Je m'appelle Charlie Aubry, je suis artiste plasticien, musicien, bricoleur, ingénieur en plein de choses. J'ai un travail de plus en plus qui s'articule autour de la notion de travailler en commun, où moi je me revendique presque comme un prétexte, et après je disparais : les choses se mettent en place et il n'y a plus forcément besoin de moi pour que ça s'active. Le médium de prédilection, ça va être plutôt l'installation, mais après ça peut aussi être du dessin, de la musique.
Ce qui m'intéresse, c'est plutôt d'atterrir dans des endroits sans trop connaître, prendre ses repères, commencer à rencontrer des gens, et puis commencer à fabriquer avec elles/eux, et puis les choses se mettent en place, les thèmes se définissent. Le projet à Villa Glovettes a été amorcé par un premier projet soutenu par le Cnap qui s'appelle « La Symphonie des Souvenirs », qui a été réalisé à la péniche La Pop dans le XIXe, avec l'EHPAD Alice Guy et le Conservatoire du XIXe, où on a demandé à des personnes âgées en EHPAD d'écrire sur du papier à partitions leurs souvenirs. Et après, on a invité des interprètes à venir jouer ces partitions.
Ça a été un travail sur une année complète. Et ensuite, pour le programme Suite avec Villa Glovettes, qui m'a contacté, on a réfléchi à cette question de souvenirs, qu'on a imaginée sous plein de formats différents, et celui qui m'a semblé le plus intéressant, c'était de travailler avec les habitants. J'avais envie plutôt de les mettre au centre de l'œuvre et de faire quelque chose qui pouvait rester chez eux.
C'est un bâtiment où il y a plus de 900 habitations et une cinquantaine de personnes qui vivent à l'année. Et donc il y avait cette idée de se concentrer sur cette cinquantaine de personnes, notamment des gens qui sont là depuis 60 ans, et de parler avec eux de ces souvenirs du territoire. De récupérer des archives, que ce soit des archives intimes, personnelles, ou des archives, des prospectus, des réclames de quand ils ont construit les bâtiments, des plans.
Parler de souvenirs de leur vie ici, mais pas que, de leur vie aussi ailleurs. Et de créer des agencements de ces souvenirs-là à l'échelle d'une fresque commune sur la façade. Et donc il y a eu cette idée de travailler sur un voilage qui pourrait permettre de mettre des souvenirs et qu'on voie le paysage derrière.
Et qu'il y ait une espèce de mélange entre ce que le propriétaire ou le locataire allait voir et ce que les passants ou les randonneurs allaient voir aussi. Ce qui nous semblait bien avec Louis Garella, avec qui on a fait le graphisme, c'était de partir sur une trame générale, qui était une carte topographique du Vercors, avec les reliefs. Et de prendre ça comme base, où on allait disposer après les archives que les gens nous envoyaient, les souvenirs.
Et après, on a redécoupé les rideaux dedans. Donc en fait, tous les rideaux, là, on les voit de manière individuelle. Mais si on les mettait tous côte à côte, on aurait cette grande map de 20 mètres par 20 mètres.
Et donc en fait, d'un rideau à l'autre, des fois, il y a des reliefs de la carte qui continuent sur le rideau du voisin ou de la voisine. Et de se rendre compte que finalement, d'un appartement à l'autre, même s'il y a 500 mètres entre chaque bâtiment, il y a plein de choses qui peuvent rassembler, plein de choses qui peuvent se croiser. Et là, d'un coup, à travers les rideaux, il y a un point de rassemblement.
Et ce projet anodin de mettre en place des souvenirs vient déclencher des connexions aussi entre les gens, faire comprendre cette notion de commun, en fait.
Donc ça, c'est les camps qu'il faisait quand il était sur les Hauts-Plateaux. Il a fait aussi de la spéléo et il a été à l'initiative avec Jésus et Goupette.
Au tout début de la spéléo, Jésus était instit à la base et il a écrit 8 600 pages que j'ai scannées. Tous les jours, il écrivait.
La suite du projet, il y avait cette idée de laisser ce protocole.
C'est quelque chose qui fait partie de comment je travaille. La proposition que j'ai faite à Villa Glovettes, c'était de pouvoir se réemparer de ça. Maintenant qu'on a un prestataire sur le territoire qui a pu nous imprimer les rideaux, pourquoi ne pas réfléchir à d'autres artistes qui viennent, qui s'emparent du process et peuvent proposer d'autres rideaux pour d'autres gens.
Toujours dans cette idée de créer une forme d'intimité, main dans la main avec les habitantes et les habitants du lieu. Justement, que les narrations, que la transmission continuent à s'effectuer pour justement archiver ce qui est en train de se passer ici. En tout cas, c'est quelque chose pour moi qui a été hyper intéressant, notamment dans la récolte d'informations et aussi de comprendre les territoires.
C'est quelque chose sûrement qui va se reproduire dans d'autres endroits, d'autres résidences. En tout cas, je garde ce dispositif en tête.