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Centre national des arts plastiques

Artistes

Soutien aux artistes

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Résultats 2019

Soutien à un projet artistique

aalliicceelleessccaannnnee&ssoonniiaaddeerrzzyyppoollsskkii, La visite au grand écrivain mort-vivant

Ce projet fait suite à une série de visites chez Michel Houellebecq, qui nous a accueillies à l’automne 2018. Il vise à imaginer la maison de l’écrivain, telle qu'elle sera donnée à voir au public dans 150 ans. Ce projet pourrait être celui de Houellebecq, tant il a coutume de se mettre en scène. Sauf qu’une maison d’écrivain est certes constituée de ce que lègue un auteur (murs, meubles, objets), mais elle dépend aussi largement des choix des conservateurs au fil du temps: parti pris scénographiques, hiérarchisation des objets, tonalité de la médiation proposée aux visiteurs...  Et ce que montrent plusieurs maisons d’écrivains (celles de Hugo, de Balzac, ou de Maurras), c’est que les choix muséographiques sont en partie liés à la manière dont est reçue une œuvre au cours du temps. Imaginer ce que sera la maison de Houellebecq dans le futur revient donc à anticiper la société de demain et à en déduire le point de vue qu’elle aura sur son œuvre.  Notre recherche consistera essentiellement à constituer un GANG PROSPECTIF, une équipe de profils variés qui envisageront collectivement différents futurs socio-politiques, pour en déduire différentes postérités possibles pour l’œuvre de Houellebecq, et en tirer des conclusions sur la manière de présenter son intérieur au grand public, longtemps après sa mort : de la fétichisation d’objets triviaux (« la dernière chaussette de Houellebecq » ?) à la négation de sa maison d’écrivain (devenue un musée dédié aux écrivaines ?).

 

Félicia Atkinson, L’espace est un instrument

L’espace est un instrument s’interroge sur les liens tenus par l’art minimal avec la musique expérimentale et électro-acoustique, notamment sous les prismes de l’écoute,  du féminisme et de sa place dans les marges de l’histoire de l’art et de la musique. L’espace est un instrument est ainsi une investigation plastique et sonore dont le premier volet, A HOUSE OF ECHO a été amorcé lors d’une résidence de sept mois à La Galerie de Noisy le Sec (2017). Je voudrais aujourd’hui explorer différentes archives afin de dessiner un nouveau contexte historique et géographique à cette recherche, mais aussi composer un nouveau corpus d’œuvres issu de cette recherche. Il s’agira de puiser dans les archives de David Tudor et Takeshi Kosugi au Getty Archive à Los Angeles, ainsi que dans les archives de Maryanne Amacher et Pauline Oliveros à New York; pour ensuite poursuivre cette recherche à l'atelier et en studio.

 
Daniela Baldelli, Le Non Travail, at Work!, 2019

La question de la production et du support de l'œuvre a toujours occupé une place centrale dans la conception de mes installations. Aujourd'hui, ma pratique se sépare en deux axes, « le Non Travail » et « le Travail ». Deux principaux aspects de ma recherche artistique qui peuvent également être envisagés comme la partie centrale et la partie périphérique d'un même corps. Dans la production de mes installations (le Travail), mon intérêt se concentre sur la formation et l'émergence de situations. Je m’intéresse surtout à la création de processus révélant la diaphonie des choses où les objets associés échappent à une classification sérielle, à une interprétation évidente. Les situations ainsi générées ne sont pas totalement closes, elles proposent la reconfiguration régulière d’éléments en quête de leur propre épuisement.  Le Non Travail tente de répondre à la question des lieux de travail dans notre société, des lieux dits « appropriés » et au rôle de l'artiste hors de l'atelier. Le Non Travail est un projet polysémique qui englobe diverses pratiques telles que le dessin, la notation, la sculpture, la vidéo, la photographie, etc. Des pratiques presque illimitées qui peuvent s'exercer en transit, sur les sièges d'un train ou dans un contexte domestique, lors d'occupations dites «marginales».

