Journée nationale de la médiation en art contemporain
Rencontre/Conférence
Espace Dewailly • Amiens
Conception graphique : mozziconacci robert-teyssier
Le Centre national des arts plastiques (Cnap) et BLA! – Association nationale des professionnel·le·s de la médiation en art contemporain organisent la deuxième édition de la Journée nationale de la médiation en art contemporain le mardi 7 octobre 2025 à Amiens.
Après une première édition réussie en 2023 au Jeu de Paume à Paris, cet événement revient pour poursuivre les échanges, renforcer les liens entre professionnel·le·s et interroger les évolutions du métier.
Une journée dédiée aux acteurs et actrices de la médiation
Cette rencontre s’adresse à toutes celles et ceux qui, au quotidien, construisent des passerelles entre les œuvres et les publics. Elle constituera un temps fort de réflexion, de partage d’expériences et de mise en réseau dans un contexte marqué par des mutations constantes des pratiques.
Plusieurs enjeux seront au cœur des discussions :
- la formation et l’adaptation du métier face aux défis contemporains ;
- la place des habitants et habitantes dans la construction des projets de médiation ;
- les potentialités de la médiation hors les murs des institutions ;
- les perspectives pour la structuration et la reconnaissance du métier.
Un rendez-vous dans un écosystème culturel dynamique
Amiens, ville engagée dans l’éducation artistique et culturelle et dotée d’un tissu actif dans le champ de l’art contemporain, accueillera cette journée à la veille des Assises européennes de l’EAC (8 au 10 octobre 2025).
Programme
Programme de la Journée nationale de la médiation en art contemporain
Journée nationale de la médiation en art contemporain
CP • 16/09/2025
Vidéo du discours d'ouverture
Avec la participation de Sébastien Auchart, directeur de l'action culturelle et du patrimoine à Amiens Métropole, Béatrice Salmon, directrice du Centre national des arts plastiques, Sylvianne Lathuilière et Marie Plagnol, membres du Conseil collégial de BLA!, Justin Vancappel, chargé de mission labels et suivi de l'activité des lieux de diffusion de l'art contemporain, Direction générale de l'a création artistique du ministère de la Culture.
Sébastien Auchart, Directeur de la culture et du patrimoine – Amiens Métropole
Bonjour à tous. Oui, a priori ça fonctionne. Vous m’entendez tous ?
Bonjour à toutes et à tous. Sébastien Auchart, donc directeur de la culture et du patrimoine, Amiens Métropole.
Je suis à la fois honoré et heureux de vous accueillir dans ce cloître Dewailly pour cette deuxième journée d’étude portée à la fois par le Cnap et le réseau BLA!.
Particulièrement heureux et honoré parce que nous vivons une période compliquée pour nos métiers, pour la culture, pour sa stratégie, pour son ambition, sa prospective.
Heureux d’accueillir le Cnap, car quel serait l’état de l’art contemporain sans cette structure qui accompagne, diffuse les artistes et permet depuis de nombreuses années l’interaction et l’éducation au regard des habitants et des publics à l’art contemporain.
Je souhaite aussi souligner l’importance de la mise en réseau des acteurs, notamment des passeurs. Je sais que c’est ce que vous êtes dans la salle, celles et ceux qui transmettent, et c’est extrêmement important.
Du point de vue d’un Amiénois, c’est un plaisir pour celles et ceux qui découvrent Amiens pour la première fois. Une ville dont on connaît les qualités architecturales depuis l’âge préhistorique jusqu’aux écritures contemporaines.
On connaît également l’attrait d’Amiens pour le spectacle vivant, mais force est de constater que les arts visuels ont trop longtemps été relégués dans une forme de pénombre.
Cette journée est aussi le point d’orgue de ce que nous avons tenté de faire sur l’ensemble du mandat qui s’achève avec les élus d’Amiens Métropole, le président Alain Gest et le vice-président à la culture Pierre Savreux.
Depuis six ans, nous travaillons à un rééquilibrage entre arts du spectacle vivant et arts visuels.
Nous avons ainsi imaginé un schéma de structuration des arts visuels mettant l’accent sur la professionnalisation, l’accompagnement des parcours, et de meilleures conditions de résidence et de monstration pour les artistes.
Béatrice Salmon, Directrice du Centre national des arts plastiques (Cnap)
Bonjour à toutes et à tous.
C’est un très grand plaisir d’être ce matin avec vous à Amiens. Cher Sébastien Auchart, si jamais nous avions eu un doute sur le choix d’Amiens, nous n’en avons plus, mais nous savions déjà le travail exceptionnel qui est mené ici.
Nous entretenons depuis longtemps des relations étroites avec ce territoire et avec ses acteurs, en lien bien entendu avec nos collègues de la Drac.
Nous sommes très heureux que cette journée dédiée à la médiation en art contemporain puisse se tenir ici, dans ce contexte particulier des assises européennes de l’éducation artistique et culturelle, qui offre un cadre propice à la rencontre, au partage et à la mise en perspective de vos expériences professionnelles.
Cette journée s’inscrit dans une continuité. En octobre 2023, nous organisions avec BLA! au Jeu de Paume la première rencontre nationale de la médiation en art contemporain.
Ce moment avait permis de mesurer combien il est nécessaire pour une profession de se retrouver, de mettre en perspective son quotidien de travail, de s’interroger et de partager.
Notre dialogue avec BLA! s’est poursuivi depuis, notamment à travers deux journées professionnelles organisées à Brest autour de la médiation en art contemporain au service de l’édition et du design graphique.
Nous avons également souhaité développer ensemble un projet autour de la pratique du dessin, en lien avec le Frac Picardie et Drawing Lab.
Ce projet a conduit à la conception d’un kit de médiation, développé avec les artistes La Marche et la designer graphique Eloïsa Perez, avec l’objectif de pouvoir, à terme, le diffuser largement après une phase d’expérimentation en Hauts-de-France.
C’est ainsi que le Cnap conçoit son rôle dans la production et la diffusion de ressources professionnelles qui puissent être partagées et appropriées par le plus grand nombre.
Le Cnap est un opérateur de l’État dont la mission est d’accompagner l’ensemble des professionnels de la filière des arts visuels : artistes, mais aussi médiateurs, critiques, galeristes, éditeurs.
Nous constituons également une collection nationale, créée en 1791, fondée sur une philosophie inchangée : acquérir et commander des œuvres d’artistes vivants et les diffuser sur l’ensemble du territoire et à l’international.
Nous développons par ailleurs des dispositifs visant à renforcer la ressource professionnelle, avec notamment la perspective d’un futur service d’assistance juridique destiné à accompagner les professionnels dans leurs problématiques.
Je souhaite remercier chaleureusement l’équipe de BLA! pour l’organisation de cette journée, ainsi que l’ensemble des équipes du Cnap mobilisées à vos côtés.
Je vous souhaite des échanges riches et stimulants, et une très belle journée de travail.
Cela s’inscrit également dans une ambition forte en matière d’éducation artistique et culturelle. Depuis trois ans, Amiens Métropole s’est dotée d’un schéma de généralisation de l’EAC, favorisant l’éveil, la pratique et l’éducation à tous les âges de la vie.
Il est aujourd’hui impératif de concevoir les arts et la culture comme des outils d’ouverture sur le monde et de construction de l’esprit critique, dans une société saturée d’images.
Cette semaine est par ailleurs entièrement consacrée à l’éducation artistique et culturelle, avec notamment l’accueil de partenaires européens dans le cadre d’un projet Erasmus+.
Ce projet vise à aboutir, sur trois ans, à la création d’un module européen de formation des médiateurs en art visuel et en art contemporain.
Enfin, je souhaite évoquer un projet structurant pour Amiens Métropole. D’ici le printemps 2028, nous ouvrirons une plateforme des images, de l’innovation et de la création, issue de la reconversion d’un ancien site de 11 000 m².
Ce lieu sera dédié notamment à la monstration de la collection du Frac Picardie, à la bande dessinée, aux romans graphiques, au manga, et accueillera également une partie de l’École supérieure d’art et de design, dans les domaines du cinéma d’animation et du jeu vidéo.
Ce projet est au service des artistes comme des publics, à proximité immédiate de la gare et du site naturel des hortillonnages.
Je souhaite que cette plateforme s’adresse à toutes et tous, qu’elle interpelle autant le pêcheur que le cadre supérieur.
Je vous souhaite une très belle journée d’échanges et d’étude. Je suis très honoré de vous accueillir à Amiens et j’espère que vous aurez le temps de parcourir notre ville.
Sylvianne Lathuilière & Marie Plagnol, pour BLA! – Association nationale des professionnels de la médiation en art contemporain
Chères toutes et chers tous,
Nous sommes très heureuses de prendre la parole aujourd’hui au nom du conseil collégial de BLA! pour ouvrir à vos côtés cette deuxième journée nationale de la médiation en art contemporain.
Cette journée est organisée conjointement avec le Cnap, que nous remercions chaleureusement pour ce partenariat renouvelé.
Je suis Sylvianne Lathuilière, chargée de programmation culturelle au musée d’art contemporain de Lyon, et je prends la parole au titre des personnes morales de BLA!. À mes côtés, Marie Plagnol, curatrice et médiatrice indépendante, représente les personnes physiques au sein du conseil collégial de l’association.
Nous espérons que les prises de parole et les tables rondes qui se succéderont jusqu’à la fin de cet après-midi nourriront durablement les réflexions professionnelles de chacune et chacun.
Nous remercions l’ensemble des invitées et invités qui composent ce programme pour leur présence et leur engagement en faveur de la structuration des métiers de la médiation en art contemporain.
Leur implication participe à la reconnaissance de l’importance des projets portés par celles et ceux qui font de la relation entre les œuvres et la diversité des publics leur profession, et à la valorisation des compétences spécifiques que ces pratiques mobilisent au quotidien.
L’après-midi s’ouvrira sur des réflexions autour des liens entre les pratiques de recherche en médiation et la structuration professionnelle de nos métiers, avec un regard croisé France–Québec.
Elle se poursuivra par une conversation autour des projets de médiation hors les murs, avant de se conclure au Frac Picardie.
Nous remercions sincèrement le ministère de la Culture, et plus particulièrement la Direction générale de la création artistique, pour son soutien renouvelé et exceptionnel à cette journée.
Nos remerciements vont également à Amiens Métropole pour son accueil, à l’équipe des publics du Frac Picardie et à son directeur Pascal Neveu, ainsi qu’au réseau 50° nord – 3° est, pôle arts visuels Hauts-de-France, pour son relais de communication.
Nous remercions tout particulièrement Marie Dernoncourt, coordinatrice générale de BLA!, Zoé Thomas pour son renfort sur l’organisation de la journée, ainsi que les équipes du Cnap mobilisées à nos côtés.
Merci également à l’ensemble des structures et des personnes adhérentes de BLA!, de plus en plus nombreuses, qui font vivre l’association par leur participation aux groupes de travail, aux temps de rencontre et de réflexion collective proposés tout au long de l’année.
Enfin, merci à vous toutes et tous d’avoir fait le déplacement jusqu’à l’espace Dewey d’Amiens Métropole, ou de nous suivre à distance, pour participer à cette deuxième journée nationale de la médiation en art contemporain.
Nous vous souhaitons une très belle journée et de riches échanges.
Justin Vancappel, chargé de mission labels et suivi de l'activité des lieux de diffusion de l'art contemporain, Direction générale de l'a création artistique du ministère de la Culture
Monsieur le directeur de la culture et du patrimoine d’Amiens Métropole, cher Sébastien Auchart,
madame la directrice du Centre national des arts plastiques, chère Béatrice Salmon,
mesdames et messieurs les membres du conseil collégial de BLA!,
mesdames et messieurs les professionnels de la médiation,
chères toutes, chers tous,
C’est un grand plaisir pour moi d’être parmi vous aujourd’hui à l’occasion de cette deuxième édition de la Journée nationale de la médiation en art contemporain.
Après le succès de la première édition organisée au Jeu de Paume en 2023, cette journée s’affirme comme un rendez-vous incontournable pour toutes celles et ceux qui œuvrent à rendre l’art contemporain accessible, vivant et proche des publics.
À la veille des assises européennes de l’éducation artistique et culturelle, cette journée s’inscrit dans une dynamique plus large, celle de l’EAC, et offre l’occasion de réfléchir ensemble à la place de la médiation dans un écosystème culturel en constante évolution.
La médiation en art contemporain, en tant qu’espace de rencontre, de transmission et de partage, se réinvente sans cesse pour répondre aux attentes des publics, aux transformations des pratiques artistiques et aux enjeux sociaux et territoriaux.
Les questions inscrites au programme aujourd’hui sont au cœur de vos métiers : la formation des médiateurs dans un contexte d’évolution permanente, les défis numériques, l’implication renforcée des habitantes et des habitants dans la construction des projets, ainsi que les perspectives offertes par les pratiques de médiation hors les murs.
Car la médiation ne se limite pas aux institutions. Elle a vocation à se déployer dans les quartiers, notamment les quartiers politiques de la ville, dans les écoles, les espaces publics et les territoires ruraux.
Le ministère de la Culture est pleinement engagé à vos côtés pour soutenir la médiation en art contemporain.
Nous savons le rôle essentiel que vous jouez pour démocratiser l’accès à la culture, renforcer le lien entre les artistes et les publics, et contribuer à la reconnaissance et à la structuration de vos métiers au sein des politiques culturelles.
C’est dans cet esprit que le ministère soutient les initiatives portées par l’association BLA! et le Cnap, avec lesquelles cette journée est coorganisée.
Je tiens à saluer l’expertise de BLA!, son rôle essentiel dans la valorisation des métiers de la médiation culturelle et dans la défense des droits et des statuts des professionnels.
Je vous souhaite des échanges fructueux et inspirants, et une excellente journée de travail.
Vidéo de la table ronde #1 : « Former, transformer : un métier au cœur des enjeux contemporains »
Avec la participation de Christelle Alin, responsable du service des publics et chargée de la vie étudiante à la Villa Arson, Clélia Dehon, responsable des publics à Lafayette Anticipations et professeure associée au département de médiation culturelle à l’université Sorbonne Nouvelle et Alice Malinge, responsable du service des publics du Frac Bretagne. Modératrice : Louise Tourret, journaliste spécialiste des questions d’éducation et productrice radio.
Bonjour, bonjour à tous. Alors, de quoi on parle quand on parle d’art ? Je pense que vous vous êtes pas mal posé la question, et moi j’ai pu me la poser en préparant cette table ronde.
Je me présente rapidement. Je suis journaliste spécialisée dans l’éducation et productrice radio. Il y a mon nom derrière ? Ouais, il y a mon nom. Donc vous le voyez : Louise Tourret. Je suis très, très honorée d’être là. Je vous préviens, je ne suis pas du sérail.
Moi, je ne travaille pas dans l’art contemporain, je ne travaille pas dans l’art tout court. Je suis journaliste et je ne suis même pas spécialisée dans les questions d’art et de médiation. En revanche, je connais très bien le monde de l’éducation. Je suis traversée par l’éducation culturelle, ça, j’en parle très souvent, à l’école ou ailleurs. Le rôle des musées est extrêmement important, on le sait, et celui de toutes les institutions culturelles. Donc ça, ça m’intéresse.
Et puis je suis du public. Je fais partie des publics que vous côtoyez, moi toute seule ou moi avec mes enfants, par exemple. Donc c’est vrai que ça m’a renvoyée aussi à des questions que je ne vais pas étaler ici, ce n’est pas le moment, mais que moi je me suis posées en tant que public.
Donc on va réfléchir ensemble aux pratiques professionnelles. On va y réfléchir avec des professionnels. Moi, je pense que les rencontres professionnelles, c’est extrêmement important. J’espère que vous allez en tirer parti en nous écoutant, en nous posant des questions. Donc intervenez, ça m’intéresse de vous entendre. Moi, je suis peut-être pertinente, mais peut-être pas autant que vous.
Par contre, je fais bien circuler la parole, c’est mon boulot, donc c’est ce que je vais faire. Mais évidemment, vos interventions sont attendues, elles sont plus que bienvenues, ça fait partie de la table ronde. J’y tiens. Mais si vous n’intervenez pas, j’ai toujours 1 500 trucs à dire, ne vous inquiétez pas. Et puis les trois personnes qui sont avec moi sont de grandes bavardes.
On a préparé, je peux vous dire qu’elles ont des choses à dire. Et d’ailleurs, c’était hyper agréable de discuter avec vous avant, parce que j’apprenais des choses, je plongeais un peu dans votre activité professionnelle. Cette réflexion sur les contours d’un métier, les postures professionnelles, la méthodologie du travail, elle est toujours passionnante. Surtout que, quand on parle d’art, on parle du monde, on parle de nous, on s’adresse à des personnes. Et ça, je pense que c’est très riche d’en parler, quel que soit son milieu professionnel.
On va aussi parler créativité et fantaisie. Il y a beaucoup de joie, je pense, dans ce que vous faites. Avec moi aujourd’hui : Christelle Alin, Alice Malinge et Clélia Dehon. Vous travaillez dans des endroits assez différents les uns des autres, et c’est justement cette continuité intéressante qui a motivé votre association dans cette table ronde.
Je vais commencer par la formation. Je vais vous poser deux ou trois questions à chacune, puis on va croiser les thèmes que j’ai identifiés comme importants. Ensuite, vous raconterez aussi ce que vous voulez, emparez-vous de ce moment.
Je vais commencer avec vous, Clélia Dehon. Bonjour. Vous ne voulez pas prendre le micro ? Ça me rassure quand vous avez le micro dans la main. Alors c’est marrant, on a des fils, mais ce n’est pas mal, ça marche bien les micros filaires. On va commencer par ces formations, donc initiales, ce qu’on appelle la formation initiale.
Vous êtes Clélia Dehon, responsable des publics à Lafayette Anticipation. Mais ce n’est pas ça qui nous intéresse le plus. Vous êtes professeure associée au département de médiation culturelle à Sorbonne Nouvelle. Sorbonne Nouvelle, c’est une sacrée institution. Ça fait longtemps d’ailleurs que ça existe. Oui, depuis… pas la Sorbonne Nouvelle, mais ce master et cette formation de médiation.
Absolument. Donc petite mise en contexte. Effectivement, j’ai deux casquettes. Je suis responsable des publics à Lafayette Anticipation, qui est une fondation d’art contemporain située dans le Marais à Paris et qui est à l’initiative des Galeries Lafayette. Ce statut me permet aussi d’être professeure associée, ce qui signifie que je suis la plupart du temps une professionnelle du monde de la médiation culturelle, mais qu’en parallèle — et ça m’occupe beaucoup — je suis professeure associée au département de médiation culturelle de la Sorbonne Nouvelle, une université qui existe depuis les années 1970.
Ce département de médiation culturelle a quasiment été créé dans la foulée. Les masters dans lesquels j’enseigne sont un peu plus récents : le master Musées et Nouveaux Médias et le master Médiation du patrimoine et de l’exposition, dont je sais qu’il y a deux anciennes étudiantes dans la salle. Ce sont des masters qui ont vocation à former des futurs professionnels de la médiation culturelle, mais pas que. Également des métiers de la production d’exposition, de la régie, de la communication, notamment la communication numérique. Voilà, on va en parler du numérique. Il y a sept masters.
— Et dans le vôtre, il y a combien de personnes par promotion ?
— Il y a à peu près 25 personnes par promotion. C’est une petite classe. On passe du temps ensemble, ça crée peut-être une énergie collective.
— Vous allez me dire : mais comment vous concevez le cadre, ce qu’on appelle la maquette pédagogique ? Je ne sais pas si tout le monde le sait, mais est-ce que, par exemple, vous avez des indications précises du ministère de la Culture ? Ou ces indications, comment vous envisagez la progression tout au long du master des étudiantes et étudiants ? Beaucoup d’étudiantes quand même, on peut se le dire.
Alors ici, il s’agit d’une tutelle qui est le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ce sont plutôt les instances de ce ministère qui donnent des cadres sur des volumes horaires et un certain nombre de préconisations. Ensuite, libre à chaque département de s’organiser et de proposer des maquettes qui sont validées par l’université. Ces maquettes sont encadrées par des renouvellements : tous les quatre ans, on est tenu de renouveler l’offre de formation.
On fait souvent le choix, dans l’équipe pédagogique, de proposer des cours avec des intitulés suffisamment larges — muséologie, actualité de l’exposition, gestion de projet — et à l’intérieur, et on en reparlera je pense, Louise, on fait évoluer les contenus pour s’adapter aux différents enjeux que représentent nos métiers.
— Justement, on va en parler tout de suite, parce qu’en fonction de quoi ça évolue ? Comment vous évaluez les attentes du secteur de la médiation, sachant que c’est un secteur hyper divers ? Et on va l’entendre aussi avec Alice et Christelle. Comment vous évaluez ça ? Qu’est-ce qui vous revient ? J’imagine aussi que vous travaillez avec des professionnels.
Oui, je travaille avec des professionnels, mais mes collègues enseignants-chercheurs ont aussi une veille très forte et suivent l’actualité, notamment les programmes de l’ICOM. On regarde quels sont les enjeux contemporains du monde des musées. Et si nous ne nous y intéressons pas, je peux vous dire que les étudiants et les étudiantes nous rappellent ces grands enjeux par le choix de sujets de mémoire, de projets, de recherches.
Par exemple, les enjeux écologiques, les enjeux économiques, les sujets de genre, de parité, les questions autour de la restitution des collections. Ce sont vraiment des sujets qui occupent aujourd’hui les étudiants et les étudiantes et qui nous reviennent dans ces cours, dans ces maquettes de formation que l’on veut suffisamment larges pour absorber ces enjeux et enseigner autour de ces sujets.
— Est-ce que vous faites de la méthodologie avec les étudiants, pour savoir précisément comment on travaille, comment on conçoit un parcours dans une exposition, par exemple ? Est-ce que c’est très cadré ou est-ce que, finalement, comme ça dépend énormément d’où on va travailler et sur quoi on va travailler ?
C’est aussi un des objectifs de ces formations : apprendre l’agilité à nos étudiants et étudiantes, l’agilité dans la recherche, dans la pratique professionnelle, l’agilité pour avoir ou non des méthodologies plus ou moins précises. Sur la question de la méthodologie, je dirais qu’environ la moitié des cours sont plutôt théoriques et l’autre moitié pratiques.
Dans les cours pratiques, on donne un certain nombre de cadres méthodologiques et ensuite ils et elles sont en contact avec des professionnels. On tisse au fur et à mesure une méthodologie en fonction du projet et de l’institution. On travaille par exemple avec l’Institut du monde arabe, avec la Micro-Folie de la Villette. D’ailleurs, j’ai oublié de le préciser, mais la Sorbonne Nouvelle a un espace de pratique muséale, un lieu physique dans l’université où les étudiants et étudiantes peuvent mener des projets d’exposition, de performance, des projets scientifiques, et cet espace est doté d’une Micro-Folie.
C’est aussi comme ça qu’on forme aux dispositifs actuels présents dans certains territoires ici représentés.
— On continue à faire du théorique en master, ou on considère que les étudiants en ont déjà assez fait en histoire de l’art ?
Absolument, on continue à faire du théorique. J’ai un cours de gestion de projet en master 1 qui est à environ 60 % théorique, avec une partie de projets pratiques. C’est très important de garder ce fil théorique, parce qu’en fait on explique aux étudiants et aux étudiantes que ce fil ne va pas les quitter. Dans le monde professionnel, la preuve, on est tous et toutes en train de théoriser et d’analyser nos pratiques aujourd’hui.
On fait de la recherche en faisant de la veille, en comparant des projets, en essayant d’améliorer des pratiques. Donc cette recherche, peut-être plus liée à des ressources bibliographiques à l’université que dans nos pratiques courantes, nourrit cet esprit d’ébullition, cette envie d’aller chercher, de fourmiller pour travailler. C’est quelque chose qui permet déjà de les entraîner.
— Écoute du travail en équipe, et ça, on va en parler très vite avec vous, Alice. Le travail en équipe, est-ce que c’est quelque chose qui s’apprend en formation initiale ? Et comment ? Ça m’intéresse.
Absolument. De notre côté, on ne fait quasiment que des travaux en équipe. Les 25 étudiants et étudiantes dont je vous parle par promotion sont amenés à réaliser des travaux de groupe. C’est quelque chose d’assez classique à l’université, mais nous, on leur explique que si on les fait travailler comme ça, c’est lié à la méthodologie du futur : ils et elles vont rarement travailler en solitaire.
On leur donne même des attributions. J’ai un cours dans lequel on propose à une équipe d’être les communicants, à une autre d’être les coordinateurs, à une autre d’être chargée des relations publiques. On les met en situation et en équipe de manière continue.
— Alice Malinge, ce travail d’équipe, cette intelligence collective, je pense que ça vous intéresse aussi. Est-ce que c’est un outil de la formation continue dont on va parler ensemble plus précisément ? Et comment vous utilisez cette force du collectif ?
Donc déjà, je précise que le FRAC Bretagne est un FRAC de deuxième génération, ce qui signifie qu’il avait une équipe très nomade sur le territoire breton et qui, progressivement, s’est constituée une deuxième équipe à Rennes, qui travaille dans un lieu et qui ressemble, dans son fonctionnement, à une équipe proche de celle des centres d’art ou des musées.
Il a donc fallu, quand j’ai pris mes fonctions, travailler plus précisément sur la relation entre une équipe qui travaille à la fois à Rennes et dans la région, et une autre équipe basée dans un lieu qui accueille des expositions temporaires. Je prends là un cas très particulier, mais ça va peut-être permettre d’analyser plus largement après.
La formation collective pour une équipe comme celle-là est assez cruciale au service des publics, afin qu’il y ait une ligne commune dans l’approche de coopération avec le public, que ce soit dans les projets montés à partir de la collection sur les territoires ou dans la relation de discussion et de partage avec le public dans un lieu propre.
— Ça veut dire qu’il faut s’approprier collectivement une philosophie du lieu, de l’institution. Mais alors quelle est la part de l’apport des professionnels ? Est-ce que c’est vertical ou plutôt transversal ? Et est-ce que cette philosophie se conçoit aussi en fonction des différentes personnes avec qui on travaille ?
