Florence Doléac, Fais voir, 2018

Par Pascale Cassagnau
Florence Doléac, Trophées « Fais voir » pour la cérémonie de remise des prix Cinéma du réel

Florence Doléac, Trophées « Fais voir » pour la cérémonie de remise des prix Cinéma du réel

Écrin des trophées « Fais voir » lors de la cérémonie de remise des prix Cinéma du réel

Florence Doléac, Trophées « Fais voir » pour la cérémonie de remise des prix Cinéma du réel

Florence Doléac, Trophées « Fais voir » pour la cérémonie de remise des prix Cinéma du réel

Florence Doléac, Chambre avec vue, 2007

Florence Doléac, Chambre avec vue, 2007

Florence Doléac, Piétinoire, 2004

Florence Doléac, Piétinoire, 2004

Florence Doléac, Table-valise, 2003

Florence Doléac, Table-valise, 2003

Florence Doléac, Robots porte fruits, 2001

Florence Doléac, Robots porte fruits, 2001

Florence Doléac, Patapouf, 2005

Florence Doléac, Patapouf, 2005

Le Cnap, en partenariat avec Cinéma du réel, a commandé à Florence Doléac le nouveau trophée des 10 prix offerts aux lauréats du palmarès du festival. Les trophées ont été remis aux lauréats le samedi 31 mars lors de la soirée de clôture du festival.

Fais voir

« Nommé Fais voir, cet objet trouve différentes sources d’inspiration : du sceptre égyptien Ouas, au pilier Djed, en passant par L’Oudjat, aussi appelé œil d’Horus. Fais voir s'ancre dans le geste que font les enfants en jouant, de réunir main et œil pour découvrir, regarder et concentrer le réel, comme à travers le viseur d’une caméra. Lors de la remise des prix, le gant noir se brandit et enjoint à « regarder », dans un geste photogénique qui célèbre l’identité singulière du festival. Selon la légende, le sceptre égyptien Ouas donne au pharaon la puissance et le pouvoir, fondant ainsi sa prospérité symbolique. Le pilier Djed, quant à lui, est un symbole de résurrection et de stabilité. Il est considéré comme une représentation de la colonne vertébrale d’Osiris surmontée de quatre cervicales ou comme celle d’un arbre ébranché en relation avec des rites de fertilité du sol.
Djed assure, comme un étai, l’équilibre entre la voûte céleste et la terre. L’Oudjat, aussi appelé œil d’Horus, signifie : « œil intact ». Il symbolise la vision, la fécondité, l’intégrité physique, la pleine lune et la bonne santé. Sur les tombes, il permet au défunt de « voir » le monde des vivants. On le rencontre souvent sous la forme d’amulettes porte-bonheur, qui protègent des blessures et des maladies. Il est aussi peint sur les proues des bateaux, leur permettant de tenir leur cap. Telles sont les différentes sources d’inspiration qui ont guidé mes recherches pour ce trophée. Le trophée forme le vœu d’une réussite féconde et stable pour celui qui hérite de ce masque divin. Lors de la remise des prix, le gant noir se brandit et enjoint à « regarder », dans un geste photogénique qui célèbre l’identité singulière du festival ».
Florence Doléac

Florence Doléac

Membre fondatrice, en 1997, du groupe des Radi designers avec Laurent Massaloux, Robert Stadler, Olivier Sidet, et Claudio Colucci, Florence Doléac, mène, depuis 2003, une carrière solo, tout en enseignant le design à l'école nationale supérieure des Arts Décoratifs, à Paris. Elle développe une œuvre singulière, à la frontière entre l’art et le design, qui spécule sur la fonction et l'inutilité, le quotidien et la fantaisie, la production et l’exposition, avec toujours l'humour et l’ironie comme vecteurs de création et de recherche.
Ses créations rendent souvent hommage à la paresse, à la régression, au repos et au jeu. On peut citer la Table-Valise (2003) qui se replie et roule, les Poignées molles de porte (2002-2008), les Robots (2001) porte-fruits réalisés à Vallauris, les revêtements pour sol à effet massant (Piétinoire, 2004). Dans le cadre d’une commande nationale réalisée à la Villa Noailles, à Hyères, la designeuse a conçu une Chambre avec vue (2007), qui comprend un lit camera obscura s’ouvrant et se refermant selon l’envie de s’y allonger pour contempler la vue mais aussi la chaise Patapouf (2005, éditée par Fermob jusqu’en 2008) transformable en matelas. Le kit de sommeil Tu ronfles moi non plus (d'après Serge Gainsbourg) est un caisson de survie anti-ronflements qui permet à la victime de s’y réfugier. Les objets conçus sont la résultante de jeux d'esprit, d'association d'idées et participent à la construction d’un imaginaire collectif. Ainsi, Naufragés sur lit de moquette (2008) acquise en 2009, est une plateforme de repos collectif dont la forme ondulée et la bande-son de Laurent Siksous évoquent une tempête maritime mais également une tielle géante (une tourte à base de poulpe et de tomate, spécialité de la ville de Sète). Elle peut accueillir une dizaine de naufragés qui se retrouvent confrontés à une proximité saugrenue avec leurs voisins.
Florence Doléac a participé à de nombreuses expositions en compagnie et en complicité avec des artistes contemporains. Ainsi, une exposition organisée par le Frac Aquitaine, à Bordeaux, en 2008, avait mis en perspective le design « boudiné » de l’installation Floating minds - cinq matelas en forme de gros flotteurs en mousse reliés entre eux assortis d’une bande sonore « comico-soporifique » confiée à Antoine Sanchez - et les peintures murales de Stéphane Dafflon, pour une célébration commune de l'heure de la sieste. Ses propositions perturbent nos habitudes de perception et d’observation, comme dans son exposition rétrospective « Minute Papillon » (2017 –2018), au Frac Nord Pas-de-Calais, à Dunkerque, où elle invite le spectateur à expérimenter des états flottants. Elle continue à y explorer les jeux subtils qui se nouent entre l'usage et le fantastique dont sont investis ses objets du quotidien : le lit à rideaux Le Champ des rêves (2017) d’après Max et les Maximonstres de Maurice Sendak, la table perforée Lunatique (2011), la lampe en paille et en cheveux de Merlin Emmeline Avery (2014), le fauteuil six places Adada (2010, les objets ensablés qui cachent et dévoilent dans le même mouvement des points de vue.

Avec Fais voir, l'objet trophée - destiné à être exposé devant un public en tant que signe de récompense et symbole de réussite - est déplacé de sa fonction pour devenir une sorte de masque qui cache le regard de celui qui le tient tout en jouant le rôle d'un instrument de vision, réaffirmant ainsi la vertu cardinale du cinéma documentaire célébré par le festival Cinéma du réel : regarder c'est porter des points de vue sur la réalité.
Fais voir !
 

Pascale Cassagnau, responsable de la collection audiovisuel, vidéo et nouveaux médias au Cnap

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