Elle-Mie EJDRUP HANSEN

être
Exposition
Arts plastiques
Galerie Maria Lund Paris 03
Etre, rester, devenir, avoir, perdre – ces verbes à la forme infinie résument une partie essentielle de l’existence humaine. Ajoutons aimer (bien-aimé(e), proches) et la liste se complète. Simples en apparence ces mots constituent les titres et des éléments intégrés des œuvres récentes d’Elle-Mie Ejdrup Hansen ; tentative de se situer et de situer ce que nous appelons « vie », « être en vie » ou tout simplement « être ». Fidèle à elle-même l’artiste nous livre des propos certes ancrés dans une histoire personnelle, mais qui dépassent le spécifique et le personnel pour devenir propos universels. L’iconographie présente des sujets touchants par un semblant de banalité (petite fille en robe de bal, chevreuil solitaire, vase avec tulipes et lever de soleil). En faisant le choix de motifs faussement « naïfs » l’artiste souhaite à la fois raconter une histoire qui concerne la vie dans toute sa merveilleuse banalité à la fois employer ces motifs comme des signes - des concentrations de sens complexes. Ce désir d’exprimer l’équivoque est caractéristique d’Elle-Mie Ejdrup Hansen qui l’a souvent démontré à travers la forme physique même de ses oeuvres (diptyques, triptyques où sens différents se confrontent). Avec les œuvres formant l’exposition « être » les significations multiples s’établissent à travers des variations d’images simples. Un exemple emblématique étant deux peintures avec pour titre « être I » et « être II » où figurent une silhouette de femme nue sur fond de lignes en zig-zag : cardiogramme à l’infini ? image de son numérique ? vision de perturbations d’émission sur un écran télé ? ou tout simplement manière de signifier les mouvements permanents de la vie ? Dans « être I », tableau vertical, le fond est dominé par un jaune vif et des touches multicolores, or la silhouette féminine qui se trouve tout en bas du tableau parait perdue, crispée; et sa tête tournée vers le spectateur semble demander ce qu’il lui arrive malgré l’ambiance gaie qui se dégage des couleurs environnantes. « être II » est une grande peinture horizontale dont le fond se compose de variations de blanc par-dessus lesquelles passent des mouvements en zig-zag noirs. Placée de façon centrale dans l’œuvre, nous retrouvons la figure féminine, les pieds bien posés, les bras le long du corps et la tête légèrement inclinée en arrière, le visage dirigé vers le haut. Le personnage dégage calme et disponibilité – prêt à recevoir, donner, agir comme si le blanc qui l’entoure signifiait une grande lumière, un catharsis ou peut-être un nouveau début. Si les éléments constituant ces deux peintures sont les mêmes, les différences de formats, de couleurs et d’attitudes du corps suffisent pour exprimer deux propos différents sur l’être humain dans la vie et devant la vie, sujet clef dans l’œuvre de l’artiste. « at blive » est un verbe danois qui signifie à tour de rôle être, rester et devenir et parfois les trois – impliquant un état existant qui perdure mais aussi le passage vers un état autre. Contradictoire et complémentaire, car qui reste peut avoir changé. C’est sous ce titre que l’artiste cherche à exprimer l’aspect transitoire de la vie dans des compositions très graphiques ou au contraire très sensuelles et douces, suggérant allées et venues, dimensions temporelles ou ambiances changeantes dans un même paysage. Les mots y jouent un grand rôle : inscrites dans certaines œuvres en lettres capitales, ils agissent à travers leurs significations établies en tant que mots, par leurs sonorités mais aussi en raison de leurs puissances comme formes visuelles. Longtemps concentrée sur d’autres médias (peinture, vidéo, installations) cette série de dessins représente un nouveau tournant dans l’œuvre d’Elle-Mie Ejdrup Hansen. La forme - crayon et pastel gras sur papier - est classique mais on retrouve ce mélange de qualité tactile et l’emploi du trait, entre poussière et formes naissantes parcourant l’œuvre dans son intégralité. Elle-Mie Ejdrup Hansen (1958-….) expose à la GALERIE MARIA LUND depuis 1999. Elle y a présenté quatre expositions personnelles TERRE ET LUMIERE (2000), IMAGES BLEU CLAIR (2002), peinture & sculpture (2004), peinture (2007) et la série INTERCESSION (2005). En 2003 l’Espace Croix-Baragnon (Toulouse) a accueilli une présentation de ses œuvres. Depuis 15 ans l’artiste expose régulièrement dans les galeries et les institutions en Scandinavie où elle a reçu le prix nordique Anna Nordlander. Son installation monumentale de lumière laser, étendue sur 530 km, La ligne – la lumière, Sculpture de la Paix 1995, a fait l’objet de plusieurs films de Rikke Rørbech, montrés à la 6e Biennale de films sur l’art au Centre Pompidou et à la Maison du Danemark, Paris (2005). Ce printemps elle à crée le projet Du soir au matin (Fra aften til morgen) – installation de lumière et de son autour d’un ensemble d’éoliennes dans l’ouest du Danemark, vision poétique d’une rencontre entre un lieu, sa nature et ces stations énergétiques qui ponctuent désormais le paysage. En mars, 2001 Artpress a consacré un article à son œuvre.

Complément d'information

ETRE

être - c’est le sentiment qu’on a quand un matin très tôt on se lève et qu’on s’assoit dans l’atelier d’Elle-Mie Ejdrup Hansen et qu’on sent comment lentement la lumière du jour naissant attise les couleurs de ses peintures – l’une après l’autre – comme si la lumière avait endossé le rôle de celle qui peint.

d’abord ce ne sont pas les motifs que l’on voit – ce sont les couleurs qui plus tard entrent en dialogue avec les motifs – qu’il s’agisse d’une fleur, d’une feuille ou d’un animal – et d’un seul coup la nature remplit l’espace – elle entre comme elle était entrée à l’intérieur d’Elle-Mie Ejdrup Hansen et avait rempli sa palette et son esprit – avec formes et couleurs – lumière et son.

et c’est justement en écoutant le silence des tableaux d’Elle-Mie Ejdrup Hansen, qu’on réalise soudainement, que cela n’a pu se faire – en ce qui la concerne - de les peindre – en ce qui nous concerne – de les vivre – que parce que derrière cette créativité mais aussi devant son empreinte se trouve – un être humain.


Poul Pedersen


Traduit du danois par Lou Møllgaard et Maria Lund

Horaires

mardi au samedi 12h à 19h et premier dimanche du mois.

Accès mobilité réduite

Oui

Adresse

Galerie Maria Lund 48 rue de Turenne 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020