 

Vincent Ceraudo, Sun surface

Durant mon projet qui prendra place en mai 2019 lors d’un voyage d’un mois et demi en Chine, je développerai un travail autour de l’accélérationnisme, une théorie qui propose d’embrasser l’accélération du monde au-delà du capital et dont les principes furent établis par le philosophe Nick Land. Il s’agira à partir de ce voyage, de mettre en exergue ce concept en relation avec la figure du Soleil, en explorant les débuts du cinéma avec le développement des énergies, en étudiant la représentation du soleil dans l’histoire du cinéma, ou encore en auscultant les relations entre conscience humaine et technologie. Sun surface consistera à développer un ensemble de différentes œuvres d’après ces réflexions en proximité avec ma pratique et abordera l’ascension mondiale hyper-accélérée de la Chine comme une étude de cas sur l’accélération. Je mènerai cette étude en m’appuyant sur la théorie empruntée à Georges Bataille dans son livre la Part maudite, qui pose les principes d’une économie générale prenant en compte l’ensemble des mouvements de l’énergie sur Terre. Selon l’écrivain, il reste toujours à la surface de la terre une part non absorbée de l’énergie envoyée par le soleil : la Part maudite. Si à l’ère de l’Anthropocène, l’usage de l’énergie solaire comme métaphore de la Part maudite se présente ici comme un projet esthétique, c’est également en qualité inhérente de la vidéo comme médium énergétique que se détermine l’axe fondamental ma recherche.

 

Julie Chaffort, PRINTEMPS

PRINTEMPS est un projet de création autour des notions de mémoire, de sacrifice et de folie où le sentiment de péril est omniprésent. Je souhaite imaginer et mettre en scène des êtres enflammés qui errent dans des paysages inhabités; faire vivre et évoluer des personnages en feu, brûlant littéralement, en totalité ou en partie, seuls et à plusieurs. Je veux diriger ma recherche autour de la contradiction de disparaître tout en étant encore là, tout en étant encore visible, provoquant la lumière, la blancheur, l’éblouissement. Comment mettre en scène et filmer cette dualité ? Le cinéma est, selon Epstein, «l’œil exact» voyant et captant pour le spectateur des «ondes imperceptibles» et atteignant la dimension esthétique définie par Jacques Rancière comme «un mode spécifique du sensible».  La nature, féerique et dangereuse, sublime le réel, le magnifie. Elle a le pouvoir d’être au confluent du réel et du surréel. Le cinéma peut capter les énergies physiques et mentales, individuelles et collectives, mémorielles et mythiques, humaines et cosmiques. Ces âmes rôdent dans les forêts car la forêt représente la réserve d’une énergie secrète. Elle est le lieu préservé dans sa plénitude sauvage et par là le lieu primordial où le sensible peut surgir. PRINTEMPS serait une expérience filmique onirique, contemplative et délicate. J’aimerais créer des êtres enflammés, sorte de Lucifer «porteurs de lumière», et tracer une cartographie de ces existences invisibles dans les forêts.

 

Florian Fouché, le musée-atelier des objets-repères (d’après Fernand Deligny)

Je souhaite entamer la phase exploratoire d’une nouvelle expérimentation plastique autour du «musée-atelier» que l’écrivain et éducateur Fernand Deligny imagina lors de  la «tentative des Cévennes» (1967-1995), une expérience de vie radicale, sur presque trente ans, avec des enfants autistes profonds. Deligny est l’inventeur d’objets qui prolongent et activent ses élaborations conceptuelles et fictionnelles : beaucoup ont été fabriqués et utilisés dans les «aires de séjour». En ces lieux, la sculpture, dans un sens élargi et sans être vraiment nommée comme telle, occupe une place importante et le statut des objets est extrêmement varié. Il en demeure des récits, des concepts et des traces magnifiques mais pratiquement tous les objets réels sont détruits ou ont disparu à la fin de l’époque expérimentale des aires de séjour. En partant des cartes, textes, films et photographies, je veux constituer la collection des « objets-repères ». Il s’agit par-là d’inventer un nouvel espace sculptural (et documentaire) à partir de la « tentative des Cévennes » devenue pour moi un espace actif de jeux, de migrations et de prolongements.

