Bernard Chauveau / Galerie 8+4
Galerie 8+4
BERNARD PLOSSU / PIERRE BURAGLIO
SUIVRE FAVIGNANA
Arts plastiques
Photographie
Bernard Chauveau / Galerie 8+4 • Paris 02
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L’exposition Suivre Favignana, que présente la Galerie 8+4, réunit enfin Bernard Plossu et Pierre Buraglio qui
espéraient poursuivre dans un espace d’exposition un dialogue imaginé il y a de nombreuses années et sans
cesse reporté. Elle met en scène de façon dynamique un ensemble de dessins, collages et photographies.
Constituée d’oeuvres inédites, certaines réalisées pour cette occasion, l’exposition se veut une ode à la
substance de notre monde : fragments de paysages épurés chez l’un comme chez l’autre, surgissements
d’architectures vernaculaires, objets saisis dans leurs dépouillements…
Il s’agit ici d’une conversation laissée depuis trop longtemps en suspens, qui soudain se cristallise dans de
joyeux allers-retours, et dévoile une amitié forgée à distance, par le truchement des oeuvres, des prises de
positions et de conversations intenses lors de rencontres interminables. L’estime que l’un porte à l’autre fut
longtemps affaire de circonstances, presque de hasards. Si Plossu se souvient d’une évidence devant les
dessins de Buraglio lors d’une exposition en 1989 au Musée Réattu à Arles, Buraglio aime à mentionner le
Musée du quai Branly comme moment inaugural de leur rencontre, marqué entre autres par un portrait
photographique réalisé in situ par Plossu. L’affinité est aussi vagabonde lorsqu’ils évoquent, ébahis, leur
amour de l’Italie, le sud, les îles Favignana et Ponza, certains villages oubliés de la Sicile que tous deux ont
traversé avec pour unique bagage l’envie d’arrêter le temps et de rendre cette suspension palpable.
Cette exposition est née de cette passion commune qu’ils portent à une contrée où la pesanteur du soleil les
pousse à la sobriété. Austérité dans les compositions de Plossu, économie du trait dans un paysage à peine
esquissé chez Buraglio. Ce territoire méridional se révèle être un terrain de jeu trop étroit pour leurs
aspirations qu’ils élargissent à d’autres lieux en France, mais aussi aux États-Unis, au Mexique ou en Espagne,
pour Plossu.
L’exposition, qui présente une trentaine d’oeuvres pour chacun des artistes, s’impose comme un échange entre
les territoires de la photographie et ceux du dessin ou du collage. Si Buraglio perçoit dans les images noir et
blanc de Plossu une sorte de singularité à contre-courant d’une photographie couleurs, si bavarde et criarde,
s’il reconnaît justement dans les oeuvres de Plossu ce même souci humaniste qu’il ne cesse de décliner dans ses
oeuvres, s’il croit qu’il y a là justement un rapport au monde que lui-même défend depuis si longtemps en
affirmant que l’engagement politique débute en capturant l’inframince du monde, alors cette exposition est
bien un manifeste en faveur d’une « abstraction discrète » comme aime à l’affirmer Bernard Plossu. Une
abstraction refusant l’évidence du formalisme pour aller vers une métaphysique abordant des territoires qui
ouvriraient sur la substance même du monde. Nul besoin d’y convoquer l’être humain. Un pan de mur, un
nuage, un panneau indicateur ou un camion, un simple intérieur avec deux jarres pour tout mobilier, la solitude
d’un arbre brulé par le soleil sont autant de motifs qui se répondent pour nous parler d’un monde que l’on ne
sait plus voir. Notre univers est tout autant marqué par le permanent que par le transitoire et il semble
possible, à condition de prendre un certain recul, de lier les deux ensembles.
Cette union prend chez Buraglio la forme de dessins, certains simples croquis, d’autres plus détaillés et aboutis.
Un ensemble de vêtements sur un portant, une cheminée d’usine, un coin de mur ou un balcon d’une maison
italienne, une colline abritant un hameau, un tronc noueux. Comme pour mieux magnifier cette perception du
monde, Buraglio a imaginé pour l’occasion une série étonnante de collages. Parmi ceux-ci, il enchâsse, dans
une logique de montage très épuré, des morceaux de cette réalité volée. Plossu y répond par un choix
d’images noir et blanc au cadrage serré. Si la plupart s’amusent à capturer la lumière et lui donner un poids
singulier, d’autres s’aventurent vers une déambulation du regard envers les choses les plus ordinaires du réel
mais soudain illuminées par le regard du photographe. Dans ses fameuses Histoire(s) du cinéma, Jean-Luc
Godard nous rappelait « une image n’est pas forte parce qu’elle est brutale ou fantastique, mais parce que
l’association des idées est lointaine et juste ». Plossu, comme Godard, mais aussi Buraglio tentent dans leurs
compositions de montrer un oeil qui écoute le temps pour le suspendre, le mettre dans l’évidence de nos
regards.
L'exposition "Suivre Favignana" est réalisée en partenariat avec les galeries Ceysson Bénétieres et Camera
Obscura.
Adresse
Bernard Chauveau / Galerie 8+4
13 rue d'Alexandrie
75002 Paris 02
France
Dernière mise à jour le 27 février 2026