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Centre national des arts plastiques

Atelier National de Recherche Typographique

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Renaissances de la typographie 

Journée d'étude

Design graphique - Conférence
04 juillet 2013

Le 4 juillet 2013, dans le cadre des événements «Nancy Renaissance 2013», l’Atelier National de Recherche Typographique organise une journée d’étude, intitulée «Renaissances de la typographie ». Y seront abordées la constitution de notre culture typographique à la Renaissance, sa longévité et ses évolutions au fil des siècles.

Les caractères gravés au XVe siècle ont des origines multiples (capitales lapidaires, écriture carolingienne), et croisent plusieurs influences esthétiques : gothique et romain, lettre tracée ou gravée… Nous utilisons encore quotidiennement ces caractères, bien qu’ils aient connus depuis de multiples adaptations formelles et technologiques. Qu’est-ce qui survit à ces transferts ? Qu’est-ce qui disparaît ? 
À l’heure où le domaine de l’édition et de l’imprimé connaissent de profondes mutations, l’exemple de la Renaissance, qui connût un changement de paradigme comparable, est sans doute riche d’enseignement. L’occasion aussi de s’interroger sur les ressorts du mimétisme que l’on constate dans les transferts technologiques : de l’imprimé qui imite l’écrit, aux éditions éléctroniques qui simulent le papier. D’interroger aussi la survivance, sous forme numérique, du patrimoine graphique de la Renaissance ; et, de manière plus générale, la question du revival en typographie.

Avec Anne-Marie Christin, Marc Smith, Rémi Jimenes, Philippe Millot, André Baldinger, Timm Borg, Thomas Huot-Marchand

Programme

9 h 30 — accueil des participants

10 h — Thomas Huot-Marchand,
Les premiers romains. Introduction de la journée d’étude.
En introduction à la journée d’étude, Thomas Huot-Marchand introduira la journée d’étude en revenant sur l’apparition des caractères romains en Italie. Gravés par deux typographes allemands, Sweynheim & Pannartz, à Subiaco entre 1463 et 1467, ces deux types offrent le témoignage singulier d’une double transition, de l’écrit à l’imprimé et du gothique au romain. Alphabets relativement peu connus et documentés, ils se situent historiquement et stylistiquement entre les caractères de Gutenberg (Mayence 1455) et de Jenson (Venise 1470).

Graphiste et typographe, Thomas Huot-Marchand est depuis 2012 le nouveau directeur de l’ANRT. Il a enseigné à l’école d’art de Besançon entre 2002 et 2012, et à l’école supérieure d’art et de design d’Amiens entre 2004 et 2010. Pensionnaire à l’Académie de France à Rome en 2006-2007. Membre de l’Alliance Graphique Internationale.

10 h 45 — Anne-Marie Christin,
Pour une approche iconique de l’écriture : l’énigme de l’alphabet
L’écriture est née de la combinaison des deux modes de communication propres aux sociétés humaines : le langage verbal, qui structure le groupe et régit ses échanges internes, et l’image, qui permet au groupe d’accéder au monde extérieur, présent ou invisible, où sa parole n’a pas cours. Le métissage est sa raison d’être. Ce principe se vérifie dans tous les systèmes connus, qu’ils soient idéographiques – comme le chinois – ou qu’ils aient été réinventés à leur suite, comme le système japonais. Seul l’alphabet gréco-latin semble s’être affirmé par sa rupture avec les systèmes antérieurs, en transformant l’écriture en pur code phonologique – voyelle/consonne – au détriment de ses aspects visuels. 
L’approche linguistique de l’écriture qui caractérise la culture occidentale a pris appui sur cette mutation pour en déduire la supériorité de l’alphabet sur les systèmes qui le précédaient. On tentera de montrer qu’une  approche de l’écriture par son versant iconique conduit à des conclusions très différentes, que l’on n’a pas prises suffisamment en compte jusqu’à présent.  Le regard occidental doit également à la lettre une forme d’expertise originale, laquelle a suscité à son tour des créations visuelles inédites : l’invention à la Renaissance d’une véritable « langue écrite » typographique en est un des exemples majeurs.

Anne-Marie Christin est professeur émérite à l’université Paris Diderot – Paris 7, où elle a fondé le Centre d’étude de l’écriture et de l’image en 1982 (http://www.ceei.univ-paris7.fr). Ancienne élève de l’ENS, docteur d’Etat ès Lettres, elle est Visiting Fellow des universités de Kyoto et de Tokyo, membre de l’Academia Europaea.

11 h 30 — Marc H. Smith,
Réincarnations typographiques des écritures manuscrites, XVe-XXIe siècle.
L’invention de l’imprimerie a séparé techniquement et formellement l’écriture du livre et autres textes multiples, confiée à la presse, de l’écriture manuscrite propre aux documents. Pourtant les modèles manuscrits n’ont jamais cessé de nourrir le dessin typographique, de manière parfois directe et parfois plus subtile. Le XXe siècle a vu renaître les écritures anciennes du Moyen Age et de la Renaissance, d’abord sous la plume d’artistes calligraphes puis dans l’imprimerie. Enfin les progrès techniques des dernières décennies, photocomposition puis surtout dessin numérique, ont rendu possible le déferlement de centaines de caractères typographiques imitant les écritures manuscrites aussi bien historiques que modernes, bouleversant ainsi le partage formel établi depuis plus de cinq siècles.

