Delacroix, Rodin, Puvis de Chavanne…

Par Virginie Inguenaud
Jean-Auguste-Dominique Ingres, Jupiter et Thétis, 1811

Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), Jupiter et Thétis, 1811 (FNAC PFH-499).

Le Voeu de Louis XIII, par Jean-Auguste-Dominique Ingres

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le Voeu de Louis XIII, 1821-1824 (Achat par commande à l'artiste en 1823, Inv. : FNAC PFH-1582)

Cette toile monumentale répond à la commande passée par l’Etat en 1823. Exposée l’année suivante à Paris au « Salon des artistes vivants » qui se tenait alors au Louvre, l’œuvre rencontra un grand succès.
Elle fut ensuite attribuée à la cathédrale de Montauban, ville natale de l’artiste.

Saint Symphorien, par Jean-Auguste-Dominique Ingres

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Saint Symphorien, 1834 (Achat par commande à l'artiste en 1824, Inv. : FNAC PFH-1089)

Commandée par l’État à Ingres en 1824, le paiement de cette œuvre s’échelonna sur presque 10 ans. Elle n’a rejoint la cathédrale d’Autun qu’en 1834. Le vocable de l’édifice, saint Lazare, ne correspond pas au saint dont l’artiste a peint les prémices du martyre. Néanmoins, saint Symphorien est lié par l’histoire à la ville d’Autun : il y est né et y fut exécuté pour avoir, au IIème siècle après J.-C. sous le règne de Marc-Aurèle, refusé d’honorer une statue de la déesse Cybèle lors d’une procession.

Médée furieuse, par Eugène Delacroix

Eugène Delacroix, Médée furieuse, 1838 (Achat à l'artiste en 1838, Inv. : FNAC PFH-2540. Propriété de la ville de Lille)

Réalisé en 1838 par l’artiste de sa propre initiative, le tableau est exposé au « Salon des artistes vivants » à Paris la même année et c’est à l’occasion de cette présentation que l’Etat en fait l’acquisition pour aussitôt le déposer au musée des Beaux-Arts de Lille. La propriété de cette œuvre a été transférée à la ville de Lille en 2006 dans le cadre de la loi « musées » promulguée le 4 janvier 2002 qui, entre autres, organise le transfert de la propriété aux collectivités territoriales des dépôts de l'Etat antérieurs à 1910.

Le Christ au Jardin des Oliviers, par Théodore Chassériau

Théodore Chassériau, Le Christ au Jardin des Oliviers, 1840 (Achat par commande à l'artiste en 1840, Inv. : FNAC PFH-998)

L’œuvre est l’aboutissement d’une commande passée par l’Etat à Chassériau en 1840. Destinée en 1841 à l’église paroissiale de la commune de Saint-Jean-d’Angély en Charentes-Maritimes, elle a rejoint les collections du musée des Beaux-Arts de Lyon en 2002 pour des questions de conservation.

Vercingétorix se rendant à César, par Henri-Paul Motte

Henri-Paul Motte, Vercingétorix se rendant à César, 1886 (Achat en 1886, Inv. : FNAC PFH 944).

Réalisé en 1886 par l’artiste de sa propre initiative, le tableau est exposé au « Salon de la Société des artistes français » à Paris la même année et c’est à l’occasion de cette présentation que l’Etat en fait l’acquisition pour aussitôt le déposer au musée Crozatier au Puy-en-Velay. Le lieu de dépôt n’est pas innocent : il s’agit moins d’admettre la défaite du personnage devant César à Alésia que de glorifier le vainqueur de Gergovie via une affectation en Auvergne.

Les Enervés de Jumièges, par Evariste Luminais

Evariste Luminais, Les Enervés de Jumièges, vers 1880 (Don G. Bigeon en 1911, Inv. : FNAC 2595)

Une version de ce tableau fut exposée au salon de 1880. Le livret correspondant donne l’explication suivante « Clovis II, vainqueur de ses deux fils révoltés contre lui, les énerva en leur faisant brûler les jarrets. Il les fit ensuite placer sur un bateau et les abandonna au courant de la Seine qui les porta jusqu’au monastère de Jumièges […] ». Cette œuvre se trouve en Australie depuis la fin du XIXe siècle et c’est en fait une réplique (de la main de l’artiste ou de son atelier) qui est entrée dans les collections de l’État grâce au don en 1911 d’un certain Bigeon. Ce dernier avait acquis ces « énervés » lors de la vente de l’atelier Luminais à la galerie Georges Petit à Paris en 1898.

Les Trois Ombres, par Auguste Rodin

Auguste Rodin, Les Trois Ombres, avant 1886 (Achat à l'artiste en 1909, Inv. : FNAC 2877)

Ici plâtre de travail préparatoire exécuté en 1880 pour « la porte de l’Enfer », l’œuvre connaîtra ensuite plusieurs versions indépendantes également en plâtre ou en bronze, les figures étant réunies sur une même terrasse ou isolées. Achetées par l’Etat en 1909, ces « ombres » subirent d’importants dommages lors de la grande crue parisienne de 1910. Elles ne furent déposées à Quimper qu’en 1914.

Cromwell devant le cercueil de Charles 1er, par Paul Delaroche

Paul Delaroche, Cromwell devant le cercueil de Charles 1er, 1831 (Achat par commande en 1830, Inv. : FNAC PFH-2803).

