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Centre national des arts plastiques

Photographes documentaires

Soutien à la photographie documentaire contemporaine

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Résultats 2019

Soutien à la photographie documentaire contemporaine

David Balicki, Victoria & Albert
« Après m’être rendu à deux reprises en Afrique du Sud en 2017 et 2018, j’ai décidé de travailler plus précisément sur Woodstock, un quartier populaire de Cape Town en pleine transformation. Le phénomène de gentrification à l’œuvre sur un territoire traversé au nord par Victoria Road et au sud par Albert Road, est en train, peu à peu, d’exclure les habitants modestes implantés depuis longtemps dans le quartier, les conduisant à un exil forcé à l’extérieur des limites de la ville ou à une vie difficile et dangereuse dans la rue.  Je souhaite réaliser des portraits des habitants dans le contexte chaotique de ce renouveau urbain, souligner les situations de cohabitation entre les personnes issues de milieux sociaux opposés ainsi que les différences d’échelle entre le gigantisme des constructions contemporaines et la précarité du mode de vie des populations locales. »  

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Romain Champalaune, Le Groupe
« Les matières premières sont à la base de notre économie de marché, son moteur. Pourtant que sait-on des entreprises spécialisées dans le négoce de matières premières ? Leur anonymat contraste avec leur poids économique et leur influence sur nos vies.
« Le Groupe » dresse un portrait photographique d’une grande entreprise de négoce ; en détaillant son fonctionnement et son impact dans les pays où elle officie. »

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Alexis Cordesse, Talashi
« Depuis un an, je collecte des photographies prises avant, pendant et après la guerre par des Syriens ayant fui leur pays et trouvé refuge en France. Au  fil de mes rencontres, j’écoute les récits d’un pays en voie de destruction, je regarde et sélectionne des images qui montrent le quotidien, la joie, l’amour, des paysages, des souvenirs de vies disparues, des vies en exil, des fragments d’humanité. J’écris les histoires de ces images, la manière dont elles ont circulé pour arriver jusqu’à moi, les histoires de ceux qui me les ont confiées. Leur dimension affective, leur valeur documentaire nous informent sur les modes de vie de ces personnes autant que sur leur relation aux images. Difficile de ne pas les regarder sans penser aux images qui ont envahi nos écrans depuis le début du conflit, bousculant sans cesse les frontières du montrable. Devenues virales, ces images d’actualité colonisent nos imaginaires et réduisent les Syriens à des figures pixellisées hantant un espace hallucinatoire. Pour poursuivre ce travail, j’envisage de me rendre en Turquie et en Allemagne, deux des principaux pays où des Syriens de toutes origines sociales et régionales ont trouvé refuge. Suivant la même méthodologie, je m’attacherai à travers ces récits à rendre compte de la diversité de la société syrienne en exil. »

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Sylvain Couzinet-Jacques, Sub Rosa
« La porte de la Moncloa, également connue sous le nom d’Arc de la Victoire, située à la périphérie de la ville de Madrid, ressembleà une île minérale abandonnée, entourée d’un flot ininterrompu de voitures. Ce monument ouvre l’entrée nord de la ville.
Construit après la guerre civile espagnole, le bâtiment a été commandé par Franco pour célébrer sa victoire sur le Complutense, une victoire violente sur les Républicains. Le monument, l’un des derniers restants de Madrid, porte encore les signes et les blasons de Franco. A la fois fascinant par sa situation géographique et symboliquement embarrassant, l’immeuble imposant a laissé les générations suivantes dans l’incertitude quant à son statut. Abandonné à son destin par les pouvoirs publics, devenant ainsi une ruine programmée, il sert aujourd’hui de lieu de rencontre récréatif pour des jeunes de Madrid. »

