L’Arrière-pays II
Œuvres de la collection des films du Cnap
Exposition
Pavillon Carré de Baudouin • Paris 20
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© DR
Affiche de l'exposition L’Arrière-pays II Œuvres de la collection des films du Cnap
Conçue à l’invitation du Carré de Baudouin, le Centre national des arts plastiques présente l’exposition L’Arrière-pays II, du 14 avril au 16 mai 2026.
Empruntant son titre au poète Yves Bonnefoy, l’exposition se propose de mettre en perspective et lumière notre présent, en traçant des lignes de force qui sont autant de gestes d’émancipation.
Fuite, errance, passages, exil, migration, traversées, abandon, frontières : bien des œuvres contemporaines déclinent ces expériences du déplacement. Les artistes, à travers la vidéo, trouvent des points de passage, inventent des temporalités autres, repensent des géographies, malgré le dépaysement, l’exil à soi et à sa communauté, les turbulences du temps politique. Collectant archives et témoignages en forme de récits, ils deviennent à leur tour les témoins–vigies qui redonnent la parole à des sujets privés de la possibilité de dire « Je », à la recherche d’un arrière-pays.
© Sirine Fattouh
Sirine Fattouh, A Night in Beyrouth
© Marwa Arsanios
Marwa Arsanios, Who is Afraid of Ideology. Part II
Chez le poète Yves Bonnefoy, « L’Arrière-pays » désigne un double exil spatial et temporel, une remise en question du présent, une quête d’un autre lieu de la mémoire, de l’Histoire, de l’invisible dans toutes ses composantes.
Conçue comme une traversée à travers des cycles de récits disparates, les œuvres rassemblées dans cette exposition portent sur la transmission (Marwa Arsanios, Lamine Ammar Khodja, Sirine Fattouh, Bouchra Khalili, Elika Hedayat, Dania Reymond), sur des géographies politiques (Elisabeth Leuvrey, Randa Maddah), sur l’Histoire ensevelie (Ghassan Halwani, Safia Benhaïm), sur la mémoire, sur des fictions politiques (Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, Narimane Mari, Larissa Sansour).
Toutes ces œuvres s’inscrivent aujourd’hui dans des espaces géopolitiques en guerre ou d’instabilité chronique.
La totalité des films est diffusée dans le cadre de l’exposition. Ceux de Marwa Arsianos, d’Elisabeth Leuvrey et de Joana Hadjithomas & Khalil Joreige sont présentés dans l’auditorium du Carré de Baudouin.
Cette exposition constitue le deuxième volet d’une exposition itinérante qui multiplie ses variantes, au gré de divers contextes, espaces et géographies institutionnelles, depuis 2021.
Projections les samedis en présence des artistes, 15h-17h
Samedi 18 avril : Lamine Ammar- Khodja, Bla Cinima, 2014, 82'
Bla Cinima porte sur la place que le cinéma occupe et a occupé dans la construction de la représentation nationale d'un pays, l'Algérie. Le réalisateur part à la rencontre des habitants du centre d’Alger avec sa caméra, pour s'entretenir avec eux de cinéma et de leur vie au quotidien. Ce film de rencontres improvisées un portrait vivant de la ville ainsi qu'une réflexion sur le présent.
Samedi 25 avril : Sirine Fattouh et Leila Saadna, From Algiers to Beirout, 2021, en cours, 99'
Les quatre premiers films qui composent la correspondance filmique entreprise par Sirine Fattouh et la cinéaste algérienne Leila Saadna mettent en miroir deux villes, deux pays, deux continents.
Samedi 2 mai : Narimane Mari, Loubia Hamra, 2013, 81'
Sur une plage d’Algérie, des enfants barbotent, jouent, dorment, se chamaillent — puis, soudain, s’en vont en guerre. Narimane Mari, pour son premier long-métrage filme de près cette mêlée enfantine, au rythme accidenté d’une imagination qui emprunte au grand vrai, à l’Histoire nationale : à la guerre d’indépendance, rien de moins. Sérieuse comme dans les jeux d’enfants, l’Histoire- celle de la guerre d’Algérie, est ramenée à la taille sans mesure d’un fantastique théâtre de silhouettes. Les objets, les denrées, listés de façon anthropologique, prennent part au récit et à la mise en scène au même titre que les personnages du film.