 

Aurélien Froment, L'ouïe Wolfson

Louis Wolfson (New York, 1931- vit à Porto Rico) est un auteur américain écrivant en français. En 1970 parait "Le Schizo et les langues", suivi en 1984 de "Ma mère, musicienne, est morte de maladie maligne mardi à minuit au milieu du mois de mai mille977 au mouroir Mémorial à Manhattan". C’est l’autobiographie d’un schizophrène pour qui la pratique de la langue maternelle est devenue intolérable. Le livre raconte les formes que prend son refus de celle-ci. Il apprend le russe, l’hébreu, le français, l’allemand, mettant en place un système de conversion des mots anglais par des mots d’autres langues afin de neutraliser et dissoudre la langue maternelle. Par sa nature même et son histoire éditoriale, cette œuvre intraduisible n’a été lue qu’en France et est restée limitée au milieu de la psychanalyse. Le projet est de réaliser un long métrage de fiction à partir des deux ouvrages. L’objet de ma demande vise la recherche et la préparation de l’écriture du scénario. Il s’agira de créer mes propres ressources documentaires à partir d’entretiens, notamment avec l’auteur, de consultations des archives de ses éditeurs, et d’un premier repérage des lieux où il a vécu. Le but de cette première phase est d’obtenir un scenario présentable en vue de la recherche de producteurs et de financements ultérieurs.

 

Clarisse Hahn, Princes de la rue

C’est un projet utilisant les médiums de la vidéo, de la photographie et de la sculpture, dans le quartier de Barbès Rochechouart, à Paris, avec la collaboration des vendeurs de cigarettes à la sauvette. Barbès, lieu de la débrouille par excellence, place de deal et de vol à la tire. C’est aussi un système structuré où chacun doit trouver sa place, au prix parfois de violentes bagarres. Si on le regarde sous certains angles, le pont du métro aérien de Barbès ressemble à un château fort, dont les vendeurs de cigarettes seraient les gardes. Ils tiennent leurs positions dans cet espace public traversé par un flux continuel de passants. La rue est à eux,  ils en sont les princes humiliés et ils résistent, le corps redressé.

 

Antonin Horquin, Le filet

Mon projet a pour cadre le territoire espagnol, et plus spécifiquement une commune nommée Elche qui se trouve à proximité d’Alicante. Présent sur place fin 2017, j’ai trouvé au nord de la ville, à quelques heures de marche, un territoire péri-urbain reculé relativement complexe. J’ai notamment découvert au creux d’un vallon aride et désert un terrain de tennis abandonné. Avec un bon nettoyage, ce terrain serait praticable par des joueurs. Le problème principal est qu’il manque le filet central, accessoire indispensable au déroulement d’un match. C’est autour de ce manque que s’articule le projet que je souhaite mettre en place. Le principe serait d’entamer une collecte sur plusieurs jours aux alentours du terrain, jonchés de débris, afin de récupérer tout ce qui pourrait me servir à la fabrication d’un filet, fil, ficelle, corde, ruban, câble, chaînette, fibre, etc. La surface du terrain de tennis sera ensuite pour un temps la surface de mon atelier, sur laquelle je fabriquerai le filet. Enfin, celui-ci sera fixé pour rendre le terrain de tennis à nouveau fonctionnel. J’organiserai ensuite un match avec des joueurs/joueuses relativement expérimentés. Celui-ci sera retranscrit sous la forme d’une vidéo dans le registre que l’on nomme « highlights», soit un montage des moments forts du match. Le filet sera ensuite laissé sur place en espérant que d’autres joueurs viennent occuper le terrain.

