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Centre national des arts plastiques

Galerie Dohyang Lee

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RETROPERSPECTIEF

Arts plastiques - Exposition
22 juin • 03 août 2013

Si durant tout le XXe siècle, l’exposition n’a développé ni terminologie, ni méthodologie spécifique, c’est sans doute parce qu’elle reste un format impur que les artistes habitent comme la chambre bâtarde du modernisme. À l’occasion de la première présentation monographique de son travail hors de sa Belgique natale, Alice De Mont a filmé la mise en espace de son exposition à la galerie Dohyang Lee, plusieurs mois avant le début du montage. Dans ce nouveau film spécifiquement produit pour l’occasion, l’artiste met en scène deux personnages en situation d’accrochage avec une sculpture et des plans d’études. En jouant sur les correspondances possibles entre montage cinématographique et montage d’exposition, Retroperspectief (2013) révèle au spectateur les exercices préparatoires d’une installation, dans l’esprit d’une répétition de théâtre, d’un casting de film ou d’une gamme de piano. Le visiteur fait l’expérience de l’exposition au temps présent tout en assistant rétroactivement au montage qui prédétermine sa visite, d’où l’expression inventée par l’artiste « retroperspectief ».

Divisé en trois chapitres, le film traverse l’espace d’exposition, l’atelier gantois de l’artiste et un intérieur domestique décoré de peintures murales. Dansla galerie, un jeune homme blond transporte Objet 1 (2010), pièce fondamentale et matricielle dans le travail d’Alice De Mont qui, contrairement à ses autres « sculptures de films », peut s’exposer dans le même espace que la projection vidéo. Dans le rôle du « magicien-archiviste-curateur », le garçon erre sans but avec la sculpture et croise un vieil homme perdu, qui cherche son chemin en consultant le plan de la galerie. La deuxième partie tournée dans l’atelier met en scène un cône en plâtre qui ne cesse d’apparaître dans le champ de la caméra dont le lent déplacement panoramique se termine par l’image projetée du jeune magicien avec ses gants blancs. La dernière partie du film revient sur la manipulation hors champ de la sculpture conique qui tente à tout prix de rester dans l’objectif d’une caméra moulée en plâtre. Dans le salon, le jeune garçon accomplit les gestes de l’archiviste : il extrait des disques en céramique d’une sculpture qu’il range comme des assiettes. Maintenance domestique ou maintenance  d’exposition ?

Plutôt que d’envisager l’étape de la monstration comme une représentation figée et dévitalisée du travail, Alice De Mont traite la totalité de l’exposition comme une œuvre en soi, dans laquelle les pièces présentées interagissent au sein d’un système d’archivage sans cesse réactualisé, partiellement révélé dans l’index imprimé. Ce document comprend une carte iconographique et un nuancier du filmRetroperspectief qui permettent d’appréhender la logique interne de son activité sans toutefois parvenir à s’en emparer. En 2008, l’artiste invente son premier personnage, Badpakman Straatkast, en français « monsieur maillot de bain rue armoire ». Synonyme de fantaisie, Badpakman est un rectangle noir digital qu’elle orchestre avec Photoshop sur des photographies prises avec sa webcam dans des scènes souvent domestiques en relation avec d’autres objets. Les disques en céramique racontent l’histoire de ce personnage surréaliste désormais « archivé » dans une série de petites vignettes, comme des cases de bande dessinée.

Bien que l’on soit tenté d’opposer la discipline de l’index au comportement insolite de ses personnages imaginaires, l’œuvre d’Alice De Mont se place irrésistiblement dans la lignée d’une histoire de l’art belge, à la croisée d’un langage surréaliste hérité de René Magritte et d’une taxinomie conceptuelle empruntée à Joëlle Tuerlinckx dont elle fut l’élève à Bruxelles. Dans le film 12poot (2012), le jeune protagoniste de Retroperspectief manipule avec le plus grand soin une sculpture réalisée uniquement pour le tournage. Son corps se déplace pas à pas dans la pièce, mais la structure fragile composée de « 12 pieds » se démembre une fois atteint sa destination sur une table. Alice De Mont considère ses œuvres comme des personnages qu’elle met en scène dans différentes situations de manœuvre jusqu’à trouver « la bonne place » dans l’espace, envisagé simultanément à l’échelle d’une exposition, d’un plan d’architecture et d’une cave à archives. Le sous-sol fonctionne comme une boîte noire où la présence physique des « sculptures de film » s’efface au profit de leur dessin mural à la limite du visible. Ce ne sont plus les œuvres mais bien l’espace vide entre celles-ci qui devient la focale de l’exposition où l’architecture entière prend la place du magicien.

 

Florence Ostende
Complément d'informations : 
Exposition présentée dans le cadre de la saison Nouvelles Vagues du Palais de Tokyo
Horaires : 
Du mardi au samedi, 11h.13h - 14h.19h, et sur rendez-vous
Heures de vernissage : 
De 18h à 21h
Moyens d'accès : 
Métro: Rambuteau / Etienne Marcel / Les Halles
Dernière mise à jour le 26 mars 2014

Galerie Dohyang Lee

73-75 rue Quincampoix
75003 Paris 03
France
Téléphone : 01 42 77 05 97
Télécopie : 01 42 76 94 47
Dohyang Lee