Oui, c’est vrai que c’est une approche qui existe dans d’autres lieux que le FRAC, mais le principe que nous appliquons, c’est d’être dans un rapport de partage de connaissances et de compétences. Dans beaucoup de grands lieux, il y a une séparation entre les formateurs et formatrices d’un côté, et les salariés formés de l’autre. C’est quelque chose qu’on essaie de transformer au FRAC, en favorisant des moments où l’on considère — puisque c’est le cas — que la plupart des personnes autour de la table ont un niveau master, parfois doctorat, avec des formations similaires.
Les expériences et les âges sont différents, mais on travaille autour de la recherche en art, pas uniquement autour des dispositifs de partage avec le public. Cette part de recherche sur la création et l’histoire des formes est centrale, et ensuite son application pour inventer des actions culturelles et des dispositifs.
— Je ne sais pas si ça répond entièrement à ma question.
Peut-être pas entièrement, mais je vais prolonger. Ce que je trouve hyper intéressant, c’est que c’est assez pointu. On parle de recherche, de réflexion très poussée sur l’art, et en même temps d’un lien direct avec le public. Cette alliance est particulièrement forte dans la formation des professionnels en activité, qui rapportent quelque chose de leur expérience avec le public.
Oui, et le dialogue avec les artistes aussi. C’est quelque chose qu’on place au centre des formations, parce que la relation avec les artistes est essentielle. J’ai eu la chance de ne pas voir cette séparation, mais j’ai constaté que dans beaucoup de lieux, les personnels de médiation ne sont pas toujours en relation directe avec les artistes, notamment ceux qui ont des œuvres dans les collections publiques. Et c’est dommage, voire problématique, parce qu’on a besoin de cette discussion pour travailler.
En fait, dans le monde de la culture, et ce n’est pas propre à l’art contemporain, il existe des hiérarchies, visibles ou intériorisées. Les créateurs, les curateurs, les médiateurs n’occupent pas la même place. Il y a des postes, des salaires, des âges différents. Comment organiser la circulation de la parole, l’écoute, pour que ce ne soient pas toujours les mêmes qui parlent le plus fort ?
On observe souvent que dans les réunions de travail, cette attention à la parole n’est pas toujours présente, alors même que ce sont des pratiques que l’on applique avec les publics. Cela demande de se remettre en question. Moi la première, puisque je suis assez bavarde. Il faut interroger la manière dont la parole circule, car l’intelligence collective est essentielle pour faire évoluer les institutions aujourd’hui.
Ce n’est pas seulement au sein des services de médiation, mais à l’échelle de l’institution tout entière. L’intelligence collective, c’est la circulation des idées, la reconnaissance des connaissances et des compétences de chacun et de chaque secteur, une forme de mise en équivalence.
Il faut donc défendre la place du service des publics dans les institutions, pas seulement au FRAC Bretagne, mais de manière générale. Il existe un défaut de reconnaissance, visible notamment dans les salaires, pour de nombreux métiers de la médiation. Cela pose des questions de parcours, de fidélisation des équipes, et de transmission des compétences dans le temps.
— Concernant ce mot de médiation, et je pense, Christelle Alin, que vous aurez envie de rebondir. Je pose la question à Alice et vous allez rebondir. Médiation, c’est un mot… Moi, par exemple, la médiation, c’est un mot que j’ai beaucoup entendu auprès de mes copines qui divorçaient. Je fais des blagues, mais la médiation sous-entend une incompréhension, voire un conflit. Est-ce que ce mot n’est pas parfois un peu encombrant ?
Nous, on l’utilise très peu avec mes collègues, qui sont d’ailleurs là aujourd’hui. On ne l’emploie pas beaucoup parce qu’effectivement, quand on se présente en tant que médiateur ou médiatrice, en dehors du champ de l’art et de la culture, on est perçu comme quelqu’un qui intervient face à un problème, comme s’il y avait un problème initial entre l’art et le public. C’est un mot qui vient du monde de la justice.
C’est pour ça qu’on parle davantage des publics. D’ailleurs, au FRAC Picardie, votre manière de transformer les dénominations est très intéressante. Avant de travailler au FRAC, je travaillais au Mamco, où on avait créé un « bureau des transmissions ». Il y avait quelque chose d’un peu ironique là-dedans, mais ça posait aussi la question du service public et du service des publics.
— Christelle Alin, vous êtes responsable du service des publics de la Villa Arson, près de Nice. La Villa Arson, c’est un endroit où on invente beaucoup de choses, où l’on cherche parfois à inverser les cadres. Vous parlez de « dévoyer » les visites. Pourquoi ce serait mieux pour faire de la médiation, ou pour faire, comme vous me l’avez dit, passer du temps aux gens devant les œuvres ?
Peut-être une précision sur le contexte depuis lequel je parle. Je parle depuis la Villa Arson, un lieu qui associe à la fois une école d’art, un centre d’art contemporain, un lieu de résidence et une bibliothèque spécialisée. C’est un écosystème très favorable à la mise en relation entre pratiques artistiques, pratiques théoriques et pratiques de transmission. L’enjeu est de faire collaborer ces différentes entités et de placer les artistes et les étudiants et étudiantes en art au cœur des relations avec les publics.
Cela nous invite à inventer, à expérimenter. Les pratiques de médiation doivent aussi intégrer cette dimension de laboratoire. Dans ce contexte, on peut s’autoriser à « dévoyer » la visite, parce qu’il ne s’agit plus aujourd’hui uniquement de transmettre un savoir. L’équipe de médiation est constituée d’étudiants et étudiantes de l’école d’art. Les placer dans une posture de conférencier serait une forme d’imposture.
On a plutôt envie de proposer des médiations situées, qui transmettent une relation à l’art plutôt qu’un savoir sur l’art. Il s’agit d’inviter les médiateurs à mettre en relation une exposition ou une œuvre avec leurs centres d’intérêt, leurs pratiques, leurs recherches, leurs vécus. On visite toujours avec ce que l’on est, avec ce que l’on a traversé, lu, vécu.
Quand je parle de médiations situées, c’est vraiment cette idée-là : être soi-même et inventer des formes, parfois proches de la performance, où l’on est en position d’auteur ou d’autrice. Cela ouvre des formes de rencontre très riches avec les publics.
— Est-ce qu’on peut donner un exemple, par exemple une « visite point de vue » ?
La visite point de vue est exactement ce que je décris. C’est un format proposé aux étudiants et étudiantes, où, le temps d’une exposition, on a autant de visites que de singularités incarnées. Cela permet aussi d’aborder des enjeux très contemporains, comme des approches décoloniales ou queer, qui rejoignent les intérêts des jeunes artistes et trouvent leur place dans les propositions de médiation.
— Et une « visite prédiction » ?
La visite prédiction est un format inventé dans le cadre d’une exposition intitulée Double Bind – Arrêtez d’essayer de me comprendre, qui portait sur les malentendus dans la communication. Il y avait un volet autour du paranormal. Nous avons travaillé avec l’artiste Jaurès Lacoste, avec Grégory Castera, et avec une doctorante de la Villa Arson spécialisée en linguistique.
Nous avons invité le public à s’installer dans une salle avant l’exposition, à fermer les yeux, à imaginer ce qu’il allait voir. Ensuite, tout le travail consistait à mettre en relation les œuvres avec ce qui avait été énoncé. C’était très stimulant, et cela questionnait notre manière de regarder et d’interpréter.
Dans la même exposition, nous avons proposé des « misguided tours », où l’on adoptait une posture très autoritaire de guide, tout en décalant volontairement les commentaires. Cela entrait en résonance avec les thématiques de l’exposition sur l’incompréhension. La médiation devenait ainsi partie prenante du projet artistique.
— Comment réagissait le public ?
Il y avait des sourires, des interrogations, des rires. Globalement, c’était joyeux. L’enjeu était de passer du temps devant les œuvres, de rester, de regarder vraiment. C’est une réflexion plus large sur le rapport à l’art, sur le temps accordé au regard.
— Regarder vraiment, passer du temps devant les œuvres, c’est la grande question. Alice Malinge, s’appuyer sur les publics et en faire une force, créer une dynamique du regard, surtout quand on a des petits collectifs ou des petits groupes, comment vous y réfléchissez avec les professionnels ?
Pour poursuivre ce que disait Christelle Alin, je pense qu’il y a un enjeu à présenter aux publics la diversité des approches. Là, on parlait de propositions portées par de jeunes artistes ou futurs artistes, mais c’est aussi quelque chose que nous menons au FRAC dans de nombreux projets. On travaille également avec d’autres partenaires, parfois issus de secteurs extérieurs à l’art, comme dans certains musées d’ethnographie ou d’histoire, où l’on propose des points de vue multiples.
Il y a un véritable enjeu autour de la formation initiale des personnes qui intègrent les équipes et qui vont porter les lieux culturels. La ligne de programmation, la politique des propositions faites au public dépendent beaucoup des parcours de formation. Selon que l’on vienne de la philosophie, de la littérature, de l’histoire de l’art ou de l’animation sociale, les propositions ne sont pas tout à fait les mêmes.
C’est pour cela que, chez nous, au FRAC, on développe des propositions issues de l’éducation populaire et on les nomme comme telles, tout comme des propositions co-créées avec des artistes. On est parfois dans des formats hybrides, entre œuvre artistique et médiation, ce qui est assez complexe mais très riche.
— Cela pose aussi des questions pédagogiques fortes : comment tenir ensemble le côté intellectuel et le côté pratique du travail ?
Oui, ce sont des questions anciennes dans le champ de la pédagogie, dans l’éducation populaire, dans l’éducation nouvelle. Qu’est-ce qu’un apprenant, qu’est-ce qu’un sachant ? C’est pour ça que je me tourne vers vous, Clélia, parce que ces questions de savoir descendant ou partagé se posent aussi à l’université. Comment cela vous traverse dans vos pratiques ?
Effectivement, on s’interroge beaucoup là-dessus avec les responsables pédagogiques. Il y a une volonté de travailler l’oralité, de redistribuer la parole, notamment à travers des groupes projets. On essaie d’éviter un savoir trop descendant, d’autant plus que les étudiants ont connu des parcours scolaires très perturbés, notamment ceux qui ont passé le bac pendant la période du Covid.
On essaie de favoriser les individualités et les spécificités de chacun et chacune. Dire aux étudiants : qui êtes-vous ? Que voulez-vous faire ? Cette question est centrale, car beaucoup ne savent pas encore précisément ce que recouvrent les métiers dont on parle. Lorsqu’ils arrivent ensuite dans le monde professionnel, cette attention portée à leur singularité peut permettre des propositions plus ouvertes et plus inventives.
On voit arriver de plus en plus de profils à double formation. J’ai par exemple eu une étudiante qui avait aussi un BTS cuisine et qui a proposé des visites autour des arts culinaires. Ce sont des formats très attendus par les publics, qui ont envie d’être surpris et de vivre des expériences.
— Face aux enjeux du numérique, cette dimension humaine est-elle encore plus importante ?
Oui, si on s’intéresse à la pédagogie, il faut savoir à qui l’on s’adresse. La pédagogie critique, les savoirs situés, ce sont des notions qui entrent fortement en résonance avec le champ de l’art et de la création. Cela invite à repenser nos postures, à travailler sur l’horizontalité, même si nous sommes tous marqués par notre passé scolaire.
— Je voudrais maintenant aborder la question du numérique. En formation initiale, comment intègre-t-on ces enjeux, alors que le numérique évolue très vite ?
Nous avons pris cette question à bras-le-corps en créant, il y a onze ans, le master Musées et Nouveaux Médias. L’objectif n’était pas de former des techniciens, mais de permettre aux étudiants de dialoguer avec des professionnels du numérique. Depuis, les contenus ont beaucoup évolué : on travaille aujourd’hui sur l’intelligence artificielle, les NFT, l’écologie numérique.
— Alice Malinge, comment le numérique s’articule-t-il avec l’humain au FRAC Bretagne ?
Pour nous, le numérique permet de rendre visibles des actions menées sur le territoire, parfois très éloignées géographiquement. Nous avons développé des podcasts avec Radio BZZZH, avec des formats très sensibles, parfois fragiles, qui relèvent d’une esthétique do it yourself. La voix est un outil important pour faire entendre la pluralité des regards.
Nous travaillons aussi beaucoup avec les réseaux sociaux, notamment Instagram, comme un espace de médiation à part entière. Les chargés des publics apportent leurs compétences et leurs pratiques, et cela nourrit une véritable intelligence collective.
— Et à la Villa Arson ?
Le numérique a été très investi pendant la période du confinement. Nous avons produit de nombreux podcasts, puis nous sommes revenus au présentiel. Aujourd’hui, la radio de la Villa Arson permet de donner la parole à des personnes qui traversent l’institution, artistes, chercheurs, étudiants, parfois sans que le public ait l’occasion de les rencontrer autrement.
Ces formats permettent aussi de décaler les récits, de sortir des discours attendus, et d’ouvrir d’autres formes de transmission.
— Est-ce qu’il y a des questions ou des remarques dans la salle ? Je ne vais pas croire qu’il n’y a rien à dire. On vous voit, on va vous donner la parole. Vous pouvez vous présenter et dire à qui vous vous adressez.
Je me présente, je suis Alexis Ourion, collègue d’Alice. Je ne vais pas poser une question à Alice, plutôt à tout le monde. On parlait tout à l’heure du terme de médiation, et j’ai observé l’apparition, encore rare, du terme de facilitation. Je le trouve intéressant, notamment dans le cadre des droits culturels. On change de paradigme : on ne se centre plus sur l’œuvre, mais sur la relation entre les personnes autour de l’œuvre. Est-ce que vous voyez arriver ce terme ? Est-ce qu’il y aura un jour des formations de facilitateurs ou facilitatrices ?
Je me permets de répondre. C’est très juste. D’ailleurs, quand je réfléchis à ma posture d’enseignante, le terme de facilitatrice me parle beaucoup. On livre des clés, ensuite les personnes s’en emparent. En médiation aussi, on a longtemps questionné ce terme. Peut-être aurait-il fallu l’abandonner, mais aujourd’hui on travaille avec. D’autres termes apparaissent : accompagnatrice, accompagnateur, l’idée d’un cheminement.
À la Villa Arson, lors d’un récent recrutement pour un poste chargé des publics, nous avons inscrit clairement les droits culturels et la question de l’hospitalité. Cela a été le fruit d’un travail collectif en interne pour accompagner une transformation de l’institution. C’est un changement de paradigme fort, qui demande du temps et de l’accompagnement.
— Cette notion de facilitation peut-elle ouvrir à celle de conversation, comme dans les book clubs, où chacun est légitime à prendre la parole autour d’un objet culturel ?
Faciliter, c’est aussi écouter. Mais selon les contextes — territoire, lieu d’exposition, projet spécifique — les postures changent. Personnellement, je me définis davantage comme coordinatrice. Le terme de publics reste suffisamment large pour éviter les hiérarchies et permettre à chacun de se sentir concerné.
— Derrière cette question, il y a aussi celle de la création du commun.
Oui, c’est une question immense. Faire commun, c’est à la fois une question de méthodes, de pédagogies, mais aussi de coopération avec d’autres secteurs que celui de la culture. Cela implique de travailler avec des réseaux sociaux, territoriaux, associatifs, éducatifs. Être en prise avec les enjeux du monde contemporain — environnement, crise climatique, genre — est essentiel.
— Une autre intervention ?
Bonjour, je m’appelle Claire Desrobanes-Sian. J’ai co-créé une association de médiation culturelle. Je voulais remercier les publics, parce qu’ils nourrissent énormément notre travail. Souvent, ils apportent des connaissances, des expériences inattendues, qui enrichissent profondément la médiation.
J’aimerais partager une expérience menée sous forme d’école d’été, sans public cible défini. On a accueilli des profils très variés : adolescents, anciens étudiants, parents. Une communauté éphémère s’est créée, et on a réellement partagé du commun. Cette horizontalité est rare et précieuse.
Ce type de projet demande du temps, du travail d’équipe et des moyens. Il faut rappeler que cela implique aussi une juste rémunération des personnes impliquées. La question de l’externalisation se pose ici : si elle peut être une opportunité, il est essentiel que les institutions gardent une maîtrise interne pour travailler sur le long terme avec leurs équipes.
De mon côté, je constate aussi combien mes étudiants et étudiantes m’apportent. Ils me forment autant que je les forme, notamment sur les enjeux contemporains. Cette circulation des savoirs est essentielle.
— Une dernière question pour conclure : la fête. Pourquoi la fête dans les institutions culturelles ?
La fête, c’est la vie. À la Villa Arson, nous avons organisé des événements festifs, notamment pour Halloween, en lien avec les étudiants. Ces moments permettent de découvrir le lieu autrement, d’explorer ses espaces, de créer de la joie et du plaisir partagés. Nous avons été débordés par le public, preuve de l’attente et de l’envie.
Pour moi, au-delà de la fête, c’est la question de la joie et des émotions qui est centrale. On travaille beaucoup avec les étudiants sur le plaisir de faire, de partager. On préfère parfois attendre que les projets soient prêts plutôt que d’imposer un calendrier. Cette dimension de joie devient alors réellement partagée avec le public.
Je trouve important de conclure sur cette idée. On n’a pas tout dit, mais on a dit beaucoup de choses. La discussion pourra se poursuivre. Merci beaucoup à Christelle Alin, Clélia Dehon et Alice Malinge. Merci pour la qualité de votre attention. C’était un vrai plaisir.
Vidéo de la table ronde #2 : « Retour sur le projet « Les arts de la table » du Frac Picardie »
Avec la participation de Marie Calon, chargée de projets et des relations avec les habitants et habitantes au sein du pôle Habitants et territoires du Frac Picardie, Aurélie Gendera, membre du Conseil citoyen du projet « Les arts de la table » et Émilie Vaquette, chargée de l’action culturelle de la Communauté de communes du Pays du Coquelicot.
Bonjour tout le monde. Je suis Marie Callon, je suis chargée de projet des relations avec les habitants au FRAC Picardie, et je suis accompagnée d’Émilie Vaquette, qui est chargée des actions culturelles pour la communauté de communes du Pays du Coquelicot, et d’Aurélie Gendéra, qui est ici présente en tant que membre du conseil citoyen du projet dont on va vous parler. Bonjour.
Ce projet s’intitule Les Arts de la table. C’est un projet qu’on mène en commun avec le Pays du Coquelicot et le conseil citoyen, qui est le cœur de ce projet, et on va tenter de répondre à la problématique du programme : comment l’implication des habitants et habitantes d’un territoire influence-t-elle la programmation et la mise en place d’un projet d’action culturelle ? On va tenter.
C’est un projet qui est encore en cours, en pleine construction. Et pour ce faire, on va commencer par vous présenter le projet. Il y a quelques petites fautes dans le PDF : il y en a quatre, on en a compté quatre. Si jamais vous en avez plus, n’hésitez pas à nous le dire.
C’est un projet, pour ses cadres et objectifs, qui s’inscrit dans le Fonds d’innovation territorial, un dispositif porté par la DRAC, et précisément la DRAC Hauts-de-France, pour le FRAC Picardie, et qui soutient des projets culturels expérimentaux, avec une place laissée au temps — ce qui est très important — et un budget alloué, assez solide, pour pouvoir mener toutes les actions.
Quand on est entré dans ce dispositif au FRAC, on s’est posé les questions de savoir quel projet on souhaitait mener, quel projet on n’avait pas encore mené. Je parle bien du FRAC Picardie. Je pense que c’est une méthodologie mise en place par bon nombre de vos structures : il n’y a pas d’innovation. Pour nous, au FRAC, c’était plutôt expérimental, notamment vis-à-vis de cette question du temps laissé à ce projet : on voulait qu’il soit extrêmement libre. En gros, on a posé quelques bases, mais pas plus, pour qu’il puisse être construit par les habitants du Pays du Coquelicot, dont Émilie va vous parler après.
Pour les fondamentaux, on s’est basé sur une méthodologie très utilisée et qui a largement fait ses preuves : celle de l’éducation populaire, et notamment de la réflexion collective qu’elle met en place. Une fois qu’on a établi la méthodologie, on s’est questionné sur le sujet. Vous voyez, il n’y a pas eu une grande problématique : le sujet, c’est les arts de la table, tout court, pour avoir un sujet universel et qui permette de toucher à peu près tout le monde, surtout qu’il y ait plein d’entrées. On a la gastronomie, la vaisselle, le design, les émotions, le goût, la culture agricole, etc.
On pouvait avoir un sujet qui nous permette de toucher un bon nombre de personnes et qui ne soit pas un sujet un peu inquiétant, ou en tout cas avec des grands noms. Et du coup, ça nous permettait aussi — et ça, ça a été une des volontés — de penser la culture à travers ces multiples entrées : pas uniquement le dessin contemporain (c’est notre spécificité au FRAC Picardie), pas uniquement les arts contemporains, mais vraiment plein d’entrées culturelles quelles qu’elles soient : de la radio, des balades gourmandes, des cours de cuisine, etc. Et de voir aussi si ces différentes propositions pouvaient nourrir l’ensemble du projet et fédérer un regroupement d’habitants.
Ensuite, on s’est interrogé sur le territoire. En Picardie, on a trois départements : la Somme, l’Oise et l’Aisne. On s’est demandé si, au fil de ces trois ans, on allait toucher ces trois départements, mais de manière ponctuelle et sur quelques actions, ou si on souhaitait se baser sur un seul et même territoire, sur une communauté de communes, et voir si ça avait vraiment un impact de rester, du coup, sur ce territoire pendant trois ans.
On a ciblé le Pays du Coquelicot. Alors, ce n’est pas en rapport avec les fleurs : c’est la Première Guerre mondiale. Mais il y a quand même des coquelicots. Pour deux raisons : déjà parce que c’est un territoire au nord de la Somme, mi-urbain, mi-rural, et qui bénéficie d’infrastructures qui peuvent nous accueillir. Ça, c’était quand même important. C’est à peu près à 45 minutes, une heure de route : ça reste un territoire un peu loin. Pas trop loin, mais un peu loin.
Et surtout parce qu’on avait déjà eu l’occasion de travailler avec le Pays du Coquelicot, et donc Émilie Vaquette, dans le cadre d’une action sur une journée. On avait été très satisfaits des relations et des échanges engagés. Et vu qu’on partait sur un projet très flou, on ne voulait pas non plus complètement aller dans l’inconnu et travailler avec des gens avec qui on n’avait jamais échangé : c’était quand même un petit peu mieux.
Et enfin, et surtout — ce qui va se retranscrire tout le long de la présentation — il y a la création de ce qu’on a appelé un conseil citoyen, citoyen-citoyenne : un regroupement de personnes qui devient décisionnaire de toute la programmation, de la mise en place et des publics ciblés. C’est pour ça qu’Aurélie est ici présente pour représenter le conseil.
À savoir qu’on garde quand même chacun nos champs d’expertise. Pour le FRAC, on garde le champ d’expertise de la coordination de projets et, néanmoins, d’une sélection de propositions d’artistes, d’arts contemporains. Pour le Pays du Coquelicot : les structures, les infrastructures, le territoire et les publics ciblés. Et pour Aurélie : la programmation, etc.
Donc une fois qu’on a placé ces cinq fondamentaux, on est allés rencontrer Émilie et Emmanuel Bissieux du Pays du Coquelicot pour leur présenter ce projet, qui commençait à naître.
Voilà, donc quand le FRAC rencontre le Pays du Coquelicot. Marie disait tout à l’heure : un territoire mi-rural, mi-urbain. En effet, le Pays du Coquelicot se situe au nord-est d’Amiens. Il se compose de 65 communes pour un tout petit peu plus de 28 000 habitants, avec une ville-centre qui polarise notre territoire, qui est Albert, qui compte un tout petit peu plus de 10 000 habitants et qui est la troisième ville du département.
Au sein de cette collectivité, nos élus développent leurs programmes, leurs actions, en s’appuyant sur un projet communautaire 2020-2026, qui court sur toute la durée de leur mandat actuel. Et ce projet communautaire leur a permis de penser, de réfléchir la construction — Marie en parlait tout à l’heure — de trois établissements culture-jeunesse, trois constructions qui se sont étalées de 2021 jusqu’à 2024. Trois structures culture-jeunesse qui maillent notre territoire, qui regroupent nos services — quand je dis « nos services culture-jeunesse », c’est le service lecture publique, l’enseignement musical, le service jeunesse et le service action culturelle et spectacle vivant —, qui maillent notre territoire avec Albert, tête de réseau, qui nous regroupe tous, ce qu’on appelle entre nous notre pôle culture-jeunesse, et deux établissements de moindre dimension à Acheux et à Bray-sur-Somme.
Voilà pour nos infrastructures, pour nos établissements. Et notre feuille de route, qui nous anime dans notre travail au quotidien, c’est certes ce projet communautaire, mais c’est aussi, voire même surtout pour nous, notre projet culturel de territoire : on en est à notre deuxième. Là, on est sur une période 2023-2026. Et lorsque le FRAC est venu nous rencontrer, cette présentation de projet a fait écho à plein d’enjeux, plein d’objectifs qui traversent notre projet culturel de territoire.
On continue à développer nos actions en direction de publics cibles : on s’est retrouvés sur ces publics, sur ces actions, sur cette éducation artistique et culturelle, et puis surtout, toutes ces actions, on a décidé aussi de les inscrire dans des enjeux, dans des problématiques contemporaines, qui sont ici plus particulièrement celles des droits culturels.
Au-delà de cette thématique hyper large, hyper ouverte que sont les arts de la table, au-delà de cette fierté d’être contacté par le FRAC Picardie, de rencontrer une équipe dynamique et très enthousiaste, nous, ce projet, il a fait écho en nous : on a entendu démarche citoyenne, démarche participative, engagement citoyen, convivialité. Et c’est ce qui a vraiment fini de nous convaincre et de nous engager dans ce projet.