 

Charlotte Houette et Clara Pacotte, collectif EAAPES, La Kiosque

EAAPES est un collectif qui travaille les questions queer et féministes dans la littérature de science-fiction. Notre projet comprend deux voyages de recherches dans des conventions de science-fiction emblématiques, la WisCon à Madison (USA) et la WorlCon à Dublin. De cette expérience nous souhaitons faire naître La Kiosque de SF queer féministe, une forme qui sortira le projet de sa dimension éditoriale. La WisCon, qui se déroulera cette année entre le 24 et 27 mai à Madison dans le Wisconsin, existe depuis 1976. C’est la première à avoir proposé une approche féministe de la science-fiction. Dans un second temps, nous souhaitons nous rendre la WorldCon, en Août à Dublin, pour la première fois en Europe. Cette convention historique existant depuis 1939 a inspiré toutes celles qui ont suivi.  Il nous tient à cœur de pouvoir analyser ces divergences. Mais aussi plus largement de comprendre ce que la WisCon, descendante dissidente de la WorldCon, a gardé de son ancêtre et ce qu’elle a rejeté. La Kiosque que nous avons imaginée, est l’œuvre qui projettera EAAPES dans une nouvelle dimension plastique. Nous l’envisageons modulable et mobile, une cellule indépendante pouvant s’intégrer à la fois dans un espace institutionnel de l’art et ailleurs. Ce sera une extension plastique d’EAAPES où pourront se mêler nos pratiques personnelles (peinture, écriture, vidéo) et l’expérience vécue avec EAAPES où elles se confrontent déjà différemment.

 

Alice Jauneau, Étinceler, Estenceler, Stencil

Mon projet de création s’articule autour de la création d’une famille de caractères typographiques et d'un dispositif de présentation. Le projet typographique est une famille de caractères qui interroge l’histoire des premiers caractères pochés pour un usage éditorial. Le projet s'accompagnera d'une recherche autour de ces livres qui sont spécifiques par leur moyen de reproduction, mais aussi par leurs grandes tailles, et dont le texte révèle une grande richesse et variété typographique. Leur histoire a été peu étudiée et peu documentée, elle m'intéresse notamment, car elle dévoile une pratique du dessin de lettres souvent jugée comme "amatrice", mais qui a eu un impact sur l'évolution de la typographie. Cette recherche me permettra de rassembler de nouvelles sources historiques afin de nourrir mon travail de design typographique. L’aspect ornemental du pochoir, et sa relation avec la lumière, sont deux éléments qui éveillent mon intérêt et que je souhaite révéler à travers la réalisation d’artefacts en cuivre faisant écho à la pratique du pochoir.

 

Éric La Casa, L'usage de la pause, au Japon

Qu’est-ce qui s’interrompt et donc se modifie dans le cours (sonore) du réel pour laisser place à la pause ? … Il y sera question d’un temps de la suspension où le monde acquiert un autre entendement.  L’espace d’un instant. Cette enquête de terrain explorera ainsi, à partir de la question de la pause et de la perception de musiciens et artistes sonores japonais, un entendement du monde sonore d’aujourd’hui.  Afin de sortir de ma culture du temps et de l’espace, j’ai choisi le Japon, un archipel volcanique où le culte de l’hyper-travail met en tension ma question de la pause, et d’un temps à soi. Je chercherai ainsi à comprendre comment des habitants, en l'occurrence des musiciens et artistes sonores (faisant suite à un projet sur l'attente avec des preneurs de sons européens), définissent la pause à l'intérieur de la grande question du quotidien sonore (celle de la perception de son propre environnement à partir de la dimension sonore).  Enfin, je m’intéresserai à la question du risque et de sa prévision pour contextualiser cette enquête dans une problématique géographique globale.