Marc Smith, archiviste paléographe, ancien membre de l’École française de Rome et docteur de l’École pratique des hautes études, a exercé comme conservateur aux Archives nationales avant d’être élu professeur de paléographie à l’École des chartes (1999) et directeur d’études à l’École pratique des hautes études (2013). Il a également  enseigné à l’université Paris-Sorbonne et dans plusieurs institutions internationales. Vice-président du Comité international de paléographie latine et de la Société de l’histoire de France, il a rempli de nombreuses fonctions éditoriales. Ses recherches portent sur l’évolution de l’écriture dans ses conditions historiques, ainsi que sur la civilisation de la Renaissance en France et en Italie.

14 h 15 — Rémi Jimenes,
Histoire du livre et matériels typographiques de la Renaissance : le projet BaTyR
L’étude des matériels typographiques constitue une approche indispensable pour l’identification des éditions anonymes. Elle constitue une véritable science auxiliaire de l’histoire du livre, permettant d’étudier la diffusion des innovations graphiques et d’analyser,  à travers la circulation des bois gravés, la constitution de réseaux de collaborations entre typographes. Le projet BaTyR (Base de Typographie de la Renaissance), en cours de montage dans le cadre du programme des Bibliothèques Virtuelles Humanistes (Tours, CESR ; dir. Marie-Luce Demonet), rassemble des photographies numériques dûment indexées pour permettre l’étude des matériels typographiques européens de la Renaissance. En cours de constitution, la base de données sera mise en ligne à la fin de l’année.

Rémi Jimenes est doctorant au Centre d’études supérieures de la Renaissance (Tours), et ingénieur d’étude dans le cadre du programme Bibliothèques Virtuelles Humanistes.

15 h — Mathieu Cortat,
Un Garamont, des Garamonds
Claude Garamont (1499–1561) est l’un des graveurs de caractères les plus lus du grand public. Son nom apparaît dans les menus déroulants des logiciels de traitement de texte, et le caractère qui correspond est sobre, classique, littéraire. Un charme et une élégance désuète qui séduit encore aujourd’hui un grand nombre d’éditeur. Mais de quel Garamond parle-t-on? Plus personne ne lit aujourd’hui les véritables caractères du XVIe siècle, mais des copies, des ersatz, des imitations. Garamont est assurément le graveur de poinçons le plus copié de l’histoire. Parfois avec bonheur; parfois non. Petit exercice de déconstruction du Garamond, à travers l’exemple du caractère Henry, numérisation du Garamond de la fonderie Deberny & Peignot, célèbre pour avoir été l’emblème, jusque dans les années 1970, de la collection «La Pléiade» des éditions Gallimard.

Matthieu Cortat est né à Delémont (Suisse) en 1982. Après des études à l’Écal (Lausanne) et à l’Atelier National de Recherche Typographique (Nancy), il s’installe à Lyon, où il travaille comme médiateur-conférencier sur l’histoire de la typographie au Musée de l’imprimerie, et comme dessinateur de caractères indépendant pour des clients comme Piaget, Eastpak, les éditions de l’ENS ou la Fédération des Architectes suisses. Ses caractères sont disponibles via sa fonderie www.nonpareille.net.

15 h 45 — Philippe Millot, André Baldinger & Timm Borg,
Relecture des origines de la typographie parisienne: l’ELT Sorbon


Le premier volet du programme EnsadLab Type, à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris, a débuté, en 2009-2010, par la création de deux caractères basés sur les premières impressions réalisées à Paris vers 1470. La recherche portait sur les choix effectués à l’époque, caractères humanistes ou caractères gothiques, dans le but de favoriser la lecture. Une étude des premiers incunables parisiens imprimés à la Sorbonne a conduit aux dessins de deux alphabets, le ELT Sorbon Gothique, et le ELT Sorbon Romain. Philippe Millot et André Baldinger s’exprimeront en compagnie de Timm Borg, étudiant ayant participé au projet, qui a été présenté en 2010 à l’Atypi Dublin.

André Baldinger et Philippe Millot ont étudié la typographie et le dessin de caractères à l’Atelier National de Création Typographique à Paris (1994). Après leurs études ils ont chacun ouvert leur propre studio où ils travaillent essentiellement pour le secteur culturel dans les champs du dessin de caractères, de la conception de livre, d’affiche, d’identité visuelle et de signalétique. Ils enseignent la typographie et le dessin de caractères à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris et à l’Université des arts de Zurich/ZHdK. Ils sont tous deux directeurs du programme de recherche en dessin de caractères EnsadLab/Type de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris.

16 h 30 — fin de la journée d’étude

Cette journée d’étude sont l’occasion de souligner le caractère pluridisciplinaire de la recherche, telle qu’elle se conduit à l’ANRT : en mettant en relation des chercheurs issus des sciences humaines, mais aussi des mathématiques ou de l’informatique, avec des designers et des institutions œuvrant dans la conservation du patrimoine typographique. Sans jamais perdre de vue la dimension prospective, et la responsabilité qui est la nôtre de penser la typographie et les formes éditoriales de demain.

Horaires : 
de 10h à 17h
Dernière mise à jour le 20 nov. 2013

Atelier National de Recherche Typographique

1 avenue Boffrand
École nationale supérieure d’art de Nancy
54000 Nancy
France
Site internet : www.anrt-nancy.fr
Directeur : Thomas HUOT-MARCHAND