A Cuca , une œuvre de Tarsila do Amaral, 1924

Par Xavier-Philippe Guiochon

TARSILA DO AMARAL (1886-1973), <i>A Cuca</i>, (FNAC 9454)

A Cuca, peinture de Tarsilo Do Amaral

Tarsila Do Amaral, A Cuca, vers février 1924 (Don de l'artiste Provient du Salon du Franc en 1926, Inv. : FNAC 9459). Détail de la signature.

Le Buveur, peinture de Vicente do Rego Monteiro

Vicente do Rego Monteiro, Le Buveur, 1925 (Achat à l'artiste en 1964, Inv. : FNAC 28427).

Cet artiste est né à 1899 et à Recife où il décède en 1970. Peintre, dessinateur mais également muraliste, sculpteur et poète, il étudie à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Rio de Janeiro avant de se rendre à Paris entre 1911 et 1914 où il fréquente l’Académie Julian et La Grande Chaumière. Après avoir exposé au Salon des Indépendants, il retourne au Brésil et participe en 1922 à la Semaine d’art moderne de Sao Paulo. Il revient ensuite à Paris où il séjourne jusqu’en 1950 tout en faisant de nombreux allers et retours entre Europe et Brésil. Portant la date de 1925, cette huile sur toile (85 x 84,5 cm) frappe par son aspect sculptural, le personnage semblant être un bas-relief. Acheté en 1964, l’œuvre est déposée depuis 1987 au Musée Géo-Charles d’Echirolles dans l’agglomération grenobloise.

L’Adoration des bergers, peinture de Vicente do Rego Monteiro

Vicente do Rego Monteiro, L’Adoration des bergers, 1927 (Achat à l'artiste en 1953, Inv. : FNAC 23263).

Ce tableau reprenant l’iconographie chrétienne traditionnelle est une huile sur toile (130 x 162 cm) datée de 1927. Il est également particulièrement représentatif de son style monumental sculptural et de son intérêt personnel pour l’art religieux. Achat rétrospectif de 1953, l’œuvre est aujourd’hui déposée, et ce depuis 1970, au Musée d’art et d’histoire d’Auxerre.

Composition, peinture de Candido Portinari

Candido Portinari, Composition, 1945 (Achat à l'artiste en 1946, Inv. : FNAC 20015).

Le peintre Candido Portinari, né à Brodowki dans l’Etat de Sao Paulo en 1903, meurt à Rio de Janeiro en 1962. Formé à partir de 1918 à l’Ecole des Beaux-Arts de Rio, il commence sa carrière au Brésil avant de partir en Europe en 1929. Il devient lors de son retour au Brésil l’un des principaux acteurs du modernisme et un représentant du réalisme social dans la peinture brésilienne et l’art du muralisme. Cette huile sur toile d’assez grandes dimensions (179 x 150 cm) a été exécutée en 1945. La composition allégorique monumentale est une évocation sans fard des malheurs de la guerre. Rappelant tant le Guernica de Picasso que les œuvres des muralistes mexicains, elle n’en demeure pas moins profondément brésilienne. Achetée à l’artiste en 1946, elle témoigne également de son engagement politique.

Bélier, sculpture de Victor Brecheret

Victor Brecheret, Bélier, 1933-1934 (Inscription à l'inventaire (Provient du musée du Jeu de Paume auquel l'oeuvre a été donnée par l'artiste en 1936), Inv. : FNAC 7860).

Sculpteur brésilien d’origine italienne, Victor Brecheret est né à Farnese en 1894, et meurt à Sao Paulo en 1955. Après des études à Sao Paulo, il voyage et se forme en Europe et plus particulièrement à Paris dans les années 1910 et 1920. Il participe dès 1922 au mouvement moderniste à Sao Paulo. Cette sculpture en pierre est très représentative de l’art de Brecheret. Cette figure de jeune femme se tenant au côté d’un imposant bélier n’est pas sans rappeler la sculpture monumentale de Brecheret exécutée de 1920 à 1953 à Sao Paulo célébrant les Bandeirantes, explorateurs de la terre brésilienne et fondateurs de cette ville pionnière. La statue du Bélier est déposée depuis 1954 à la Roche-sur-Yon, dans un parc public.

Une œuvre manifeste du modernisme brésilien

Conservée depuis 1928 au Musée de Grenoble, cette huile sur toile attire le regard par son immédiate étrangeté et son apparente naïveté. C’est l’œuvre de l’artiste brésilienne qui a sans doute le plus profondément marqué la vie artistique et intellectuelle de son pays au cours de la 1ère moitié du XXe siècle, Tarsila do Amaral (1886-1973) dite Tarsila.