Quand on a dit oui, il a fallu constituer le conseil citoyen. Pour constituer ce conseil citoyen, nous nous sommes appuyés — je me suis appuyée — sur nos établissements, nos publics, nos services culture-jeunesse. À partir de là, j’ai contacté des personnes qui avaient, de près ou de loin, un lien avec les arts de la table, qui avaient aussi cette curiosité, et avec qui on avait déjà travaillé, de près ou de loin, dans différents projets : en lien avec la lecture publique, avec la musique, autour du service jeunesse, mais aussi autour du spectacle vivant. Et on a réuni ce conseil citoyen avec lequel on allait pouvoir agir, décider, proposer et mettre en œuvre ce projet des arts de la table sur le Pays du Coquelicot.
Donc voilà notre conseil citoyen. Oui, c’était la seule photo : pensez à prendre des photographes dans vos projets. Je ne sais pas si vous arrivez à me reconnaître, mais je suis sur la photo de ce conseil citoyen. Ouf !
Effectivement, j’ai été contactée par Émilie, que je connaissais grâce aux Zèbres, et qui m’a proposé de participer à ce conseil citoyen. On est une douzaine de personnes à en faire partie. On vient de villages différents, on couvre une bonne tranche d’âge, on a des professions différentes aussi. Notre seul point commun : de nous impliquer dans la vie associative, culturelle, sociale, en tout cas d’avoir une volonté de faire vivre ce territoire. C’est vraiment notre point commun.
Ça a commencé en février 2024. On a reçu un petit mail d’Émilie nous proposant de rejoindre ce conseil citoyen. On a accepté parce qu’elle nous a parlé des arts de la table et je pense que, chez chacun de nous, ça peut évoquer des choses. Marie en parlait tout à l’heure : il y a plein d’entrées différentes à ce thème fédérateur, et ça a attisé notre curiosité. On a aussi un lien de proximité et de confiance avec Émilie, qui nous a amenés à venir voir ce qui se passait dans ce projet.
Au départ, c’était un peu flou, ce qu’on attendait de nous, parce que, comme le disait Marie, c’est un projet expérimental. Nous expliquer, à nous qui ne connaissons pas forcément comment fonctionnent les projets institutionnels, c’était un peu abstrait, d’autant plus que c’était un projet qui se définissait au fil de l’eau : il y avait des enveloppes budgétaires avec des objectifs derrière. Pour nous, c’était un peu conceptuel, et ça s’est éclairci au fur et à mesure des conseils citoyens.
On se rencontre environ une fois tous les deux mois. Ce sont des moments très conviviaux où on échange, on débat, on découvre. On grignote et on boit un verre aussi, ce qui rend les choses encore plus conviviales. Et puis, au fur et à mesure, le lien de confiance qui existait déjà avec Émilie s’est instauré avec Marie. Le conseil citoyen s’est senti de plus en plus à l’aise pour exprimer ses choix, ses convictions, et faire entendre sa voix.
Sachant qu’au départ, on nous a entendus dans le sens où on nous a demandé de parler. Maintenant, on arrive plus facilement à exprimer, à être plus proactifs, plus moteurs, plus autonomes pour dire ce qu’on veut. Mais au départ, Marie et Émilie ont structuré les choses pour que, dans un cadre, on puisse dire ce qu’on désirait.
Au départ, c’était : on a une enveloppe budgétaire, on veut faire trois ou quatre projets, qu’est-ce qu’on fait ? C’était à peu près ça. Et ensuite, on en a discuté entre nous.
Oui, voilà l’intérêt personnel, parce que ça a vraiment fidélisé. Au départ, on était douze, et il y en a quelques-uns qui ne sont pas restés. Mais sinon, il y a une vraie fidélisation : chacun s’investit et continue de s’investir, après un an et demi, dans ce projet. C’est parce qu’il y a un intérêt personnel : découvrir de nouvelles pratiques artistiques, de nouveaux artistes, échanger, débattre, et pouvoir participer à ces différentes actions.
Concernant les actions, on va vous parler de celles qui ont été menées, de celles à venir, et des actions dédiées au conseil citoyen.
Pour les actions qui ont déjà été menées, c’est surtout leur manière de faire qui va être présentée. Aurélie l’a dit : c’était un projet flou pour le conseil citoyen, mais ça l’était aussi pour nous. Ça rend la construction parfois complexe dans les réflexions et les méthodologies, mais on avait quand même structuré trois grandes typologies d’actions.
La première, c’est le workshop de création artistique, avec l’idée d’avoir trois workshops de minimum vingt heures à chaque fois, dédiés à la fois aux structures médico-sociales et au tout public, donc les heures divisées en deux. La deuxième, c’est un format de rencontres et de découvertes autour du sujet des arts de la table : tout ce qui n’est pas forcément création contemporaine et artistique, comme des conférences, des balades gourmandes, des cours de cuisine, etc. La troisième, format libre : on avait essayé de le mettre en place, mais il n’existe plus, parce qu’il a été supprimé par le conseil pour que le budget alloué soit réinjecté dans la restitution finale, parce qu’ils veulent faire appel à un scénographe, etc. Beaucoup d’idées !
Concernant la mise en place des workshops, sur les trois workshops, on a imposé un workshop destiné au dessin contemporain : étant donné que c’est le cœur de notre collection, on voulait qu’il y ait un ou une artiste qui intervienne sur ce projet-là. Par contre, les deux autres disciplines n’étaient pas du tout choisies et décidées.
Dans le cadre du deuxième conseil, après qu’on se soit rencontrés, que tout le monde soit revenu, on a décidé des disciplines : ils ont décidé de mettre en place un workshop de céramique et un workshop de spectacle vivant, plus théâtre. Pour la céramique, parce qu’il n’y a aucune offre de céramique sur le territoire, que ce soit d’atelier privé ou de structure publique : c’était une volonté d’avoir accès à ce médium. Et pour le spectacle vivant, parce qu’ils estimaient que mettre en place une autre forme d’expression pouvait attirer des gens qui n’osaient pas forcément s’exprimer de manière plastique.
Ensuite, une fois qu’on a choisi les disciplines lors du deuxième conseil, on est revenus pour le troisième conseil avec le besoin de choisir les artistes pour mener ces workshops. Je vous l’ai dit en préambule : on reste chacun dans notre champ d’expertise. Donc on est arrivés avec Émilie pour le spectacle vivant, et le FRAC pour la céramique et le dessin contemporain, avec une sélection d’artistes. Il y en avait trois pour la céramique, trois pour le dessin, et un peu plus pour le spectacle vivant.
On a présenté les démarches, les artistes, les potentialités, les esthétiques au conseil, et ils ont choisi : pour le dessin contemporain, Valentin Gardiennet ; pour la céramique, Antoine Med ; et pour le spectacle vivant, les Métalu A Chahuter. Ensuite ont été décidées les temporalités publiques, etc.
Et c’est dans ce cadre-là qu’on va parler plus précisément du workshop céramique avec Antoine, parce que le conseil a eu un vrai impact dans sa mise en place. Ils ont rencontré Antoine Med en visio, en amont du projet, pour qu’il leur explique sa démarche, son travail, son esthétique, les différentes possibilités d’action, et surtout les contraintes de la céramique.
Chose à noter : on fait tout ça hors les murs, sur le Pays du Coquelicot, qui est à une heure de route, et on revient tout cuire à Amiens, au Safran — qu’on remercie vraiment —, une structure amiénoise, pour le prêt de leur four à céramique. Du coup, il y avait énormément de manutention.
Antoine a proposé deux options : soit une journée d’atelier démultipliée six ou sept fois, avec six ou sept groupes différents, mais qui ne permettait qu’une seule initiation ; soit deux jours de workshop, suivis, sur trois sessions différentes, donc trois groupes différents : un à Albert, un à Acheux, et un à Bray-sur-Somme. Tout ça en plein mois de juillet, sur un territoire qui n’est pas densément peuplé.
J’avais de fortes inquiétudes sur la tenue et surtout sur le fait que ces ateliers soient investis par les publics. Le conseil a affirmé sa volonté de faire deux jours, sur trois sessions, pour permettre une initiation plus probante. Et au final, ça a très bien fonctionné : les ateliers étaient complets plusieurs semaines avant. Ça a été mené en juillet sur les trois territoires, et on est venus tout cuire au Safran au mois de septembre.
Pendant les ateliers, il y a eu des échanges avec les publics, qui voulaient savoir comment allaient être émaillées leurs pièces, et surtout par qui. Normalement, les pièces étaient émaillées par Antoine, qui revenait à Amiens pour cuire et émailler. On n’avait absolument pas imaginé que certains publics reviendraient. Au final, ils sont revenus.
Pour ceux qui étaient libres, là, vous avez Nathalie et Thierry : ils sont venus émailler leurs propres pièces, mais aussi les pièces de tous les autres participants. Et voici les rendus. Là, c’est une salière-poivrière, je crois. Ici, une assiette de moules-frites qui ne périme pas. Et là, un coquetier pour œufs de caille, avec une certaine absurdité de la chose, parce que c’est énorme. Je vous ai mis les plus jolies réalisations, mais en tout cas, ça a été une très belle réussite, et ce n’est pas forcément ce qu’on aurait mis en place de base comme temporalité et typologie d’action.
Alors, ce n’était pas énorme non plus : pour une mise en place optimale, on était douze, mais on est montés à quatorze. On a ouvert un peu plus parce qu’il y a eu plus de demandes. C’était beaucoup des gens du territoire, mais il y a aussi des gens d’Amiens ou de Noyelles, qui sont à une heure de route, qui sont venus participer. On a eu une communication en parallèle, au Pays du Coquelicot comme au FRAC, ce qui a permis d’avoir des origines géographiques différentes. Sur Albert, on avait une structure un peu plus grande, avec des espaces qui nous ont permis d’accueillir plus de monde. À Bray, il y avait peut-être un peu moins de monde. Et puis on avait acheté beaucoup de terre aussi, donc il fallait liquider.
Bref, ce n’est pas un projet aussi flou que ça. En tout cas, ça amène des échanges et discussions sur les thématiques, mais aussi sur les publics. Et on s’est rendu compte, sur les actions à venir, que le conseil citoyen avait envie de projeter des workshops en direction des plus jeunes, des familles, voire même de la petite enfance. Actuellement, on travaille à construire cette action en direction de la petite enfance avec Amandine Huber. Amandine Huber, des éditions… vous êtes ici. C’était la deuxième petite faute : une faute de frappe.
Le FRAC a fait des propositions, le conseil a choisi Amandine, et nous sommes en train d’entrer en contact avec des structures : on sort des Zèbres — c’est le drôle de nom de nos établissements culture-jeunesse — et on va vers les crèches, la PMI, les RPE qui maillent notre territoire.
Marie a parlé de Valentin, d’Antoine. Le dernier atelier-workshop sera autour du spectacle vivant avec les Métalu A Chahuter, autour du théâtre. Là, on travaille avec eux pour qu’ils puissent nous faire un minimum de propositions, qu’on puisse ensuite les présenter au conseil, en échanger, en débattre, et voir si oui ou non on continue, et vers quel type de public ce workshop pourrait être proposé.
Ça, c’est la version un peu plus facile à mettre en place. Par contre, ce qui est plus difficile, autant pour nous que pour le conseil, c’est la formule de rencontre et de découverte. Les propositions sont intéressantes, mais trouver un public et une temporalité reste délicat, ce qui nous amène parfois à des situations de refus.
Néanmoins, on avance sur des choses plus envisageables : des balades gourmandes, ou sortir carrément du territoire et aller visiter l’Île aux fruits, basée sur Amiens, avec de nouveau la pratique, la visite et le cours de cuisine.
Marie en parlait tout à l’heure aussi : la restitution finale, pour laquelle le conseil a plein d’idées. On s’entoure de professionnels qui nous suivent tout au long du projet : sur l’écriture avec Jonathan, et sur le graphisme avec le studio Structure Bâton, qui ont envie de proposer des ateliers autour de l’écriture et du graphisme. Cela viendrait enrichir le projet et la restitution finale, pour prendre le pouls du territoire, savoir ce qui le compose, qui sont ses habitants, et qui est ce conseil citoyen qui anime ce projet.
En plus de la restitution finale, qui normalement est censée être festive — j’espère —, il y a l’idée d’avoir une édition graphique qui vienne accompagner et finir ce projet, pour garder trace et diffuser aussi en dehors du territoire.
Marie et Émilie vous ont parlé des actions menées ; moi, je vais faire un focus sur les actions dédiées au conseil citoyen. Il y a eu l’idée, évoquée par le FRAC, d’avoir des podcasts menés lors des conseils et des ateliers. Radio Campus devait venir sur ces ateliers faire du reportage sous forme de podcast, et puis, par échange avec Radio Campus et avec le conseil citoyen, on s’est dit que ça pouvait être intéressant que ce soit nous-mêmes qui fassions ces podcasts.
On est allés à Radio Campus, on a été formés à la réalisation de podcasts. Là, c’est une photo de la journée de formation, à l’issue de laquelle on a enregistré un podcast, diffusé sur Radio Campus, autour des arts de la table et de ce projet. Ensuite, avec le conseil citoyen, on a réfléchi et voté pour toute une série de thèmes qu’on est en train d’enregistrer.
Il y a eu un premier enregistrement en juillet autour d’une herboriste de la communauté de communes et autour de la maman d’Isabelle, qui fait énormément de confiture. Marie, Lisa et Isabelle sont allées interviewer l’herboriste et la maman d’Isabelle. Cet enregistrement a donné lieu à une émission diffusée fin septembre sur Radio Campus. Et on a toute une liste de thèmes qu’on souhaite aborder : aller sur le marché, rencontrer des restaurateurs, etc. Oui, pour dix émissions tout au long de l’année.
Tout à l’heure, on parlait aussi de la restitution : lors de cette restitution, il y aura également une petite exposition avec des œuvres du FRAC autour des arts de la table. On va être commissaires de cette exposition : c’est une chance de découvrir ce métier, de comprendre comment on constitue une exposition, quelles questions se posent, comment on la met en scène. Et on en profite pour passer un message : si jamais vous avez des œuvres autour des arts de la table que vous souhaitez faire vivre et prêter à la communauté de communes, n’hésitez pas à contacter… La salle d’expo est sécurisée et climatisée également. Il y a une gestion de l’hygro aussi ? Oui, très belle salle.
Ce sera quand ? Ce sera en 2026, premier semestre 2026.
Donc on a ce projet d’être commissaires de l’exposition, et l’idée, c’est de créer un moment de fête autour de cette restitution. On s’est dit que ce serait intéressant d’avoir deux semaines en amont, en mobilité sur le territoire, pour commencer à communiquer avec les habitants et habitantes autour de cette grande fête finale. Pourquoi pas mener des ateliers : ils restent à définir, mais on souhaite vraiment faire une communication au plus près des gens pour les inviter à venir.
On a décidé avec le conseil citoyen d’attribuer un budget pour une scénographie, parce qu’il y a eu plein d’ateliers à différents moments, avec différents arts : il faut pouvoir mettre en œuvre une cohérence globale, avec des moments d’échanges, de rencontres, un banquet — on ne peut pas parler des arts de la table sans manger —, de la performance artistique aussi, l’exposition du FRAC, et une rétrospective de toutes les œuvres produites durant les ateliers.
Voilà pour les actions menées et les ambitions. Encore une fois, ce sont des choses envisagées, qu’on souhaiterait mettre en place. Je pense que ce sera mis en place, mais il y a toujours des remises en question, des virages, etc.
Et enfin, pour terminer, un petit bilan, à mi-parcours. On va essayer de vous faire un retour d’expérience avec le recul qu’on n’a pas complètement, parce qu’on est encore en plein dedans. On s’est remis en question, on s’est questionnés, mais on est encore dans le projet, donc on n’a pas le recul nécessaire, en tout cas je parle pour moi.
Pour le retour d’expérience du FRAC Picardie, il y a énormément de bénéfices, et quelques limites, comme dans tout projet. Je parle de manière subjective, parce que je suis au contact du conseil citoyen tout au long de ce projet.
Il y a un énorme bénéfice : la relation créée avec le conseil, qui aboutit à une relation de confiance, de convivialité, une forme de familiarité très importante dans la légitimité qu’ils ont désormais pour affirmer leurs prises de position. Et j’ai essuyé un refus il y a trois semaines sur une proposition. Il y a quelque temps, je me suis demandé si ça fonctionnait réellement, parce qu’au début, c’était souvent « oui ». Je me suis dit : ça se trouve, ils n’osent pas dire non. En fait, si : ils osent complètement dire non. Et ils l’ont fait, la dernière fois. Après un petit coup de mou de dix minutes — je dois refaire des propositions —, ça m’a confirmé que ça fonctionnait, ce côté-là : laisser la programmation à ce conseil. En plus, c’était un non argumenté, concret : on ne pouvait rien répondre derrière.
Juste pour nuancer : quand tu dis qu’on disait oui à tout, c’est que sur la première phase, on était drivés — désolée, je n’ai pas d’autre mot — par l’enveloppe budgétaire. On avait des projets à définir : quel atelier, quel type d’artiste. Marie est venue avec des propositions, mais sur des choix qu’on avait déjà faits, donc il n’y avait pas vraiment lieu de dire non. Là, c’était une autre sorte de proposition, qui n’a pas été retenue, mais il y en a eu deux autres qu’on a retenues.
Oui, je voulais montrer que c’était chouette de les entendre dire non : ça permet de multiplier les propositions, d’ouvrir l’environnement culturel. Il y a aussi un accès simplifié aux infrastructures, aux structures, aux publics, parce que sur ce côté-là Émilie gère à peu près tout, et on commence à être identifiés dans les aides. Il y a cette espèce de facilitation.
Et là, d’un point de vue personnel, il y a une déconstruction de la méthodologie. On a une méthode qui fonctionne et qu’on reproduit : c’est normal. Là, il faut se réinterroger, accepter des refus, faire confiance sur des publics ciblés, sur des temporalités — comme pour le workshop céramique —, et revoir une partie de la méthodologie. C’est une déconstruction très intéressante.
Pour les limites : il y a des questions de temps et d’investissement. Le territoire est à une heure de route, donc ça engage au moins une demi-journée, souvent une soirée. On ne peut pas aller voir Émilie pour la moindre question tous les deux jours. C’était prévu, mais ça crée malgré tout une contrainte. Il y a aussi une question d’investissement professionnel et personnel : des liens se créent, des échanges se font. C’est très intéressant, mais en lien avec les autres projets à mener, ça peut créer une petite frustration. C’est personnel.
De mon côté, je commence par les limites. J’ai oublié de préciser : au moment de la constitution du conseil citoyen, j’ai eu la vigilance d’avoir au moins une personne de chaque service : lecture publique, école de musique, service jeunesse. Moi, je représente action culturelle, spectacle vivant. Ça a bien fonctionné au début, puis ça s’est étiolé pour l’école de musique et le service jeunesse. J’aurais trouvé intéressant de garder cette dynamique avec l’ensemble du service, pour garder cette synergie et des opportunités de rebondir. Là, ça ne fonctionne que pour la partie lecture publique, qui peut s’emparer de ce projet par plein de biais.
J’ai aussi indiqué la question du calendrier. On est un service qui a un programme d’animation qui sort au semestre. Il a fallu argumenter pour que l’ensemble de ces actions soit inclus dans notre programme : parce que ça fait partie de la vie de notre structure et de notre territoire. Ça a été des temporalités courtes, mais on a réussi. C’est une bataille… Enfin, une bataille…
Non, mais c’est vrai qu’on n’a pas forcément les mêmes temporalités. Et tu as bien fait d’insister pour qu’on soit intégrés dans la brochure, parce que c’est un repère pour nos usagers. Concrètement, c’était définir les dates des interventions des artistes, et fournir les informations le plus rapidement possible pour que ce soit dans notre programme, qu’on n’ait pas une strate supplémentaire de communication qui aurait pu freiner la fréquentation.
Mais restons sur des points positifs : je n’ai eu aucun doute sur l’engagement au long terme de ce conseil citoyen. Au-delà de les avoir choisis, sur le premier temps de rencontre, on a fait un atelier brise-glace et on a senti un engagement, un dynamisme, une complicité entre des personnes qui ne se connaissaient pas. Je me suis dit : ce conseil va s’en emparer et va rester mobilisé. Pour l’instant, c’est le cas. Et ce partenariat vient enrichir notre projet culturel, nos actions, et cette inscription dans les droits culturels nourrit notre quotidien.
Et donc, le retour d’expérience du conseil : ce que le conseil amène au projet, c’est la connaissance du territoire, de ses habitants, des enjeux, des attentes. C’est aussi une communication : chacun et chacune a son réseau, et on peut relayer les actions sur le territoire, ce qui contribue à leur succès.
Ce que le projet amène aux habitants : des actions non protocolaires, moins formelles, qui font moins peur. Les gens se sentent plus à l’aise pour franchir les portes de ces centres culturels. Et c’est une diversité des propositions : c’est un projet mené avec le FRAC, et pourtant il y a du spectacle vivant, beaucoup de formes différentes.
Ce que le projet amène aux membres du conseil citoyen : la possibilité de participer aux actions, et des occasions de formation, comme la réalisation de podcasts. Et puis, c’est une découverte artistique et culturelle, des expériences nouvelles. À titre personnel, je suis arrivée sur le territoire après dix ans à Paris, j’ai choisi ce territoire par coup de cœur, et ce projet m’a permis de rencontrer des acteurs du territoire, notamment un photographe avec lequel on mène aujourd’hui beaucoup de projets. Donc merci à toutes les deux.
Voilà. Et sur cette magnifique ficelle picarde, on vous remercie, et on répond à vos questions, sinon on vous dit bon appétit.
Oui, moi j’étais intriguée par Émilie, par l’atelier brise-glace. Si vous pouviez nous en dire un mot : je me dis que c’est créer les conditions, parce que vous avez choisi les membres, mais ils ne se connaissaient pas forcément.
Très peu se connaissaient. Pour ce premier temps, on a évité un tour de table magistral, qui peut être bloquant. On a fait un atelier brise-glace : se présenter, dire qui on est, ce qu’on fait, ce qui nous caractérise, nos projets. Il y avait un timing : quelqu’un tapait dans les mains, il fallait changer d’interlocuteur. C’était du face-à-face, et on tournait comme ça pour apprendre à se connaître. C’était joyeux, ça a très bien fonctionné, et c’est là que je me suis dit : ah ouais, là, c’est parti.
Bonjour, c’est Luca Vanzini du Centre culturel Jean Cocteau de la Ville des Villas. Bravo pour le projet, ça résonne avec beaucoup de choses. J’ai une question sur le budget : comment le conseil citoyen articule sa participation, et est-ce que la question de rémunérer ces personnes a été envisagée ?
Oui, ça a été une question que je me suis posée. Non : ça reste un projet d’action culturelle. Par contre, c’est pour ça qu’on essaie de mettre en place des actions qui leur sont spécifiquement dédiées, qu’ils ont choisies, pour une gratification, un remerciement, pour le travail fourni — qui est un travail commun. Ce n’est pas une exploitation, mais la question est intéressante. Peut-être qu’on se la reposera à la fin du projet.
Je pense que je resterai sur cette idée : ils ne sont pas professionnels des structures culturelles, et c’est au fur et à mesure que les débats s’amplifient.
Bonjour, je suis Anaïs, je coordonne le service des publics du MUba Eugène Leroy à Tourcoing. Merci pour la présentation. J’ai une question méta sur l’incarnation : j’ai l’impression que le projet a fonctionné dès le départ grâce à votre rencontre, parce que ça match. Comment vous le voyez ?
Merci. Oui, le début, c’est une rencontre : avec l’équipe du FRAC sur un premier projet. En face, une équipe à l’écoute du territoire, de ses points positifs, des points de vigilance. Et ce dynamisme, cette énergie, cette envie de travailler avec nous a été un élément moteur.
Et puis c’est vrai : on s’entend très bien. Ça aide de travailler avec des gens avec qui on est content de travailler. Il y a Aurélie, mais aussi tout le conseil. Il y a quelque chose de familier qui naît. Et oui, une bonne ambiance aide énormément. Sur la fidélisation du conseil, le fait que ce soit agréable contribue beaucoup à ce qu’on soit toujours là après un an et demi. Si c’était deux heures le lundi soir avec des gens qu’on n’a pas envie de voir, on ne s’impliquerait plus, d’autant plus qu’on n’est pas rémunérés.
Bonjour, je suis Mylène, je travaille au CAC de Boëtigny. Je voulais savoir ce qu’il restait de ce genre de projet après votre passage.
Très bonne question. Déjà, ce n’est pas fini. Il restera des souvenirs, des moments partagés. Il y a les restitutions, des objets, même s’ils sont remis aux participants. Mais il faudra s’interroger sur ce qui restera après, parce qu’on ne fera plus partie du dispositif. Il faudra repenser d’autres modalités d’action si on veut continuer ensemble. Après trois ans, on aura des bases solides pour penser d’autres actions.
Ce qui reste aussi, c’est un travail en partenariat à moyen et long terme, et cette convivialité qui perdure dans le reste de nos actions. Et cette méthodologie : droits culturels, engagement citoyen, démarche participative. Cela déconstruit notre manière de concevoir nos projets, dans notre quotidien professionnel.
Sur ce qui restera : il y a l’édition, des supports, des dessins, des textes. Ça sera un beau support de souvenirs. Et il y a encore des choses à définir : ce n’est pas tout à fait clair.
Clémence Renaud, je suis chargée de projet pour le musée mobile. Votre projet résonne beaucoup avec nos questions. Nous étions venus sur le territoire en 2023. Nous menons actuellement un commissariat participatif. Une question : comment avez-vous recruté le conseil citoyen ?
Oui. D’abord, ce point de vigilance : avoir au moins une personne de chaque service. Lisa fait partie du conseil, et elle est au service lecture publique. On avait aussi deux personnes de l’école de musique et du service jeunesse. Ensuite, certaines personnes venaient de projets précédents : un projet d’édition autour d’un livre de recettes, des enseignantes, un lycée avec une section restauration collective. D’autres rencontres viennent d’événements : Alain, engagé associativement, propriétaire d’un jardin de plantes aromatiques. Ça a très bien matché. Alain nous a ramené Franck, producteur de plantes aromatiques.
