Le retour d’un portrait de Napoléon III dans la collection du Cnap

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Portrait officiel de l'empereur Napoléon III en uniforme militaire, portant un manteau d’hermine et tenant un sceptre, avec une couronne posée à ses côtés sur fond rouge

Alexandre-Marie Roché, Portrait de Napoléon III, 1856. Huile sur toile. Copie d'après Franz Xaver Winterhalter. 242 x 157 cm. Inv. FNAC PFH-3149

Une collaboration exemplaire entre une maison de vente espagnole et le Centre national des arts plastiques a permis le retour d’une copie du portrait de Napoléon III, peinte par Alexandre-Marie Roché, d’après l’œuvre de Franz Xaver Winterhalter. Cette œuvre s’inscrit dans l’ensemble remarquable des nombreuses copies du portrait officiel de l’empereur réalisées à la demande de l’administration des Beaux-Arts. La garde de ces œuvres, propriétés de l’État et inaliénables à ce titre, a été confiée au Cnap, chargé d’en assurer la conservation, le suivi et la diffusion.

Une commande prestigieuse largement diffusée

Très apprécié par la haute société parisienne — et notamment sous la Monarchie de Juillet par la famille d’Orléans, pour laquelle il réalisa plusieurs portraits — le peintre allemand Franz Xaver Winterhalter est introduit sous le Second Empire auprès de la cour impériale par le comte Émilien de Nieuwerkerke, alors surintendant des Beaux-Arts. Il reçoit la commande prestigieuse des portraits en pied du couple impérial, Napoléon III et son épouse Eugénie de Montijo. Présentées au Salon de 1855, ces deux œuvres sont ensuite exposées au palais des Tuileries jusqu’à leur disparition probable lors de la destruction du bâtiment pendant la Commune de Paris.

Entre 1855 et 1870, l’administration des Beaux-Arts commande et dépose plus de 700 copies du portrait de Napoléon III et 400 copies de celui de l’impératrice, d’après Winterhalter, dans de nombreux édifices publics.

Les portraits de Napoléon III et d’Eugénie furent ainsi déclinés dans des formats identiques à ceux des originaux, en deux versions : en pied ou à mi-corps, tout en respectant la grandeur nature des modèles. L’inventaire du Cnap recense aujourd’hui 1 179 copies de ces tableaux.

Initialement attribuée à Franz Winterhalter, l’œuvre d’Alexandre-Marie Roché a ainsi pu être rattachée à la commande de copies passée par l’administration des Beaux-Arts. Cet exemplaire, d’une exécution particulièrement soignée, a conservé son cadre officiel en bois doré, surmonté des armoiries impériales, avec son cartouche d’origine portant l’inscription « Don de l’empereur 1856 », pouvant laisser supposer, à tort, qu’il s’agissait d’un don.

Un dialogue particulièrement fluide et constructif

Le portrait de Napoléon III peint par Roché a été repéré lors d’une vente aux enchères organisée en Espagne par la galerie La Suite Subastas (Barcelone). Déposé en 1856 à la préfecture des Pyrénées-Orientales (Perpignan), le tableau avait par la suite disparu à une date et dans des circonstances indéterminées.

Sur la base d’un dossier documentaire étayant la propriété de l’État, le Cnap a intenté une procédure de revendication auprès du détenteur de l’œuvre, par l’intermédiaire de Beatriz Du Breuil, directrice de la galerie. Du signalement de l’œuvre jusqu’à son retour dans la collection du Cnap, la galerie La Suite Subastas a fait preuve de réactivité et a joué un rôle d’intermédiaire attentif auprès de son client, permettant une résolution sereine et rapide de ce dossier, dans un esprit de dialogue et de responsabilité partagée.

La reconstitution d’un patrimoine artistique

Le Cnap est l’héritier direct d’une politique de soutien de l’État français à la création artistique contemporaine engagée dès 1791, fondée sur l’acquisition et la commande d’œuvres destinées à être déposées dans des lieux publics et des musées. Cette double mission historique — acquisition et diffusion de l’art contemporain — s’incarne aujourd’hui dans une collection d’environ 108 000 œuvres.

L’ancienneté d’une part significative des dépôts, leur large répartition géographique en France comme à l’étranger, ainsi que la diversité et le nombre des dépositaires, relevant de contextes institutionnels variés, caractérisent l’histoire de ce patrimoine patiemment reconstitué au fil des recherches menées par une équipe de chargés d’études documentaires qui assurent son récolement.

Les œuvres non localisées sont activement recherchées par les agents du Cnap, qui exercent une veille active sur le marché de l’art, avec l’appui des services du ministère de la Culture et d’une communauté d’experts et de professionnels du patrimoine.

L’identification de ce portrait de Napoléon III et son retour rapide à Paris illustrent pleinement le rôle essentiel que peuvent jouer ensemble les professionnels du patrimoine et les acteurs du marché de l’art dans la protection, la circulation responsable et la restitution des biens culturels appartenant à la collection du Cnap.

Dernière mise à jour le 30 mars 2026