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Hélène David, Marseille, la divagation des chiens
« Comment habiter le territoire avec d’autres vivants?
Marseille est une ville monde et sauvage, imbriquée dans la mer et les massifs. Tandis qu'en 2020, la cité accueille le congrès mondial de la nature, je souhaite réaliser un nouveau récit documentaire. Interrogeons les frontières entre humains et non-humains à l'échelle de la métropole : Y aurait-il vraiment ceux que l’on choie et ceux que l’on mange? Les sauvages et les domestiques? Ceux qui travaillent et ceux que l’on sacrifie? Les espèces dont on nie l’existence, les nuisibles, les invasifs, les migrateurs et les autres?
Pour cela, je convie des intercesseurs. Qu’ils nous initient à l’épaisseur de leurs relations aux bêtes : éleveurs, pêcheurs, vétérinaires, circassiens, conservateurs de la nature et punks à chiens. Les photographies incarnent les points de contacts, les évitements, les porosités, les contaminations. En mettant à jour les interdépendances fines et complexes entre hommes et animaux, ce récit pourrait créer les conditions d’une expérience sensible d’une « communauté plus qu’humaine ». »

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Marine Delaloge, Bozeman, Montana
« Ce projet est celui d’un séjour photographique dans le Montana, état du Midwest. L'envie est celle d'aller ancrer le travail dans une localité restreinte, celle de la ville de Bozeman et de ses environs, pour explorer les couches sous-jacentes et les complexités de l’identité américaine, et son déploiement contrasté sur le territoire, à partir d’un point de vue concret et situé. Par la rencontre de personnages semblant se construire en dehors de son idéal, et des rapports au territoire qui les définissent, ce projet parlera de la violence tacite qui accompagne le rêve américain, dont les références semblent omniprésentes, mais que les habitants ont parfois du mal à s'approprier.
Relevant l'importance du mythe et questionnant ses origines au sein de la « culture américaine », il constituera une recherche sur les possibles représentations de forces, autant d'oppression que de résistance, qui s'exercent sans pour autant être visibles.
Afin de se pencher sur le contexte actuel entre blancs et autochtones des réserves amérindiennes, il se développera sur la ville de Bozeman et sur les différents territoires alentours. »

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Frédéric Delangle, Des figures du Magdalénien
« La grotte de la Marche se situe dans la Vienne. Elle a livré une abondante collection de plaquettes en calcaire gravées, unique dans l'histoire de l'archéologie préhistorique.
Plus de 3000 pierres gravées datant de - 14000 ans représentant des femmes, des hommes, des enfants, animaux variés, des motifs abstraits, en ont été extraites. Il s’agit de 155 véritables portraits humains exécutés avec une finesse et un talent exceptionnels, et plus de 2000 gravures d’animaux. La technique de gravure utilisée par le groupe de la Marche était d’appliquer une fine couche d’ocre sur la pierre afin de la coloriser et de permettre au dessin d’apparaitre en blanc et en creux, en gravant la pierre. Les pierres ayant été utilisées à plusieurs reprises (recouvertes d’ocre et regravées), présentent une superposition de gravures, ce qui en rend l’interprétation plus complexe. Frédéric Delangle  a proposé en 2018 au Responsable du Musée de la Préhistoire de Lussac-les-Châteaux de documenter ce patrimoine exceptionnel via une campagne photographique. Le protocole photographique qu’il a mis au point, repère toute la « topographie » d’une pierre. Grâce à des prises de vues successives, avec une lumière rasante qui tourne autour du sujet photographié, il épaissit les traits de gravure fine par l’ombre qu’il crée.
La dimension documentaire de ce travail est essentielle. Il devient un révélateur allant chercher les traces les plus infimes jusqu’à la découverte de nouvelles gravures ainsi révélées. » 

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Agnès Dherbeys, Résilience ?
« Entre 1975 et 1979, près d’un quart de la population du Cambodge a été décimé par le régime totalitaire Khmer Rouge. Le procès des deux derniers leaders encore vivants vient de se terminer au Cambodge. Mais dans ce petit pays de 16 millions d’habitants, on est déjà passé au futur : les deux tiers de la population ont moins de 30 ans, et la forte croissance économique permet un développement fulgurant qui efface les marques de l’histoire. Comment se construire quand on ignore son passé ?
Dans ce projet organique, les photos de paysages tantôt politiques, tantôt vernaculaires, deviendront les lieux symptomatiques de l’oubli. Les rides creusées de mes portraits photographiques seront les métaphores des récits intimes qu’ils véhiculeront. En partant à la recherche de ce/ceux qu’il reste, je mettrai en lumière le processus d’effacement de l’histoire. Sans jugement, je questionnerai et documenterai la mémoire en construction du Cambodge. »

