaux de Dutoit, les visages sont rigolards et joyeux. Ils devraient a priori nous mettre en confiance. Mais ils ne semblent pas avoir conscience de l’entropie à laquelle ils sont soumis. Ils fondent inexorablement, comme sous l’empire d’une intense chaleur ou d’un jet d’acide. Omer Simpson, Bugs Bunny, et un Pinocchio Golden Boy perdent ainsi un peu plus de leur superbe. Comme le gentil petit poney ou licorne sur fond d’arc en ciel, ou du Schtroumpf scalpé qui exhibe fièrement sa cervelle à vif comme un martyre des premiers temps du christianisme. J’aime la manière dont Dutoit s’approprie des personnages célèbres pour les représenter de manière sommaire. À la base, ce sont souvent déjà des losers, et l’artiste leur assène en quelque sorte le coup de grâce. Il me rappelle le jeune Robert Combas qui, au début de sa carrière, imagina en 1978 la rencontre entre Tintin et Mickey, qui devenaient ainsi deux grands galapiats un peu idiots en culottes courtes. Plus récemment, le dessinateur Winshluss a lui aussi revu à la baisse le personnage de Tintin en réinterprétant un épisode du Temple du soleil. Le rire est important, et l’irrévérence l’est tout autant. Rien ne mérite qu’on lui témoigne un respect inconditionnel. Il y a quelques mois, je suis tombé en arrêt devant un petit tableau quasi abstrait de Floris Dutoit. Il représentait un furoncle. Je ne crois pas avoir déjà vu ça en peinture. C’est trivial, et dans le même temps, ça ne l’est pas. Ici, il a peint deux chieurs alors qu’il avait commis un autoportrait en train de chier. Certains sont complices dans le crime.

Richard Leydier

Avec le soutien du Cnap à la première exposition

Artistes

Adresse

Galerie Henri Chartier 3 rue Auguste Comte 69002 Lyon France

Comment s'y rendre

Métro et parking Bellecour.

Dernière mise à jour le 22 novembre 2021