Samedi 16 mai : Elika Hedayat, Tan, 2017, 71'
“Tan” (“corps” en farsi) est le récit de la de la rencontre entre deux personnages Ismaïl et Alireza qui sont membres d’un groupe de plongeurs mutilés ayant participé à la guerre Iran-Irak – et Hadi – un jeune ouvrier qui voue ses journées au culturisme. À travers l’histoire de ces trois personnages issus de deux générations de l’Iran contemporain, la cinéaste mène une réflexion sur le corps poussé à ses prouesses extrêmes, la mutilation et la masculinité.
© Dania Reymond
Dania Reymond, La Tempête
Marwa Arsanios
Have You Ever Kill a Bear ? Or Becoming Jamila, 2013-2014, 25’
L’œuvre met en perspective, sous la forme d’une performance filmée, des représentations variées de Jamila Bouhired, combattante algérienne de la liberté, à partir d’extraits de la revue égyptienne Al-Hilal des années 1950-1960. Le film évoque l’histoire des projets socialistes en Égypte, ainsi que les années anticoloniales en Algérie, en évoquant la marginalisation systématique des projets féministes au sein des représentations officielles. Qu’est-ce que devenir une icône ? Que signifie devenir un combattant de la liberté ? Comment un sujet rencontre-t-il l’Histoire ?
Who is Afraid of Ideology? Part I et Part II, 2017-2019, 22’20’’, 28’
Se plaçant elle-même au centre du dispositif filmique, Marwa Arsanios demande : « qu’est-ce qu’un lieu, qu’est-ce que la nature, que signifie être-là, être un nous ? ». Trois espaces incarnent ensuite le théâtre de ces questions portées par trois groupes de femmes : les montagnes du Kurdistan, le village Jinwar de la Rojava, en Syrie, la plaine de la Bekaa au sud Liban. La cinéaste s’attache à filmer des groupes de femmes réfugiées œuvrant au sein de communautés à l’auto-appropriation des moyens de subsistance et de productions, dans une perspective écoféministe.
Marwa Arsanios est née en 1978 à Washington. Elle vit et travaille actuellement à Beyrouth. Marwa Arsanios est une artiste, cinéaste et chercheuse dont le travail peut prendre la forme d’installation, de performance et d’image en mouvement.
Lamine Ammar-Khodja
Demande à ton ombre, 2012, 82’
Huit ans après avoir quitté son pays, l’Algérie, pour venir s’installer en France, le cinéaste décide de rompre cet exil et de retourner à Alger, le 6 janvier 2011, alors que des émeutes populaires se déclenchent dans tout le pays. Sous la forme fragmentaire d’un film-essai, il tente de se réapproprier son histoire en tenant la chronique d’un retour au pays natal en crise, tout en rendant hommage en filigrane au texte d’Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal (1939). Loin de s’en tenir à l’expression d’une singularité, Demande à ton ombre croise des questions personnelles avec celles d’un peuple en marche. Porté par un jeu fragmentaire d’images, de collages, le film adopte une forme ouverte, maintenant l’analyse historique irrésolue, rendant toute fin conclusive impossible.
Lamine Ammar-Khodja est né en 1983 à Alger. Son premier long-métrage, Demande à ton ombre (2012), a été présenté au MoMA et dans plusieurs festivals internationaux. Ses films explorent sa double identité culturelle franco-algérienne sous la forme d’essais filmiques.
Safia Benhaïm
La Fièvre, 2015, 39’
Les films de Safia Benhaïm s’élaborent entre documentaires et contes fantastiques, explorant les territoires biographiques nés de l’expérience de l’exil. Tourné au Maroc en février 2011 pendant les émeutes révolutionnaires, le film de Safia Benhaïm est un montage parallèle qui entremêle la vision du réel portée par une enfant prise de fièvre traversant une ville en voiture et l’évocation du retour d’une exilée politique dans son pays natal, sous la forme d’un fantôme entrevu. Les points de vue de l’enfant et du fantôme de l’exilée ne cessent de s’échanger, par éclats d’images, en un voyage dans le temps et l’espace qui fait coïncider par ailleurs le présent des luttes et le passé de l’exil politique. Le double récit ressuscite l’histoire de la décolonisation et de luttes oubliées en éclairant les nouvelles luttes du présent.
Safia Benhaïm, diplômée des Arts décoratifs de Paris, vit et travaille à Douarnenez. Née en France en 1977 de parents réfugiés marocains, elle explore les territoires troubles nés de l’expérience de l’exil à travers des films et séries photographiques, oscillant entre documentaire et conte fantastique.
