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Centre national des arts plastiques

Présentation de la collection

Collection design et arts décoratifs

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Quand le Design s'amuse... Baby-Lonia

Article

  • Studio 65, « Baby-lonia », (FNAC 93193). Editeur Gufram Industria Arredamento (Italie), 1986.

    Jeu d’éveil pour enfant composé de 22 éléments de tailles et de formes différentes réalisés en mousse de polyuréthanne souple Guflex® recouverte d’une peinture au latex Guflac® vernie. Studio 65, agence italienne de design fondée en 1965 par Franco Audrito, comptait notamment des designers comme Gianni Arnaudo, Franco Audrito, Athena Sampaniotou et Ferruccio Tartaglia. « Baby-lonia » est le fruit d’une réflexion à la fois artistique et pédagogique, destiné à améliorer à la fois l’expression et la communication des enfants : « Les enfants pouvaient réaliser avec cet énorme Lego© leurs histoires en fonction de différentes scénographies, en se basant sur leur imagination, leur fantaisie (château, trône, temple, maison, etc.) ». Propos rapporté de Gianni Arnaudo, architecte/designer italien, membre de Studio 65 et ancien propriétaire de l’exemplaire « Baby-lonia » donné au MNAM.

  • Photographie de l’œuvre avant restauration.

  • Identification des matériaux constitutifs de l’œuvre menée par Pauline Druon en collaboration avec le CICRP de Marseille. Ces couches sont au nombre de trois : -au centre, l’œuvre est composée d’une mousse de polyuréthanne Guflex ®, dont l’une des caractéristiques est d’être sensible à l’oxygène, au contact duquel elle durcit. Cette mousse souple, dont la composition chimique est brevetée par Gufram, n’a pu être analysée plus finement dans la mesure où elle est entièrement recouverte de peinture. -l’analyse de la seconde strate en revanche, a pu mettre en évidence que cette peinture Guflac® (elle aussi brevetée par Gufram) était composée d’un liant polyisoprène plus communément appelé latex. L’une de ses propriétés est d’être élastique. -l’ensemble de la pièce enfin est recouvert d’une couche de vernis polyuréthanne dont l’étude a montré qu’il était composé de polyester et dont l’isocyanate est de nature aliphatique.

  • Le vernis, devenu lacunaire et poisseux, ne remplissait plus sa fonction de protection des couches sous-jacentes. Cet état était propice à une dégradation accélérée et irréversible de la pièce dans la mesure où il confrontait directement les matériaux vulnérables (mousse et peinture) à l’air ambiant et à la lumière, facteurs susceptibles de provoquer un changement de leurs propriétés initiales (durcissement de la mousse, perte d’élasticité de la peinture).

  • Dans un premier temps, il a été nécessaire de retirer la couche de vernis dégradé. A cet effet, plusieurs tests ont été réalisés sur des petites zones pour trouver le solvant le mieux adapté aux matériaux constitutifs de la pièce. L’enjeu était double : il fallait un produit capable de solubiliser le vernis altéré mais qui n’agisse ni sur la couche de peinture, ni sur la mousse.

  • Parallèlement à ce travail, il a fallu procéder à une sélection de vernis potentiellement intéressants pour le revernissage de l’œuvre. Un panel de résines finement choisies a donc été soumis à un test de vieillissement accéléré visant à anticiper leur comportement dans le temps et à évaluer l’évolution de leurs propriétés. Il s’agissait ici de trouver une résine qui soit réversible (déontologie de la restauration), résistante aux ultraviolets (filtre qui préserve l’éclat des couleurs de la peinture tout en limitant la pénétration des rayons au sein de la mousse) et dont le film soit élastique afin d’épouser la forme de la mousse.

  • Une fois les deux premières étapes conclues, la phase de vernissage de la pièce a pu débuter. Afin de réaliser un film qui soit le plus fin et le plus élastique possible, et qui s’approche ainsi fidèlement de l’aspect d’origine de « Baby-Lonia », il a été décidé d’appliquer la résine par une méthode de pulvérisation.

