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Centre national des arts plastiques

Galerie Allen

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True Spirit

Arts plastiques - Exposition
18 février • 09 avril 2016

« Celui qui désire que le monde demeure tel qu’il est, le désire au contraire de ce qu’il est.1 »

Flux, transmissions, atrophie : autant d’états incontournables, inévitables et pardonnables. Dégradation et régénération peuvent être comprises de façon similaire, suivant différentes considérations spirituelles et scientifiques. « True Spirit » examine le travail de cinq artistes originaires de France, d’Australie, d’Écosse et des États-Unis, chacun épousant la transition et son infinité de variations et de représentations.

Pot Black, 2009, œuvre de l’artiste Hany Armanious (né en 1962 à Ismalia en Égypte ; vit et travaille à Sydney, Australie) appréhende l’alchimie et peut être perçue comme un autoportrait de l’artiste. Face à une sculpture évoquant une silhouette masculine, présentée sur une table stratifiée défraichie, repose ce qui ressemble à des fragments de cristaux, un agglomérat de mousse polyuréthane ou les vestiges d’une boîte à outils. En réalité, ces objets sont moulés en résine ou en métaux précieux ; la scène évoque un chimiste manipulant ses instruments, et traduit la capacité incontestable de l’artiste à transcender le matériau industriel afin de créer une scénographie captivante.

The Trees Get New Leaves in Spring (Les Arbres retrouvent de nouvelles feuilles au printemps), par l’artiste Kate Owens (née en 1979 à Bo’ness, Écosse, vit et travaille à Londres, Royaume-Unis) est une œuvre pédagogique destinée à révéler la beauté inhérente à l’élimination. Quatre enfants immortalisent leurs perceptions sur une fresque murale à la lecture d’un conte pour enfants écrit en 1954. Sitôt effacée une fois achevée, la composition ainsi nettoyée et épurée jouit d’une vie nouvelle dans cette seconde incarnation ; à mesure que la peinture se répand, une harmonieuse abstraction colorée illumine la surface du mur. À proximité, cinq savonnettes couvertes de peinture d’occasion s’exhibent sur une étagère (Towards Zero, 2013). Le travail de Kate Owens illustre le charme sensible d’une action semi-passive, lorsque la création s’octroie les attributs du hasard.

David Horvitz (né en 1982 à Los Angeles, vit et travaille à New York, États-Unis) révise nos manières d’appréhender les réseaux de distribution. Qu’il s’agisse d’outils en ligne liés à l’internet ou d’autres formes de transmission plus bureaucratiques - comme les bibliothèques et les collections - son travail utilise et subvertit tout un arsenal de moyens destiné à disséminer. Ses actions récentes comptent l’insertion de trois livres dans les bibliothèques du MoMA, du Bard College et du Walker Art Center. Le « livre » ou plutôt, sa couverture, fonctionne comme une coquille vide, qui, une fois sur les étagères, recèle l’espace d’un répit temporaire : un verre accompagné d’une bouteille d’alcool. Puisque chaque livre/œuvre a été reçu et accepté comme donation mais que ces travaux sont régulièrement retournés ou redistribués, ils entament une vie qui leur est extérieure, un récit qui leur est propre. En cryptant et détournant l’arme que constituent ces réseaux, Horvitz fait coexister différentes manières d’essaimer - donc de pratiquer et d’envisager - des formes alternatives de savoir.

Misha Hollenbach (né en 1971 à Melbourne, Australie ; vit et travaille à Paris) pratique parallèlement à l’art contemporain plusieurs disciplines (musique, stylisme), privilégiant l’idée du tribal comme espace symbolique où la culture, ritualisée, dépasse les clivages entre l’actuel et l’ancien. Ses dernières impressions saturées, conçues par l’artiste en exemplaires uniques, font la satire de la reproduction mécanique en se moquant du procédé de masse institutionnalisé par essence : la sérigraphie. Superposant les couches d’encre noire profonde sur le métal, Hollenbach appose des images avant de les effacer et évoque la nature irascible de l’autocensure. Sa manière expressive et intuitive de ‘marquer’, ou de peindre au sens propre digitalement, narre l’histoire d’une genèse artistique complexe, à l’origine d’une luxuriante abstraction.

True Spirit (2002), de Maxime Rossi (né en 1980 à Paris, France ; vit et travaille à Paris), fixe, sous les forme de moulages en bronze amorphes et chromés, l’évanescence d’une aspirine en pleine dissolution. La capture d’un moment plus instable semble impossible ; les formes nuageuses subliment les propriétés chimiques qui leurs sont propres en des joyaux miroitants. Telles des photographies, les images pharmaceutiques de Maxime Rossi paralysent l’hyperactivité des bulles tentant de s’échapper et repensant le cycle de changement d’états physiques ; solide – gazeux – liquide.

Le monde suit sa course effrénée et il nous semble parfois que rien n’est immuable. Mais pris dans les ressacs d’une histoire qui se répète, peut-être peut-on se fier à cette dernière conviction : la singulière certitude de notre inconsistance.

1. Erich Fried, Le Mur de Berlin.

Heures de vernissage : 
18h30-20h30
Dernière mise à jour le 25 juill. 2017

Galerie Allen

59 rue de Dunkerque
75009 Paris 09
France
Téléphone : 01 45 26 92 33
Directeur et Commissaire d'exposition : Joseph Allen Shea