La main sur l'épée, Cromwell regarde le cadavre de son ennemi décapité Charles 1er, comme s’il allait le tuer une deuxième fois. Lorsque de fils de Charles 1er, Charles II, reviendra au pouvoir, il sortira Cromwell du tombeau pour exécuter sa dépouille le jour anniversaire de la mort de son père. Entre érudition et anecdote, l’œuvre de Delaroche, commandée à l’artiste par l'État en 1830, exposée au Salon de 1831, témoignait, pour ses contemporains, « d’un retour [au drame] aussi absolu que possible ».

Vue de L’Automne par Pierre Puvis de Chavanne, présenté au Salon.

Vue de L’Automne par Pierre Puvis de Chavanne, présenté au Salon.

L’Automne, par Puvis de Chavanne

Pierre Puvis de Chavanne, L’Automne, 1864 (Achat à l'artiste en 1864, Inv. : FNAC FH 864-26)

Réalisé en 1864 par l’artiste de sa propre initiative, le tableau est exposé au « Salon des artistes vivants » à Paris la même année et c’est à l’occasion de cette présentation que l’Etat en fait l’acquisition pour aussitôt le déposer au musée des Beaux-arts de Lyon, ville natale du peintre. Si ses débuts au Salon furent difficiles (il fut plusieurs fois refusé ou sévèrement critiqué), la consécration arrivait enfin, ce que la postérité n’a plus démenti.

Acquises lors des « salons », commandées à l’artiste, achetées rétrospectivement, offertes par des amateurs éclairés, les œuvres ci-dessous témoignent des divers modes d’enrichissement des collections de l’État. Mais ce petit ensemble se compose avant tout des créations les plus célèbres du fonds, partout reproduites et régulièrement utilisées comme illustrations à des fins diverses. Sans pour autant que l’on sache qu’elles font partie de cette vaste collection de quelques 93 000 articles, toutes périodes confondues, dont le Cnap assure la garde et la gestion.

Une sainte trinité picturale : les œuvres d’Ingres

Peint à Rome en 1811, Jupiter et Thétis orne depuis 1835 les cimaises du musée Granet à Aix-en-Provence. Antiquité mythique et païenne d’un côté, contre histoire de France chrétienne de l’autre : Le vœu de Louis de XIII, réalisé en 1824 et mis en place dans la cathédrale de Montauban en 1834, vient rappeler la protection de la France demandée à la Vierge par Louis XIII en 1638. Bel exemple d’adéquation entre l’image et son lieu de présentation, c’est naturellement à la cathédrale d’Autun qu’a été attribuée en 1834 la grande toile de 1824 représentant les derniers moments de saint Symphorien au pied des murailles de la ville.

« Delacroix, lac de sang hante des mauvais anges […] »

Réactivant en plein XIXe siècle l’éternelle querelle de la primauté de la ligne et du dessin sur la couleur et la lumière, Delacroix, que les critiques ont opposé pour cela à Ingres, ne fait pas mentir les célèbres vers de Baudelaire avec la Médée furieuse exécutée en 1838 et déposée la même année au musée des Beaux-arts de Lille (le Louvre conserve la réplique de 1862). La fille du roi de Colchide semble déjà assaillie de remords prématurés avant de commettre le plus effroyable des crimes, l’infanticide. Autre exemple de ces passions romantiques, la résignation intériorisée du Christ au jardin des oliviers peint par Chassériau en 1840. Destinée l’église paroissiale de Saint-Jean-d’Angély en 1841, l’œuvre est exposée au musée des Beaux-arts de Lyon depuis 2002.

Quand le sensationnel et le théâtral rejoignent l'histoire

Parfaitement cadrés et mis en scène d’une manière propre à susciter l’émotion d’un spectateur avide de sensations, trois vastes compositions se distinguent parmi les œuvres appartenant « au grand genre » de la peinture d’histoire selon la terminologie héritée des milieux académiques. Elles montrent qu’en plein XIXe siècle, le goût pour l’histoire était resté très vif, même si les sujets perdent ici en noblesse ce qu’ils gagnent en anecdote : le fier Vercingétorix se rendant à César, peint par Motte en 1886, attribué la même année au musée Crozatier au Puy-en-Velay, les presque cadavres des Énervés de Jumièges dus au pinceau d’Evariste Luminais, surnommé le « peintre des gaules », réalisés en 1880 et accrochés au musée des Beaux-arts de Rouen depuis 1911, ou encore le dubitatif et méprisant Cromwell devant le cercueil de Charles 1er exécuté par Delaroche en 1831, en dépôt depuis 1834 au musée des Beaux-arts de Nîmes.

Ombres errantes

Modelées en 1880 pour le couronnement de la Porte de l’Enfer, les Trois Ombres de Rodin font la fierté du musée de Quimper depuis 1914. Ces personnages furent appelés également « les vaincus » dans la version présentée à l’exposition monographique de l’artiste en 1900 : ils montrent autant de pesanteur et d’affliction que les femmes idéalisées de L’Automne de Puvis de Chavannes (acheté en 1864 et déposé la même année au musée des Beaux-arts de Lyon) affichent de sérénité éthérée annonciatrice du mouvement symboliste qui se développera tant en France qu’en Belgique à partir des années 1870.

Virginie Inguenaud
Responsable des collections historiques (1791-1870)
Centre national des arts plastiques

Dernière mise à jour le 29 avril 2020