Florian, je l’ai rencontré au moment où il montait un fab lab. Ses enfants sont à l’école de musique. Il est sur un secteur où on va moins souvent : je me suis dit qu’il pouvait être relais. C’est un peu comme ça qu’on a constitué le conseil.
Et pour rebondir : au tout début, on avait une dame qui fait des bijoux avec de l’ancienne vaisselle. Au premier conseil, elle a dit qu’elle ne se sentait pas légitime. On lui a dit qu’elle avait sa place, mais elle n’est pas revenue. Donc la constitution du groupe peut être questionnée. Et puis, dans les limites : on n’a personne en dessous de 28 ans. Il n’y a pas la jeunesse, alors que c’est un public difficile à capter.
— Microfolie mobile ?
Oui, on a une microfolie mobile, surtout utilisée via nos trois Zèbres, sur des thématiques liées à la lecture publique. Elle n’a pas forcément été connectée au projet, mais elle pourrait avoir une place au moment de la restitution, voire en mobilité en amont. Nouvelle idée : on va l’inscrire.
Alice Malinge : je fais un lien avec la discussion d’avant. Vous avez une assemblée citoyenne, et ça fait avancer l’institution. La question de la rémunération est centrale, et ailleurs certains dispositifs rémunèrent les personnes associées. Comment les lieux peuvent progresser avec ces groupes ?
Je peux réagir. Là, c’est un projet sur trois ans, deux heures tous les deux mois. Sur la présence aujourd’hui, c’est plus, sinon c’est sur volontariat. Ça contribue au fait qu’on accepte ces conditions : durée limitée, nombre d’heures restreint. Si c’était pérennisé, la question se poserait différemment. Pour le moment, la rémunération n’a pas été envisagée, plutôt des offres de formation qui leur sont destinées.
Merci beaucoup à toutes les trois. S’il n’y a pas d’autres questions, je pense qu’il est temps d’aller déjeuner pour reprendre à 13h30. Merci beaucoup.
Donc on reprend à 13h30 avec une intervention de Sophie Herrmann. Et l’espace café-thé sera accessible avant si vous voulez reboire un café avant de revenir en salle. Bon appétit.
Vidéo de la table ronde #3 : « Recherche et structuration des médiations culturelles France/Québec »
Avec la participation de Sophie Herrmann, chercheure en études culturelles (Institut national de la recherche scientifique, Montréal et Université du Québec en Outaouais, Gatineau.
Je vais bientôt passer la parole à Sophie pour qu’elle puisse prendre la suite de cette journée.
Allô, on t’entend très bien. Formidable. Je ne me vois pas, je ne vois que mon diaporama, mais j’imagine que ce n’est pas plus grave que ça. Ok, très bien. À ce moment-là, je vous propose de commencer, tout simplement.
Tout d’abord, je tiens à remercier l’équipe de BLA! et du Centre national des arts plastiques pour cette belle initiative et pour cette belle invitation à participer à la journée nationale de la médiation en arts contemporains. Je suis très heureuse d’être avec vous ici, même si, évidemment, c’est en virtuel compte tenu des distances, et j’aurais bien aimé, bien entendu, être avec vous aujourd’hui, mais ce n’est que partie remise. Je tiens notamment à remercier tout particulièrement Antinéa Garnier, Lisa Eymet, Zoé Thomas, Marie Dernoncourt, Claire Derovan-Essian et Pauline Lavigne du Cadet pour l’organisation de la journée et leurs échanges dans le cadre de la mise en place de cette communication.
Tout simplement, avant d’entrer dans le vif du sujet, je voulais quand même me présenter en quelques mots. Je suis chercheure en études culturelles à l’INRS, à l’Institut national de la recherche scientifique, et à l’UQO, c’est-à-dire à l’Université du Québec en Outaouais, à Montréal, et je suis également coordonnatrice pour l’OMEC, qui est l’Observatoire des médiations culturelles au Québec. Je ne suis pas québécoise, comme peut-être certaines et certains d’entre vous l’auront noté ; j’ai été professionnelle de la culture en France et je suis arrivée au Québec en 2021 pour commencer un doctorat.
Jusqu’à cette date, j’ai travaillé en France, notamment dans la médiation culturelle, ce qui explique que je vous parle aujourd’hui, mais aussi, par exemple, auprès d’organisations de structuration professionnelle de l’art contemporain, comme le CIPAC, où j’ai été chargée de la coordination de la communication et, dans ce cadre-là, de la coordination des formations professionnelles, ce qui fait que j’ai un intérêt tout particulier pour les questions de structuration professionnelle, et particulièrement dans les médiations culturelles. Cette présentation, je vais la tenir avec une posture qui est située. Pourquoi ? Parce que je travaille pour l’Observatoire des médiations culturelles, donc forcément je suis salariée, mais j’ai aussi ce double regard entre la France et le Québec, qui fait que, parfois, j’arrive à avoir une distance, puis à voir les terrains communs, les différences entre les deux : tout simplement d’où ma présence ici.
J’en profite pour vous préciser d’emblée que l’approche de la médiation culturelle que je vais adopter ici est multidisciplinaire d’un côté, et intersectorielle. Évidemment, j’ai bien conscience qu’on se trouve dans le cadre de la journée nationale de la médiation en arts contemporains, donc je viens moi-même de la médiation dans le secteur des arts visuels, ce que je crois important de préciser ici, mais la réalité du terrain au Québec m’amène en fait à adopter ce point de vue, qui est simplement le reflet des structures et exemples que je vais présenter autour de la médiation culturelle au Québec.
Cette approche multidisciplinaire et intersectorielle est d’ailleurs représentative d’une façon de penser la médiation culturelle au Québec. C’est intéressant de noter, par ailleurs, qu’on va davantage évoquer les médiations culturelles au pluriel qu’au singulier, et lorsqu’on parle de médiation culturelle au singulier, c’est pour signaler cette dimension englobante ou holistique de la médiation. Dans tous les cas, et vous allez comprendre, l’OMEC, dont je vais majoritairement vous parler aujourd’hui, ne se construit pas à partir d’une vision sectorielle ou selon une définition de la médiation qu’on peut dire centrée sur l’objet ou sur une œuvre : c’est un observatoire des médiations culturelles qui va justement interroger différentes définitions de la médiation.
Pour le dire autrement, la médiation est moins pensée autour d’un objet ou d’une œuvre que dans le cadre d’une situation ou d’un contexte donné. Comme je l’ai indiqué, dans cette présentation, je vais majoritairement aborder l’exemple de l’OMEC, puisque j’y travaille et que j’en ai donc, a priori, une assez bonne connaissance et une bonne compréhension, en tout cas je l’espère. À travers cet exemple, je pense aussi avoir une vision qui est représentative de la manière d’approcher les médiations au Québec.
Dans un premier temps, je vais aborder les missions et la structure générale de l’Observatoire des médiations culturelles, pour ensuite m’intéresser aux formes et aux pratiques des recherches en médiation culturelle, telles que proposées par l’OMEC. Ce sera d’ailleurs la partie structurante et centrale de la présentation. Je finirai enfin avec une partie plus brève sur la question de la structuration professionnelle de la médiation culturelle au Québec.
Le but de ma présentation, c’est, à mon sens, de vraiment comprendre, en sous-texte, ce que peuvent être les avantages et les limites d’une approche multisectorielle des médiations, notamment dans le cadre d’une approche de structuration professionnelle, même — et je le souligne — s’il ne s’agit pas, dans cette communication, de l’évoquer en tant que telle, mais davantage de poser les bases pour une discussion qui pourra être ouverte par la suite à l’issue de la présentation. C’est enfin une présentation où je vais exposer un ensemble de projets sous le mode, un peu, d’une mosaïque, d’un panorama, donc de façon à ne pas présenter un projet en particulier, mais bien à rendre sensible un contexte et une approche géographique particulière ; donc je pourrais forcément un peu moins rentrer dans les détails.
Qu’est-ce que c’est finalement que cet Observatoire des médiations culturelles ? L’OMEC est un organisme qui se développe à l’échelle de l’ensemble du Québec ; c’est donc une structure qui a une portée panquébécoise, et c’est le principal pôle de recherche sur la médiation culturelle au Québec. Il a pour objectif de contribuer à l’avancement des connaissances relatives aux pratiques de médiation culturelle et à leurs enjeux sociopolitiques. Pour ce faire, l’OMEC se constitue comme une plateforme partenariale d’observation, de documentation, de recherche, de formation, de réseautage, à la fois — et ça, c’est important, on va le voir par la suite — pour le milieu académique et pour le milieu professionnel.
L’OMEC va s’intéresser aux médiations qui croisent plusieurs finalités : les finalités, d’abord, artistiques, les finalités citoyennes et sociales. Ça va inclure les médiations qui ont pour rôle de répondre aux enjeux sociaux. En deux-trois mots, comment l’OMEC travaille et à quelle échelle ? L’Observatoire va opérer à différentes échelles territoriales. Il va aussi contribuer à évaluer des dispositifs, des pratiques et des politiques publiques liés aux médiations culturelles. Comme je l’ai déjà introduit, l’équipe développe une approche qui est multisectorielle et interdisciplinaire.
Deux-trois mots sur l’histoire de l’OMEC. En fait, cet Observatoire trouve ses racines dans le Groupe de recherche sur la médiation culturelle, qui a été formé autour de 2006. Les premiers membres fondateurs comprenaient des acteurs universitaires de l’Université du Québec à Montréal, de l’UQAM, entre autres, et des organismes culturels. On a vraiment ces deux versants, et ça aussi c’est quelque chose qui va être important. À l’origine, l’idée, c’était de documenter les pratiques de médiation culturelle au Québec. Finalement, ce qui se passe, c’est qu’en 2019, le GRMC devient officiellement l’OMEC. C’est aussi cette année-là que l’équipe va recevoir une subvention du Fonds de recherche du Québec — Société et culture, dans le jargon le FRQSC — qui est, en fait, une subvention, comme son nom l’indique, qui nous vient de la recherche, qui est donc adressée au milieu universitaire. Tout ça pour vous dire que l’Observatoire des médiations culturelles a donc déjà une histoire relativement importante de près de vingt ans.
Alors, qui sont ces membres de l’OMEC ? On en compte aujourd’hui plus de 30, et là je parle de membres individuels. Ils sont issus de ce que nous, on va appeler ici — et ce qu’on va nommer de cette façon-là au Québec — les milieux de pratique. Ils sont issus autant des milieux de pratique que de la recherche.
Quand je parle de milieu de pratique, qu’est-ce que ça signifie ? Ce sont des personnes qui travaillent sur le terrain, en contact direct avec les pratiques de médiation culturelle. Ça peut être des personnes qui sont médiatrices culturelles, médiateurs culturels, qui dirigent des structures dédiées aux médiations culturelles, ou des structures qui sont dédiées à des approches socioculturelles de la médiation, ou des personnes qui travaillent tout simplement dans le domaine culturel et qui ont des missions qui vont, en tant que telles, faire médiation.
Quand je parle de recherche, je pense que là c’est un peu plus transparent au niveau de la signification : ce à quoi je fais référence, c’est la recherche universitaire. On a des membres qui sont professeurs d’université, chercheurs à l’université ou chercheurs indépendants, hors université. On a des membres chercheurs dont le statut est aussi étudiant. On a, en fait, un réseau étudiant dont je m’occupe, entre autres.
Ces étudiants sont en formation initiale et ils n’ont pas forcément d’expérience déjà de terrain de la médiation culturelle, mais il y en a quand même beaucoup qui ont une expérience de 5, 10, 15 ans. Donc on a beaucoup de personnes qui sont, par exemple, en reprise d’études, qui font des maîtrises ou des thèses en ayant déjà une expérience professionnelle dans le passé.
Et puis ces membres de l’OMEC se trouvent sur le territoire québécois dans son ensemble. Le bureau de l’Observatoire des médiations culturelles est basé à Montréal, mais on va avoir des membres sur l’ensemble de l’échelle québécoise. On a aussi quelques membres issus de la francophonie au sens large, notamment dans le réseau étudiant, et des membres individuels aussi qui peuvent venir d’autres pays. C’est un peu plus ponctuel, un peu plus rare, mais on a eu, par exemple, des personnes qui venaient récemment de l’Université de Lorraine.
Les partenaires de l’OMEC, je vous en parle parce qu’ils sont tout aussi importants que les membres. Ils sont même essentiels, puisqu’ils sont au cœur de la structure de l’OMEC. On compte cinq organismes partenaires, qui sont eux-mêmes issus des milieux de pratique, donc de ces milieux professionnels. Ça peut être des collectivités ou des organismes à but non lucratif, des associations. Les cinq partenaires, à ce jour, sont : la Ville de Montréal, qui a un service vraiment dédié à la médiation culturelle ; la Ville de Longueuil, qui est une ville voisine de Montréal ; et puis trois organismes dédiés à la culture et aux médiations culturelles, à vocation artistique et surtout culturelle avant tout : Culture pour tous, Culture Saguenay–Lac-Saint-Jean et EXECO.
On peut se demander ici quel est le rôle de ces partenaires : il est essentiel, puisqu’il va être aussi important que le rôle des membres qu’on dit individuels. Quand l’OMEC a été créé en 2006, ça répondait, comme je l’ai dit dans mon rapide panorama historique, à un désir de documenter les pratiques de médiation culturelle qui venait lui-même de ces partenaires-là. Ils sentaient déjà que, même sans l’appeler nécessairement médiation culturelle, déjà à la fin des années 90, il y avait quelque chose de l’ordre des pratiques innovantes et qu’il fallait en garder une trace.
Les partenaires vont venir s’impliquer à plusieurs niveaux. Cette implication est très forte, dans le sens où ils sont explicitement consultés à différentes étapes pour mettre en place la programmation de l’OMEC. Ils participent à l’essentiel des activités mises en place annuellement par l’Observatoire. Et, comme je l’ai dit, ils permettent, en quelque sorte, de prendre le pouls des enjeux actuels et pressants des médiations culturelles.
Aujourd’hui, je vous ai mis une petite carte du Québec pour situer. Je ne sais pas si vous voyez ma souris, mais, dans tous les cas, comme je l’ai dit, le bureau de l’Observatoire des médiations culturelles est situé à Montréal, et on va avoir des membres notamment à Saguenay. Quand vous remontez un peu plus à l’est, on en a aussi dans d’autres régions. C’est simplement pour que vous puissiez rapidement vous situer, et peut-être aussi rappeler l’échelle du Québec, qui fait que les enjeux de la médiation, en tout cas en termes territoriaux, sont des enjeux qui peuvent être communs à ceux qu’on retrouve en France, mais on a aussi cette superficie qui est très importante, et qui fait que l’idée de réunir les professionnels de la médiation et des chercheurs est très importante, cette idée aussi de faire réseau.
La programmation scientifique de l’OMEC est structurée autour de trois axes de réflexion. Ces axes permettent d’établir la programmation annuelle de l’Observatoire. L’idée, c’est de garder ces trois axes à l’esprit quand on met en place un programme. Il ne s’agit pas de concevoir une activité par axe et d’autonomiser les axes, mais, autant que possible, de proposer des activités qui mêlent, si possible, un ou plusieurs axes, dans une vision qui est justement inter-axe. Ils vont vraiment fonctionner comme une ligne d’horizon pour se souvenir dans quel esprit on va travailler et penser les projets.
Très rapidement, l’axe Praxis est un axe qui est consacré à la pluralité des approches de la médiation culturelle aujourd’hui, à la diversité à la fois conceptuelle et pratique. L’axe Topos, c’est un axe dans lequel on va discuter les territoires et les contextes de la médiation, que ce soit des territoires physiques ou symboliques : les territoires, les collectivités, les régions, les municipalités, mais aussi les lieux de la médiation. Ça peut être les types d’institutions culturelles ou le type d’écosystèmes, soit l’écosystème des arts visuels, du spectacle vivant.
Et puis l’axe Polis interroge les dimensions sociopolitiques et les enjeux démocratiques associés à la pluralité des groupes sociaux. Il va questionner les enjeux d’inégalité, d’accessibilité, d’inclusion, de participation citoyenne et de citoyenneté culturelle à l’œuvre dans les médiations.
C’est une structure de recherche interuniversitaire. Les membres sont basés à la fois à l’UQAM, à l’INRS — dont je viens justement, l’Institut national de la recherche scientifique —, à l’Université du Québec à Chicoutimi, donc du côté de Saguenay, à l’est, et à l’UQTR, à l’Université du Québec à Trois-Rivières.
Les recherches reposent aussi sur une diversité de profils et d’approches qui se croisent. Ici, sur la diapositive, vous avez quelques approches, à titre indicatif, qui peuvent correspondre au profil de certains membres de l’OMEC, membres individuels ou membres étudiants. Ce sont à la fois des approches universitaires qu’on va mobiliser dans le cadre de la programmation, mais qui correspondent aussi à la formation initiale des médiateurs et des médiatrices qui sont membres de l’OMEC. On a des personnes qui viennent de l’histoire de l’art, de la pratique des arts, du théâtre, de la muséologie. On a une approche sociologique et par les sciences sociales qui est très importante, par les politiques culturelles, la philosophie aussi, les études urbaines et les études culturelles, qui sont un peu plus implantées du côté nord-américain.
Surtout, ce qui est important, c’est que là je parle de milieux de pratique, de médiateurs-médiatrices ou de personnes qui font médiation dans le cadre de leur emploi. Je parle aussi de recherche, mais ça ne doit pas nous faire oublier que les activités s’adressent évidemment à l’ensemble des professionnels de la médiation culturelle au Québec ou dans la francophonie, aux chercheurs, mais elles sont surtout ouvertes à toutes et à tous. D’ailleurs, autant que possible, quand on peut, on fait des activités qui sont aussi en ligne, justement pour favoriser ces échanges-là. Ça s’adresse donc au territoire québécois et aussi aux personnes qui sont issues de la francophonie, encore une fois.
L’idée ici, c’est bien de vous montrer d’abord quelles sont les pratiques de recherche actuelles autour des médiations culturelles au Québec et comment ces pratiques de recherche sont finalement étroitement liées aux pratiques de médiation sur le terrain. La première question qu’on peut se poser, c’est : quelles sont ces pratiques de recherche autour des médiations culturelles au Québec, c’est-à-dire comment elles sont organisées et quels sont leurs thèmes ? Et puis la deuxième question, c’est : comment ces pratiques de recherche sont-elles étroitement liées aux pratiques de médiation culturelle sur le terrain ? C’est ce qui va me permettre ici de vous donner quelques exemples concrets.
On a vu que l’OMEC compte des membres universitaires et des personnes médiatrices, dans le jargon : membres du milieu de pratique. Cette approche binaire va se décliner à chaque niveau et à chacune des échelles de la structure de l’Observatoire des médiations culturelles et dans son fonctionnement : à l’échelle de la codirection, à l’échelle des membres, à l’échelle de la programmation, et dans l’approche et la conception des activités.
On a toujours une codirection en place à l’Observatoire. Dans cette codirection, on a d’un côté une personne qui est professeure des universités et une personne qui est issue du milieu de pratique. Actuellement, la personne issue du milieu de pratique nous vient de la cellule d’innovation des médiations culturelles de Culture Saguenay–Lac-Saint-Jean, donc toujours côté est du Québec, vers le grand lac du Saguenay.
Dans la programmation aussi, on a cette approche qui est fondamentalement partenariale de la recherche, donc qui se fait en partenariat, comme son nom l’indique, et puis une démarche collaborative. Je vais vous en parler dans une minute. Et puis, dans l’approche même et dans la conception des activités, ce ne sont pas des activités de médiation en tant que telles, mais des activités où on échange autour des médiations culturelles. On va mêler aussi ces approches académiques et la présentation de projets sur le terrain, avec une présentation des enjeux, des apports ou des limites desdits projets de médiation.
Dans les comités d’organisation, qui sont les comités qui organisent les activités de l’OMEC, on a donc les conchercheurs, les partenaires dont je vous ai parlé — ces cinq membres qui sont les municipalités ou des structures de médiation culturelle — et une implication aussi des membres du réseau étudiant.
À l’OMEC, il y a à la fois des activités régulières, qui vont être organisées plusieurs fois dans l’année, et puis des activités qui font plus événement, qui ont lieu une fois dans l’année : c’est le gros événement annuel, dans une approche assez traditionnelle.
Au-delà de l’importance centrale du collaboratif pour l’OMEC — et, d’après moi, dans les médiations culturelles au Québec, cette dimension collaborative est importante partout, mais elle est très marquée au Québec —, il y a aussi pour l’OMEC une volonté très forte d’associer recherche à propos des médiations culturelles et pratiques de médiation culturelle sur le terrain.
Je vais vous donner quelques exemples. Un exemple concret de ce lien entre recherche et terrain s’illustre très bien, je trouve, à travers un type d’activité spécifique que l’on met en place — leur petit nom, dans le jargon : les communautés de pratique. On en trouve beaucoup au Québec, c’est plus une approche nord-américaine.
Qu’est-ce qu’une communauté de pratique ? C’est un groupe dont les membres s’intéressent à un même domaine en tant que spécialistes et vont mettre en commun leurs ressources et leur expertise par des interactions régulières, dans le but de faire avancer à la fois leur propre connaissance et l’état des lieux dans ce domaine.
Dans le cadre de l’Observatoire des médiations culturelles, ces communautés de pratique sont des ateliers ouverts — je le répète — à toutes et à tous, et qui se déroulent dans un lieu culturel. Ces ateliers sont destinés aux professionnels du milieu culturel et permettent l’échange d’expertise sur des pratiques, sur des dispositifs et sur des publics. C’est l’occasion de créer un espace de partage d’expériences et d’apprentissage collectif lié au métier de médiateur et de médiatrice culturelle. C’est durant ces moments-là — que ce soit au moment de l’organisation de l’activité elle-même ou lors de l’activité, le jour J — que l’on peut vraiment relever les besoins du milieu et les perspectives de recherche potentielles.
Je vous ai donné l’exemple de la communauté de pratique qui s’appelle « Médiation culturelle et itinérance », qui a été organisée le 13 février 2025. Itinérance renvoie aux enjeux des personnes qui sont sans domicile fixe ; au Québec, on dit les personnes itinérantes. Là encore, on voit bien cette approche socioculturelle de la médiation. Ça ne veut pas dire que ça évacue les arts visuels, ce n’est pas du tout le cas : on a toujours des personnes qui viennent présenter, très régulièrement, des projets issus du secteur des arts visuels. Mais on a une approche transversale, et on va avoir différents projets.
Par exemple, on avait un projet qui s’appelait « La Voix de l’art », présenté par Ève Lamoureux et Mona Trudel, professeures à l’UQAM, un projet de recherche participative réalisé en partenariat avec le Regroupement sur la santé mentale, médecine des toxicomanies et infections virales chroniques du Centre hospitalier de Montréal, avec les programmes santé mentale et dépendance du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal — c’est très long à lire. Bref, il y a encore des acronymes hyper longs que je ne vais même pas citer, sinon je perds tout le monde. Et c’est en partenariat aussi avec un musée : l’écomusée du Fier Monde.
C’est un projet qui vise à examiner le rôle de l’art dans le rétablissement des personnes en situation d’itinérance, qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale et de toxicomanie. On avait aussi quatre autres projets qui étaient présentés : le projet « Espaces partagés », présenté par Valérie Richard, qui questionnait la manière dont on cohabite, au niveau social, avec des personnes en situation de grande précarité.
Un autre exemple, c’est la communauté de pratique « Médiation culturelle en contexte interculturel », où il s’agissait de susciter la rencontre en bibliothèque entre les personnes immigrantes nouvellement arrivées et la collectivité d’accueil, avec, toujours, les partenaires : Longueuil, Culture pour tous ; on a aussi Artenzo. À travers différents échanges, des présentations de projets, mais aussi des ateliers de pratique, on venait répondre à différentes questions : comment la médiation culturelle peut-elle contribuer aux rencontres et relations interculturelles ? Quelles sont les spécificités de la médiation culturelle en contexte interculturel ? Comment caractériser et comprendre la médiation culturelle ? Quelles passerelles tisser avec la médiation culturelle ? Quelles compétences interculturelles sont requises pour la médiation culturelle en contexte interculturel ? Et comment les expériences en bibliothèque peuvent-elles nourrir les réflexions concernant les pratiques de médiation culturelle en contexte interculturel ?
Ce sont toujours des questions qui vont venir interroger quels sont les acteurs et les actrices de la médiation, quels sont les publics ou les populations, les dispositifs, les partenaires, les modes de collaboration et les moyens mis en place.
Je vous ai mis des visuels pour montrer qu’il y a des êtres humains derrière tout ça. J’étais un peu triste parce qu’au moment de préparer la présentation, le site internet de l’OMEC est tombé en panne. Donc si vous cherchez à aller dessus et que vous avez un message d’erreur, c’est tout à fait normal. Ça n’est jamais arrivé en cinq ans, mais ce sera réparé très vite. Heureusement, j’avais quelques photos en stock pour vous montrer que tout ça, ce sont des moments évidemment conviviaux, qu’on ne peut pas vraiment rendre dans le cadre d’une présentation plus formelle comme ça.
On a des ateliers, on va vraiment venir échanger, faire des ateliers qui sont créatifs, et ce sont aussi des moments de médiation en soi. La recherche ne passe pas que par la réflexion, mais elle passe bien par la pratique, et ça, c’est très important. Donc là, par exemple, on avait fait des zines, ou des formats plutôt livre d’artiste. Cette recherche passe aussi par l’expérimentation, la création et le processus artistique.
Je vous ai rapidement mis d’autres exemples qui ne sont pas des communautés de pratique, mais simplement pour vous montrer qu’on fait aussi des séminaires plus traditionnels, où il y a toujours une place très forte laissée à l’échange. Là, c’est le projet, par exemple, « Cartographier les pratiques régionales en médiation culturelle ». Et puis un autre exemple, au hasard — mais il y a énormément d’activités, donc j’ai fait des choix — : « La friche industrielle comme lieu et objet de médiation culturelle », où on se pose la question de savoir, justement, en quoi la friche industrielle peut être un lieu ou un objet de médiation culturelle, et faire médiation culturelle.
