Catalogue de l'exposition Sublimation de Katarzyna Wiesiolek publié par la Galerie Eric Dupont

Projet soutenu par le Cnap
Parution
Arts plastiques
Galerie Eric Dupont Paris 03
Couverture de l'ouvrage de Katarzyna Wiesiolek publié par la Galerie Eric Dupont

La galerie Éric Dupont a présenté « Sublimation », la première exposition personnelle de Katarzyna Wiesiolek, jeune artiste polonaise diplômée des Beaux Arts de Paris, du 15 octobre au 10 novembre 2020.

Le catalogue accompagné d’un texte de Camille Bardin a ensuite été publié avec le soutien à la publication du Cnap (Centre National des Arts Plastiques).

« La chair est encore marquée par l’empreinte des bretelles et de l’agrafe à peine défaite. Katarzyna Wiesiolek a retenu leur trace avant que leur souvenir ne se tapisse dans l’épiderme. Leur présence suggère la fugacité de la prise de vue, la retenue d’un instant qui s'éteint. Plus loin, quelques mèches de cheveux s’échappent d’une nuque puis ruissellent le long des omoplates. Là bas, des grains de beauté, des plis et des cicatrices composent de nouvelles silhouettes. Il doit y avoir un certain plaisir à dessiner un dos. Car l’échine est la partie du corps dont on nous a confisqué la vue. Emporter son image c’est plus que garder pour soi une partie de l’autre, c’est choisir la partie à laquelle iel n’aura jamais accès. Dessiner un dos c’est aussi ébaucher un départ et avec, l’éclosion du manque. La nostalgie traverse ainsi tout le travail de Katarzyna Wiesiolek. Si bien qu’après avoir longtemps pensé que sa virtuosité se trouvait dans la précision de son trait, dans sa capacité à nous faire hésiter entre la photographie et le dessin, il me semble désormais que je me méprenais. Cela aurait été trop prosaïque peut-être même un peu tapageur. Au contraire, les dessins de Wiesiolek ne prétendent pas reproduire le réel, il me semble qu’ils n’en ont que faire. Ce qu’ils font c’est réveiller des émotions, modeler des corps devenus absents.

Les oeuvres de Katarzyna Wiesiolek composent en fait une collection d’instants furtifs et d’émerveillements soudains. Le choix du charbon pour réaliser ces portraits n’est d’ailleurs pas anodin car il est la seule matière capable de transporter l’information biologique, en définitif, le souvenir de l’autre. Ces instants qui s’échappent et émeuvent au passage les regards attentifs, Katarzyna Wiesiolek les répertorie également dans sa série IMMANENCE. Ce sont des reflets qui s’échappent, des ombres qui se dressent et des lumières qui tremblent dans l’obscurité d’une pièce : des évènements que la plupart d’entre-nous ne perçoit pas tant leur apparition est fragile. Katarzyna Wiesiolek est fascinée par ces phénomènes qui entremêlent science et poésie. Lors d’un voyage dans le nord de la Russie elle voit pour la première fois des aurores boréales et décide d’approfondir l’étude de certains phénomènes naturels. Elle photographie notamment le levé du soleil sur les carrières enneigées de Shungite, une pierre noire que les mythologies russes pensent chargée de magie et dont-il existe seulement trois gisements dans le monde. La shungite devient alors son matériau de prédilection lors de la réalisation d’une série éponyme. Durant sa résidence à la Casa Velasquez, les horizons qu’elle a découvert se modifient peu à peu pour devenir des paysages mentaux. Katarzyna Wiesiolek y projète de mystérieux phénomènes. Il devient alors impossible de situer l’action dans un quelconque espace-temps. Un milliard d’année avant la fin du monde : s’agit-il d’une catastrophe passée, d’un présent qu’on ne soupçonne pas ou nous annonce-t-on l’imminence de l’apocalypse ? Nous voici bousculé dans un récit d’anticipation.

Quelque chose survient devant les dessins de Katarzyna Wiesiolek. Ou peut-être n’est-ce que la trace de ce qui a déjà eu lieu dans l’atelier. En chimie, on appellerait cela la sublimation — à savoir le passage d’un corps solide à l’état gazeux. Il semblerait que c’est ce qu’il se produit entre les mains de l’artiste. Wiesiolek ne placarde pas l’image de ce qu’elle voit ou de ce qu’elle a vu sur le papier, elle façonne un souvenir. Ses dessins ne tiennent pas lieu d’autre chose. Ils sont entre la partition d’âme et le songe, ce sont des rencontres devenues mémoire. »

Camille Bardin — Octobre 2020

Avec le soutien à la publication du Centre national des arts plastiques.

Adresse

Galerie Eric Dupont 138 rue du Temple 75003 Paris 03 France

Comment s'y rendre

Dernière mise à jour le 14 juin 2021