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Alejandro Erbetta, Un royaume fictif
« Un royaume fictif se focalise sur la vie d’un personnage méconnu de l’histoire officielle : Antoine de Tounens, fils de paysans périgourdins et autoproclamé Roi de la Patagonie et de l’Araucanie. Son histoire de vie est une surprenante aventure, un rêve de grandeur inabouti. Son ambition principale était de créer la « Nouvelle France », dans les vastes régions de l’Araucanie et la Patagonie, extension territoriale qui inclut une partie du Chili et de l’Argentine. Profitant des conflits entre les populations originaires amérindiennes et l’État-Nation, il souhaite entrer en contact avec les chefs indiens, afin d’aboutir avec le temps, à son objectif : installer une monarchie constitutionnelle. Avec le consentement des chefs indiens, A. de Tounens, devenu le Roi Orlie Antoine Ier déclare son royaume libre et souverain, rédige sa constitution et installe une monarchie constitutionnelle. Pourtant ce royaume ne sera jamais reconnu par les Nations du Chili et d'Argentine, qui déclarent que Tounens a une mauvaise influence et le renvoient à plusieurs reprises dans son pays d’origine. » 

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Marion Gronier, American Monuments
« Depuis 2013, je travaille sur un projet photographique qui met en perspective l’Amérique contemporaine et son passé. À travers des portraits de communautés descendantes des peuples fondateurs des États-Unis, je cherche à faire réapparaître les fantômes qui hantent cette histoire.
Les Mennonites, héritiers spirituels des Pères Pèlerins, ont fait l’objet d’un premier chapitre. Les Amérindiens, descendants des peuples autochtones, d’un deuxième ; et les Africains Américains, descendants des esclaves, d’un troisième.
Une quatrième communauté est également constitutive des États-Unis : les Blancs pauvres, descendants des plus pauvres sujets du Royaume britannique (mendiants, vagabonds, orphelins, criminels), envoyés de force en Amérique comme domestiques sous contrat. Ces « petits Blancs », plus couramment et violemment nommés « White trash », sont notamment implantés en Virginie occidentale. C’est là où je compte me rendre pour les photographier. »   

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Ronan Guillou, Bordure Rurale Temporaire
« Au cœur du désert de Mojave (États-Unis), la ville de Las Vegas connait une démographie exponentielle exigeant une adaptation permanente en termes de planifications urbaines. En 2013, j'observais que la ville s'élargit essentiellement en mutilant le bassin désertique de la vallée. Inlassablement, Las Vegas gagne et le désert perd. Certains tracés séparant zones rurale et urbaine sont tranchants, semant un singulier trouble visuel dans le paysage. D'autres signes présagent du sort futur des aires provisoirement épargnées. L'augmentation de la population annonce que l'étalement spatial fera encore reculer la bordure rurale. La bourse CNAP sera le moyen d'écrire le second volet du projet Bordure Rurale Temporaire, et d'entreprendre en 2019 de nouveaux relevés. Un tel intervalle temporel permettra de mesurer l'évolution de la vallée depuis mon premier séjour. Je reviendrai sur les sites déjà photographiés, examinerai les nouveaux tracés, évaluerai les projections d'élargissement des aires vouées à l'expansion de la ville. »

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Guillaume Herbaut, UKRAINE TRAUMA
« Depuis l'été 2014, l'Ukraine est en guerre dans le Donbass contre les républiques pro-russes autoproclamées de Donetsk et Lougansk faisant plus de 11 000 morts et 24 000 blessés et plus d’un million de déplacés. Une guerre oubliée, figée dans les tranchées qui transforme en profondeur le pays. Le projet photographique Ukraine Trauma a pour but de montrer comment la guerre change une société, d’une manière sociétale, humaine et environnementale. »