Comme je vous l’ai dit, à côté de ces activités régulières, on a des activités ponctuelles, qui sont des grands événements annuels. Ici, par exemple, on a le symposium « Cohabité », qui a eu lieu en 2022 : un symposium international de recherche, d’action et de création, où il était question d’imaginer, de repenser les médiations culturelles au XXIe siècle. Vous voyez le fameux pluriel des médiations culturelles.
Je parlais, dans cette présentation, de l’importance de la mise en pratique de la recherche et de son lien avec la réalité et le terrain des médiations culturelles. Ça passe justement aussi par ces grands événements organisés annuellement. Lors de ces événements, la recherche est vraiment liée au milieu de pratique. On a des présentations plénières, des ateliers réflexifs, mais on a aussi des interventions d’artistes. C’est très régulier. Et des ateliers de nature créative, artistique ou expérimentale.
Là, ouf, il me restait des photos de côté, donc je peux vous montrer des êtres humains. J’en suis très contente. Ici, je vous montre une conférence qui a eu lieu lors du symposium sur l’art et la culture dans la transformation des quartiers populaires du Chili et d’Amérique latine, avec Luis Campos Medina, qui vient de l’Institut du logement de l’Université du Chili. Et sur la photo de droite, on voit une partie des ateliers qui ont eu lieu le troisième jour du symposium.
Encore une fois, des visuels pour vous montrer l’importance de la mise en pratique des médiations. Ici, c’était les ateliers sur les imaginaires artistiques et les écologies de la cohabitation, dans un tiers-lieu qui est la Cité-des-Hospitalières.
Je vous montre un autre exemple parmi ces grands événements annuels : celui-ci est plus récent. Ce sont les journées de réflexion et de partage des connaissances sur les médiations culturelles : « Médiation culturelle, ancrages territoriaux et décentrement ». Comme vous l’aurez, je pense, deviné au titre, il était question d’approche territoriale de la médiation en dehors des grands centres urbains : comment on fait médiation en dehors des grands centres urbains, quels sont les réseaux et les formes de collaboration qu’on peut créer, quelles en sont les spécificités. Comme c’était une approche territoriale, c’est deux journées qui ont eu lieu à Saguenay, toujours dans l’est du Québec, en tout cas vers l’est.
Vous avez une illustration avec la table ronde « Culture et territoire, engagement et regard croisé ». On a parlé de la médiation culturelle, et je pense que vous l’aurez compris, mais la médiation culturelle est liée à la définition de culture, et la définition de culture est polysémique. La culture est aussi comprise selon une forme d’approche identitaire, mais pas identitaire au sens où on va l’entendre, par exemple, en France : c’est, par exemple, des questions de transmission culturelle liées aux cultures autochtones.
On avait ici une table ronde avec une intervention sur le soutien des arts et cultures autochtones en milieu urbain, avec une étudiante à la maîtrise, un médiateur culturel des Premières Nations qui nous parlait du rôle du numérique pour transmettre les savoir-faire autochtones, les préserver, mais aussi inviter au dialogue entre les différentes personnes d’une même communauté, et en dehors de ces communautés et de ces cultures autochtones.
Lors de ces journées, on a fait, à partir des grands éléments qui sont ressortis, des mots qu’on a retenus. On a collectivement — les intervenantes, le public — fait des livres d’artistes qui nous permettent aujourd’hui d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche. On a eu aussi des ateliers de médiation à l’extérieur. Ici, on a eu une marche dans la coulée du Val-Lombrette, donc une activité hors les murs, avec le parcours « Vers la connexion », avec Dominique Bégin, qui est une personne également autochtone et qui met en place la classe nootchimique. C’était la question de comment on approche les territoires par la culture et par d’autres points de vue culturels.
Je vais finir rapidement avec les publications, qui sont des ressources que je souhaitais vous partager. L’OMEC a deux grands types de publications : les Cahiers de l’OMEC, qui sont normalement accessibles en ligne quand le site internet n’est pas en panne — mais quand il ne sera plus en panne, je vous invite à aller les voir, parce que c’est un bel outil qu’on met du temps à mettre en place, et quand il est consulté, on est aussi contents, forcément. Les Cahiers de l’OMEC, ce sont des cahiers où on fait les comptes rendus de toutes nos activités. Ce n’est pas une approche scientifique, donc ça reste très factuel et clair à lire.
Il y a eu aussi deux grandes publications : la première, « Expérience critique de la médiation culturelle », et puis « Cohabiter : imaginer les médiations culturelles au XXIe siècle ». La première a été publiée en 2017, la seconde en 2025. Très rapidement, la première publication parle de l’approche sociohistorique des médiations culturelles au Québec, et la seconde est plutôt sur les questions du cohabiter. Vous aurez reconnu le titre du symposium.
Pour ce qui relève des arts visuels, l’ensemble du premier chapitre — dans lequel j’ai également écrit un texte — relève des imaginaires artistiques de la médiation, et comment ces imaginaires artistiques font médiation culturelle en tant que telle ; et comment, finalement, certains lieux de diffusion peuvent aussi être des sources de médiation culturelle pour sensibiliser aux différentes crises écologiques et environnementales.
On tient toujours à garder ce lien avec la pratique, le concret. À la fin de cet ouvrage — si vous avez l’occasion de le consulter, j’avoue que je ne sais pas s’il est disponible en France —, il y a aussi toute une série de BD où on parle des dystopies de la médiation culturelle. Un exemple amusant : on avait fait un atelier ensemble et on s’amusait à imaginer quels seraient les scénarios dystopiques des médiations culturelles dans le futur. On s’était imaginé que, dans le futur, pour faire les évaluations des structures, dans les musées — c’est un faux acronyme du Musée des Beaux-Arts de Montréal —, on serait amené à prendre des petites pilules, une drogue, pour augmenter nos pulsations cardiaques, et que c’est à partir des pulsations cardiaques qu’on pourrait s’assurer qu’on remplit bien les cases des évaluations et des comptes à rendre pour avoir les subventions.
On a aussi toute cette dimension plus créative, et je vais citer aussi l’artiste, le bédéiste Xavier Cadieux, qui a collaboré à ce travail. Pour l’ouvrage « Expérience critique de la médiation culturelle », vous pouvez le consulter en ligne : il est complètement accessible en ligne, c’est aussi une très belle ressource, d’autant plus qu’elle est gratuite.
Sans être exhaustive, pour répondre à la question : quelles sont les pratiques de recherche actuelles autour des médiations culturelles au Québec, comment elles sont organisées ? Je dirais que, même si l’exercice de définir une liste arrêtée de thèmes qui représenterait les intérêts majeurs au Québec autour de la médiation est périlleux — et n’est pas forcément en soi toujours porteur —, je pense quand même qu’on peut relever de grandes tendances : un intérêt certain au Québec pour les dynamiques partenariales au sein des médiations culturelles, les questions écologiques au sein des médiations culturelles, les médiations culturelles dans leurs divers contextes territoriaux et les approches communautaires, qui sont très importantes, et la pluralisation — ça, vous l’aurez compris — des approches de la culture, ainsi que la citoyenneté culturelle, dont on parle en France, mais j’ai quand même l’impression un petit peu moins, ou en tout cas avec d’autres termes.
Et comment ces pratiques de recherche gardent-elles le lien avec les pratiques de terrain de la médiation culturelle ? Tout simplement en conservant un lien très fort avec les médiateurs et les médiatrices sur le terrain, qui font partie de l’OMEC, mais je crois qu’à ce stade-là, vous l’aurez compris.
Je vais finir, je vois qu’il est 11 h 43, donc je pense que j’en ai encore pour 4-5 minutes maximum. Ici, je vais rapidement conclure avec la question de la structuration professionnelle de la médiation culturelle, avec quelques exemples québécois. L’OMEC, c’est une plateforme importante pour donner de la visibilité aux activités de structuration professionnelle d’autres partenaires, et c’est en cela qu’on peut considérer que l’Observatoire a un rôle de structuration professionnelle des médiations culturelles. En revanche, l’Observatoire des médiations culturelles n’a pas, lui-même, en tant que tel, un rôle de structuration professionnelle ; je voulais quand même faire la différence.
Dans sa programmation régulière, l’Observatoire des médiations culturelles va collaborer avec des organismes de structuration professionnelle présents au Québec et valoriser ces initiatives. Par exemple, ici, on a mis en place une activité sur la valorisation de la profession en médiation culturelle. Ça a été piloté à l’initiative des membres — c’est toujours l’initiative des membres de l’OMEC —, ici par Anne Nadeau, professeure à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM, et par Valérie Richard, coprésidente du RMCQ, dont je vais vous parler dans un instant.
Dans cette activité-là, on a présenté plusieurs projets inspirants autour de la profession en médiation culturelle. De mon côté, puisque je m’intéresse très fortement à la structuration professionnelle, j’avais mis en place cette activité de dialogue sur la reconnaissance de la profession de médiatrice culturelle et de médiateur culturel, toujours avec ces mêmes membres, et en fait avec des membres du réseau étudiant de l’OMEC. On a discuté de la charte qui a été mise en place par le Regroupement des médiatrices et des médiateurs culturels au Québec. On demandait aux étudiants de donner leur retour et leurs impressions sur la charte, tout simplement pour savoir ce que ça leur évoquait, et ce que ça pouvait évoquer à des personnes qui sont aussi des jeunes professionnels de la médiation culturelle, ou qui n’ont pas encore eu d’expériences de médiation culturelle.
Je vous parle rapidement du Regroupement des médiatrices et des médiateurs culturels du Québec, qui est un organisme sans but lucratif, qui a pour but de mobiliser les praticiennes et les praticiens de la médiation culturelle et de favoriser l’échange des bonnes pratiques et des connaissances en lien avec la médiation culturelle. Je vous ai mis le lien : n’hésitez pas à aller voir leur charte, publiée en 2022, au même moment que la charte des professionnels de la médiation en arts contemporains de BLA!. J’ai trouvé ça amusant, sans doute un momentum.
L’approche est un petit peu différente, je trouve ça intéressant. Personnellement, quand je donne des cours de médiation culturelle, je présente aux étudiants cette charte, mais aussi la charte de BLA!, parce que je trouve que ce sont deux très beaux outils, très intéressants. L’approche du RMCQ, vous allez voir, est plutôt dans la reconnaissance des métiers de la médiation culturelle, mais elle parle davantage des savoir-faire et des compétences. Je dirais qu’il y a d’abord la valorisation, et après la reconnaissance, qui vient à la fin du document. Je vous laisserai voir pour vous faire une idée.
Je vous ai aussi mis quelques extraits de ce document, de cette charte. Quand je vous parle des médiations au pluriel, l’une des premières pages de cette charte est très claire : on parle des définitions et des pratiques plurielles de la médiation culturelle. On parle des musées, théâtres, centres d’art directement : c’est une approche transversale, avec cette idée toujours de la participation active des citoyens, des citoyennes, cette idée de citoyenneté culturelle, qui est toujours très importante.
Le rôle et la mission de la médiation culturelle : on voit qu’effectivement, c’est faire rayonner les œuvres, les artistes et le patrimoine, mais c’est aussi décloisonner les institutions, favoriser l’inclusion sociale, l’agentivité des individus, des collectivités, etc. On voit que la médiation ne se place pas seulement dans la relation œuvre–public–institution, ou public–œuvre–institution, mais dans son contexte et ses conditions sociopolitiques.
Dernier outil — on arrive bientôt à la fin — : la collaboration intermédiaire, mise en place par Artenzo et la Maison de la médiation culturelle, qui a été créée en 2021 par ce Centre de recherche et d’innovation en art et engagement social. En 2023-2024, la Maison de la médiation culturelle s’est intéressée à la collaboration intermédiaire impliquant la médiation culturelle du point de vue des médiatrices et des médiateurs, comme des collaboratrices et des collaborateurs qui travaillent dans le milieu culturel. Ça offre un point de vue intéressant sur trois thèmes : la collaboration intermédiaire dans l’écosystème artistique, la collaboration intermédiaire en communication et marketing, et la collaboration intermédiaire dans le cadre des financements.
Finalement, quelques remarques pour conclure. On a vu ici que les démarches de valorisation et de structuration des pratiques et professions de la médiation culturelle passent par une interrogation sur les démarches collaboratives et partenariales. Je tiens encore une fois à le souligner. L’exemple de la collaboration intermédiaire, je pense, est symptomatique à cet égard-là : c’est vraiment une dimension très importante au Québec.
La médiation est donc, une nouvelle fois comprise — et si vous ne l’avez pas compris, je n’aurais pas pu le répéter plus de fois — selon une approche pluridisciplinaire et intersectorielle. À noter que toute cette présentation est à remettre dans le contexte de l’approche historique de la culture et des médiations culturelles au Québec, où on a un intérêt très présent pour la dimension sociale des médiations culturelles, et une approche de la médiation culturelle qui semble moins centrée sur l’œuvre d’art ou l’objet culturel, sans toutefois exclure l’existence de cette approche de la médiation. Évidemment, c’est une tendance que je vous souligne.
Dans le cadre de cette présentation, je ne peux pas rentrer dans les détails. On parle des arts visuels, mais à un autre niveau, et dans une approche transversale. Je finirai par vous montrer cette activité, pour vous montrer qu’on parle des arts visuels et de l’art contemporain. Ici, ce n’est pas mentionné — c’est un exemple — : une activité sur les médiations environnementales de l’art, que j’avais organisée à la demande de certains des membres, où on s’interrogeait sur les œuvres d’art contemporain, et comment elles peuvent faire médiation pour sensibiliser aux crises environnementales. C’est une approche plus contextualisée de la médiation, en lien avec les arts visuels.
Sur ce, il ne me reste qu’à vous remercier grandement de votre attention. J’espère que ça aura suscité un intérêt de votre côté. Mon idée, ce n’est pas de faire une grosse promo de l’Observatoire des médiations culturelles, mais vraiment de favoriser un échange d’idées et d’expériences entre la France et le Québec. J’espère que ça aura fonctionné, puis évidemment je reste disponible pour vos questions. Merci.
Merci Sophie, merci beaucoup pour ta présentation. On vous propose de faire passer le micro si vous avez quelques questions auxquelles Sophie pourra répondre.
Pas de questions, visiblement : tout était très clair. Merci beaucoup, Sophie. Merci, on sait qu’il est très tôt chez toi, donc merci pour ton intervention matinale. À très bientôt. À bientôt.
Je ne vous vois pas et je ne vous entends pas du tout. C’est perturbant, désolée. J’espère que je n’ai pas assommé tout le monde. Au plaisir d’échanger, en tout cas, plus tard, peut-être par courriel ou à d’autres moments, avec BLA! et avec le Centre national des arts plastiques. Merci beaucoup. Merci, au revoir. Bye.
Vidéo de la table ronde #4 : « La médiation hors-les-murs : une recontextualisation des pratiques »
Avec la participation de Olivier Beaudet, chargé de recherches et de projets artistiques et précédemment responsable du service des publics du Frac-Artothèque Nouvelle-Aquitaine, Tiphanie Romain, responsable des publics à la Collection Lambert et Sibille Wallois, cheffe du pôle Publics et Médiation d’Amiens Métropole. Modératrice : Ségolène Jugan Gabriel, référente entre 2017 et 2022 du groupe médiation du réseau 50° NORD – 3° EST / pôle arts visuels Hauts-de-France & territoires transfrontaliers.
Table ronde #4 – La médiation hors-les-murs : une recontextualisation des pratiques
[JNMAC] Table ronde #4 : « La médiation hors-les-murs : une recontextualisation des pratiques ».
Bonjour à toutes et à tous. Je veux tout d'abord remercier le Cnap et BLA! et l'ensemble des équipes pour l'invitation qui m'a été faite d'être là.
J'étais ravie et ça a été vraiment un plaisir d'échanger avec vous trois pour la préparation de cette table ronde et donc on va essayer de faire en sorte de continuer à partager en tout cas avec vous le plaisir qu'on a eu, de ne pas trop se dissiper non plus dans toutes les différentes discussions qu'on a pu avoir.
Pour me présenter rapidement, moi je suis Ségolène Jugan Gabriel et donc j'occupe actuellement le poste de responsable de la communication et des projets culturels du pôle 50° Nord 3° Est. Mais j'interviens ici surtout parce que pendant un temps j'ai été référente du groupe médiation qui a été mis en place par le pôle et donc pendant ces quelques années j'ai pu avec certains et certaines d'entre vous dans la salle organiser des temps de rencontres autour de thématiques de médiation qui nous ont été je pense toutes et tous grandement utiles pour se conforter entre nous ou se poser des questions, en tout cas échanger autour de problématiques qu'on pouvait rencontrer.
Et donc là la question de la médiation hors les murs c'est un petit peu ce qu'on a essayé de poursuivre et c'est ce qu'on va faire là avec vous, c'est à dire présenter un petit peu les trois projets des personnes invitées et ensuite on compte sur vous pour poser des questions, que ce soit aussi des questions très pratico-pratiques parce qu'on sait que c'est également ce qu'on vient chercher dans ce genre de rencontres, quand on est entre professionnels c'est aussi parfois des petits éléments bloquants qu'on cherche à débloquer et donc si on a les intervenantes et les intervenants ont les réponses ce sera un partage avec plaisir.
Voilà après je vais vous laisser vous présenter, je pense que ce sera plus simple mais peut-être donc rapidement pour vous situer, Sibille, Tiphanie et Olivier et je vais en premier lieu laisser la parole à Sibille, donc là l'idée c'est que rapidement chacun présente un petit peu son projet, que vous ayez bien connaissance du cadre professionnel de chacun et ensuite on va essayer de balayer les différentes questions de ce projet-là. Donc effectivement je vais d'abord brosser le contexte du dispositif que je viens vous présenter aujourd'hui, donc il s'agit des résidences mission d'intérêt d'éducation artistique et culturelle.
Alors donc on intervient sur le territoire de la communauté d'agglomération d'Amiens en métropole donc qui comprend 39 communes pour 180 000 habitants, il faut savoir que c'est un territoire qui est très large, il faut compter à peu près 45 minutes pour parler par exemple de l'est à l'ouest ou du nord au sud et donc un territoire très centralisé à Amiens mais donc quand même très très éparpillé.
Il faut savoir que donc on porte des actions d'éducation artistique et culturelle depuis 1993 avec l'ECLEA et que donc on a souhaité rénover et lancer des dispositifs plus expérimentaux suite au vote de notre nouveau schéma métropolitain d'éducation artistique et culturelle en 2022. Donc c'est un nouveau contrat qui a été pensé avec la DRAC Haut-de-France également avec le département de la Somme et la ville d'Amiens.
Donc la volonté c'était de sortir d'ECLEA classique et donc de mettre en place des dispositifs qui allaient non plus s'adresser uniquement au public primaire pour lesquels on avait nos compétences mais également à tous les publics de tous les âges avec la volonté aussi d'aller vers tout le territoire.
Et donc le dispositif dont je vais vous parler aujourd'hui c'est des résidences mission sur un temps long de quatre mois qui sont donc des résidences pour lesquelles il n'y aura pas d'actes de création mais vraiment de faire découvrir au public le geste artistique, l'acte de création sans qu'il y ait forcément une finalité, en tout cas on ne sait pas ce qui va se passer à la fin. On met en relation des publics, des partenaires, un artiste et on leur laisse un peu une carte blanche où l'artiste va faire des projets sur mesure avec les publics avec lesquels il va travailler.
Est-ce que je parle tout de suite de la mise en place du dispositif? Oui? Bonjour à tous moi je suis Tiphanie Romain de la collection Lambert, je suis responsable des publics depuis 20 ans maintenant là-bas.
J'ai pris le temps et c'est un peu le mot d'ordre de tous mes projets je prends le temps de les développer. J'ai ce luxe là c'est sûr mais voilà je suis ici aujourd'hui pour un projet de centre d'art en Ehpad qu'on a monté depuis 2023 avec l'artiste Mohamed El Khatib.
On est parti du constat très simple que très souvent les artistes venaient pour des résidences dans des lieux non dédiés à l'art et qu'après ils repartaient et qu'il y avait un grand vide que les résidents et les résidentes étaient en demande de cette relation qui a été un peu exceptionnelle pendant une période bien définie et l'idée avec Mohamed ça a été d'inscrire cette action de façon pérenne donc de développer un centre d'art en Ehpad.
On a maintenant à peu près cinq centres d'art qui sont en construction, c'est assez fragile, on en a à Bruxelles, à La Rochelle, à Aix-en-Provence, voilà donc il y en a plusieurs qui sont en train d'être essemées. L'idée de ce centre d'art, c'est très simple, c'est d'inviter des artistes à venir rencontrer les habitants de ce lieu là.
Quand je dis habitants je dis bien sûr résidents, résidentes mais aussi équipes soignantes pour répondre à des besoins du quotidien.
Alors ça met l'artiste dans un statut assez nouveau puisque ça le met dans une disposition d'écoute, c'est ce qu'on fait en premier lieu, on est avant tout là pour écouter les gens, se fonder dans la masse, observer, c'est ça qui demande du temps avant tout et ensuite ces artistes là après ce diagnostic un peu sensible va répondre aux besoins en créant ou en co-créant avec les résidents et résidentes une œuvre d'art. Cet ensemble d'œuvres d'art créée ensemble va créer une collection qui appartient à l'EPHAD et qui pourra après circuler aussi dans les différents états et pas du réseau.
Bonjour, moi je viens vous parler d'un autre projet qui se situe en milieu rural.
Une formule d'exposition assez particulière puisque elle se joue à l'échelle d'un village et puis elle se fait avec une partie des habitants du village. C'est aussi un projet qui s'est inscrit dans la durée même si je ne suis pas certain qu'on l'ait imaginé qu'il se déploierait autant puisqu'il a commencé en 2004 et il se poursuit encore, il s'est poursuivi cet été.
Sur 21 ans il y a eu 17 éditions différentes et petit à petit vous imaginez bien que les personnes qui participent finalement développent leurs compétences aussi et leurs connaissances en art contemporain.
Alors il faut que je vous le situe parce que c'est un tout petit village, c'est 575 habitants dans le village de Royère-de-Vassivière. C'est un village qui est situé à peu près à une heure et demie à l'est de Limoges, tout près du lac de Vassivière, peut-être que certains connaissent parce que pas loin il y a le centre international d'art et du paysage et c'est littéralement de l'autre côté du lac, alors pas juste en face, il faut faire 17 kilomètres d'un côté ou de l'autre, c'est pile à la moitié, mais il y a quand même cette proximité.
Bien évidemment la formule on l'a fait évoluer aussi au cours des années et plus récemment les gens du village nous ont dit c'est bien de voir des œuvres mais on aimerait bien aussi voir des artistes, donc petit à petit on a associé des artistes et puis généré une résidence de commissariat avec des artistes et la population.
Merci pour cette présentation et donc on a discuté tous les quatre, finalement il y a des questions qui se retrouvent dans chacun des projets donc j'ai en tout cas une première à poser et puis on va partir de l'exemple de Sibille pour se demander déjà quand on va hors les murs, alors on pourrait aussi re-questionner ce terme si on a le temps parce qu'il nous a posé question quand on parle de hors les murs, ça veut dire que déjà on situe le point central dans les murs et donc ça c'est quand même une question déjà parce que parfois il n'y a pas de mur, pourtant en Pauville il n'y en a pas, mais voilà en tout cas pour le moment on va continuer mais si on a un peu de temps j'aimerais bien aussi vous entendre, on aimerait bien vous entendre sur ce terme mais en tout cas Sibille on va s'appuyer sur ta présentation pour répondre en premier temps, puis après tout le monde rebondit, sur si on n'est pas dans les murs, où va-t-on? Alors pour les résidences, nous c'était une évidence que l'artiste se déplace dans les lieux où il allait rencontrer les publics, donc on travaille avec des partenaires très différents, que ça soit du milieu médical, l'éducation nationale, des associations, voilà du public plutôt éloigné de la culture, c'est à dire qu'il va pas forcément être en centre-ville d'Amiens mais qui peut être à la périphérie, qui peut aussi avoir du mal à se déplacer, qui peut aussi être très loin d'Amiens et qui va encore avoir plus de mal à accéder du coup à des lieux d'art contemporain ou des lieux culturels même. Et donc voilà, c'était une évidence pour nous d'aller dans les structures, déjà pour cette raison juste matérielle puisque nous on n'a pas de lieu en tant que collectivité, on a des centres d'art en régie par exemple, mais ils ont déjà leur propre programmation, après on peut travailler en partenariat quand même avec eux à l'occasion mais voilà, nous on se disait que c'était aussi une évidence d'aller rencontrer les publics aussi pour créer un lien parce que eux ils sont finalement dans un lieu où ils ont confiance et où ils vont accueillir finalement un artiste et ça va du coup créer quand même une facilité pour l'artiste pour intervenir du côté humain.
Par contre au niveau matériel, c'est vrai que quelquefois ça peut être un peu plus compliqué donc c'est là où moi j'interviens quand même en amont en repérant par exemple des lieux qui vont être plus favorables que d'autres pour l'artiste ou en tout cas quand on fait une première rencontre en amont de la résidence, donc la résidence elle est lieu entre février et juin, en novembre décembre on fait une première rencontre, un repérage du territoire avec l'artiste et donc on va aller dans chaque lieu d'intervention de l'artiste et on va voir ce qui est possible.
Par exemple on avait un artiste qui faisait de la danse, on avait besoin d'un lieu pour pouvoir danser ou pour des artistes en arts visuels il faut si possible un accès à l'eau si c'est nécessaire ou des tables, des lieux pour travailler. Voilà.
Moi comme vous l'avez compris c'est dans un EHPAD, on essaie tout de même que ces gens qui habitent les lieux sortent également de l'EHPAD, c'est tout l'enjeu.
