Peter Stämpfli (1937-2026)
Hommage
© Adagp, Paris / Crédit photographique : Peter Stämpfli
Peter Stämfli, Empreinte de pneu S155, 1985. 3000 x 318 x 30 cm. Œuvre composée de 10 modules en résine de polyester stratifié présentée à la Biennale de Middelheim d'Anvers.
Le Centre national des arts plastiques a appris avec tristesse la disparition du peintre suisse Peter Stämpfli, figure majeure du Pop art européen qui, pendant plus de 60 ans, avait fixé son attention sur l’automobile, puis sur un détail : l’empreinte de pneu.
Formé à l’École des arts appliqués à Bienne, Stämpfli découvre la peinture américaine en 1958, à l’occasion d’une exposition organisée à la Kunsthalle de Bâle. Frappé par la taille et la liberté gestuelle des toiles de Pollock, Kline ou Rothko, Stämpfli quitte alors l’enseignement académique pour rejoindre Paris : « J’ai vécu une aventure qui a été de voir les dimensions de ces peintures, non pas simplement par rapport à leur taille, mais aussi à travers leur expression. J’ai fait mes valises, et je suis parti à Paris1.»
Les paysages parisiens, où les affichages publicitaires dominent, lui inspirent une nouvelle manière de travailler : à partir de publicités, souvent découpées dans les magazines, il reproduit en grand format des détails d’objets du quotidien grâce à un épiscope ou en projetant des diapositives. Compositions épurées, jeux d’échelle, tension entre figuration et abstraction : la grammaire artistique de Stämpfli est déjà perceptible dans ces premières toiles, qui connaissent un succès critique à la 3e Biennale de Paris, puis chez le galeriste Jean Larcade, où elles furent exposées aux côtés de celles de Jean-Pierre Raynaud.
© Adagp, Paris / Crédit photographique : Galerie baudoin lebon
Peter Stämpfli, Sans titre n°8, 2007. Fusain sur papier d'Arches, 102,5 x 153,5 cm
Après les réfrigérateurs, les boissons ou les fers à repasser – autant d’objets banals qui symbolisent la vie moderne –, Stämpfli se penche sur l’automobile à partir de 1966. Cadrans de vitesse et pneus de voiture laissent partiellement la place, dès le début des années 1970, à un motif spécifique qui l’occupera jusqu’à la fin de sa carrière : l’empreinte de pneu, recadrée et agrandie jusqu’à frôler l’abstraction. Une formule résume, en un chiasme, ce nœud de tension : « Je suis un peintre figuratif abstrait ou un peintre abstrait figuratif2. ». Ce thème sera traité sans distinction de médium, allant du dessin à la sculpture monumentale.
Le Cnap conserve trois empreintes de Stämpfli, qui témoignent de cette diversité : une huile sur toile monumentale (M 301 n°3, 1973, FNAC 03-181), un dessin (Sans titre n°8, 2007, FNAC 09-638) et une sculpture praticable monumentale, dont la taille et le contexte de création en font une œuvre manifeste (Empreinte de pneu S 155, 1985, FNAC 10402).
Cette empreinte de pneu en résine, longue de 30 mètres et qui semble s'enfoncer dans le sol, a été créée avec le soutien de la Délégation aux arts plastiques, pour la 18e édition de la Biennale de Middelheim d'Anvers consacrée à l'automobile. Une version en béton ultra-performant a été produite en 2025-2026 pour le parc départemental Gauthier-Mougin de l'Île Seguin, inauguré en janvier dernier.
© Adagp, Paris / Crédit photographique : André Morain
Peter Stämpfli, M 301 n°3, 1973. 400 x 300 x 400 cm. Huile sur toile marouflée sur deux éléments en contreplaqué de forme trapézoïdale superposés et assemblés grâce à un système de charnières.
Découvrez les œuvres de Peter Stämpfli dans la collection du Cnap
1 Entretien entre Peter Stämpli et Alfred Pacquement le 31 mai 2018, disponible en ligne : Peter Stämpfli par Alfred Pacquement — Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois (consulté le 25/02/2026)
2 Idem.
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Dernière mise à jour le 12 mars 2026