Biographie

Emmanuel Pereire est né en 1930. Après des études en France puis en Angleterre, il rejoint l'atelier de Fernand Léger. Trop meconnu cet artiste décédé en 1992, a pourtant participé à des expositions personnelles dans des institutions de renom, au palais des Beaux-Arts à Bruxelles en 1967, au Museum of Modern Art (Moma) à New-York dès 1972 puis  dans la même ville à The Clocktower en 1977. En 1987, il présente une importante rétrospective à la Fondation Cartier pour l’art Contemporain, Jouy-enJosas. Dans les années 90, Jean-François Taddei, alors directeur du Frac des Pays de la Loire, remarque l’artiste et l'invite en 1992 au Domaine départemental de la Garenne Lemot à Clisson et à l’Espace des Arts, à Chalon-sur-Saône. Ce sera les dernières expositions du vivant de l'artiste. Suivront des présentation à Nantes en 1996 et au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix en 2000.


A ces lieux culturels s'ajoutent dès 1965 des galeries parisiennes :  Galerie Knoelder (catalogue préfacé par Roland Barthes) Galerie Stadler, Galerie Texbraum,  Galerie Samia Samoua, et galerie Isy Brachot ...) et une galerie new yorkaise ( Droll & Kolbert).


Emmanuel Pereire peint, dessine, tient des conférences, sculpte et écrit. Il se consacre, tout au long de sa carrière, à une publication majeure Le Triomphe de la mort de la peinture commencé en 1968.

L'artiste se définit angélologue. Volontairement indéterminé, Pereire se joue des catégories, il se pourrait qu’il soit figuratif ; il se pourrait qu’il soit conceptuel…

 

"Ses tableaux sont curieusement naïfs, déployant des couleurs saturées, simples et parfaitement délimitées. D’autres représentations sont en revanche plus sombres, tels ces visages ricanant, sur les côtés desquels poussent des ailes. Des créatures surgissent en masse. Ce sont des anges, comme le révèle le titre des tableaux. Pereire a également peint des parties du corps, des pieds, des mains, des figures grotesques, yeux écarquillés et bouche bée, qui semblent avoir été arrachées à la toile dans la tourmente. De petits bonshommes schématiques marchent avec raideur sous une pluie battante. Beaucoup de tableaux ont été exécutés avec rigueur, les aplats de couleur y sont précisément délimités. À l’inverse, d’autres toiles effraient par leur négligence affichée des exigences picturales et semblent bâclées. Sont-elles la preuve d’une impuissance artistique ou une attitude consciente recherchée ? Pereire semble ne pas s’être soucié du format de ses tableaux. Le plus souvent, leur dimension ne s’accorde pas ni au choix ni à l’exécution du sujet. Il utilisait souvent des feuilles de papier accolées, dont les bords sont abîmés et enlaidis par du ruban adhésif. Manifestement, le choix des matériaux le préoccupait assez peu. Pereire est décédé en 1992, à l’âge de 62 ans. Parmi la liste impressionnante de ses expositions, on remarque diverses galeries réputées en France et aux États-Unis et une exposition personnelle au MOMA de New York. Pereire a également publié plusieurs textes et se disait « angélologue », chercheur en anges. À ses yeux, les anges représentaient une manifestation paradoxale car, bien que créatures de l’Au-delà, ils pouvaient parfaitement se matérialiser dans notre monde. Dans un épais cahier de brouillon, il avait consigné plus de 1 000 citations sur les anges, dont celle-ci, parue dans son Livre des Anges (1976) : « Notre invisibilité nous condamne à la réalité pure ». Tous ces aphorismes sont fondés sur une pensée paradoxale. Peut-être connaissait-il la célèbre phrase de Pascal « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé » (Pensées, Bibliothèque de la Pléiade N° 34, p. 1061, Paris 1940). La pensée paradoxale, telle que Pereire l’a pratiquée toute sa vie, croise l’irrationalité avec les modèles de la logique. Elle est la preuve d’une religiosité éclairée qui s’efforce de réconcilier les antagonismes, comme l’a exposé Kierkegaard, philosophe du paradoxe par excellence, dans son œuvre Ou bien… Ou bien. En tant qu’artiste, Pereire se sentait manifestement apparenté aux anges, percevant le paradoxe de son rôle. Un quart de siècle après sa mort, Pereire est tombé dans l’oubli. Il n’est mentionné dans aucune anthologie de la peinture du XXe siècle. Seule exception, une publication de G.J. Lischka, éditée par J.H. Martin, Alles und noch viel mehr (Berne 1985). Elle contient le texte de Pereire intitulé Manifeste angélique. Respectée et exposée de son vivant, considérée même par les plus grands, dont Roland Barthes qui préfaça le catalogue d’une des expositions, cette œuvre a aujourd’hui disparu. Pour quelle raison ? Le Français Pereire séjournait souvent à New York. L’art grand format des peintres américains du Hard Edge l’a sans aucun doute influencé. Pourtant, en comparaison, sa peinture reste une version peu convaincue, hésitante, de ces fiers tableaux, qui interrompent l’espace, à l’image de ceux de Frank Stella. A-t-il été victime du complexe d’infériorité français face à la suprématie de l’art américain des années 1970 ? Pereire a souvent exprimé son admiration pour Walter de Maria, qu’il considérait comme le plus grand artiste américain. Ce dernier avait d’ailleurs mis en scène un « orage d’anges » cosmique avec son installation Lightning fields dans le désert du Nouveau-Mexique. Dans les tableaux de Pereire, en revanche, les apparitions d’anges sont tout en retenue, bien loin des coups de tonnerre hâbleurs de l’art américain. Dans les années 1980, l’œuvre de Pereire a été associée au Bad Painting. Une exposition consacrée à ce style avait été organisée en 1978 par Marcia Tucker au Musée d’art contemporain de New York. Aujourd’hui, Martin Kippenberger, pourtant absent de l’exposition, est considéré comme un représentant plus significatif de cette nonchalance opposée à un art pictural expert et cultivé. D’ailleurs, comparé à Kippenberger ou même à Albert Oehlen, on ne retrouve pas chez Pereire ce sarcasme, cette insolence de la transgression des limites ni cet esprit de l’invention picturale. Ses tableaux semblent simplement peints avec maladresse et désinvolture. De toute évidence, Pereire est passé au travers des mailles du filet du Monde de l’art. Son œuvre n’a été interceptée par aucun courant artistique. Pourtant, ou justement à cause de ces résistances à l’ordre établi, Pereire mérite notre attention." Thomas Huber

Source

FRAC Pays de la Loire

Dernière mise à jour le 2 mars 2020