Alors les enjeux sont différents selon l'EHPAD concerné, à Bruxelles ils se situent en plein centre ville à côté de la place du jeu de balle donc ils peuvent sortir prendre un café, ils ont une vie sociale, ce n'est pas du tout le cas en fait à Avignon, l'EHPAD se trouve en face du crématorium, on peut le donner, mais un peu plus loin on a l'école d'art, c'est une ressource assez étonnante mais pas un café, pas un restaurant, un bus qui passe toutes les demi-heures donc l'enjeu c'est bien sûr de créer une activité, de remettre de la vie dans l'EHPAD en lui-même mais aussi de sortir en fait du hors-les-murs et de revenir dans des lieux culturels donc à la collection mais aussi dans tous les lieux partenaires du projet, que ce soit l'opéra, l'orchestre, le CDCN, les hivernales et les ramener dans un quotidien qui est le nôtre et les réinsérer aussi au cœur de notre société. Moi je ne sais pas trop comment répondre à cette question, peut-être je pensais sur ce que tu disais sur le hors-les-murs, peut-être je suis un peu embarrassé pour répondre parce qu'en vérité au début c'est un projet qui a été mené dans le cadre d'une artothèque, l'artothèque du Limousin et que cette artothèque a fusionné en 2014 avec le FRAC et que vous voyez cette opération elle continue à exister donc la question, on en parlait entre nous, la question du hors-les-murs elle se posait pas pour nous, on n'avait pas de murs de toute façon, on n'avait pas de lieu où montrer la collection et pour pouvoir la montrer il fallait la faire vivre sur un territoire et en dehors de Limoges, en gros si vous regardez l'ancien Limousin, c'est un territoire, beaucoup ont pensé vide, mais c'est un territoire qui habitait par des gens mais de petites communes rurales donc il fallait faire vivre la collection comme ça mais voilà on se posait pas la question du hors ou dans les murs et elle s'est posée presque après nous.
Donc en fait on se rend compte que vos trois projets vous allez vers des personnes et donc vous rentrez aussi dans leur univers, dans leur espace donc là c'est plutôt vers Tiphanie que je me tourne parce qu'on a eu cet échange sur finalement à quoi ça revient d'aller dans l'intimité des personnes et c'est vrai que pour ton projet c'est vraiment l'intimité parce que c'est le lieu de vie des personnes qui sont fragiles, qui sont très âgées donc c'est pas non plus un contexte habituel, c'est des personnes qui ont leur habitude, qui n'ont pas forcément envie qu'on vienne les déranger ni qu'on vienne leur imposer une quelconque fréquentation d'œuvres ou de formes culturelles, c'est des personnes qui ont déjà vécu, qui ont fait leur preuve, qui sont capables de dire si oui ou non ils ont envie d'avoir une œuvre en face d'eux et donc comment tu as géré ça? Mais la part du temps c'est non, on n'a pas besoin de tout ça, pourquoi vous venez nous embêter, pourquoi vous déplacez les meubles, pourquoi vous refaites la déco, pourquoi? On n'a pas besoin non, parce qu'en fait quand on vieillit un peu on déteste le changement et il faut les remettre en mouvement et leur donner envie par la rencontre sans dire d'où on vient parce que moi quand je pense que les trois quarts des résidents et des résidentes ne savent pas que je suis responsable du public de la collection Lambert, ils ont plus ou moins, alors pendant des mois ce que je disais tout à l'heure, ils pensaient que j'avais un parent à la maison paisible mais non, à un moment j'ai dit non j'ai ni mon père ni ma mère dans l'EHPAD, alors qu'est-ce que tu fais là? Je dis je viens vous rencontrer en fait et c'était vraiment ça, c'était commencer par discuter avec les uns et les unes pour déjà remettre en lumière leur singularité parce que quand on est dans un EHPAD c'est avant tout la collectivité qui prime et l'idée c'était de remettre en lumière leur talent, leurs compétences, leur métier et déjà de faire une sorte d'état des lieux de tout ça parce qu'il y avait en fait dans ces endroits qui sont considérés comme des mouroirs, il peut y avoir encore beaucoup de vitalité donc l'idée c'était avant tout de remettre ça au coeur du projet de la rencontre et après dans un second temps d'aller vers la rencontre des artistes peut-être produire une œuvre, ce qui n'est pas sûr, c'est comme toi on n'a pas du tout cette garantie qu'il y ait une œuvre qui émerge et qui après intègre la collection mais donc c'est vraiment tout ça pour dire qu'il n'y a pas de méthodologie et qu'on avance à tâtons et en fonction des uns et des autres.
Il y en a cinq qui sont à fond qui ont déjà une production personnelle, il y en a d'autres mais c'est une micro société donc il faut être à l'écoute de tout ça et même d'un EHPAD à l'autre pour discuter un petit peu avec les autres équipes des autres EHPAD en réseau, ce n'est pas du tout les mêmes réactions, c'est des individus avant tout qui ont tous des passions et des envies différentes donc ça prend ou ça prend pas, ça dépend des moments, ça dépend des saisons, ça dépend de plein de choses, c'est comme comme chez nous et du coup ça me fait penser à deux choses peut-être tu peux revenir sur le temps long et ce que tu as fait aussi les premières fois où tu y allais. Moi j'ai commencé à y aller en 23, il y avait déjà l'EHPAD de Chambéry qui avait été ouvert avec Mohamed, il était allé lui en résidence pour son spectacle La vie secrète des vieux qui parle de l'amour après 65 ans et donc j'avais déjà un peu un retour de son expérience à lui là bas mais qui était toute particulière parce qu'il y allait pour une résidence bien spécifique, moi j'ai commencé en fait à me fondre dans cet EHPAD là et y aller, à juste installer un bureau dans le hall d'accueil avec mon portable et aller regarder, aller regarder, bouger, à reconnaître ceux qui sont toujours dans les espaces communs, ceux qui font lien et à écouter, à voir un peu comment tout ce microcosme marchait parce que moi j'avais aucune, que j'ai pas de formation, je connaissais pas du tout le milieu médical, j'avais travaillé de manière ponctuelle avec des associations mais j'avais jamais été même dans un EHPAD au départ du projet donc j'ai commencé à m'asseoir à côté des anciens, des anciennes, j'ai atteint certaines femmes en leur faisant les ongles donc rien à voir avec de là mais j'étais voilà dans la discussion et dans l'échange et c'est ça qui a pris du temps, énormément de temps et ça c'est toujours un enjeu quand on est une petite équipe parce qu'on a l'impression que la collection c'est un gros musée mais c'est pas le cas c'est un centre d'art avec une toute petite équipe même si on a une surface d'exposition qui est assez conséquente donc ça voulait dire que moi je quittais mon poste de la collection pour partir toute la journée à l'EHPAD et au départ il y avait besoin de cette régularité parce qu'il faut vous dire que d'un jour à l'autre ils ont tout oublié, en fait il faut tout recommencer à chaque fois donc il y a besoin vraiment de cette régularité de ce long terme et ça ça a pris un an jusqu'à ce que j'invite Juliette Georges, une artiste art visuel et un artiste parfumeur Daniel Peschio qui a fait la Villa Kujoyama qui travaille pour la haute parfumerie à créer une première œuvre d'art qui s'appelle l'auto-désodeur, quoi l'aîné, une sorte de l'auto-désodeur où ils ont constitué un jeu à partir des récits des résidents et des résidentes, des récits d'odeurs qui les ont marqués pendant leur vie voilà et ça a été le premier projet qu'on a mis en place mais ça a pris un an quoi c'était très très long.
Oui donc c'est aussi de l'investissement et personnel et professionnel et en tout cas une envie commune portée par la collection.
Personnel complètement parce que vous pouvez imaginer que d'être toute l'année dans un EHPAD c'est un lieu qui est hyper chargé, c'est un lieu où il y a des impératifs autres que l'art donc il faut trouver la bonne place et c'est, on le disait avec Olivier, c'est beaucoup de maladresse au début, c'est pour ça que moi j'ai pas du tout cette sorte de méthodologie dont vous parlez beaucoup, moi je viens des Beaux-Arts, je suis plutôt dans l'écoute et je regarde en fait ce qui se passe et j'ai pas de méthode mais c'est vrai que je crois que le lien c'est la seule méthode pour le moment. Oui je pense à plein de choses, en tout cas sur la question de la méthodologie c'est vrai qu'on n'est pas non plus arrivé avec un projet tout écrit, c'était vraiment une rencontre en fait avec les gens de la municipalité et des envies, on a surtout été à l'écoute des désirs, ce désir d'avoir des œuvres, ce désir de faire événements aussi et puis ce désir de travailler, d'être ensemble, tant les gens de la communauté que nous professionnels et eux et ça c'était vraiment important et puis effectivement, quand tu parlais qu'on apprend des maladresses et qu'on a appris de l'action en fait, on a appris du terrain et c'est vrai que sur les premières éditions on est arrivé avec nos codes à nous, les codes du milieu de l'art contemporain, j'ai en tête l'idée d'un vernissage, faire un vernissage ça nous paraît tellement évident parce que c'est un peu le moment de fête et on va faire communion ensemble la première année, pour moi c'était tellement terrible que j'en ai parlé avec ma directrice et on n'a jamais plus fait de vernissage, alors Thierry pourquoi, parce que j'ai oublié de vous le dire tout à l'heure, 53% de la population de Royère-de-Vassivière sont des personnes qui ont plus de 60 ans qui sont retraitées et j'ai pu vérifier ça, c'est-à-dire que on allait d'un lieu à un autre et j'avais que des personnes âgées et j'en perdais une ou deux à chaque lieu et je voyais une petite dame qui était avec son déambulateur et qui mettait toute l'énergie possible pour nous suivre parce qu'elle voulait participer à l'événement, mais la pauvre, le temps qu'on l'attende, j'en perdais davantage, donc vous voyez, il fallait faire des choix douloureux comme ça et pour finir on a inventé autre chose, on a été à l'écoute de la population, il y a peut-être même une petite diapo qui montre ça, on a fait une rencontre sur le marché parce que c'était le marché, c'est le lieu, le moment où tout le monde se réunissait et puis ça nous intéressait d'avoir une dimension comme ça un peu populaire, donc là ce que vous apercevez c'est qu'on avait un partenariat avec le Centre international d'art et du paysage et il dispose dans le bois de sculpture, associé au bois de sculpture, une architecture d'air de Hans-Walter Müller et donc on arrivait comme ça avec notre revenu composé sur le marché et ça nous permettait d'être à la rencontre des gens et de faire événements.
Pour toi, Sibille, c'est un peu différent cette notion de temps, j'ai l'impression, parce que c'est vrai que c'est en même temps long et court, vous avez à peu près un an par résidence, mais les artistes sont là uniquement quatre mois et doivent rencontrer finalement pas mal de monde pendant ce temps-là et donc leur intervention par groupe est aussi assez réduite finalement si on revient à toute cette échelle.
Alors comment tu peux nous dire sur ce rapport au temps et ces projets qui sont construits tous les ans et aussi peut-être les attentes des personnes qui participent, est-ce que là il y a par contre une vraie demande de leur part, peut-être à la différence des résidents? Effectivement il y a deux temps, il y a le temps un peu permanent où il y a les partenaires et moi qui sommes finalement sur le terrain, qui restons sur le territoire d'Amiens Métropole et donc il y a quand même un rendez-vous, des partenariats forts qui se créent avec une confiance aussi qui s'établit au fur et à mesure où finalement on peut peut-être aller un petit peu plus loin avec certains publics. Quand l'artiste est prof de beaucoup de pédagogie et d'adaptabilité, finalement on va sentir qu'il y a un public avec lequel il peut aller plus loin et peut-être plus vite aussi, effectivement il y a la question du temps.
Nous on part sur une base où on va avoir un temps d'installation très rapide où l'artiste va commencer à travailler avec beaucoup de publics et se laisser aussi des petites marges de temps pour se laisser justement des phases peut-être pour se rattraper ou pour aller plus loin et répondre aussi aux attentes du public.
Mais quelquefois ça se fait, quelquefois ça se fait pas et des fois effectivement comme tu parlais du contexte, finalement la rencontre va se créer ou va pas se créer, ça dépend de plein de choses, c'est toujours de l'humain. Mais c'est vrai que l'artiste il arrive aussi avec son univers, il rencontre aussi un autre univers et s'il arrive à croiser les choses ça peut aller très très loin.
Et donc je pense à plusieurs projets mais notamment un partenaire qui est la PJJ donc la protection judiciaire de la jeunesse avec lequel on travaille depuis plusieurs années et qui donc une première année a accueilli un photographe qui s'appelle Joseph Galix qui a travaillé avec des jeunes et ils sont allés au PMU du coin, ils ont travaillé sur le tiercé, sur le métier d'éducateur pour chevaux parce qu'il y avait un ou deux jeunes qui étaient passionnés par les chevaux et donc avec ça ils ont fait des reportages photos, ils ont fait des interviews et l'année d'après on a accueilli Catherine Duverger et donc fort de cette première expérience, Laurence Chazal qui était leur éducatrice ben voilà je pense elle avait moins de crainte et donc elle a accueilli Catherine avec des envies encore plus fortes, des moyens aussi parce que par exemple elle a développé des moyens pour pouvoir payer un peu de matériel ce qui n'était pas forcément prévu en amont et donc avec Catherine ils ont flashé des tissus et fait effectivement des tissus qu'ils ont après cousu avec une étudiante et donc voilà le projet là il est allé très très loin en très peu de temps finalement voilà c'était un inimaginable début en tout cas.
Et alors ça m'amène à une autre question c'est finalement dans ce hors les murs qui y va c'est à dire est-ce que c'est les médiateurs médiatrices, est-ce que c'est les œuvres, est-ce que c'est les artistes voilà et donc comment tu décides qui y va quand est-ce que toi tu y es, comment et aussi la sélection des œuvres on en avait parlé et qui les fait vivre après une fois qu'ils sont installés dans les lieux. Je dirais que tout ça c'est un déjà c'est un travail d'équipe c'est toute une équipe c'est autant la directrice du frac Artotech Catherine Texer qui a accompagné tous les projets, qui était même à l'initiative du projet avec une personne du village un jeune Ina Roudi qui était retraitée de l'éducation nationale et qui avait extrêmement envie d'accueillir une exposition en vérité au début et c'était faute de lieux et pourtant on avait cette habitude, cette expertise dans le travail d'adapter un espace dans un petit village qui puisse recevoir des œuvres mais là c'était vraiment pas possible tant pour des soucis de valorisation que des soucis de conservation et c'est là face au militantisme de cette personne et puis des gens du village qu'on a trouvé cette formule de lieu en lieu après qui y va sur les deux premières éditions par exemple moi j'ai été associé que sur la partie un peu médiation et le suivi et puis c'est dès la deuxième édition j'ai fortement milité auprès de Catherine en lui disant que j'étais chargé des publics à l'époque et je me disais mais là on a effectivement un projet qui est vraiment dans l'ADN des artothèques c'est à dire que des gens empruntent des œuvres mais je me disais c'est pas simplement pour la sphère privée c'est dans l'espace professionnel qui reste quand même chez eux pour eux je tiens à vous le dire ils nous le rappellent souvent mais pour moi il y avait une autre dimension qui était celle de montrer c'est à dire qu'ils choisissaient des œuvres pour les montrer pour les partager pour les partager avec les gens du village mais aussi pour les partager avec les touristes c'est un lieu très touristique autour du lac de Vassivière et du coup j'ai dit à Catherine j'ai vraiment très envie de m'en occuper parce que ce que j'aimerais c'est qu'on valorise aussi la parole de ces personnes là et j'aimerais qu'on a développé ensemble cette idée de médiateur relais alors le terme est discutable mais c'était au moins pour nous pour qu'on arrive à conceptualiser ce qui se passait c'est l'idée à un moment qu'on allait laisser tout un chacun la bouchère le garagiste les journalistes de la radio parler des œuvres à leur façon avec leurs mots avec leur sensibilité et que tout ça n'était pas problématique alors je dis c'était pas problématique c'est justement parce que moi j'ai eu des homologues qui m'ont dit mais tu peux pas tu peux pas laisser dire des gens faire des contresens sur les œuvres et moi j'ai été vraiment très soutenu par Catherine là dessus parce que ce que je disais c'est que moi la possibilité même du contresens si contresens il y a elle me paraissait intéressante dans la mesure où elle ouvrait un débat à une discussion et ce qu'on avait envie ensemble je crois tous toute l'équipe d'ailleurs c'était que les gens parlent d'art et de façon très décomplexé que le projet réussit je pense que les soi-disant bénéficiaires s'emparent complètement du projet c'est que tout est gagné et quand ils arrivent à parler à leur manière des choses et que on sait plus qui est médiateur ou qui est professionnel ou non professionnel c'est génial.
C'est ce qu'on espérait et juste une petite anecdote je me souviens mais plus sur la notion du choix que c'était il y avait un petit restaurant qui est même pas en centre-ville qui est à quelques kilomètres vraiment perdu dans la campagne et puis le chef avait très envie de participer à l'événement à Rendlieu mais en vrai il n'était pas du tout attiré par l'art contemporain je crois même qu'il avait des réticences et moi je lui avais dit en off je prendrais le temps et voilà ce temps là on me l'a accordé aussi professionnellement je prendrai le temps de passer vous voir et puis je vous rencontrerai et quand je suis arrivé je l'ai vu arriver sur un chemin avec plein plein de plantes dans les bras il m'avait complètement oublié en fait et là il m'explique il me dit cette plante elle est formidable à telle saveur celle-ci elle a des vertus thérapeutiques enfin il connaissait incroyablement les plantes puis il s'arrête et il me dit mais vous m'avez amené quoi comme œuvre et moi je vous ai absolument rien amené je venais pour vous rencontrer pour savoir qui vous étiez qu'est ce qui vous animait et il était un peu déçu mais pour moi c'était la condition sine qua non en fait c'était et du coup je suis revenu avec une quinzaine d'œuvres et notamment dedans pour ceux qui connaissent ce travail de cet artiste il y avait des œuvres de herman de vriss des collectes de feuilles et des terres frottées donc des œuvres assez radicales et j'avais senti qu'il pouvait y avoir il pouvait se passer quelque chose dès qu'il a vu les terres frottées il y a eu un coup de foudre et il m'a dit mais c'est incroyable mais il faut que j'expérimente plus dans ce que je fais il faut que j'aille plus loin je vais faire des sauces à base d'argile et moi là je me dis mais voilà là c'est réussi parce qu'effectivement on a une relation en tant que public si on venait voir les l'œuvre exposée chez lui où on savait qu'il allait tout ce qu'il allait dire personne d'autre l'aurait dit je pense et puis si vous découvriez sa cuisine finalement il y avait des correspondances directes avec les œuvres qui étaient présentes et du coup ça me fait penser à autre chose quand les personnes fréquentent les œuvres fréquentent les artistes en tout cas ont ce rapport là ils sont dans un contexte émotionnel différent d'une visite classique dans les murs et donc est-ce qu'il faut forcément lâcher prise sur en effet ce que tu dis le discours de non spécialistes qui vont s'approprier les œuvres et tant mieux mais quand je dis lâcher prise c'est qu'on a peut-être toujours envie de respecter certaines choses qui sont dites mais là il faut laisser l'œuvre vivre ou en tout cas les artistes aussi faut qu'eux acceptent que leur œuvre soit présentée montrée et après qu'elle leur échappe complètement donc je sais pas si vous voulez un petit peu rebondir là dessus en tout cas sur cette manière de découvrir les œuvres autrement pour le public et peut-être cette familiarité peut-être plus Stéphanie est-ce que tu as pu voir une évolution ou en tout cas le regard de résidents évoluer sur certaines œuvres parce qu'ils montrent leurs œuvres dans un contexte qui n'est pas du tout celui d'un écran ou d'un musée avec des murs bien blancs des conditions de concentration optimum là c'est on est dans un Ehpad quoi c'est tu accroches quelque chose ça révèle le bordel qui est à côté donc c'est vraiment assez ingrat donc il faut déjà accepter de montrer son œuvre dans ces conditions là avec une température qui est pas la bonne avec des conditions aussi de sécurité qui sont pas celles d'un musée donc trois quarts des choses sont volées il faut le savoir on a exposé un bassin d'une artiste qui s'appelle Lina Bouganim avec qui avait des petites pièces en fait collées c'est un bassin à vœux et en fait toutes les pièces ont été décollées elles ont toutes été volées voilà il y a un bout de chaîne qui a été cassé et on a retrouvé une résidente dans le bassin en train de patauger donc même nous on s'est dit mais en fait on est hyper inconscient elle aurait pu se faire mal et tout donc je pense que l'œuvre on va voir c'est une des seules œuvres qui est en pré en fait qui n'est pas une œuvre qui a été créée in situ mais voilà en fait ça montre la limite du truc cette œuvre là on a voulu la montrer parce qu'avec Lina il y avait tout un projet autour des lieux où se réunissaient les femmes et des lieux justement de rencontres de discussions d'échanges et l'œuvre existait déjà et en fait ça se sent parce que dans le quotidien cette œuvre là elle fonctionne pas forcément les résidents ont pas suivi le procès de réalisation on voit que c'est quelque chose qui a été fait à côté donc voilà donc déjà ça déplace les artistes et après au niveau des résidents et des résidentes il faut que je sois honnête chaque jour est un nouveau jour rien n'est acquis c'est le seul public avec qui je travaille où rien n'est acquis je pense que c'est comme ça il faut l'accepter on est sur le moment présent et c'est tout faut pas avoir l'ambition de demain et en plus c'est terrible à dire mais les gens partent vite donc et aussi bien chez les résidents que dans les équipes donc il y a toujours tout qu'il y a à refaire quoi moi je voudrais dire aussi que le rapport à l'image de l'artiste s'il évolue puisqu'en fait j'ai l'impression qu'il y a une sorte de rapport un peu plus horizontal que si on allait au musée où il ya une œuvre sacralisée mais que finalement on fait ensemble on pratique ensemble on vit une aventure ensemble et et du coup le public va se permettre de faire peut-être des choses qu'il aurait qu'il n'aurait jamais fait dans un musée ça c'est même sûr mais l'artiste aussi va peut-être tenter des pas de côté et du coup là je repense au projet avec l'APJ pour lequel le point de départ c'est les oiseaux la somme qui était un sujet qui intéressait Catherine et du coup elle a découvert que parmi les jeunes il y en a qui étaient passionnés par la nature et et donc il y a eu cette idée de travailler sur les oiseaux sur la somme qui passait juste à proximité de leur lieu de rendez-vous et donc ils sont allés découvrir la somme qui était juste à proximité ils ont découvert du coup peut-être un lieu qu'ils ne connaissaient pas qui était à cinq minutes et qui était un lieu de départ pour leur expérimentation et dans cette aventure ils sont même allés découvrir les ortionnages avec un artiste qui est un chanteur d'oiseaux et qui donc imitait le cri des oiseaux avec eux sur une barque dans les ortionnages et donc voilà il ya un rapport qui est complètement différent à ce qui est de faire œuvre on vit vraiment les choses ensemble et c'est une aventure humaine.
Juste dire un petit mot en fait parce que souvent aussi on parle de la dimension du caractère un peu sacré des espaces dédiés à la création et plus par cet héritage finalement ou le lien en tout cas au musée mais effectivement dès que je pense à des artistes je pensais à une phrase de Bertrand Gaden qui me disait que quand on travaille dans la rue dans l'espace public on n'a plus à faire au même code mais là c'est la même chose en fait c'est qu'on n'a plus du tout à faire aux codes classiques alors avec les risques que ça court sur les questions muséales si je puis dire et mais effectivement comme vous dites c'est une histoire de pas de côté qui est à jouer et nous c'est la même chose sur l'art en lieu alors c'est différent ils reçoivent des œuvres elles sont pas produites pour l'occasion mais c'est des œuvres qui sont montrées dans d'autres configurations et là il faut accepter il faut accepter comme tu le disais tout à l'heure il faut accepter que c'est pas un white cube justement donc c'est d'autres règles d'autres codes qui jouent puis là je pensais dans dans le cadre de du projet qu'on mène c'est que c'est dans leurs espaces et comme je vous disais on a beau arriver en parlant de conservation préventive on le rappelle timidement mais on le rappelle à chaque fois enfin voilà on fait ça de façon feutrée mais au final ils font bien ce qu'ils veulent donc et je voulais dire autre chose et ça m'échappe pas pardon je vais m'arrêter là. L'enjeu c'était aussi qu'il y avait déjà des choses au mur il y avait déjà des reproductions des anciennes ouais des reproductions d'œuvres et des anciennes productions qui avaient été faites avec l'équipe d'animation qu'il ne faut pas justement dénier ils font un travail hallucinant mais qui n'est pas le même que nous donc pas le même pas parce qu'il est mieux ou moins bien mais c'est différent c'est une autre démarche et pas une démarche sur le long cours donc il fallait dealer avec ça avec ces œuvres qui avaient été réalisées sur les quatre saisons avec des collages et des capsules de Nespresso et franchement ça avait sa place mais il fallait que des artistes comme Mimosa Echard soit ok pour mettre son œuvre à côté de ça.
Après il y a eu Bonfrit qui est venu qui a super bien retourné le truc c'est qu'il a récupéré toutes ces reproductions d'œuvres pas les productions des ateliers et il a retravaillé dessus avec les résidents et les résidentes donc ils ont repassé sur ces reproductions de tableaux un peu qu'il appelle lui des croûtes mais ça a permis justement de transformer, d'avoir cette idée de la transformation qui est au coeur de notre projet aussi.
Transformer en gardant ce qui est là au départ et pas le complètement l'annihiler. Ça me fait réagir parce que je pense, c'est une petite anecdote mais je voulais vous la partager, dans les toutes premières éditions il y avait eu des œuvres de François Morellet qui avaient été accrochées dans la boucherie et il se trouve que François Morellet avait dû faire un voyage du côté du centre d'art de Bassivière et avait vu les documents de com.
Il n'était pas allé voir le lieu en lui-même mais il nous avait appelé.