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Claude Iverné, CHAM
« Ce projet  envisage de revenir au Cambodge, sur des lieux précis, après plusieurs années de gestation. J'ai documenté en 2007 le village de pêcheurs de Kompomg Pluk en saison sèche, sur les rives du lac Tonlé Sap, réservoir poissonneux du pays. L'habitat posé sur de très hauts pilotis y rendait alors visible la fragilité d'une structure locale historiquement égalitaire et anarchique, soudainement soumise à des enjeux tant politiques qu’économiques, désormais régionaux et internationaux.
Ces nomades des eaux, qui vivaient depuis toujours sur des maisons flottantes, sans amarres et sans chef, se trouvaient piégés à l’occasion de la saison sèche par un programme de sédentarisation et mis à l’épreuve de la démocratie libérale et de l'économie de marché.  Il me fallait ce temps d'absence pour constater la résistance ou la dissolution des principes fondateurs de ce peuple de nomades marins, traditionnellement résilients et solidaires; en réaction à l'agression du marché global et de ses structures pyramidales de représentation politique.  Revenir, en fin de saison humide lorsque les eaux sont montées, que les maisons, libérées du foncier, reprennent leur liberté sur le lac étal, toutes au même niveau sur l’horizon. Revenir  lorsque l’activité de pêche replace les liens de solidarité au centre du tissu social.  Revenir pour enregistrer les faits et effets de cette horizontalité, propice à une gouvernance acéphale, et mesurer sa résistance au monde qui s’annonce. »

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Elisa Larvego, Hospitality (titre provisoire)
« En 2016, lors d’une commande du Cnap et de PEROU, intitulée « Réinventer Calais », j’ai réalisé un projet sur la relation entre les bénévoles et les réfugié-e-s en les montrant dans leurs lieux de vie, juste avant que la jungle de Calais soit démantelée.
Je souhaite poursuivre et élargir ce travail en retournant à Calais pour rendre compte de la situation actuelle, ainsi que dans d’autres régions française où il y a une forte mobilisation citoyenne de la part des habitant-e-s. Je me focaliserai sur la représentation du « couple » bénévoles - exilé-e-s, afin de donner un visage à ces personnes qui font acte de résistance en choisissant l’accueil plutôt que le rejet. Je réaliserai aussi des entretiens pour évoquer ces relations qui les ouvrent, les uns comme les autres, vers un ailleurs. Je souhaite par là-même, créer un écho entre les montages sonores et les photographies.
Avec ce projet, je souhaite semer le doute sur le statut des personnes représentées en ne précisant pas leur rôle d’aidant ou d’aidé et en montrant par là-même l’absurdité d’une identité qui entrave ou qui libère, selon son lieu d’origine. »  

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Elena Perlino, Indian Time / Violences faites aux femmes
« J'ai réalisé la série de photographies « Indian Time » lors de quatre séjours à la frontière du Québec et du Labrador, dans les communautés francophones innues entre Natashquan, Mani-Utenam, Matimékush-Lac-John et Sheshatshiu. Ce premier projet allait à la rencontre de paysages et de récits humains qui révèlent les traces chaotiques laissées par une histoire récente du Québec.  Grâce au soutien du Cnap, j’aimerais pouvoir retourner dans le Nord du Québec et en particulier dans les communautés Innues de Sept Îles et de Schefferville pour explorer la dimension des violences faites aux femmes. Le National Institute of Justice a déclaré que plus de quatre Amérindiennes sur cinq avaient été victimes de violence au cours de leur vie. La situation d'abus et de violence endémique contre les femmes dans le Nord du Québec est à l'image de celle de nombreuses autres réserves à l'échelle nationale. Les effets sur les populations amérindiennes sont dévastateurs bien que rarement discutés. Outre les histoires personnelles, je vais documenter la culture traditionnelle de guérison et son rôle important pour les survivants d'un traumatisme. L’année 2019 est l’année des peuples et des langues  autochtones (décision ONU et UNESCO). »  

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Mathieu Pernot, Le voyage
« Le projet se fera avec Mohamed Abakar, photographe soudanais vivant à Paris que j'ai rencontré en 2018. J'ai commencé une collaboration avec lui et nous souhaiterions faire le voyage migratoire de Mohamed qui l’a conduit du Darfour à la France en sens inverse.
Nous partirons du lieu de vie de Mohamed à Paris pour aller jusqu’à la frontière soudanaise. Je continuerai le voyage au Soudan seul, Mohamed ne pouvant plus rentrer dans ce pays en raison de sa situation de réfugié. Je photographierai Mohamed dans les différents lieux qu’il a pu traverser lors de son voyage qui l’a conduit à Paris. Il s’agira  de revisiter l’histoire d’un corps migrant, en mouvement, se déplaçant dans différents décors vers un ailleurs supposé meilleur. Un corps dans des moyens de transports, des villes, des villages, des paysages, sur la mer, dans le désert, de l’Europe à l’Afrique.
Mohamed fera également des photographies et tiendra un journal dans lequel il écrira les souvenirs qui ressurgissent dans chacun de ces  lieux. Ce journal constituera un récit de voyage ainsi que la légende des photographies. »

