Galerie Anne-Sarah Bénichou

Ce qu'il faut aimer est absent

Exposition personnelle de Léonore Chastagner

Projet soutenu par le Cnap
Exposition

Arts plastiques

Galerie Anne-Sarah Bénichou Paris 03

Du 21 mai au 11 juillet 2026, la Galerie Anne Sarah Bénichou présente « Ce qu'il faut aimer est absent », la première exposition personnelle de Léonore Chastagner.

« Léonore Chastagner parle de ses céramiques comme “d’instantanés, de photos avec un cadrage sur un point précis”. Ce rapport à l’instant embrasse le quotidien, présent également sous la forme de textes proches du journal intime. Ici, le soin apporté au détail ne fonctionne pas comme ornement, mais comme procédé d’une mise à nu de l’intime (sac à main, tricot, couverture). 

Comme au Salon de Montrouge, où l’on a vu son travail en 2025, les pièces sont en argile grise, noire ou blanche, sans couverture d’émail. L’argile est utilisée comme médium permettant à l'artiste de “tracer des signes dans un espace”. Les œuvres explorent différentes échelles (certains sujets sont à taille réelle, d’autres miniaturisés ou agrandis) avec pour seule limite que chacune puisse être portée et déplacée par l’artiste elle-même. C’est ainsi que le corps humain, qui fait office d’unité de mesure, engage une relation intime et incarnée aux pièces. Les sculptures représentent le salon, la chambre, les habits ou encore le torse de l’artiste. Des appareils connectés se glissent entre ses mains ou sur le lit. La dimension manuelle du façonnage de l’argile induit un temps long de travail, dans lequel deux mouvements peuvent être explorés : l’un, centré sur le geste, l’autre, tourné vers le monde observé. Le cadrage photographique des éléments représentés renvoie à un effet de l’ordre de l’arrêt sur image. 

L’artiste ausculte la portée du patrimoine culturel sur nos vies d'aujourd'hui. Le corps, disait Merleau-Ponty, est notre lien avec autrui, un “lien natal avec le monde”. Il est la condition de notre expérience du vivant. La statuaire antique, tout comme l’académisme (dit “grand art”), ont-ils un impact sur nos corps (physiques et sociaux) contemporains ? Comment ces formes et expressions conversent-elles avec nos vies ? Dans ses notes préparatoires, l’artiste évoque un intérêt pour les “cellules de nonnes”, des boîtes auto-représentatives fabriquées aux XVIII et XIXe siècles par des religieuses issues d’ordres contemplatifs. Cet artisanat monastique, rare activité récréative admise par le couvent, correspond par sa minutie aux impératifs d’une vie frugale et restreinte. La philosophe américaine Iris Marion Young réfléchit le corps féminin tel qu’il est vécu dans sa propre expérience (le female embodiment), il apprend à contenir son amplitude. On concède aux femmes, dans l’histoire, certains supports plastiques liés à l’artisanat ou certains genres dits secondaires dans la littérature. 

Mais il n’est pas question pour elles de s’atteler à des sujets sérieux, ni à des formes monumentales. Les thématiques sur lesquelles elles travaillent restent longtemps jugées, elles aussi, mineures. Léonore Chastagner rejoue ces activités-là à l’aune d’un nouveau récit, celui d’une modernité relationnelle. Un rapport de tendresse (eleos, l’origine grecque du prénom “Léonore”, signifie “compassion”) s’ébauche entre les œuvres et ceux et celles qui les regardent. Il faudrait penser la prévalence du geste lent au sein de notre monde. Ce qu’il faut aimer est absent nous enjoint à convivre dans une transformation douce. Léonore Chastagner fait valoir une phénoménologie du moindre. Dans le modeste, un espace d’émancipation advient, où se joue la capacité de l’art à nous faire accéder à l’autre. » 

Agnès Violeau, avril 2026

La Galerie Anne Sarah Bénichou a bénéficié du soutien à l'exposition du Cnap pour ce projet.

Adresse

Galerie Anne-Sarah Bénichou

45 rue Chapon

75003 Paris 03

France

Dernière mise à jour le 26 mai 2026