Moi j'étais en vacances à ce moment-là puis je me souviens je rentre de vacances, la directrice m'avait laissé un petit mot il faut absolument que tu rappelles François Morellet avec les numéros de téléphone et comme on n'avait pas pu s'échanger je me disais mince qu'est ce qui s'est passé? J'étais un peu anxieux en appelant et en fait pas du tout il était hyper ravi et il m'a dit j'ai pensé que c'était un homonyme, un artiste local qui s'appelait François Morellet et qui exposait la boucherie et il était hyper intéressé que je lui explique le projet en fait qu'est ce qui se passait et il me disait mais c'est incroyable enfin il avait presque le sentiment que on avait rendu un peu sauvage finalement ses œuvres et ça le touchait beaucoup. Je pense que les artistes ont plutôt, on peut avoir des craintes effectivement à faire tout ça mais en général ils sont plutôt ouverts à ce genre de tentative.
En tout cas ce genre de projet leur offre des espaces qu'ils n'avaient pas forcément imaginés en effet une boucherie Cette photo derrière je la trouvais très bien et là Sibille peut-être sur la manière dont les artistes aussi s'adaptent finalement au public et donc là tu parlais de ces deux chevaux, c'est ça? Parce qu'il y en avait deux qui au début du projet avaient cette appétence.
Peut-être que tu peux poser un petit peu ce moment là, c'est à dire que l'artiste arrive, rencontre un groupe c'est qu'il va travailler une dizaine d'heures avec et doit tout de suite s'adapter dès le début aussi donc est obligé de modeler un petit peu ce qu'il avait prévu. En tout cas comment au moment, peut-être au moment où tu les choisis, parce que t'es pas toute seule pour le choix mais on peut peut-être revenir un peu là-dessus il y a cette question de choix parce que c'est vraiment des missions, des résidences-missions particulières.
Alors effectivement il y a le moment du choix qui est décisif puisque en fait on est un comité avec les différents partenaires institutionnels que sont la DRAC, l'éducation nationale, le département et la ville d'Amiens et donc on fait un appel à projets où il y a eu à peu près une trentaine d'artistes qui répondent pour trois projets et donc à ce moment là c'est vrai qu'on fait déjà un choix sur des artistes qui vont vraiment être capables de s'adapter aux différents publics.
On le sent parce que en général c'est des artistes quand on voit leur leur cv ou leur book, on voit qu'ils ont une capacité à se renouveler et qu'en général ils ont eu beaucoup d'expériences aussi similaires donc on sent déjà qu'ils ont une capacité effectivement à modeler leurs gestes artistiques et puis ils ont leur recherche personnelle mais ils ont aussi la capacité à sortir de ce moment de recherche personnelle pour utiliser des outils, leurs démarches qu'ils ont l'habitude de travailler et faire un pas vers le public mais le public faut aussi un pas vers l'artiste il va vers l'inconnu, un petit peu vers l'artiste et donc effectivement l'artiste s'adapte mais le médiateur aussi crée un moment potentiel où il va connaître aussi un petit peu les contraintes ou les cadres ou les envies de certains publics et donc c'est un peu comme une recette où en fait tu réunis finalement des publics, un artiste et des fois tu vois que ça va le faire et puis on a déjà fait des rencontres et finalement ça n'aboutissait pas et ça arrive que le gâteau ne prenne pas mais c'est vrai qu'au fur et à mesure du temps il y a quand même une confiance qui se met en place et même si les partenaires restent, les publics changent donc il y a aussi des artistes qui changent, des projets qui changent et on n'est jamais garanti de ce qui va se passer mais c'est effectivement le but de ces résidences là c'est d'initier un geste artistique, d'initier finalement un processus, une démarche, de faire des choses ensemble, de découvrir aussi l'univers artistique de l'artiste qui intervient donc c'est pour ça que si on peut avoir un moment où l'artiste va pouvoir exposer par exemple son travail comme l'avait fait Catherine Duverger l'année dernière à la Maison de l'Architecture qui est juste à côté et les publics pouvaient se déplacer là-bas, aller découvrir son travail il y avait aussi un moment d'atelier où ils pouvaient faire des briques, on les voyait tout à l'heure, les briques en papier et donc il y avait vraiment un moment d'expérimentation où on réalisait, donc ça c'était Habitat Humanisme qui était venu donc ils réalisaient des briques dans leur institution, ils étaient venus aussi faire des constructions là-bas mais voilà c'est jamais garantie, on sait jamais ce qui va se passer mais c'est le but des résidences Missy en fait c'est vraiment d'expérimenter et de prendre un chemin ensemble. Oui le but finalement c'est qu'il y ait une rencontre qui se fait, quelque chose qui se passe un temps et s'il y a une production ou pas à la fin c'est..
En tout cas il y a de la production mais en tout cas on va pas forcément la montrer mais il y a quand même des choses qui se font en spectacle vivant ou en art plastique, on pratique, on fait mais il n'y a pas forcément l'idée d'une restitution, d'un objet fini qu'on va devoir faire pour une exposition et dans ce cas là il y a forcément une pression supplémentaire, c'est comme quand on était à l'école et qu'on devait préparer la fête de fin d'année, c'est pas du tout la même que de faire un atelier juste pour le plaisir sans qu'il y ait forcément un objectif au bout. Même si effectivement dans le processus artistique il peut y avoir un moment de monstration qui est quand même important pour montrer son travail et partager son travail avec le public.
Nous les conditions sont déjà assez rédhibitoires pour que l'artiste vienne, il a envie quoi, parce que c'est travailler dans un EHPAD avec, je vous le cache pas, un budget qui est très restreint donc tous les artistes ont le même cachet, la même somme de production qu'il soit Mimosa Echard ou un étudiant de l'école d'art. Donc ça il y a vraiment un principe comme ça d'horizontalité entre les différents artistes et puis après nous on part des besoins des résidents et des résidentes donc en fait on a ce premier état des lieux et en fonction de ce que vont nous demander les résidents et les résidentes on va cibler des artistes qui peuvent répondre à cette demande.
Alors me vient la question de la mobilité des publics, on l'a un peu évoqué quand même, c'est-à-dire que oui on est sur du hors les murs mais il y a aussi la question de savoir à quel moment il y a cet échange qui se fait où le public revient, enfin vient en tout cas soit dans les expositions proposées par les artistes soit dans les murs si vous en avez ou est-ce que finalement il y a aussi des échanges entre les différents lieux d'exposition dans le village, enfin est-ce que vous avez vu que ça a.. donc il y a eu des moments où les résidents ont pu sortir de l'EHPAD, c'est vraiment très organisé on va dire qu'ils sont de toute façon pas tellement libres de pouvoir..
non ils peuvent pas sortir de l'EHPAD librement, ils se sont organisés mais il y a eu cette visite là j'avais très peur, c'est marrant parce que j'étais très anxieuse j'avais peur de leurs remarques de leurs critiques et en fait ça s'est super bien passé, c'était pour une exposition sur la thématique du vent où il y avait essentiellement des installations immersives avec très peu de choses, très minimales, je me suis dit mais ils vont me détester et en fait je pense que rien que le fait de sortir, de retrouver une activité, de rencontrer d'autres gens, de sortir du collectif, j'étais hyper content alors on sort après en petits nombres, ils sont cinq, c'est ça aussi le luxe du projet on ne l'a pas précisé mais c'est que l'artiste peut travailler avec une personne ou avec dix, c'est lui qui choisit, il peut soit travailler en chambre ou soit avec.. voilà il n'y a pas de quotas de bénéficiaires entre guillemets, j'aime pas trop ce terme là mais donc voilà nous je le disais au début de notre échange c'est l'intérêt c'est qu'ils redeviennent, qu'ils se remettent en mouvement donc qu'ils fréquentent aussi après grâce à des partenariats l'opéra, le CDCN qu'ils aillent voir des spectacles de danse, qu'ils aient envie de découvrir plus que ce qu'il y a nous, c'est marrant parce que le hors des murs c'est vraiment là pour le coup une porte d'entrée quoi, vers autre chose, vers une fréquentation des lieux de culture.
Je veux bien un petit mot parce que nous on a été habile, c'est qu'on a fait un projet où à l'échelle du village c'est hyper difficile de ne pas aller dans les autres lieux parce que c'est chez le garagiste donc il ne faut pas avoir de problème avec sa voiture. Il y en a chez le proxy donc la petite supérette, chez le boucher, tous les lieux qui font la vie locale donc alors ça n'a pas été fait pour qu'ils fréquentent nécessairement les œuvres mais c'est incontournable finalement et ça fait vraiment partie, c'était un des enjeux du projet, c'est vraiment de participer à la, de générer, de contribuer à cette communauté finalement.
Alors ça c'est pour l'échelle du village et après ça c'était quelque chose qu'on a fortement développé, c'était sur les premières éditions c'était simplement des gens qui choisissaient dans la collection puis très vite on s'est dit mais fin il faut aller au delà de ça parce que sinon on va vite épuiser les gens et finalement rien ne ressemble plus à la diversité que la diversité donc on a associé le centre d'art et pour associer les médiateurs du centre d'art moi je leur demandais de choisir le thème de l'exposition puis après c'est quelque chose qui s'est fait entre nous en équipe au fil des ans du coup il y a une thématique commune et enfin je dis une thématique, un axe, une orientation commune qui fait que quand on n'est pas de Royer de Vassivière on pourrait avoir envie de voir cette exposition là à l'échelle d'un village donc à être effectivement dans des lieux insolites et inhabituels et ça c'était effectivement aussi pour toucher les gens qui sont en vacances à proximité et puis moi ce qui m'intéressait beaucoup c'était tout à l'heure on voyait la boucherie par exemple avec une œuvre de Sonia Delaunay c'est qu'est ce qui se passe quand on vient faire on est amateur d'art finalement on vient d'une autre région et puis on découvre une œuvre où on s'y attend absolument pas, je dis celle-ci ou ça pourrait être une autre un peu importe mais oui qu'est ce qui peut se jouer quand on découvre une œuvre dans un lieu où on s'y attend pas et inversement ce qui m'intéressait c'était quand on est client de la boucherie qu'est ce qui se passe quand d'un seul coup il y a quelque chose qui vient faire enfin qui émerge dans un espace que vous connaissez bien et toutes les interrogations que vous êtes amenés à vous poser il se trouve que justement la figure qui fait le lien c'est l'hôte de l'œuvre là en l'occurrence par exemple la bouchère et alors avant de vous laisser la parole pour poser les questions j'en avais une dernière mais qui sera pour tous les trois c'est finalement pourquoi on fait ça, la question qu'on s'est posée finalement pourquoi et pour qui et surtout pour qui ne pas perdre de vue cette question peut-être presque conclure on va dire sur cette question là parce qu'après on prendra les votes de questions et on continuera bien sûr d'échanger.
Moi je me pose encore je me pose tous les jours la question parce qu'on est dans l'ordre on l'a dit tout à l'heure de la sphère intime du domestique même si on travaille essentiellement pour le moment sur les espaces communs dès lors on infiltre les couloirs on a accès aux chambres on a accès à l'intimité des gens donc oui je pense que c'est pour ça qu'il faut être vraiment dans la subtilité par avec ses gros sabots et sa vision de l'art et de ce qui est bien pas bien c'est pour ça que nous en fait on passe par des œuvres quasiment qui répondent à des demandes à des besoins qui ont un usage on l'a vu tout à l'heure il y avait un papier peint qui a été réalisé par Camille Chastan dans le réfectoire c'était une demande en fait des dames qui font l'office elles font des petits bouquets de fleurs tous les jours sur les tables et elles avaient envie d'embellir leur réfectoire et on a fait un atelier avec Camille Chastan où ils ont travaillé sur le symbole de la fleur et on a fait un grand papier peint pour ce lieu là voilà on a aussi quoi d'autre on a en ce moment Fabienne Giberbourgois qui va faire des couchettes pour les chats de l'EHPAD mais voilà donc on répond quand même toujours à une demande c'est on n'est pas déconnecté on fait super attention à ça il y a toujours Bonnefric qui dans le hall d'accueil a transformé des colonnes en pseudo colonne de Buren mal faite ça a suscité plein de discussions de mais voilà là je me disais on est quand même faut faire attention de pas imposer un truc parce qu'ils vivent avec après eux ils se lèvent avec et c'est pas juste une blague en fait faut faire super attention effectivement je suis d'accord avec toi qu'on se pose souvent la question de pourquoi on fait ça et quelquefois on a des réactions du public sur lesquelles on on sent qu'il faut faire et effectivement très attention et en même temps le pour moi c'est vrai que c'est très important d'avoir le retour du public et à la fois du public professionnel on va dire les partenariats qui ont travaillé mais aussi le avoir des retours du public bénéficiaire et c'est vrai que quand on travaille aussi avec des jeunes par exemple de coalia qui est donc une association qui accueille des jeunes migrants isolés et c'est vrai que quand on voit l'impact que ça peut avoir pour eux dans en termes aussi de vivre ensemble de faire communauté ça donne beaucoup de sens en fait à nos métiers et en sortir par une pirouette je vais juste dire mais pourquoi on le ferait pas en vrai je sais pas du tout moi je peux pas répondre à cette question là j'ai aucune idée de pourquoi on fait ça pourquoi moi à titre personnel je le fais mais mais si je le faisais pas je serais malheureux je crois alors est-ce qu'il y a des questions il nous reste 25 minutes donc on a le temps et vous voulez justement garder ce temps pour que vous puissiez poser les questions que vous aviez en tête bonjour julie lamier du fond d'art contemporain par les collections j'ai une question pour olivier vaudet du coup concrètement comment vous faites pour accrocher des œuvres dans des lieux aussi impauvrables que chez un garagiste où c'est un boucher techniquement pardon ils acceptent est-ce qu'ils acceptent les trous dans les murs ouais alors c'était compliqué c'est à dire que des fois non on accepte les trous dans les murs ça jamais été vraiment enfin c'est ça devient un problème désormais même ça ne l'a jamais été au départ c'est un paradoxe je pense chez le boucher par exemple ce qui était difficile c'était le mur c'était du placo et du placo pas peint donc c'est sympa mais ça faisait pas fini quoi et il a fallu au début assumer une année le placo pas peint la deuxième année c'est des bénévoles en fait du village qui sont allés peindre son mur et puis une fois que son mur a été peint d'année en année c'est là où il a plus fallu faire de trou parce que c'était hyper beau son mur bien peint donc on tend des câbles on se débrouille non on a la chance d'avoir des gens à la régie qui sont hyper hyper inventifs et qui trouvent des solutions non non en vrai ça pas ça pas été le fait même d'accrocher n'est pas n'est pas compliqué le plus compliqué c'est de trouver où en fait à chaque fois donc bien évidemment vous vous doutez c'est pas dans l'espace où les véhicules c'est dans son le bureau en gros quand vous allez payer votre facture vous découvrez l'œuvre non je crois pas que j'en ai mis chez le boucher chez vous et là c'est chez la coiffeuse par exemple alors chez la coiffeuse si c'est un bon exemple il y a un trou là vous avez c'est pour ça qu'il est alors il est volontairement un petit peu haut là c'est une peinture d'anne brégeau c'est qu'elle a un petit on fait attention à tout ça justement à leur manière d'être et de vivre etc elle a un tout petit un tout petit chariot où il y a tous ses produits d'entretien et qui à peu près à la hauteur de ce que vous voyez sur le petit muret donc c'est comment finalement elle peut vivre au quotidien avec l'œuvre sans avoir à la taper sans avoir à l'endommager quitte à ce qu'elle se soit un petit peu haut c'est du dialogue et c'est ça qui est intéressant aussi un c'est d'années fin et puis l'œuvre ils l'ont c'est une œuvre qu'ils ont choisi un c'est pas nous qui la choisissons pour eux donc une fois qu'ils l'ont choisi ils ont envie de la voir ils ont envie de la montrer et de la partager et ça je pense que ça facilite beaucoup de choses en fait oui sylvia girel sociologue moi je vous remercie vraiment pour vos interventions c'était extraordinaire et alors vous illustrez mais parfaitement les enquêtes qu'on essaie de conduire et les résultats qu'on essaie de produire en ce moment alors nous on parle de il y a vraiment un tournant on trouve dans l'approche des publics et la manière de les travailler les aborder avec une sorte de moindre exigence aussi dans ce qu'on attend des publics et dans la manière de vouloir les conduire à être confrontés à l'art alors moi je parle de l'on parle beaucoup de liberté de création dans les mondes de la création moi je parle de liberté de réception et j'ai retrouvé ça dans ce que vous disiez avec aussi cette volonté de pas toujours aller vers l'expérience réussie de contemplation esthétique accepter le ratage accepter que ce soit pas comme on s'attendait donc ça je trouve que c'est vraiment vraiment très intéressant et ça fait écho à deux journées qui vont bientôt être en ligne qu'on a organisé récemment à marseille sur le soin dans les arts visuels et qui réunissait des artistes des soignants des publics valides pas valides handicapés enfin vraiment des sociologues différents chercheurs et c'était extrêmement intéressant et c'est peut-être la petite question que j'aurai à vous poser donc ce sera en ligne et vous verrez c'était passionnant parce que chacun parlait avec ses failles ses faiblesses ses forces mais montrer comment chacun allait chercher un public des publics mais ça peut-être ma question on était aussi chacun dans ces journées et aujourd'hui pareil on est aussi des publics en fait et moi j'aimerais bien savoir un peu les uns et les autres ce que ça change vous dans votre manière d'être public de faire ces actions et est-ce que c'est une question que vous posez moi ce qui est sûr c'est que ça m'a mis en fragilité dès le début et je pense que c'est intéressant de revoir après quoi de moi ça fait 20 ans que je suis à la collection et ça m'a permis d'appréhender ma manière de transmettre autrement je suis arrivé dans ce milieu là qui est quand même assez déstabilisant qui me questionne sur mes propres parents avec des personnes qui n'avaient pas intérêt pour les mêmes formes que moi et oui ça m'a pris à développer un sens de l'écoute qui était encore plus grand qu'avant je pense de la part des résidents et des soignants et puis aussi à être sur le moment présent ça fait peut-être un peu cliché de dire ça mais à me dire que rien n'est acquis et qu'à chaque fois il faut recommencer autrement aussi parce que voilà avec ce réseau d'Ehpad on voit très bien qu'en fait les choses qui fonctionnent à un endroit ne fonctionnent pas à l'autre donc c'est justement pas fonctionner avec des méthodologies toutes faites et les appliquer comme ça selon les typologies de public oui c'est ce que j'ai trouvé remarquable c'est que dans tous vos projets ce qu'on voit beaucoup et nous on travaille beaucoup là dessus à l'observatoire c'est des événements des dispositifs qui sont pas forcément spectaculaires grandioses mais à un moment à un endroit et ajusté à un type de public moi j'ai pensé aussi à un projet sur lequel on travaille c'est toute la lumière sur les secpas avec des classes de secpas et je sais qu'à un moment donné on s'est un peu battu avec l'observatoire et les porteurs du projet qui voulaient notamment côté rectorat éducation artistique et culturelle étendre le projet à toutes les classes et on dit non surtout pas c'est le leur et ça marche bien avec eux c'est des projets sur le long terme qui durent toute l'année et j'ai retrouvé ça aussi dans ce que vous présentiez de faire des choses qui sont forcément dans un temps long il faut prendre son temps mais en même temps pas nécessairement à développer à déployer à démultiplier on marche en système de réseau quand même mais on n'a pas de prérogatives ou de tips qu'on va appliquer à chaque fois quand on arrive dans un Ehpad déjà dans chaque Ehpad il y a un partenaire culturel qui est différent pour Bruxelles c'est un théâtre donc ils vont pas avoir les mêmes ressources donc on s'adapte à chaque fois en fonction des équipes et des partenaires. Je sais qu'on a été énormément sollicité notamment Catherine Texier était beaucoup sollicité sur le fait que c'était d'autres communes d'autres lieux en fait qui avait envie de du même type d'expérience et on disait bah non c'était fait pour voyir de vacilières si on invente quelque chose enfin on invente avec toute l'humilité qu'il y a à avoir sur tout ça finalement ce qu'on pense avoir inventé il y a toujours quelqu'un qui l'a fait avant vous mais l'idée c'est de construire quelque chose ensemble en tout cas et donc du coup nécessairement autre chose et c'est vrai qu'on en parlait entre nous et qu'on se disait que c'était hyper important pour nous tous de ne pas arriver avec des modèles on modélise pas quelque chose en fait et on modélise pas parce que c'est pas possible c'est surtout ça sinon on le ferait mais on modélise pas parce que finalement c'est la nature même de la rencontre avec l'autre qui par définition va être différente et du coup c'est ça qui nous intéresse oui et puis je pense qu'on développe une énorme curiosité envers les différents partenaires et les d'autres projets qu'on peut rencontrer ailleurs sur le territoire en gardant l'idée tiens on veut regarder comment ça se passe ailleurs donc on débranche jamais tout à fait quand on part en voyage ou en vacances mais en même temps on sait que c'est difficilement adaptable forcément sur notre territoire c'est toujours intéressant de voir comment font les autres mais c'est vrai qu'après il y a des spécificités à chaque fois c'est aussi pour répondre à une partie de votre question je suis pas certain ou alors je m'en rends pas compte je sais pas où ça me change en tant que public par contre ça me change dans mon approche professionnelle ça veut dire que ça me déplace hyper souvent et alors quand ça vous déplace là où vous avez envie d'aller c'est ça se passe bien mais des fois c'est à l'inverse c'est que vous prenez aussi un peu des coups des fois c'est pas si simple que ça et à Royer de Vassivière c'est un public assez difficile moi j'étais les premières années je me disais ça marche pas du tout en fait puis c'est la personne bénévole qui les connaît tous qui me disait mais si olivier et si ça marchait pas il te le dirait donc voilà et parce que moi je les voyais pas s'enthousiasmer je les voyais pas sauter au plafond et je me disais bah voilà finalement ça n'aura pas tant plus que ça ça n'a pas été une expérience et c'est l'inverse je me disais non c'est si si vous arrêtez là ils vont pas être contents moi j'avais une question Clémence Renaud charge de projet pour le musée mobile c'était par rapport à ce que vous donniez à voir au public qui avait pas forcément particié pour le projet alors je parle donc à la fois pour vous olivier et tiffany donc je vois le les œuvres qui sont exposées donc dans la boucherie boulangerie etc vous nous avez dit que les professionnels étaient un peu des médiateurs relais est ce qu'il ya d'autres formes de médiation enfin bon des cartels pas forcément mais qu'est ce qui reste et comment on explique voilà le projet à tout un chacun et dans les EHPAD du coup ça peut être les familles j'imagine ou d'autres habitants qui viennent quoi voilà nous on propose des visites deux fois par mois mais au public pas seulement les familles donc c'est ça crée aussi de nouveaux croisements assez inattendu il ya des gens l'extérieur qui n'ont pas forcément un membre de leur famille à l'EPHAD qui viennent visiter le centre d'art par exemple à Bruxelles les résidents les résidents sont beaucoup plus jeunes donc il y en a certains qui font toutes les visites guidées nous c'est pas possible avignon c'est beaucoup de personnes en fauteuil coquille qui sont très abîmés donc ce sont des médiateurs de la collection lambert qui viennent faire les visites ou des soignants voilà où l'équipe d'animation de l'EPHAD mais les résidents alors il ya ils ont une pratique mais ils ont du mal à se déplacer donc c'est plus compliqué pour eux de faire tout un parcours guidé alors quand vous juste pour que tout le monde ça soit clair pour tout le monde quand on parlait de professionnels c'est les gens qui accueillent les œuvres c'est pas des professionnels de l'art contemporain mais c'est les professionnels un garagiste la coiffeuse etc et effectivement c'est eux qui qui sont médiateurs et comme je vous disais j'avais des homologues à l'époque qui vivait très mal le fait que finalement on laisse tout un chacun s'exprimer moi j'étais pas d'accord avec ça mais j'ai voulu le prendre en compte je me suis dit faut aussi l'entendre c'est à dire qu'il ya des gens qui sont pas à l'aise avec le la parole libre donc ce qu'on a fait je me suis retrouvé à le faire tout seul ce que j'ai fait à l'époque c'était un livret avec des notices très fines là où d'ailleurs on met je sais que on est on est très attentif à la langue aux lexiques utilisés mais à l'époque on moi ça m'était égal que ça soit des textes un peu plus complexe un peu plus élaboré parce que je me disais de toute façon c'est les gens qui sont amateurs de ça qui vont les prendre et ce qui était important c'est que ce livret réunissait tous les œuvres exposées les différentes démarches d'artistes et puis un plan et il était remis gratuitement à l'office de tourisme et je vous dis ça parce que c'était ça c'est quelque chose qui est très très très important pour moi parce que j'avais vu justement une fois le le boucher lire un des cartels et puis au moment il a lu cartel c'était fini il parlait plus il s'était fermé il était hyper mal et j'ai senti à ce malaise tellement profond que je me suis dit ben là on lui a fait violence en fait et moi je pense qu'en lisant une littérature notre jargon finalement il s'y est pas retrouvé et je pense que ça l'a mis face à toutes les difficultés toutes les contraintes donc c'était important que ce livret il soit pas à côté de lui en permanence et que finalement le premier lien qu'on ait c'était le texte et puis sa parole ensuite et finalement ben il les ouvrait pas il les ouvrait pas les professionnels qui étaient pas à l'aise c'est simplement qu'ils les ouvraient pas et c'était plus simple peut-être qu'il y a d'autres façons et puis sinon oui on fait toujours un temps de rencontre on associe la radio aussi donc il y a des émissions de radio les collègues ont fait des podcasts des vidéos aussi moi l'année dernière j'ai aussi expérimenté et comme on le disait quand on expérimente on n'est pas certain du résultat mais de faire à l'échelle du village ça faisait très longtemps qu'on avait parlé de ça avec un collègue et ami de faire un arpentage vous savez comme ça se fait en littérature et donc ces expériences tirées de l'éducation populaire où finalement à plusieurs on prend un livre et on se le partage et là on a fait un atelier d'arpentage de l'exposition où quelques personnes allaient à la boucherie et on échangeait tous ensemble et on parlait d'exposition et moi je leur avais surtout pas dit vous interrogez bien l'hôte de l'œuvre et finalement ils avaient tous fait ça et ils nous parlaient tous à la fois ils parlaient du lieu de la personne et des œuvres donc c'était formidable et après on multiplie plein plein plein il ya plein de petites choses mais c'est jamais forcément les mêmes chaque année donc je veux pas trop monopoliser la parole bonjour merci pour votre partage c'était super je m'appelle Elia de Cour, je suis responsable du service des publics au musée d'art moderne et d'art contemporain de Nice qui est fermé actuellement donc on déploie une programmation hors les murs et à côté de ça je suis co-directrice d'une association qui s'appelle entre deux qui propose des projets dans des espaces non dévolus à l'art et depuis deux ans on fait donc un programme culturel dans un EHPAD avec à la fois une résidence par mois d'une semaine et une programmation de spectacles vivants Camille Chastan est venue chez nous il y a un an et demi à peu près et donc ma question c'était plus sur la mobilisation des publics parce que nous on l'a vu vraiment vu que c'est une action qu'on fait tous les mois on sait que les résidents sont là à leur échelle ils participent comme ils peuvent et en tout cas ils attendent avec impatience ce rendez-vous là autant on n'arrive pas du tout à mobiliser les publics extérieurs alors qu'il y a vraiment cette volonté de l'EHPAD d'ouvrir sur le quartier là il y a un bistro qui est en train d'être monté dans l'EHPAD pour aussi voilà vraiment faire vivre le lieu donc il y a vraiment cette volonté de notre part aussi et c'est vrai que pour l'instant on n'y arrive pas très bien donc je sais pas votre votre retour d'expérience par rapport à ça m'intéresse.
