Cynefin, les paysages gallois

Exposition
Photographie
Sit Down Paris 03

Gruff, tenant farmer since 1942 overlooking Dolmelynllyn, 2011 © Tom Wood courtesy galerie Sit Down

“Tom Wood est l’un des photographes les plus délicats d’aujourd’hui, tous genres confondus“
Richard B. Woodward, The Wall Street Journal, 14 juin 2013

 

Tom Wood : à l’affût du paysage

Après 30 ans passés à documenter l’Angleterre urbaine de Liverpool et du Merseyside, le maître de la photographie d’outre-Manche se tourne vers le temps suspendu des paysages du Pays de Galles, où il vit désormais. La galerie Sit Down présente jusqu’au 20 décembre 2015 quelques images de sa série Cynefin“ce lieu familier“.

Comme un battement de paupière, Tom Wood ne s’arrête jamais de photographier. Ce jour-là, vous ne le connaissez pas, vous ne l’avez pas encore remarqué, qu’il vous photographie déjà depuis un moment, avec ceux qui vous entourent. Lorsque, entre deux rafales d’images qu’il saisit sans en avoir l’air – le bras levé, l’œil vérifiant rapidement l’écran de son appareil – vous surprenez son regard, il bredouille quelques mots et vous fixe en souriant. Comme si ce sourire énigmatique, mi-poli mi-espiègle, était la meilleure réponse à la question “pourquoi photographier ?“

Se fondre dans son environnement pour mieux le capter. Le principe est celui de la street photography. Aller chercher, si possible tout près, et ordonner dans le cadre ce que le hasard vous met sous le nez. Chez Tom Wood, à la différence d’autres, l’approche ne s’embarrasse pas d’économie de déclenchement : la bonne image surgit du multiple. Pas seulement pour pallier les aléas mais aussi pour s’oublier soi-même : “La seule manière de prendre de bonnes photos, dit-il, c’est de perdre conscience de ce que l’on fait, de s’oublier“

Cette soif d’images, New Brighton et le Merseyside (Liverpool) s’en souviennent tant, à partir de 1978, Tom Wood en a arpenté les rues, épuisé les lignes de bus ou fait la fermeture des pubs les samedi soirs, en quête de la moindre étrangeté. En noir et blanc, mais aussi en couleur dont il se révèle très tôt, comme Martin Paar, l’un des plus fervents convertis. Il amasse de cette observation assidue un impressionnant corpus de scènes de genre du monde contemporain, de natures mortes ou de personnages isolés dans leur intimité sur fond de jungle urbaine de l’Angleterre thatchérienne, puis fin de siècle. Il gagne un surnom, forgé auprès des gosses de la rue : “Photieman“. Le type à l’appareil.

En déménageant en 2003 dans le verdoyant Pays de Galles, il voulait changer d’air, fuir l’âpreté de la ville et se poser la “question du paysage“. Dans cette région isolée, située à une heure de route de Liverpool, c’est à pied, à vélo ou grâce aux rares bus - faute de permis de conduire - qu’il part chaque jour explorer la campagne, posant son trépied parmi les événements de la vie agricole, les bâtiments laissés à l’oubli, les paysages nus. Il livre de ce pays un portrait noueux où, en dehors de rares groupes de touristes croisés au détour d’un panorama, les hommes ont presque disparu ; où les bêtes peuplent le bocage. Le photographe semble à l’aise, comme l’indique le titre qu’il choisit pour cette série : “Cynefin“, une expression galloise qui renvoie à la familiarité que l’on éprouve face à un endroit, l’évidence de se retrouver en territoire ami.

Cet environnement suscite un formalisme inédit, obtenu à l’aide d’un vieil appareil panoramique argentique “Noblex“ qu’il utilisait jusqu’alors occasionnellement. Le paysage se tord, s’étire. Les arbres majestueux y déploient leurs branches interminables sous lesquelles, comme des vestiges archéologiques, dorment des engins agricoles, les intérieurs des fermes semblent de guingois, les moutons indifférents. Parfois, sous l’effet de quelque illusion d’optique offerte par le paysage, l’espace parait se resserrer à la manière d’un objectif “fisheye“. L’œil du photographe. Comme pour rappeler que quelque soit l’environnement où ils évoluent, Tom Wood et sa curiosité restent à l’affût. 


Amaury Chardeau

Complément d'information

Parallèlement, découvrez au Centre Culturel Irlandais une rétrospective de l’œuvre de
Tom Wood en Irlande, réalisée entre 1973 et 2003 (5, rue des Irlandais - 75005 Paris)

"Paysages intimes" de Tom Wood du 13 novembre 2015 au 10 janvier 2016
Vernissage jeudi 12 novembre 2015 de 18h à 21h

Artistes

Adresse

Sit Down 4 rue Ste Anastase 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 2 mars 2020