Séminaire en ligne: Esquisses pour une enquête à venir 40xP

Conférence
Tiré du film Isonomie d'Olivier Menanteau

Olivier Menanteau, Isonomie, Projet de recherche en cours en Guyane (2020-2021). Projet collectif Notre monde politique, la Guyane.

 

En ces temps de confinement, Pascale Cassagnau, 
Responsable de la collection audiovisuel, vidéo et nouveaux médias du Cnap, a conçu ce séminaire en ligne, sur la recherche de la recherche, à partir d'un travail en cours. L'intégralité du séminaire est disponible en document téléchargeable ci-dessous.

Dans le domaine du spectacle vivant, de la musique et des arts plastiques, la notion de programmation et ses programmes internes désigne le temps de la prospection aussi bien que le moment in process de la création. Les protocoles de partition et de programme entrent dans la constitution de tout champ de recherche comme laboratoire et de ses outils conceptuels.
La littérature contemporaine fait de ses processus de recherche, de ses méthodologies en acte, le corps même du texte et de la recherche du roman, en revisitant des figures cartographiques.
Jean Echenoz déclarait récemment à propos de ses méthodes de travail : « J'adore l'étape de la documentation ! On sait qu'on travaille, mais sans avoir besoin d'écrire. On a sa conscience pour soi ! Au delà de la maniaquerie de recopier, il y a le plaisir d'apprendre des choses, même quand on sait qu'on se servira de très peu. »

Cette proposition de séminaire en ligne en temps de confinement (Temps 1) consisterait à cartographier les notions opératoires pour la recherche artistique, en une traversée horizontale des différents champs de la création et à partir des territoires du cinéma et de la littérature, en dessinant des processus de création (PC), des processus d’écriture (PE), des processus de recherche (PR), afin d'étudier l'économie des œuvres, leur généalogie, leur devenir, sous l'angle de la question de la recherche, de son émergence, et de son devenir, davantage qu'à partir de l'exposition des objets produits. Il s'agirait de revisiter les différents champs de la création, en prenant des œuvres, des projets, des écrits comme objets représentatifs des modes de conception et de travail propres à la recherche contemporaine, afin d’en exposer les processus de cheminement davantage que l’évocation d’un résultat final, pour « exposer » la recherche au travail, dans ses hypothèses mêmes.

Episode 1 : P comme Notre monde Politique

Olivier Menanteau, Isonomie, Projet de recherche en cours en Guyane (2020-2021)

C'est après de nombreuses tentatives de peuplement que le Second Empire, puis la IIIe République attribuent à la Guyane le rôle ingrat et cruel de garder ses « démons », faisant de Saint-Laurent du Maroni la capitale d'un système coercitif conçu pour son empire colonial. Isonomie, avec son film et ses photographies, tente de raconter la suite : une ville qui depuis la fin du bagne s’est transformée en une communauté de destins pour une population aux origines les plus diverses.

Le film a des personnages principaux : Léon Bertrand, maire de Saint-Laurent de 1983 à 2018, le consul du Surinam, John Samuel, le conseiller municipal et territorial, Arnaud Fulgence, le sous-préfet, Yves Daraud.
Tous expriment leur vision du partage des droits et des devoirs de chacun : l'isonomie.
Dans cette extrait nous suivrons Léon Bertrand.

Photographies et film vidéo réalisés dans la cadre de la résidence au Centre d’interprétation du patrimoine et de l’architecture du Camp de la Transportation, avec le soutien de la ville de Saint-Laurent-du-Maroni.

Le projet Isonomie, constitue la première partie d'un projet collectif intitulé « Notre monde politique, la Guyane ». Il prendra forme en 2020/2021 avec Karl Joseph et Olivier Menanteau portés par les Rencontres photographiques de Guyane.

Episode 2 : P comme Prison

Cecilia Bengolea, Les états dansés du corps politique

Danseuse, performeuse, vidéaste, l’artiste franco-argentine Cécilia Bengoléa fait du territoire de la danse et de la déconstruction  des codes esthétiques dominants la matière même de son travail dansé. Seule ou en collaboration avec un grand nombre d’interprètes danseurs, de chorégraphes, d’artistes, tels François Chaignaud avec lequel elle a fondé en 2008 la compagnie Vlovajob Pru, Cécilia Bengoléa revisite des rituels de danses collectives. La tradition jamaïcaine des Dancehall ou danses de bal sont ainsi revisitées par des chants traditionnels de Géorgie, en exacerbant la charge politique. La traversée des musiques  et des danses des communautés urbaines, crées et interprétées dans les grandes villes du monde et observées ici anthropologiquement, explore toutes les formes de parodie savantes contenues dans ces créations populaires et anonymes. Les univers du Voguing, Twerk , Dancehall, House, Dub Step, Hip Hop, Bashement, sont investis selon leurs écologies historiques et cultures respectives, avec une virtuosité dansante qui restituent la nature communautaire, où l’un et le multiple sont en perpétuelle négociation (Dancehall Weather, collection du Cnap). En inventant le principe d’un corps hybride, corps diaphane de cristal liquide avec Liquid, en proie aux métamorphoses d’un corps cyborg, Cécilia Bengoléa s’invente un  corps composite, acrobate, au devenir animal.

Résidente à la Fondation Luma /Arles, Cécilia Bengoléa est en train d’élaborer un projet pour la Centrale d’Arles présenté ici dans son premier mouvement.

Découvrir son projet de résidence

Episode 3 : P comme cinéma Potentiel

Silvia Maglioni & Graeme Thomson, "In Search of UIQ" 

Les réalisateurs et artistes Silvia Maglioni & Graeme Thomson ont conçu un projet de recherche pluridisciplinaire ainsi qu’une constellation de formes artistiques à partir du scénario SF de Félix Guattari, “Un amour d’UIQ”. Le film de Guattari, initialement écrit en collaboration avec Robert Kramer et jamais réalisé, raconte l’histoire de la rencontre entre un groupe de squatteurs et UIQ - l’Univers Infra-Quark - intelligence “alien” infra-cel­lulaire issue de l’infiniment petit, capa­ble de se propager par contagion virale jusqu’à perturber les réseaux de co­mmu­ni­ca­tion glo­baux.

Après avoir découvert le scénario de Guattari à l’IMEC, les artistes ont entamé un travail autour de ce film “invisible” pour multiplier les manifestations possibles de son univers. Pourtant, la nécessité de “visualiser” cet univers ne les amènera pas à réaliser le film de Guattari, mais plutôt, à imaginer des formes parallèles pour le faire exister et circuler dans sa non-réalisation.

Ce projet de cinéma potentiel comprend le film “In Search of UIQ”, plusieurs publications, ateliers et expositions, une performance, une pièce radiophonique et une série des “seeances” collectives de partage des visions suscitées par la lecture du scénario. L’enregistrement de ces ateliers est à l’origine de la pièce sonore électroacoustique “UIQ (the un-making-of)” - oeuvre centrale de l’exposition solo des artistes à la Showroom Gallery de Londres et éditée par Post-éditions (soutien à l’édition du Cnap, 2017).

Entre documentaire, fiction et essai, “In Search of UIQ” (72’, 2013) développe l’histoire du scénario de Guattari au travers du déploiement d’archives vidéo et film, de lettres et d’autres documents qui se mêlent dans une série de fabulations. Maglioni & Thomson explorent ce que le cinéma potentiel de l’Infra-quark aurait pu être (et pourrait devenir), en traçant ses relations avec les transformations sociales et politiques les plus marquantes de notre époque.

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Dernière mise à jour le 22 avril 2020