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Matthieu Rosier, Les dessous de l'or
« Au Mali la production d’or détruit vies et environnements, pour quels profits?
Avant que l’or ne se transforme en bijoux, en conducteur électrique dans nos téléphones portables ou encore en lingots dans les coffres forts, le chemin est long et dévastateur pour l’homme et son environnement. Le documentaire photographique « Les dessous de l’or » montrera les conséquences sociales et environnementales liées à la production intensive de l’or dans le grand Ouest malien d’une part.  D’autre part, il questionnera les liens économiques entre l’Etat malien, les multinationales exploitantes et les marchés européens au regard des réelles retombées économiques pour les populations locales.
Le projet se développera en deux temps longs : Une première partie réalisée au Mali dans la plus grande région aurifère du pays, le grand ouest malien.  Dans une seconde partie, je trouverai le point d’arrivée de cet or, en Europe, en Suisse, la capitale de l’or. »  

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Edith Roux, Alamar (titre provisoire)
« Le travail photographique sera réalisé à Alamar, quartier à l'est de La Havane à Cuba, intéressant pour sa richesse humaine et urbaine. A travers ce quartier, il s'agit de porter un regard documentaire sur l'écoagriculture, l'urbanisme et la culture urbaine hip hop. »   

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Adrien Selbert, Les Bords Réels
« En 1992, en visite express dans un Sarajevo assiégé, François Mitterand, déclare devant la population : « Il faut laisser du temps au temps ». 20 ans après la fin du conflit en Bosnie, le temps prend toujours son temps. A écouter les jeunes parler (serbe, croate comme bosniaque), personne ne semble fier de son pays, n’en revendique l’existence, n’y nourrit d’espoir. La Bosnie n’existe pas. Depuis le traumatisme de la guerre, on pourrait croire que le pays s’est évanoui, a perdu connaissance. Pour le photographe, il y a donc un territoire à « reconnaître » au sens d’un voyage de reconnaissance.
“Les Bords Réels” investit ce pays évanescent et tente d’en cerner les contours. Mais plus qu’un état des lieux, c’est un état du temps. De ce temps qu’on dit de paix, mais qui est d’abord l’après de la guerre. Si on sait quand commence cet après, qui peut dire quand il s’achève ? »  

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Elliott Verdier, Reaching for dawn (temporaire)
« Le Libéria, petite terre d’Afrique de l’Ouest, porte en son nom les fondements de son histoire. D’anciens esclaves noirs américains affranchis s’y installent au début du XIXème siècle, appuyés par le gouvernement des États-Unis.
L’asservissement de la population autochtone par ces nouveaux arrivants crée des tensions, origines d’un drame qui s’est noué au fil des deux derniers siècles, allant de pair avec la putréfaction de la société post-coloniale et la négation des valeurs humaines les plus élémentaires ; jusqu’à atteindre le paroxysme de la sauvagerie : la guerre civile libérienne (1989-2003).  Le Libéria ravagé survit. Ses habitants aussi, ballottés entre une mémoire douloureuse et un avenir aux contours flous. Hanté par les traumatismes, le pays ne dispose pourtant que d’un seul hôpital psychiatrique de 80 patients. Il s’agit pourtant de tout construire, de se reconstruire, et de composer une nouvelle société.
L’an dernier, les urnes ont porté Georges Weah à la présidence, natif et ancien enfant du ghetto devenu star du football, soufflant un nouveau vent d’espoir sur un pays qui se refuse encore à condamner ses bourreaux. Prince Johnson, ancien chef de guerre et tristement célèbre tortionnaire, est arrivé 3ème aux élections tandis que l’ex-femme du criminel de guerre Charles Taylor, Jewel Howard-Taylor, est désormais vice présidente… Comme un sentiment de résilience collective à l’arrière goût saumâtre. »

Dernière mise à jour le 17 sept. 2019