En 1973, alors que le regard porté sur les enfants se modifie, et que l’éducation par le jeu se démocratise dans les crèches et les écoles, le Studio 65, agence italienne de design fondée en 1965 par Franco Audrito, crée Baby-lonia.
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BABY-LONIA : UN JEU, UNE CRÉATION, UNE MULTIPLICITÉ
Pour ces jeunes designers italiens, l’enjeu consiste à concevoir un jeu d’éveil pour les enfants des classes maternelles piémontaises. Après un premier prototype en laminé et médium baptisé « Ordinatissimo » (« très ordonné »), Studio 65 s’associe à Francesco de Bartolomeis, professeur de pédagogie à l’Université de Turin, afin d’élaborer un instrument destiné à stimuler l’expression et la communication des enfants.

C’est alors que « Baby-lonia » prend sa forme définitive : objet massif composé de 22 éléments de tailles et de formes différentes réalisés en mousse souple recouverte d’une peinture vernie.
Bien que souvent présenté sous la forme d’une entrée de temple, l’objet est un véritable jouet que l’on peut monter et démonter à loisir, selon de multiples combinaisons à inventer : portique, pont, cabane, agencements abstraits etc. « Baby-lonia » est ainsi une pièce particulièrement ludique tant par ses couleurs et ses matériaux que par son principe même.
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QUAND LE VERNIS VIEILLIT MAL
La version de « Baby-Lonia », a récemment présenté plusieurs problèmes de conservation inquiétants. En effet, des altérations de surface, nombreuses et visibles, ont modifié l’aspect esthétique du jeu et mis en péril sa pérennité.

Véritable cas d’école, le « Baby-Lonia » a ainsi fait l’objet, en 2009-2010, d’une restauration et d’une étude approfondie dans le cadre d’un mémoire de fin d’étude de l’Ecole supérieure d’art d’Avignon. Ce travail a naturellement commencé par une identification précise des matériaux constitutifs de l’œuvre, afin d’en comprendre les altérations et de choisir les produits les plus adaptés. Ces analyses d’identification, réalisées en collaboration avec Monsieur Alain Colombini du Centre interrégional de conservation-restauration du patrimoine (Marseille), ont révélé de façon précise la stratigraphie de « Baby-Lonia », c’est-à-dire, la superposition des couches de matériaux qui la constituent.

L’identification de ces matériaux fragiles et instables a permis de comprendre pourquoi, malgré une mousse et une couche colorée en bon état, le vernis pelé et oxydé était en train de modifier non seulement l’aspect de « Baby-Lonia » mais aussi d’en menacer l’intégrité.
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UNE RESTAURATION EN TROIS TEMPS
Le travail d’étude et de réflexion concernant le traitement de « Baby-Lonia » s’est donc concentré sur le vernis. Compte tenu de son rôle essentiel mais aussi de son état de dégradation avancé, il est apparu nécessaire de procéder à son remplacement. Trois grandes étapes de travail se sont alors dégagées : le dévernissage, le choix d’un nouveau vernis plus adapté, et enfin le revernissage.

Cette intervention de conservation-restauration a été longue (plus d’une année) et, à certains égards, fastidieuse : taille importante de l’objet à traiter, nature complexe des matériaux constitutifs en présence (polyuréthannes et polyisoprène), limitation des sources disponibles (secret industriel des brevets). Les recherches nécessaires à cette restauration, ainsi que les différents tests préalables réalisés sur les matériaux auront néanmoins permis au jeu « Baby-Lonia » de retrouver son esthétique originelle, d’en préserver l’intégrité et d’en améliorer la pérennité. Tout l’enjeu de ce travail, à présent, est qu’il profite, au delà de cette étude de cas, aux autres objets édités par la société Gufram et conservés dans les fonds et musées français et internationaux.
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Pauline Druon, restauratrice, ancienne élève de l’École Supérieur d’Art d’Avignon
Émilia Philippot, Responsable des collections arts décoratifs, métiers d'art, création industrielle, Centre national des arts plastiques

Dernière mise à jour le 17 mars 2017