Dans son cou la main d'une mère

Exposition
Arts plastiques
Michel Rein, Paris Paris 03

Avec le soutien du Fonds de Dotation Emerige dont Edgar Sarin fut le lauréat de la Bourse Révélations 2016, Michel Rein est heureux de présenter sa première exposition personnelle à la galerie.

La Mécanique du Corps

Edgar Sarin crée des installations associant le langage et la musique aux objets trouvés les plus simples comme aux métaux les plus précieux. Il creuse la pierre, sculpte le bois, compose des partitions, met en scène des gestes et des situations. Chaque exposition, chaque pièce est la ramification d’une démarche unique et complète étudiant les circonstances du développement de modèles primitifs bruts vers leur accomplissement en des formes civilisées. Cette recherche esthétique et plastique est organisée par une somme de règles élémentaires et précises formant la physique de l’œuvre. Celle-ci est un corps que l’on apprivoise par l’intermédiaire de chacune de ses facettes. Edgar Sarin développe la physique de son œuvre ; il en construit la mécanique, le mouvement interne, où chaque chose étant liée à toutes les autres, elles s’entraînent immuablement, suivant un mouvement devenu naturel et nécessaire, vers la finalité pour laquelle elles ont été conçues. Comme la physique est une science expérimentale étudiant les phénomènes naturels et leur évolution dans le but de modéliser notre environnement, le travail d’Edgar Sarin s’articule de la même manière sur une somme d’expériences visant à comprendre la nature de l’art.

Une faune d’objets visibles est apparue tardivement dans la production de l’artiste qui travaillait auparavant essentiellement à partir d’éléments soustraits au regard du spectateur (Concessions à perpétuité). Tout ce qu’il avait confiné dans ces premières œuvres s’est instinctivement constitué en patrimoine génétique et a commencé à avoir un impact sur l’univers du visible. Depuis, il élabore et réactualise sans cesse une liste d’objets qu’il attend de rencontrer par chance ou par accident. L’objet prend ainsi sens et fait d’emblée preuve de sa nécessité. Bien qu’Edgar Sarin prête attention à leur harmonie et à leurs proportions, c’est surtout la nature et les potentialités de ces objets qui importent.

Panoplie élémentaire de son vocabulaire, ils sont stockés comme une matière première non raffinée attendant d’être employés, voire réemployés. Il s’agit de ne pas les réduire à une seule utilisation ou à une seule fonction. L’artiste anticipe ainsi la réversibilité de chacun de ses gestes tout en conférant à son travail une nature proprement physique et plastique. Il n’assemble pas les objets au moyen de fixations solides ; il use de leurs caractéristiques afin de les maintenir en équilibre entre tension et gravité, ne déployant que l’effort juste et nécessaire. Cette forme d’« écologie du geste »1 est une manière de lutter contre le caractère entropique de l’œuvre d’art.

La découverte et l’accumulation de matières premières s’inscrivent dans un état d’urgence, œuvrant vers la constitution d’un embryon de civilisation. Cet état d’urgence, créant un environnement particulier, permet un nouvel état de conscience : le système de pensée disparaît au profit de la seule mécanique du corps, dont l’action est conditionnée par des contraintes dictées par l’environnement. L’œuvre relève ainsi de l’intuition qui se matérialise à travers un mouvement d’habitation de l’espace.

« Je défends l’idée que l’œuvre est un effet de la vie, qu’elle apparaît par la force des choses […]. Sa réalisation relève d’un mécanisme ascendant vers un état haut de civilisation jusqu’à devenir un objet quasi humain ; un objet contenant une erreur, un risque tout du moins. » (Edgar Sarin)

C’est l’expérience qui est renouvelée lors de chaque exposition. A ce stade l’artiste n’est que mécanique. Les objets, habitant peu à peu l’espace, se raffinent d’eux-mêmes en trouvant leur place et leur fonction. Se combinant les uns aux autres, ils deviennent les modules d’un seul et même corps et font œuvre en s’organisant de façon raisonnée.

L’exposition est un prétexte au processus de création, un système de contraintes au sein duquel s’élaborent les mécanismes de raffinement des objets vers leur état de civilisation. L’exposition, en tant que processus de recherche, est également un temps permettant d’éprouver la validité d’objets qui n’existaient auparavant que sous une forme primitive. Leur nature d’œuvre elle-même est ainsi questionnée : en tant que nouvelle entité, l’œuvre ne va pas de soi, c’est un effet de la vie, elle comporte un risque, une erreur, mettant simultanément en péril spectateur et créateur. L’œuvre d’Edgar Sarin exige beaucoup du regardeur, qui doit cheminer avec l’artiste dans la compréhension de l’œuvre ; on observe donc le déplacement d’une posture de contemplation vers un mouvement de création. En tant qu’entités problématiques et systèmes de contraintes, les œuvres sont toujours conçues par l’artiste comme un point de départ. Elles sont des objets qui doivent être apprivoisés et sont dans le même temps porteuses d’une énergie résiduelle, d’une histoire qui leur est propre et que l’on ne saurait limiter à la manière dont elles sont envisagées par l’artiste.

S’appuyant sur des intuitions et des accidents, le geste d’Edgar Sarin façonne un corps autonome minutieusement pensé et équilibré, ayant sa propre mécanique interne au sein de laquelle tous les éléments entrent progressivement en intime harmonie pour faire œuvre.

 Marine Rochard
décembre 2017


Dans son cou la main d’une mère
 vient clôturer un cycle de cinq expositions personnelles en 2017 : Treize joyaux hiérarchiquement ordonnés à la galerie Konrad Fischer, Berlin, Un minuit que jamais le regard, là, ne trouble au Collège des Bernardins (comm. Gaël Charbau), Chapitre trois* avec le Cercle de La Horla, New York, et Ici : symphonie désolée d’un consortium antique au Centre de Création Contemporaine Olivier Debré (CCCOD), Tours (jusqu’au 4 février 2018).
                              

[1] Notion proposée par Gaël Charbau.

Artistes

Adresse

Michel Rein, Paris 42 rue de Turenne 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020