Sirine Fattouh
A Night in Beyrouth, 2006, 8’
Another Night in Beyrouth, 2019, 20’25’’
A Night in Beyrouth est un long travelling par lequel l’artiste suit El Tabbal, littéralement en libanais « l’homme au tambour », dont la mission est de circuler dans la ville pour réveiller les dormeurs afin qu’ils prennent leur repas avant le début de la journée de jeûne, pendant le Ramadan. Longtemps, El Tabbal n’a été qu’une voix inquiétante dans la nuit, sans figure, pour l’artiste enfant. Ici, il lui redonne son identité, celle d’un passeur entre les traditions et la modernité, au sein d’une ville en pleine transformation et en conflits permanents.
Filmé quatorze ans après A Night in Beyrouth, le film Another Night in Beyrouth filme à nouveau l’homme au tambour — El Tabbal — du quartier de Zarif. Devenu vieux et porteur à lui seul d’une archive vivante, il se déplace désormais assis dans le coffre d’une mobylette, poursuivant sa tâche d’inviter les habitants à se lever, manger et prier avant la nouvelle journée de jeûne.
Sirine Fattouh, née en 1980, est artiste féministe et chercheuse. Elle explore la mémoire, l’exil et l’identité à travers films et installations. Son travail mêle récits intimes et politique, interrogeant les oppressions systémiques. Diplômée de l’ENSAPC et de l’Université Paris 1, elle enseigne à l’ESAA et expose à l’international.
Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
Le Film perdu, 2003, 42’
Le Film perdu (El Film el Mafkoud) a été réalisé par Joana Hadjithomas et Khalil Joreige en 2003. Ce film documente la disparition de leur premier long métrage, Autour de la maison rose, qui a disparu au Yémen le jour du dixième anniversaire de la réunification du pays. Un an après cet événement, les réalisateurs entreprennent une enquête pour retrouver la copie perdue, voyageant de Sana’a à Aden.
Cinéastes et artistes nés à Beyrouth, Khalil Joreige et Joana Hadjithomas vivent et travaillent ensemble à Paris. Leurs films sont montrés et primés dans les plus grands festivals internationaux et leurs œuvres artistiques sont exposées dans des musées, biennales ou centres d’art à travers le monde.
Ghassan Halwani
Erased_Ascent of The Invisible, 2018, 7’6”
Parcourant inlassablement les rues de Beyrouth, Ghassan Halwani cherche à affronter la présence physique des traces de la guerre civile et de ses disparus, en se confrontant à la peau des murs, par un lent et long processus de recherche et de dessin, de grattages, d’exhumations d’images – photographies, affiches – selon une méthode systématique. Il fait petit à petit réapparaître les disparus de la guerre, il redessine leur visage et tente de dénombrer les corps enterrés dans les nombreuses fosses communes qui continuent d’être découvertes. Le film lui-même invente son propre dispositif d’analyse des images et de mise en perspective de la fastidieuse recherche menée dans l’espace public, mêlant film et images d’animation.
Ghassan Halwani, né en 1979, est un artiste et cinéaste. Il vit à Beyrouth où il travaille avec des dramaturges, des cinéastes, des musiciens et des écrivains. En 2012, il s’est engagé pour la cause des personnes disparues pendant la guerre civile libanaise, participant à la création d’une archive nationale.
Elika Hedayat
Jeu d’enfants, 2008, 14’35’’
Dans toute son œuvre, Elika Hedayat met en scène l’histoire chaotique de la société iranienne, en déployant toutes les potentialités d’univers fantasmagoriques qu’elle configure dans ses films, dont la riche matière expérimentale témoigne. Ainsi, Jeu d’enfants est un documentaire composé de témoignages de ses proches filmés face caméra qui évoquent les traumatismes encore vifs relatifs à la guerre Iran-Irak. Les récits de Jeu d’enfants exposent la façon dont ceux-ci contournent la nature catastrophique de leur réalité historique en mettant en forme des stratégies qui mobilisent l’imaginaire, les rêves.
Elika Hedayat, née en Iran en 1979, vit entre Paris et Téhéran. Arrivée en France en 2004, elle est diplômée des Beaux-Arts de Paris et du Fresnoy. Son œuvre explore la réalité, la mémoire et l’imaginaire du peuple palestinien à travers dessin, vidéo, documentaire, peinture et performance.
