documentation céline duval

"Les choses voient."
Exposition
Arts plastiques
Centre d'art La Chapelle Jeanne d'Arc Thouars

documentation céline duval 
Photographie, d’après Jacques Metay.
2014
Production : Centre d’art la Chapelle Jeanne d’Arc, Thouars
Courtesy : Semiose Galerie, Paris

Dans le cadre du parcours Songe d'une nuit d'été, collections des FRAC Poitou-Charentes, Pays de la Loire et Centre, trois expositions sont proposées à Thouars.

Au centre d'art la Chapelle Jeanne d'Arc, documentation céline duval crée une exposition intitulée Les choses voient., mettant en évidence les différentes temporalités de l'apparition de l'image et de son enregistrement.

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Depuis l’aube des années 2000, documentation céline duval (1) explore la question du réemploi et de la relecture des images - pour mieux cerner son corollaire, l’expérience renouvelée du regard. À Thouars, elle poursuit ses recherches sur la matière photographique en lien étroit avec l’espace de la chapelle, et revient aux fondamentaux de cette écriture de la lumière.
L’artiste emprunte le titre de son exposition, "Les Choses voient", au roman d’Edouard Estaunié écrit en 1913 : les choses désignent ici à la fois l’architecture du lieu et les images qu’y introduit l’artiste, témoins attentifs qui ont traversé le temps, vecteurs d’expérience et de mémoire.

Placé dans le transept, un premier dispositif de révélation de l’image accueille le visiteur : volume rappelant l’art minimal et le white cube, la sculpture joue surtout comme support de projection. Au gré de la révolution solaire, elle recueille en effet les motifs abstraits des vitraux décoratifs qui ornent la chapelle, et qui transmettent intensément leurs couleurs, flux changeant de lumière chatoyante, image « vagabonde, rétive à toute capture, à tout arrêt. » (2)
Ce white cube réserve une autre surprise : il est aussi camera obscura, chambre noire pénétrable via un sas équipé d’une lumière rouge, d’un oeilleton et même d’une ouverture qui permet d’entrer dans le sténopé. Ce cheminement aux accents érotiques permet au public d’accéder à un miracle simple : regarder intimement l’image en train de se faire, cette image générée par la boîte optique, et qui n’est autre que l’agneau pascal peint au plafond de l’édifice, dont la figure vient se projeter au sol. Entre le monde diurne et apollinien des danses chromatiques et celui des secrets scopiques, plus obscur et dionysiaque, l’espace d’exposition produit sa propre image, oscillation permanente entre l’apparition et la disparition.

Au sous-sol, dans une salle aveugle qui évoque aisément les racines profondes du lieu, l’artiste présente deux nouvelles installations qui prennent comme motif la ville de Thouars, sa topographie et son histoire, pour dérouler une histoire sensible de la photographie.
Les Éphémères est un diaporama, qui s’inspire du titre initial du roman de Virginia Woolf, devenu ensuite Les Vagues. Au rythme du carrousel, défilent en ressac des images projetées sur une surface de plexiglas : beaucoup d’ombres et de découpes graphiques, comme si l’artiste avait traqué avec son appareil photo le dessin de la vieille ville, mais aussi l’idée de la réserve, de la lumière retenue, entre absence et opacité. Au plaisir de retrouver les sensations d’une photographie primordiale – celle que William Henry Fox Talbot nomma à son invention le dessin photogénique — l’artiste conjugue une écriture poétique de la dérive, de la déambulation : ces réserves sombres sont autant d’espaces abstraits, où l’imaginaire se glisse comme dans un rêve nocturne.

Autre réflexion sur le cycle de la production des images : Les Images, de Thouars, bavardent, film sur l’image conçue comme « opérateur temporel de survivances » (3), et en particulier sur les images qui ont construit et déconstruit l’identité de la ville. À partir des représentations du château de Thouars, l’artiste ouvre des passages entre le regard et les mots : à travers la parole de certains habitants qui manipulent physiquement les visuels à l’écran, le film approche différents types d’images (dessinées, gravées, photographiques, imprimées…), décrit leurs rôles et leurs usages (scientifiques, informatifs, techniques, mémoriels, artistiques… ) et détaillent leurs supports (plans, cartes postales, publicités, micro films, photographies de famille…). L’ensemble évoque une stratigraphie en images, qui révèle la complexité d’un patrimoine et entrelace passionnément la pierre à l’humain, le temps géologique au temps de l’homme.
Plus essentiellement encore, ce film est traversé de problématiques universelles, leitmotiv des recherches de documentation céline duval : comment naissent les images ? que racontent-elles de ceux qui les produisent ? que dévoilent leurs modes de transmission,
de diffusion, de ré-emploi ? Dans ce questionnement qui structure toute l’exposition, l’artiste confirme son choix d’une position très claire, presque une politique du regard : « R egarder n’est pas une compétence, c’est une expérience dont il faut, à chaque fois, reformer, reconstruire les fondations » (4).


Éva Prouteau


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1. Céline Duval, née en 1974, vit et travaille à Houlgate.
Elle adopte son nom d’artiste, documentation céline duval, en 1998 : une manière de prendre ses distances avec la notion d’auteur, et de mettre en avant celle de document et d’image, base de toutes ses oeuvres qui veillent à comprendre et décoder le monde visuel qui nous entoure.
2. Marie-José Mondzain, Images (à suivre), Bayard, 2011, p.17.
3. Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Les Éditions de Minuit, 2009, p.102.
4. Georges Didi-Huberman, extrait de l’entretien mené par Jean-Max Colard et Claire Moulène pour les Inrockuptibles,
12/02/2014

Tarifs :

gratuit

Commissaires d'exposition

Partenaires

Cette exposition de documentation céline duval a bénéficié du soutien de la Ville de Thouars, la Direction des Affaires Culturelles de Poitou-Charentes, le Conseil Régional de Poitou-Charentes, le Conseil Général des Deux-Sèvres et les communautés de communes du Thouarsais.

Horaires

Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h30, en octobre uniquement le week-end.

Adresse

Centre d'art La Chapelle Jeanne d'Arc 2 Rue du jeu de Paume 79100 Thouars France
Accès mobilité réduite
Dernière mise à jour le 2 mars 2020