Ah non c'est la même chose et nous ce qui est trop triste c'est qu'on a aussi beaucoup de mal à mobiliser les familles on a créé des parcours de visite et des ateliers pendant les journées du patrimoine et en fait il y avait zéro famille donc il y avait des gens de l'extérieur mais il y avait très peu de familles donc après on fait aussi pour les résidents et les résidentes mais c'est très difficile en plus nous il est extramuraux s'il est vraiment dans une zone commerciale triste à mourir donc c'est difficile mais ça demande du temps je pense que peu à peu les gens prennent connaissance du projet alors nous pour l'inauguration on a fait venir par contre la planète entière parce qu'il y avait le festival d'Avignon donc il y avait des comédiens c'était hyper joyeux mais au quotidien c'est plus compliqué non non c'est un travail qui demande du temps il y a plus de questions j'avais une dernière pour Tibi justement sur ce qui peut-être sur ce qui reste à la fin de ces actions j'imagine que les quelle trace est gardée par les personnes qui ont participé à tout ça et donc là ça fait trois ans que c'est mis en place donc c'est peut-être aussi un peu un peu court pour voir s'il y a déjà des habitudes qui vont se créer ou voilà mais comment tu.. qu'est-ce qui garde est-ce qu'il garde quelque chose et et voilà alors effectivement déjà ça dépend du style d'artiste en art visuel souvent on peut quand même avoir une trace papier il se trouve que puisqu'on a eu la chance de travailler deux fois avec des photographes ou des artistes plasticiens il y a eu des livrets qui étaient faits par les artistes et qui du coup en donnant un exemplaire à chaque participant donc c'est une forme de restitution quand même du travail qui avait été fait avec des photos des textes il y en a qui peut diffuser qu'on va donner à des partenaires mais en tout cas on ne les diffuse pas à une grande échelle d'ailleurs parce que par respect pour l'image pour les personnes notamment quand on travaillait avec la PGJ par exemple il y a un endroit à l'image à respecter donc voilà ça reste des traces mais c'est vrai qu'on les diffuse pas trop à l'extérieur c'est quelque chose auquel on pense mais ça reste aussi très sensible pour les personnes qui l'ont fait mais peut-être moins pour l'extérieur et sinon en termes d'impact à long terme pour les publics on pense que c'est les publics qui sont un peu plus mobiles parce qu'ils se seront déplacés par exemple pour aller voir l'artiste dans ses lieux d'exposition où on sait qu'il y a des publics qui sont allés à Lille ou ailleurs pour pour assister à des spectacles par exemple la compagnie racine carré qui est intervenue l'année dernière ils reviennent demain dans le cas des assises non pardon après demain et donc on sait qu'il y a des publics qui reviennent les voir donc là quand même c'est dire qu'il y a une bonne relation qui s'est créée et qu'il y a quelque chose qui continue on sait aussi qu'il y a des rebonds de projets donc des rebonds artistiques ou des artistes ont réussi à créer des liens avec des structures et on pense qu'il va y avoir des projets qui vont perdurer on ne sait pas encore sous quelle forme c'est vrai que c'est du temps long et sinon forcément il y a des relations avec les partenaires aussi des relations de confiance qui se créent ou même si par exemple une personne change de structure elle nous recontacte pour continuer à travailler avec nous donc là c'est qu'il y a quand même une belle une belle relation qui s'est créée en tout cas avec les personnes c'est le désir surtout quoi la trace de tous ces projets là c'est qu'il y a un désir qui a été là à un moment qui se manifestera sous d'autres formes et ça on a réactivé quelque chose et ça ça remet du mouvement comme je disais au début pense que c'est ça la trace de ces projets là c'est pas une œuvre d'art c'est le désir comme on disait alors nous à proprement parler on ne fait pas de traces sur ce projet là mais moi ça fait des années du coup je lance un peu l'appel moi je me dis c'est une matière incroyable pour quelqu'un qui fera un master en médiation d'étudier tout ça avant et je me disais en plus là j'ai eu peine à remettre le lien dans les archives il y en a qui voilà c'était l'occasion de les rassembler mais je me disais à un moment on peut perdre aussi ce souvenir et puis moi c'est pas souvent qu'on reste si longtemps dans une structure mais j'ai la chance d'avoir pu vivre les 21 années d'expérience et je vois bien quand il y a de nouveaux collègues qui sont arrivés et finalement je me disais mais le jour où je m'en vais les choses continueraient elles existeraient etc mais il faudrait recommencer finalement donc mais alors du point de vue des publics c'est toujours très difficile à mesurer moi j'ai juste eu la chance une fois c'était le garagiste jérôme morira si c'est quelqu'un qui parle absolument pas qui n'a pas envie de nous parler des œuvres en tout cas nous professionnels il n'est pas à l'aise du tout avec ça et une fois c'était il y avait france télévision qui était venu et qui a fait un petit documentaire ils sont restés assez longtemps ils ont pris le temps ce qui n'est pas toujours le cas et là ils ont vraiment pris le temps de rencontrer les gens et là il moi je l'ai vu parler des œuvres comme je l'avais jamais entendu parler des œuvres et il disait qu'il la dernière fois qu'il avait vu une œuvre en dehors de ce projet là c'était quand il était à l'école et qu'il n'y avait jamais plus il avait fréquenté un musée et qu'aujourd'hui il y avait à peu près 17-18 œuvres qu'il connaissait parfaitement bien et il parlait après de d'Hervinebourg mais il reparlait de Patrick Tozani et tout ça c'est les œuvres qu'il a eues chez lui et c'est bonjour Alice Lebé au FRAC Grand Large à Dunkerque c'est plus une réaction par rapport à ce que vous avez répondu tous là justement à la notion de trace et ça me fait penser au travail de Clémence avec le MUMO où nous avions conçu des audio, des capsules sonores justement de personnes issues de milieux ruraux par rapport à leurs réactions face à un choix d'œuvres qu'eux et elles ont même sélectionné et ont justifié ensuite et je sais pas si cette notion du visuel ou en tout cas plus de l'audio de la capsule sonore peut être intéressante mais il y a ce rapport au contact de la discussion où vous avez justement dit dès lors que la télévision est arrivée il a développé un discours.
C'est surtout au moment où nous n'étions pas là. La télévision c'était difficile je pense pour lui c'est qu'ils ont pris le temps mais c'était du moment où nous les professionnels de l'art n'étions pas là et je pense qu'il se sentait pas légitime de parler devant nous en fait mais vous faites bien de dire parce que ça me permet de rectifier c'est parce que je n'ai pas travaillé sur les podcasts que je les ai honteusement oubliés mais j'ai une collègue qui a fait des podcasts et qui a recueilli la parole effectivement et ça c'est des choses qu'on n'a fait pas ailleurs et c'est vrai que moi j'ai tendance quand j'ai fait quelque chose ailleurs je veux faire autre chose là mais effectivement ça a déjà été fait et puis c'est merveilleux effectivement quand on arrive à récolter comme ça la parole direct des usagers.
Nous on a nos élèves de la micro-école parce qu'on a un dispositif public au sein du musée qui accueille des enfants décrochage scolaire ils viennent toutes les semaines rencontrer les anciens et les anciennes de la maison paisible et ils font aussi des podcasts avec eux et ils traitent les grands sujets philosophiques l'amour la jeunesse le yes et ils recueillent aussi leurs impressions par rapport aux changements en transformation du projet voilà.
On a aussi une compagnie de théâtre qui avait été suivie par la Draco de France qui a donc fait une capsule vidéo je pense maintenant sur le projet il y a deux ans et en plus cette compagnie-là récoltait des récits autour du tissu donc eux-mêmes utilisent le matériel qu'ils récoltent à l'occasion des résidences pour le transformer le digérer en faire quelque chose donc il y avait aussi des formes de restitution finalement là dedans. Merci, bonsoir, bonjour je vais essayer d'être courte pour ne pas faire durer trop longtemps Laura Bouvard, je travaille au musée Vert c'est un musée d'art contemporain varié niché dans la Vénoie dans le nord du département j'ai été assez marquée je pense j'entendais aussi derrière moi la question du temps et du temps long qui est revenu beaucoup dans la présentation de vos projets y compris ce matin aussi et donc je me demandais comment auprès d'une équipe auprès d'une direction auprès des élus on arrive à défendre des projets qui prennent du temps surtout dans la société dans laquelle on vit qui est en perpétuel changement où il y a une accélération du temps on court après les appels à projets où les expositions changent tous les trois mois tous les six mois donc voilà quel est votre secret de longévité? Moi ça a été un combat avec l'administration pas avec la direction parce que pour eux j'en oubliais les fondamentaux du musée c'est à dire le socle les visites guidées les ateliers alors après je suis plus sûre qu'il y a des médiateurs qui sont sur le terrain mais il y avait un besoin de que je sois là au musée et pas toutes les semaines là bas et on m'a proposé à un moment de cibler une ou un volontaire en service civique à l'EHPAD et en fait il a suffi qu'ils viennent une journée pour comprendre que ce n'était pas possible on peut pas mettre une personne qui est en en césure ou qui est en demande de formation dans un lieu pareil ce serait irrespectueux pour il ou elle et j'ai réussi à défendre la chose jusqu'à la fin et ils ont compris maintenant c'est comme ça c'est pas autrement après j'ai l'avantage d'être là depuis vingt ans et on fait confiance mais c'est vrai que sur un point de vue équipe organisation et voilà ça posait des problèmes au départ même le fait que j'y aille sans rien produire juste pour discuter mais c'était nécessaire je le regrette pas parce que le projet n'aurait pas fonctionné et puis après il y a eu des temps forts de restitution où ils ont pu voir l'exigence du projet donc j'ai en quelque sorte fait mes preuves au départ les deux premières années j'ai rien produit en plus ce qui est fou c'est que on n'a eu que des artistes des chorégraphes qui venaient travailler sur le geste donc il n'y avait rien de matériel et les gens me disaient mais qu'est ce que tu fais là bas toute la journée on n'y a rien on voit rien donc c'était même moi au moment de il y a eu un moment où j'étais un peu anxieuse parce que je me disais mais le projet n'arrive pas à émerger même même pour les cadres c'était compliqué de comprendre ce qu'on faisait parce que c'était des toutes petites choses invisibles mais oui moi j'œuvre vraiment pour l'immatériel donc je pense que c'est c'est pour ça que je parlais avant tout de rencontres de liens pour moi c'est ça le coeur de mon métier c'est rien d'autre c'est je te rejoins tout à fait sur les difficultés à mettre en œuvre effectivement dans une équipe après à Amiens métropole voilà on a comme une volonté politique et une confiance moi de la direction qui qui connaît les projets d'éducation artistique donc sébastien hauchard qui était là ce matin connaît quand même les pendants les aboutissants la dynamique donc là dessus déjà c'est hyper important d'avoir cette confiance là du coup je vais pas forcément aller plus loin que ce que tu viens de dire mais je reviendrai aussi à l'artiste pour lequel ce temps de quatre mois est quand même aussi extrêmement long parce que c'est à dire que pendant ces quatre mois là il n'a pas forcément du temps pour faire la création ni la vie personnelle est quand même peut-être mis quand même entre parenthèses puisque il est comme déraciné du territoire en général on est quand même des artistes qui viennent d'assez loin et et donc ce temps aussi est très important pour les artistes moi je crois que c'est effectivement quelque chose qu'il faut défendre en tout cas dans un premier temps et mais je trouve ça naturel en même temps parce que ça va pas de soi donc il faut l'argumenter il faut y aller même si on nous dit de pas y aller moi on me disait souvent que j'étais très bavard et que je tenais à rappeler à chaque fois oui je suis bavard mais pas pour rien il y a toujours le voilà et très vite j'ai eu la chance que Catherine me fasse confiance et parce qu'elle a aussi vu ce qui se produisait et puis on partage je la cite une philosophie de projet commune donc ça aide et puis par ailleurs je pensais autour de l'art en très vite elle a essayé de promouvoir l'idée que fréquenter des œuvres pouvait relever aussi d'une pratique amateur on est très à l'aise avec le fait qu'effectivement faire de manipuler plastiquement relève d'une pratique amateur mais beaucoup moins quand il s'agit effectivement simplement du temps passé en présence ou avec les œuvres donc ça ça fallait citer des projets comme ça et je pensais par ailleurs il y a eu des projets qui ont d'autres projets qui ont émergé type les apprentis collectionneurs chez nous que tu as beaucoup porté aussi donc voilà ça a permis des enfin c'est je pense que c'est mais c'est toute la difficulté de la faire effectivement c'est que c'est aussi une relation d'échange entre direction et des élus etc et sur le territoire de Nouvelle-Aquitaine et avant limousin ce que j'ai que j'ai je ne viens pas du limousin donc je ne suis pas chauvin comme les limousins mais pour autant je tiens à moi j'ai été surpris de l'attention qu'on avait ultra bienveillante des conseillers pour les arts plastiques ou conseillères pour les arts plastiques des gens au même au sein du rectorat etc donc je crois que c'est un aussi c'est un territoire où si vous travaillez pas en partenariat il se passe rien donc peut-être c'est ça mais voilà vous voyez des choses qui sont précieuses et quand c'est compliqué ben je pense qu'il faut quand même essayer puis c'est trop douloureux il faut arrêter ou aller ailleurs.
Merci à vous quatre je crois qu'il est temps de conclure merci beaucoup pour votre votre échange pour cette belle discussion.
Vidéo de la conclusion de la journée
Avec la participation de Marie Dernoncourt, coordinatrice générale du BLA!, Lisa Eymet, responsable médiation culturelle et Antinéa Garnier, cheffe de service des ressources professionnelles au Centre national des arts plastiques.
Arrive le temps de la conclusion, avant de vous retrouver tous et toutes, on l'espère, au Frac Picardie pour terminer cette journée. Donc moi, je suis Marie Dernencourt, je suis la nouvelle coordinatrice générale de BLA! . Le temps est compté, donc je ne vais pas revenir en détail sur tous les sujets qui ont été discutés ce matin et cet après-midi. Aujourd'hui, on a parlé de formation initiale et continue, des rencontres qui forment du bagage personnel et professionnel, avec lequel les médiateurs et médiatrices font médiation, des spécificités de chacun et chacune, qui enrichissent et renforcent les manières d'accompagner les publics dans leurs rencontres avec les œuvres et avec les artistes. On a entendu des mots que tout le monde connaît, mais qu'il est toujours bon de continuer à rappeler, à définir et à questionner. Les droits culturels, le participatif, le collaboratif.
On a ressenti ce besoin et cette nécessité dans chaque projet d'apprendre des uns, des unes et des autres, de mettre à l'épreuve les habitudes de travail, de sortir parfois de sa zone de confort et d'accepter de prendre le temps pour aller bien rencontrer les publics et réussir à faire commun. Toutes ces grandes idées, vous les mettez à l'œuvre chaque jour dans vos métiers. Et bravo à vous tous et toutes pour ces projets formidables que vous mettez en place. Je suis ravie, à BLA! , de vous accompagner et de mettre en lumière toutes ces facettes de vos métiers. Avant de passer au remerciement et pour parler des projets à venir du réseau, je profite de ce moment pour vous annoncer la sortie prochaine de la charte verte de BLA! , coécrite par des adhérents et adhérentes qui vise à outiller pour intégrer pleinement les dimensions écologiques aux pratiques de la médiation.
Alors merci aux intervenants, intervenantes et modératrices de cette journée. Louise Tourret, Christelle Alin, Clélia Dehon, Alice Malinge, Marie Calon, Aurélie Jandera, Émilie Vaquette, Sophie Herrmann, Ségolène Jugan Gabriel, Olivier Beaudet, Tiphanie Romain et Sibille Walois. Merci à Amiens Métropole pour son accueil et tout particulièrement à Sybille Valois pour notre collaboration dans l'organisation de cette journée, ainsi qu'à L'Or pour la mise en place et l'accueil hier et aujourd'hui. On vous rappelle que cette journée précède les Assises européennes de l'éducation artistique et culturelle, organisées par Amiens Métropole à partir de demain et jusqu'à vendredi, et on espère que plusieurs parmi vous ont l'occasion de rester et d'assister aux différentes tables rondes organisées pendant ces trois jours. Merci à la Direction générale de la création artistique pour son soutien à cette journée nationale de la médiation en arts contemporains et plus largement pour son soutien à BLA qui permet de déployer toutes ses actions pour les professionnels de la médiation en arts contemporains et de continuer à faire grandir le réseau. Merci aux partenaires de cette journée, le réseau 50° Nord, 3° Est et le FRAC Picardie qui nous accueille pour la clôture. Merci au Centre national des arts plastiques pour sa bienveillance et sa confiance renouvelée à l'égard de BLA!
pour cette collaboration et ces dialogues qui, nous l'espérons, se poursuivront encore de nombreuses années. Un merci tout particulier à Lisa Eymet avec qui nous avons étroitement travaillé. Merci à toutes les personnes qui ont travaillé à l'accueil, à la communication, à la diffusion de cette journée. Les graphistes Antoine Muzikounatchi et Jimmy Robertessier, le WEN et l'équipe des FAC1, Alexis Carcuac à la vidéo, Gaëlle Clariana pour les photographies et le traiteur Pique et Gramme. Un merci tout particulier à Zoé Thomas, en renfort à BLA! pour l'organisation de cette journée, et à Lucine Charron, ancienne coordinatrice générale de BLA! qui a co-pensé ce programme avec le Cnap avant son départ vers de nouvelles aventures.
Et un grand merci à vous pour votre présence aujourd'hui, ici à Amiens et partout ailleurs derrière vos écrans. Votre présence en nombre montre peut-être que cette nécessité de dialogue entre pairs et de partage de ressources commence à être entendue et respectée, puisque plusieurs parmi vous ont dû faire valider auprès de leur direction leur déplacement pour venir assister à cette journée. Et je laisse la parole à Lisa Eymet et à Antinéa Garnier du Centre National des Arts Plastiques et vous donne rendez-vous au FRAC Picardie tout à l'heure pour clôturer ensemble cette belle journée. Moi, je suis Antinéa Garnier, je suis responsable du service des ressources professionnelles au Centre National des Arts Plastiques. Et je ne vais pas vous assommer, je vais faire ça rapidement. Et on va la faire à deux voix avec Lisa parce qu'on voit plusieurs apports à ces journées pour renouveler l'engagement du Centre national. En conclusion, je tenais à vous remercier toutes et tous pour la richesse des débats et l'ensemble des acteurs et actrices qui ont permis cette venue, et leurs expériences, et votre présence nombreuse ici, et aussi un coucou pour les personnes qui sont en ligne.
Je tenais à rappeler que cette journée s'inscrit pleinement au cœur des missions du Cnap, en tant qu'acteurs fédérateurs et au contact des professionnels, particulièrement au sein du service que je représente. On a à cœur d'accompagner les professionnels du secteur des arts visuels dans toute leur diversité, toutes seules et tous ceux qui composent le champ des professionnels des arts visuels et de la création, et aujourd'hui, de manière plus précise, les médiateurs et médiatrices en collaboration avec BLA. Cela s'inscrit dans l'ensemble de nos actions de soutien, et ici de reconnaissance, de visibilisation, en construisant avec. Ces temps de dialogue sont nécessaires car ils touchent à la réalité, au développement et à la structuration des pratiques professionnelles. La journée, dans sa première édition, se penchait sur les différentes façons de représenter et d'exercer. Pour cette seconde édition, je retiens qu'on a pu interroger ensemble les évolutions actuelles de ces pratiques, les besoins des professionnels, de vous. On a aussi pu évoquer différentes facettes de ces pratiques, et notamment l'importance de la formation, de la diversité des compétences mises en jeu en lien avec les mutations des pratiques artistiques, ainsi qu'une profonde porosité et adaptabilité, et la mise en valeur des richesses intrinsèques, de la diversité, de l'hybridité et de l'échange entre pairs, avec les publics et avec la création.
Cette journée, c'est aussi un temps de formation et d'information fondamentale pour une meilleure connaissance et interconnaissance des médiateurs et médiatrices, à travers leur partage d'expériences de travail qui permettent la création de moments réflexifs. Ils participent à la valorisation de ces métiers et à la mobilisation de cette, je le note, intelligence collective qu'on a mentionnée plus tôt. Il a été évoqué aujourd'hui les questions de permanence et de continuité pour pouvoir construire dans le temps et ancrer ces pratiques et les faire évoluer au-delà des impératifs. De même, cette journée se situe dans le temps, et nous nous retrouvons de toute façon dans deux ans pour échanger de nouveau sur ces enjeux. Merci. Pour conclure, en choisissant le hors-les-murs cet après-midi, nous avons traversé des expériences menées au plus près des publics, avec les résidents de la Maison Paisible d'Avignon, avec les habitants du Limousin et le Fracartothèque Nouvelle-Aquitaine, avec les résidences Mission d'Éducation artistique et culturelle à Amiens, et plus tôt ce matin, avec le Conseil citoyen du Pays du Coquelicot et le projet des Arts de la Table. Comme le rappelait ce matin Béatrice Salmon, le Cnap ne dispose pas de lieu propre pour accueillir ses publics, des publics en général.
Cette question du hors-les-murs entre ainsi en résonance directe avec notre manière d'agir et la vocation même de notre établissement. La collection du Cnap vit et circule par et à travers les projets que nous menons avec nos partenaires hors-les-murs, en France comme à l'international. Pré-dépôt d'oeuvres, coproduction d'expositions, diffusion de commandes, ce sont de ces dialogues que peuvent ensuite naître les projets de médiation que nous menons. Le kit pédagogique autour du dessin contemporain dont il a été question ce matin et que nous menons avec Lefrac Picardie, Drawing Lab et BLA! en conseil et expertise et que nous espérons mettre en circulation à l'échelle nationale d'ici 2027. Des protocoles d'ateliers de médiation que nous imaginons avec des designers graphiques, lauréats de la commande message images, graphisme d'intérêt général, une commande de 16 affiches qui a été lancée en 2024 par le Cnap pour la conception de 16 affiches qui portent des messages dits d'utilité publique autour de questions de solidarité, d'inclusion, d'hospitalité, de vivre ensemble et de démocratie. Ces protocoles d'ateliers de médiation sont conçus avec des designers graphiques et mis à disposition de toutes et tous sur notre site internet comme des ressources et des outils pour les professionnels.
Je pense aussi au travail que nous menons avec les équipes de médiation et d'accueil des monuments du Centre des monuments nationaux dans le cadre de la manifestation Bienvenue afin de répondre au mieux à leurs besoins de formation en arts contemporains pour préparer l'arrivée de nos œuvres dans leurs monuments et la réception de ces œuvres auprès de leur public. Travailler hors les murs, c'est ainsi et avant tout travailler avec. C'est imaginer de nouvelles manières de faire ensemble. C'est refuser le repli, et en s'étant troublé, ce n'est pas rien, pour continuer d'inventer de nouvelles formes d'hospitalité et de dialogue. Vous l'avez dit à plusieurs reprises, toutes et tous aujourd'hui, tout cela nécessite du temps, du temps long et beaucoup d'écoute. Pour tous ces échanges, pour l'inventivité et l'intelligence que vous mettez dans tous vos projets, pour votre générosité dans le partage, merci. Et au terme de cette journée, nous vous donnons rendez-vous d'ici la fin de l'année 2025 pour la synthèse de toutes les tables rondes et échanges de cette journée qui seront publiés sur notre site Internet, côté Cnap et sur le site de BLA!
également, ainsi que les captations vidéos qui auront été prises par Alexis Carcuac et qui seront également disponibles sur nos chaînes YouTube respectives. J'adresse de nouveau nos remerciements chaleureux à chacun et chacune d'entre vous, intervenants, intervenantes, modératrices et participants, participantes en ligne et surtout ici en présentiel qui êtes encore là ce soir. On vous invite à prolonger les échanges ce soir au FRAC Picardie pour une visite du FRAC et des réserves. Merci encore à l'équipe qui nous accueille et merci encore à toutes et tous.
Compte-rendu de la Journée nationale de la médiation en art contemporain
Partenaires
Avec le soutien de la Direction générale de la création artistique du Ministère de la Culture et d’Amiens Métropole, et la complicité de 50° nord - 3° est / pôle arts visuels Hauts-de-France & territoires transfrontaliers et du Frac Picardie Hauts-de-France.
Adresse
3 place Louis Dewailly
80000 Amiens
France
Dernière mise à jour le 18 février 2026