 

Simon Nicaise, Tour de France

À la manière du Tour de France d’un Compagnon du devoir, ce projet est l’occasion de délocaliser ma pratique et de déplacer mon atelier, de découvrir de nouveaux savoirs-faire et de me former à de nouveaux outils. L’expérience de l’itinérance que m’offre ce projet me permet d’aller à la rencontre d’artisans issus de divers corps de métiers, d’artistes, de compagnons ou encore d’amateurs dans différentes régions de France.  Depuis toujours, le Compagnon est associé au Tour de France, qui lui permet de se remettre en cause et d’abandonner ses certitudes, mais également d’apprendre une nouvelle langue, une nouvelle culture et une nouvelle façon de travailler. Ce Tour de France sera activé au rythme de sessions pendant lesquelles je me rendrai sur un territoire spécifique pour développer des recherches et travailler au sein d’un atelier. L’apprentissage d’une technique, d’un métier ou d’une pratique s’incarnera ensuite par la réalisation d’une ou plusieurs pièces lors de chaque itinérance. Le processus de recherche sera également porté par des rencontres, au travers desquelles s’opéreront des croisements entre des techniques, des territoires, les femmes et les hommes qui les façonnent.

 

Jean-Marie Perdrix, La Victoire sur les sachets

Je suis un artiste plasticien basé à Paris, mais je travaille une partie de mon temps au Burkina-Faso en partenariat avec la coopérative Yamba-D. Au sein d’un atelier situé à Ouagadougou, nous assurons la production semi-industrielle de mobiliers scolaires moulés à partir des déchets plastiques ménagers. Ce matériau plastique vient en substitut du bois, dont la surexploitation est problématique dans ce pays du Sahel. Notre action contribue à réduire dans les quartiers le fléau des sachets plastiques, à valoriser la matière déchet auprès des collecteurs et à créer des emplois locaux très attractifs. Depuis avril 2017, cet atelier produit chaque mois 100 tables-bancs en usage dans l'enseignement primaire. L'approche de terrain est réaliste, l'économie est viable et le bilan de développement durable reconnu par des autorités indépendantes (ADEME - Gevalor). Les commandes sont remplies. La simplicité en moyens et en matières premières, couplée à un investissement raisonné d'une unité de recyclage, et l'accès aux débouchés assurent une rentabilité réelle à cette innovation très prometteuse. Aujourd'hui, grâce à toute cette expérience acquise, je souhaite renforcer cette activité par l'étude des formes et des nouveaux équipements à l'usage de l'enseignement maternel et supérieur pour une recherche essentielle en design.

 

David Poullard, Pendant les mots

Pendant les mots est un projet d’exploration  de la langue par la forme plastique du texte. Cette exploration s’appuie sur l’invitation que me font les Laboratoires d’Aubervilliers d’intervenir pendant deux ans pour entamer une nouvelle recherche notamment par une participation régulière à la «Mosaïque des Lexiques » (revue vivante mensuelle et publique un nombre variable de contributeur-trices). Je me propose de venir puiser dans les paroles et écrits nombreux, qui à cette occasion peuplent le lieu, l’agitent, l’animent. Je souhaite y repérer des mots, phrases, textes : ceux des projets, ceux  des manières de dire, de faire, d’agir. Les isoler. Y travailler. En faire petit à petit des « objets autonomes », rendus au public. Mots, phrases, paragraphes ont d’ordinaire une fonction éprouvée, repérée, entendue. Rare de les lire pour eux-mêmes, sans l’ensemble du propos qu’ils accompagnent. Là, il s’agira tout au contraire de décontextualiser ces « morceaux ». Manière d’inviter le public, le lecteur, à s’étonner de ce qu’il croyait connaître. Extrait de son contexte, isolé sur la feuille, un mot, une expression peuvent devenir :  un objet graphique à part entière / un message autonome énigmatique /  une interrogation sur l’ensemble de la langue. La sélection que j’opère à l’intérieur d’une phrase ou d’un paragraphe a pour résultat de faire redécouvrir, lire, entendre de façon nouvelle des éléments  de vocabulaire que l’usage répété rend anodin.