Bouchra Khalili
The Typographer, 2019, 3’30’’
En avril 1986, quelques jours avant sa mort, Jean Genet confie à son ami et avocat Roland Dumas deux valises pleines de manuscrits. Un mois plus tard paraît son ultime texte Un captif amoureux. Durant 34 ans, ces valises ont dormi dans le secret du cabinet de l’avocat, avant que celui-ci n’en fasse don à l’Institut des Mémoires de l’Édition contemporaine (IMEC).
Placé adolescent par l’Assistance publique dans un centre d’apprentissage pour devenir ouvrier typographe en Seine-et-Marne, Jean Genet reçoit un enseignement de la typographie pendant quelques semaines avant de fuguer. Il porte toute sa vie une grande attention à la composition de ses textes et à la question de la typographie comme domaine professionnel. Le film de Bouchra Khalili, dont les œuvres sont des archives mémorielles, évoque ce goût de Jean Genet pour la composition typographique en faisant composer la phrase qui se trouve en épigraphe d’Un captif amoureux. L’œuvre met en exergue un process, une archive, l’inscription de traces, la question de l’empreinte, la « composition » de l’image comme du travail du cadre et du texte, la question de l’effacement des signes, des images, des mots, mais aussi bien du geste salvateur, voire rédempteur de l’œuvre.
Bouchra Khalili, née à Casablanca en 1975, vit à Vienne. Diplômée de la Sorbonne et de l’ENSAPC, elle explore à travers film, vidéo et photographie les migrations forcées et illégales, la mémoire des luttes anticoloniales et les formes de résistance des communautés invisibles.
Élisabeth Leuvrey
At(h)ome, 2013, 53’
Plus de cinquante ans après la fin de la guerre d’Algérie, la cinéaste Élisabeth Leuvrey et le photographe Bruno Hadjih, issus des deux camps du conflit et enfants héritiers de l’histoire coloniale, nous ramènent en 1962 en plein Sahara algérien. D’une zone désertique irradiée aux faubourgs d’Alger, ils suivent le parcours d’une explosion nucléaire expérimentale. De l’essai à l’accident, des retombées environnementales au « recyclage » des lieux du passé… Le point de départ est historique mais l’histoire contée nous rattrape au présent et vient nous chercher là où nous sommes — at home — pour un face-à-face avec des retombées sans frontière.
Élisabeth Leuvrey vit et travaille entre Marseille et Alger. Ancienne élève de l’INALCO de Paris et de l’EHESS (Anthropologie visuelle), son cinéma se concentre sur l’impact contemporain d’une histoire coloniale qui lie la France et l’Algérie. Depuis 1998, ses films Matti Ke Lal, La traversée et At(h)ome ont été sélectionnés et primés dans de très nombreux festivals internationaux.
Randa Maddah
Light Horizon, 2012, 7’32’’
In View, (Occupied Golan Heights) 2017, 7’
In View, 2017, 7’8’’
Restoration , 2018 , 11’52’’
L’œuvre de Randa Maddah interroge les représentations de la guerre, de la perte et de l’exil forcé mais aussi de la révolte, de l’espoir et de la reconstruction. C’est en 2012 qu’elle filme sa première vidéo-performance, Light Horizon, sur les ruines d’une maison dans le village d’Ain Fit, sur le plateau du Golan où elle est née. L’artiste restitue en plan fixe de 7 minutes son retour chez elle. De son ancien foyer, seuls demeurent quelques inscriptions en arabe et des murs criblés de balles. Dans cet intérieur fantomatique, elle choisit de mettre en scène quelques gestes d’un quotidien dérisoire — balayer, nettoyer, puis contempler l’horizon.
Filmée depuis le toit de la maison de l’artiste à Majdal Shams, In view relie les deux côtés de la frontière syrienne qui traverse le plateau du Golan, à travers un jeu subtil de miroirs brisés suspendus à des fils. Par la configuration de ces miroirs, les infrastructures de contrôle militaire israéliennes et syriennes sur cette ligne de cessez-le-feu apparaissent fragmentées et sont métaphoriquement placées à un même niveau, rappelant le sentiment constant d’oppression, de perte d’identité et de fragmentation vécu par les habitants au sein de ce paysage naturel ruiné.