A Modernidade do Brasil ou l'émergence d'une identité moderniste brésilienne entre São Paulo et Paris

Née à Capivari près de São Paulo, Tarsila do Amaral séjourne en Europe et à Paris de 1920 à 1931, tout en faisant des allers et retours au Brésil. Ainsi en février 1922 elle participe à la formation du Groupe dit « des Cinq » sous la houlette du poète et littérateur Oswald de Andrade, tout en exposant cette même année au Salon des Artistes Français. A Paris elle fait connaissance et collabore avec des figures de l’avant-garde comme Brancusi, Léger, Lhote, Gleizes, Cocteau ou encore Blaise Cendrars, et des artistes brésiliens modernistes également séjournant à Paris à la même époque : Anita Malfatti, Vincente do Rego Monteiro ou encore Alberto di Calvanti.
L’année de création de ce tableau, 1924, est une date charnière qui est également celle de la parution du manifeste Pau-Brasil (« Bois-Brésil ») par Oswald de Andrade, mari de Tarsila. Il préfigure la publication toujours par Andrade en 1928 du Manifesto Antropafago (« Manifeste anthropophagique ») qui marque l’aboutissement théorique du Modernisme, mouvement collectif voulant créer et définir un caractère brésilien authentique et synthétique qui serait caractérisé par une réappropriation culturelle constante.

Un paysage animé étrange l'imaginaire réinventé de la terre brésilienne

Lorsque l’œuvre fut inscrite sur les inventaires de la collection de l’Etat à la date du 15 novembre 1926, les archives du dossier d’acquisition ne mentionnaient que le titre générique de « Composition ». Cependant la correspondance personnelle de l’artiste permet, outre de dater son contexte de création, de connaître le titre donné par l’artiste à son tableau. En effet, le 23 février 1924, Tarsila écrit à sa fille Dulce qu’elle est en train d’exécuter un tableau appelé A Cuca, composition qu’elle décrit comme une « étrange créature dans la forêt, en compagnie d’un crapaud, d’un tatou et d’un autre animal inventé ». Le terme portugais « a Cuca », croquemitaine ou spectre, pourrait désigner ici l’étrange animal jaune assis à gauche d’un point d’eau.
Cette composition fantastique est placée sous le signe de l’étrangeté mais également de la rêverie. On y retrouve ce qui constitue le style si caractéristique de Tarsila dans sa période dite Pau-Brasil (1924-1927) dont ce tableau est le premier exemple : juxtaposition de larges aplats de couleurs vives, primitivisme affiché des formes, refus de la perspective traditionnelle, évocation à la fois des avant-gardes parisiennes mais également de la peinture populaire brésilienne.
Le caractère fantastique, onirique et presque surréaliste de cette composition annonce également les œuvres de sa période dite anthropophagique des années 1928-1929.

Une œuvre unique au sein des collections publiques 

Cette œuvre de Tarsila do Amaral est la seule de l’artiste qui soit conservée dans les collections publiques françaises. Les collections du fonds national d’art contemporain ont le privilège de conserver d’autres œuvres d’artistes modernistes brésiliens : on citera en particulier Vincente do Rego Monteiro, Victor Brecheret ou encore Candido Portinari.

Xavier-Philippe Guiochon, Responsable des collections historiques et modernes (1870- 1960)
Centre national des arts plastiques

Pour en savoir plus

AMARAL A., 2009, Tarsila do Amaral, Catalogue d’exposition, Fundacion Juan March, Madrid.

SATURNI M.-E, 2008, Catalogo raisonné Tarsila do Amaral, Base 7 Projetos Culturais/Pinacoteca do Estado, Sao Paulo.

RODRIGUES M.-C., 2005, Tarsila do Amaral, Peintre brésilienne à Paris 1923-1929, Catalogue d’exposition, Maison de l’Amérique latine, Paris.

SULLIVAN Edward J., 2002, Brazil Body and Soul, Catalogue d’exposition, Guggenheim Museum, New-York/Bilbao.

SCHARTZ J., 2000, Brazil 1920-1950. De la antropofagia a Brasilia, Catalogue d’exposition, IVAM, Valencia.

SAYAG A., 1992, Art d’Amérique latine 1911-1968, Catalogue d’exposition, Musée national d’art moderne Centre Georges Pompidou, Paris.

AMARAL A., 1987, Modernidade, art brésilien du 20e siècle, Catalogue d’exposition, Musée d’art moderne de la ville de Paris, Paris.

ROIG A., 1986, « Tarsila do Amaral et Blaise Cendrars ou la rencontre de la peinture et de la poésie », Bulletin des études portugaises et brésiliennes, ADPF, vol. 41, pp. 171-190.