 

Bertrand Rigaux, Puna

La Puna de Catamarca est une contrée désertique au Nord de l’Argentine. On y trouve nombre de lacs. Leurs écosystèmes sont considérés extrêmes, à priori hostiles à la présence de toute forme de vie. Explorant ces biotopes, une équipe de scientifiques argentins y a découvert la présence d'organismes primitifs, les mêmes qui ont couvert notre planète il y a 3500 millions d'années, et produit les conditions propices à la vie. Ces micro-organismes font partie des premières traces fossiles connues mais ils ont ici été retrouvés vivants. Via une série d'entretiens avec l'équipe scientifique afin de mieux cerner les enjeux de ces découvertes, leurs modes d’être, ainsi que les conséquences de leurs implications ; via une campagne de terrain  ; via une attention particulière à la dimension monochromatique de ces surfaces lacustres, je me propose de continuer et d’approfondir les recherches plastiques que je développe depuis plusieurs années autour de l'accès aux différents mondes possibles, humains ou non humains. Ces monochromes aquatiques, leurs couleurs contingentes et leurs conditions d’apparition, me semblent pouvoir entrer en écho avec l’énigme que représentent les organismes antédiluviens qu'ils contiennent.

 

Victoire Thierrée, FUGO

"Fugo", littéralement « série 2 » ou « type B » en japonais, est une campagne de bombardement des côtes nord-américaines initiée par le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale. Des ballons de gaz sans équipage, armés de charges explosives, sont lâchés des plages de Honshu, île principale du Japon.  Les préparatifs de cette campagne durent deux ans. De novembre 1944 à avril 1945, le Japon lâcha 9000 de ces aérostats vers les États-Unis, à plus de 10 000 km de distance. Il s’agit des premiers projectiles indépendants franchissant les mers. Seule une dizaine atteindront les côtes américaines. Les ballons sont réalisés avec 500 feuilles de papier washi de la taille d’une carte routière, assemblés par une colle comestible dite konnyaku. Je souhaite réaliser des recherches au Japon -à Tokyo, Kaga et Echizen, sur ce projet militaire désespéré. Ces recherches seront également concentrées sur la fabrication du papier washi dans l’atelier du trésor national vivant Ichibei Iwano, qui perpétue cet art et cette pratique ancestrale, présente dans sa famille depuis 9 générations. La recherche sur les matières et matériaux scientifiques développés au service de la guerre, leur force esthétique et réflexive dans les rapports de l’homme à la nature est au cœur de mon travail artistique depuis 8 ans. Le projet "Fugo" répond des mêmes mécanismes, technologiques, historiques et esthétiques et sera concrétisé à travers la réalisation de sculptures en papier" washi" et de photographies.

 

Julie Vacher, L'aboulique, la mytho et la chambre d'ouïe

« L'aboulique, la mytho et la chambre d'ouïe » est un projet en trois ramifications à travers lequel j'explore  les enjeux d'éveil face à une œuvre sonore via la spatialisation de voix, les relations son/texte écrit et les postures d'écoute.

Installation sonore et textuelle, « L'aboulique » est un spin-off de « Les Parlants & les Écoutants ». Il s’agit de faire vivre de manière centrale le faux témoignage du personnage de l’aboulique dont le manque de volonté a sérieusement altéré son langage. Un dispositif sonore en multi-pistes rend compte de ces vides tandis qu'un panneau d'affichage de texte nous donne à voir une pensée intérieure plus dense. Le son est spatialisé et joue dans un rapport de force avec le texte écrit. « La mytho » est une création sonore basée sur les performances narratives de Juliette. Fascinée par le personnage qu’elle incarne, comme échappé de l'installation « Les Parlants & les Écoutants », j’envisage de travailler l’écriture au moment de la prise de son avec elle et d’exploiter au maximum le réel de la situation d’enregistrement. L'enjeu est de trouver le point d’écoute nécessaire entre nous pour faire émerger une forme poétique et le point de trouble de l’auditeur quant à la stabilité des récits. Avec « La chambre d’ouïe », je cherche à explorer les spécificités du web pour proposer une nouvelle lecture de « Les Parlants & les Écoutants », notamment à travers la mise en image du son et l'écoute en binaural. Le projet dans son ensemble est meut par le besoin de construire un biotope de travail.

Dernière mise à jour le 13 sept. 2019