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Centre national des arts plastiques

Galerie Dohyang Lee

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Probable, préférable, plausible, possible

Exposition
17 septembre • 29 octobre 2011

Dans « How to build a world ? »1, Stuart Candy (aka. the skeptikalfuturyst), envisage toutes les manières possibles de construire un monde. Candy est futurologue, ses recherches portent donc sur la construction de mondes futurs. En préambule, il rappelle que les romanciers, les architectes, les ingénieurs, les designers industriels, les artisans, les auteurs de cinéma et de télévision, les réalisateurs, les publicitaires, les storytellers (historiens, politiciens, journalistes, psychanalystes…) sont tous des constructeurs de monde. Leurs inventions nous aident à concevoir et orienter le futur.

L’exposition Probable, préférable, plausible, possible se construit autour de la figure de l’artiste comme futurologue et constructeur de mondes. On y trouvera différentes images du futur, des objets électroniques qui parlent, des réfrigérateurs qui chantent, des extraterrestres qui écoutent de la musique, des parc d’attraction futuristes mais datés, et réduits à une pure silhouette géométrique, des fonds d’écran, des abstractions Tetris, et toute une série d’images puisées dans la science-fiction. L’exposition prend la forme d’un bric-à-brac high-tech, qui esquisse, comme l’écrit Erik Davis2, « une histoire secrète des impulsions mystiques qui continuent de faire des étincelles et d’alimenter l’obsession du monde occidental pour la technologie, et spécialement les technologies de communication »3.

Dans l’introduction de son ouvrage Techgnosis, Davis remarque que ce ne sont plus les technologies industrielles qui sont dominantes (et avec elles le mythe de la machine), mais celles de l’information, ce qu’au pays du Minitel nous nommons d’un acronyme presque désuet, les TIC. L’hypothèse -passionnante- de Davis est que l’imagination religieuse, la pensée magique et le millénarisme le plus fervent ont infiltré d’emblée l’histoire des technologies et des sciences, riche en ambitieuses promesses à commencer par celles de « liberté, de prospérité et de disparition des maladies »4.

L’informatique, internet, ou les télécommunications génèrent aujourd’hui leur lot d’histoires invraisemblables, de mythologies, de pseudo-sciences ou de fantasmes technologiques. Elles ont aussi redéfini notre relation à l’univers du quotidien. Les téléphones, les chaussures et les voitures sont devenus intelligents. Nous traitons les objets électroniques comme des êtres vivants. Nous craignons les ondes électromagnétiques comme une menace invisible5. Et l’informatique ubiquitaire et les réseaux pervasifs rendent le monde dans lequel nous évoluons aussi magique qu’effrayant. La technologie est un puits d’irrationnalité, de surnaturel, de croyances et de mysticisme, nous dit Davis. Ainsi, les thérapies New Age de Shana Moulton, l’électroménager enchanté de Mark Leckey, les visions électroniquement assistées du Futuroscope de Frank Eon, les sculptures excentriques d’Anthea Hamilton, dont les images proviennent le plus souvent de banques numériques et les objets d’Ebay (cette gigantesque brocante électronique !), les appropriations que Mathis Gasser puise dans la science-fiction ou dans l’abstraction suisse, ou encore la cage de Faraday de Sophia Ajdir, toutes ces œuvres inventent des images d’un monde organisé en toute irrationalité par les technologies de l’information. Dans cette histoire, la peinture a d’ailleurs un rôle spécifique à jouer, en tant qu’art pré-technologique, redéfini aujourd’hui par les images numériques et les pratiques informatiques.

Candy note avec justesse que la réalité est souvent un mélange d’utopie et de dystopie, deux types de représentations qui nourrissent toute l’histoire de la science-fiction. Mais cette opposition désormais classique ne nous intéresse pas : chaque image existe, comme il l’explique encore, sous les différentes modalités du probable, du possible, du préférable, ou du plausible. L’art a essayé longtemps d’être en avant, à l’avant-garde, à la pointe de l’histoire. Il se pourrait qu’il soit tellement en avant qu’il travaille désormais à imaginer le futur (c’est-à-dire à le mettre en image). Et que les blue et green screens, les fonds d’incrustation informatique, soient devenus, après la page blanche, la métaphore que notre époque réclame, le lieu ultime d’apparition du nouveau.

 

 

1  Conférence de mars 2011 donnée dans le cadre des Design Futures Series de UC. Berkeley www.ischool.berkeley.edu/newsandevents/events/dfls/20110309stuartcandy/video
2  Erik Davis est un auteur américain travaillant sur l’histoire des sociétés et de la culture, décrit aussi comme un cybergourou. Techgnosis a été publié en 1998, www.techgnosis.com
3  Erik Davis, « Crossed Wires », Introduction, in Techgnosis, Serpent’s Tail, 1999, p. 3
4  Erik Davis, « Crossed Wires », ibid, p. 4
5  Voir Anthony Dunne et Fiona Raby, Design Noir : The Secret Life of Electronic Object, August/Birkhauser, 2005

Dernière mise à jour le 26 mars 2014

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Dohyang Lee