Daniel Rycharski

La Goutte creuse la pierre
Exposition
Arts plastiques
Villa Arson Nice

Daniel Rycharski, Epouvantails, 2018–2019. Installation, objets trouvés. MOMA  - Varsovie / Photo Daniel Chrobak. Courtoisie de l'artiste.

La Villa Arson présente la première exposition personnelle en France de Daniel Rycharski, artiste polonais né en 1986, travaillant à l’intersection de divers contextes sociaux et politiques entre la Pologne rurale, la culture homosexuelle et les communautés de foi, dans son pays en prise au conservatisme et au nationalisme.

Issu de l’école des Beaux-Arts de Cracovie, Daniel Rycharski (né en 1986) vit et travaille à Kurowko, son village natal situé dans la province de Mazovie au nord-ouest de la Pologne. La ruralité, son histoire et ses traditions sont en effet au cœur du travail de l’artiste. Il associe les paysans, les ouvriers agricoles comme d’autres habitants de sa région aux productions qu’il réalise sur place.

A ce jour, l’œuvre la plus représentative de son attachement à la culture paysanne est Monument to Peasant (2015), référence directe au projet de Monument aux paysans vaincus que Dürer dessine en 1525 afin de rendre hommage aux plus de 100 000 paysans disparus lors des révoltes paysannes dans le Saint-Empire Romain Germanique. Si l’architecture du monument n’est plus la même, on retrouve dans la sculpture de Rycharski le personnage qui trône en haut de l’édifice, le dos vouté par la souffrance. C’est Adam Pesta, le maire de son village, lui-même agriculteur.

Mais au-delà de cette tribune que l’artiste offre à la ruralité, ce qui fait la singularité de l’œuvre de Rycharski c’est qu’il assume totalement son identité gay et sa culture LGBT au sein même de la communauté de son enfance. Dans la Pologne d’aujourd’hui, de plus en plus conservatrice, cela tient du défi.
Ce défi a tenu jusqu’à peu de temps encore grâce à son travail collaboratif avec les habitants qui a donné lieu à la production de plusieurs œuvres. La plus significative est sans doute Epouvantails (2018 et 2019). Ces derniers – installés dans les champs – ont été réalisés avec des vêtements portés par des personnes LGBT. Si la forme anthropomorphique de l’épouvantail fait fuir les oiseaux, l’odeur de l’homme fait peur aux sangliers. Le fait d’associer le comportement animal à des humains évoque la peur ou la gêne qu’une sexualité non-hétéronormée éveille chez certains d’entre nous.

Pour son exposition à la Villa Arson, sa première hors de Pologne et la deuxième après celle que lui a consacré entre février et avril 2019 le Musée d’Art Moderne de Varsovie, les commissaires Klaudia Podsiadlo et Agnieszka Żuk ont demandé à Daniel Rycharski de produire des nouvelles pièces sachant que l’espace white cube d’un centre d’art français ne pouvait convenir à des œuvres faites pour un usage spécifique dans la campagne polonaise.

En réponse, l’artiste a choisi de placer la religion au centre de son exposition. Comment peut-elle s’accoutumer de la xénophobie, du nationalisme, de l’homophobie, de la misogynie ou de l’antisémitisme ? La question est brûlante dans la Pologne actuelle dirigée par le parti Droit et justice (PiS), ouvertement hostile à toute opinion ou style de vie qui diffère de ses fondements idéologiques ultra-conservateurs et nationalistes.

Pour bâtir son projet, Daniel Rycharski s’appuie sur Dietrich Bonhoeffer, pasteur et enseignant allemand assassiné en avril 1945 sur ordre d’Hitler, qui prône un « christianisme non religieux », c’est-à-dire lesté de ses dogmes sclérosés. Le Double Christ présent dans l’accrochage représente ainsi le corps de deux hommes enlacés sur une croix, liés par un amour ou une amitié fraternelle au-delà de tout clivage tel que l’entendait Bonhoeffer dans ses réflexions théologiques. Une autre pièce permettra de voir la tête de l’artiste lentement défigurée par des gouttes de peinture suintant d’un bénitier. Le titre de cette œuvre La Goutte creuse la pierre est devenu le titre de l’exposition ; il figure l’action lente et pernicieuse de la discrimination qui filtre au travers des enseignements de l’église catholique polonaise.

Commissariat : Klaudia Podsiadlo et Agnieszka Żuk

——
A NOTER
Samedi 11 janvier 2020, pour la clôture de l’exposition, 
la Villa Arson organise une journée d’études consacrée à la situation politique et culturelle en Pologne à partir du livre Hourras et désarrois. Scènes d’une guerre culturelle en Pologne publié le 16 mai 2019 par les éditions Noir sur Blanc (Lausanne) sous la direction d’Agnieszka Żuk (programmation en cours).


Tarifs :

Gratuit

Horaires

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 14h à 18h. Fermé le 24, 25, 26, 31 décembre, 1er et 2 janvier. Entrée libre

Adresse

Villa Arson 20 avenue Stephen Liégeard 06105 Nice France

Comment s'y rendre

Tram direction Henri Sappia : Arrêt Le Ray
Dernière mise à jour le 2 mars 2020