Restoration documente une action de Randa Maddah à travers laquelle l’artiste tente de réparer l’irréparable en effaçant les stigmates de la guerre : un trou dans un mur provoqué lors des combats dans une maison aujourd’hui abandonnée. À l’aide de matériaux précaires, elle répare ce mur comme pour combler une mémoire que l’on sait fragile et vulnérable.
Randa Maddah, née en 1983 à Majdal Shams, est une artiste formée aux Beaux-Arts de Damas et de Paris. Co-fondatrice d’un centre culturel engagé contre l’oubli de l’histoire de sa communauté, son travail aborde l’exil et la souffrance des oubliés du Golan, entre sculpture, peinture et vidéo.
Narimane Mari
Le Fort des fous, 2017, 140’
Conçu en trois actes : acte 1 Les Colonies – La Caserne (les corps constitués), acte 2 L’Utopie (les corps communautaires), acte 3 L’Économie (les corps politiques), le film met en œuvre de part en part une traversée, des moments, des mouvements, conçus à chaque fois comme des plongées profondes. Film sans parole, celui-ci partage avec Souvenirs de la maison jaune de João César Monteiro et Le Voyage des comédiens de Théo Angelopoulos un même esprit de sédition et de compagnonnage avec la folie et la révolte. En outre, comme chez Monteiro ou Angelopoulos, Le Fort des fous est une chambre d’écoute, un espace d’échos sonores avant d’être une représentation.
D’une certaine manière, la néantisation des portraits et des figures participe d’un mouvement général de dé-réalisme, de dé-définition des identités, de dé-liaison des figures du pouvoir et du langage. Défaire le langage, dé-définir les rôles, autant d’opérations répétées tout au long du film, qui s’accompagne d’un traitement spécifique des voix comme décalées par rapport à elles-mêmes.
Entrer dans l’Histoire, sortir de l’Histoire, sortir de la réalité, s’en échapper : tel est le sens du départ perpétuellement rejoué tout au long du Fort des fous. Chaque moment y est un départ.
Née à Alger, Narimane Mari est productrice et réalisatrice. En 2006, elle fonde Centrale Électrique à Paris et Allers Retours Films à Alger en 2010 pour produire des films de réalisateurs et d’artistes concernés par l’histoire contemporaine.
Dania Reymond
La Tempête, 2016, 10’
Le film de la réalisatrice franco-algérienne Dania Reymond met en scène la reconstitution d’une première séance de cinéma, dans la classe d’une école de village. Les enfants, apprentis régisseurs, travaillent à occulter les fenêtres pour faire le noir afin de préparer la projection. Le film qui apparaît alors sur l’écran provisoire représente la venue d’un camion-cinéma dans une campagne, durant la guerre d’Algérie. Le cinéma est évoqué ici littéralement comme une tempête de sons, d’images, d’affects, d’idéologies qui envahissent les spectateurs médusés.
Dania Reymond, née à Alger en 1982, s’installe à Marseille en 1994. Formée aux Beaux-Arts et au Fresnoy, elle réalise le moyen métrage Le Jardin d’essai (2016), primé plusieurs fois. Elle co-écrit La chienne avec l’écrivaine Laura Ulonati, un long métrage d’animation sur la guerre d’Algérie.
Larissa Sansour
Nation Estate, 2012, 9’
Avec Nation Estate, Larissa Sansour déplace dans l’espace de la science-fiction l’évocation de la situation critique du Moyen-Orient aujourd’hui, particulièrement la situation du peuple palestinien sans État ni territoire national. Dans le film, l’artiste dote les Palestiniens d’un État prenant la forme d’un gigantesque gratte-ciel, « the Nation Estate », qui héberge l’entière population palestinienne qui y mène une vie sans guerre, dans l’opulence. L’usage de la science-fiction, du pastiche et du détournement souligne la dimension tragique de l’impasse palestinienne.
Larissa Sansour, née en 1973, étudie les beaux-arts à Londres, New York et Copenhague. Son travail politique, mêlant vidéo, photographie et sculpture, explore la situation palestinienne et les conflits au Moyen-Orient à travers la fiction pour déconstruire clichés et stéréotypes.
Dossier de presse de l'exposition « L’Arrière-pays II Œuvres de la collection des films du Cnap »
Mise à jour : 17/03/2026
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121, rue de Ménilmontant
75020 Paris 20
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Dernière mise à jour le 10 avril 2026